Le groupement de commandos mixtes aéroportés (ou GCMA) a été créé le pendant la guerre d'Indochine par l'état-major du général de Lattre, en accord avec le SDECE.

Les effectifs sont constitués d'autochtones indochinois (partisans Hmong ou Thaï, Nung, Méo et Laotiens pour la plupart) et les cadres européens proviennent principalement des unités parachutistes et notamment du ChocIn Guerre d'Indochine - 1945 1954 page 116..

La dissolution du Groupement est effective le à la suite des accords de Genève mettant fin à la guerre d'Indochine.

Création et différentes dénominations

, création du groupement de commandos mixtes aéroportés (GCMA), , le GCMA devient groupement mixte d'intervention (GMI), : dissolution de l'unité.

Nota : en 1963, le du RDP, basé à Langenargen en Allemagne, devient l'héritier de la commandos du GCMAHistorique de l'unité sur le site officiel de l'Amicale des anciens du RDP.

Historique des garnisons, campagnes et batailles Contexte À l'issue de nombreuses opérations, plusieurs chefs d'unités constatent l'inadaptation des troupes de l'Union française au combat dans la Haute-Région d'Indochine. Ainsi, le défaut d'adaptation serait notamment d'ordre tactique. Le chef de bataillon Bréchignac, commandant le 2/ RCP, remarque que le relief et surtout la végétation du pays Thaï Noir rendent en général difficile la manœuvre rapide à l'échelon bataillon ; la destruction de l'adversaire est donc rarement obtenue par enveloppement.SHAT 10H1250. du régiment de chasseurs parachutistes. Enseignements tirés des opérations en Moyenne rivière Noire du 17 janvier 1953 au 16 mai 1953. Le chef de bataillon Bloch, commandant le BEP développe plus profondément les difficultés rencontrées sur le terrain : La caractéristique bien connue de cette région est son manque d'itinéraires. Les pistes sont très mal connues, les cartes étant très incomplètes et fausses et les guides n'ont jamais été d'un grand secours pas plus que les rares habitants rencontrés... Les reconnaissances en force d'un groupement étaient souvent liées à une seule piste avec déplacement en colonne par un. Il en résultait un étirement considérable du dispositif ce qui, joint aux difficultés résultant du terrain, rendait les liaisons difficiles... La seule manœuvre possible, dans bien des cas, est la manœuvre " télescopique ". De plus, la progression dans des zones très favorables aux grandes embuscades, l'arme favorite du Viêt-minh, amène vite une grande fatigue et une tension nerveuse des exécutants qui réagissent souvent moins rapidement.SHAT 10H1250. étranger de parachutistes. Rapport sur les enseignements tirés des opérations en Moyenne rivière Noire d'octobre 1952 à mai 1953.

Toute tentative de manœuvre est donc annihilée. Mais ce qui est valable pour le mouvement l'est également pour le feu autant dans le domaine de l'appui-feu que dans le domaine de l'appui aérienL'Armée française dans la guerre d'Indochine (1946-1954): adaptation ou inadaptation ? - CEHD - 2000, p.155. Un problème majeur touche aussi le corps expéditionnaire français : la mauvaise qualité des liaisons radio. " La portée des liaisons radio sont très considérablement réduites par le relief, la végétation, et très souvent les conditions atmosphériques, en particulier à partir de 16 heures. "SHAT 10H1250. Capitaine Richard commandant le du de tirailleurs marocains. Rapport n° 559/BTM.6.0 du 4 juin 1953 Au total, tout ce qui constitue en d'autres lieux, la force d'un bataillon du corps expéditionnaire, notamment sa capacité de manœuvre, sa puissance de feu, sa cohésion, tous ces facteurs de supériorité sont quasiment réduits à néant en Haute-Région. Dans son propre rapport, résumant en synthèse les différents paramètres évoqués par ses subordonnés, le général Gilles s'exprime ainsiL'Armée française dans la guerre d'Indochine (1946-1954): adaptation ou inadaptation ? - CEHD - 2000, p.156 : La guerre en Haute-Région a soumis à nos unités d'infanterie à de rudes épreuves pour lesquelles elles n'étaient pas toujours préparées... Habituées aux formations soudées, aux soutiens réciproques et aux liaisons à vue facile dans le Delta, nos unités ont le plus souvent manqué des qualités manœuvrières nécessaires... La Haute-Région, en imposant à notre infanterie un combat sans ses appuis habituels, apparaît éminemment favorable à l'adversaire habitué à combattre sans artillerie, sans moyen de transport moderne, et particulièrement entraîné au combat rapproché.SHAT 10H1250. Rapport du général Gilles sur les opérations de la Moyenne rivière Noire. Hanoï. Août 1953.

Tous ces rapports obligent le commandement à abandonner les méthodes classiques. Il est grand temps d'appliquer des méthodes plus adaptées. À la guérilla mise en œuvre par le Viêt-minh avec l'aide volontaire ou forcée des populations, il faut opposer la contre-guérilla au sein de laquelle l'autochtone ne peut être qu'un élément de premier plan. Très tôt déjà, ont été recrutés des volontaires parmi les ethnies montagnardes et des unités thaï, muong et nung ont été créées. Mais il ne s'agit pas pour le commandement français d'utiliser l'autochtone en tant que soldat régulier mais en tant que partisan parce que sur le plan tactique, d'après le colonel Daillier, qui traite des missions de reconnaissance et de renseignement : Les reconnaissances profondes seraient beaucoup plus efficacement menées par des unités autochtones connaissant très bien le pays et pour lesquelles le problème du ravitaillement serait simplifié... La surveillance est obtenue par la mise en place, sur des axes d'infiltration possibles, de formations autochtones légères... Appartenant à la même population, ces commandos peuvent plus facilement recueillir des renseignements.SHAT 10H1250. Cité supra.

En développant la contre-guérilla à grande échelle au sein de ses différents maquis, le GCMA saura mettre en application ce principe de base : utiliser l'autochtone dans son milieu traditionnel en lui donnant les moyens de mettre en valeur ses capacités propres, sa rusticité, son endurance, sa souplesse, son instinct de chasseur et, par-dessus tout, sa parfaite connaissance du milieu naturelL'Armée française dans la guerre d'Indochine (1946-1954): adaptation ou inadaptation ? - CEHD - 2000, p. 158.

Une unité novatrice Au printemps 1950, en Indochine, la guerre s’enlise et des tensions naissent entre Français et Américains à propos de l’indépendance de ce pays. La Direction générale de la documentation, créée au début de l’année sous la conduite du colonel Gracieux, s’efforce de coordonner l’action des services de renseignement civils et militaires qui foisonnent. En vue de neutraliser l’action révolutionnaire du Viêt-minh, le haut commandement décide d’adopter une nouvelle tactique, basée sur l’action psychologique et l’emploi d’unités spéciales, entraînées à la « guerre non conventionnelle ». Le , sur la base des propositions du capitaine Déodat du Puy-Montbrun et sous la direction du commandant Morlanne, chef du Service Action de métropoleCahiers du CEHD N°E1 (32) 2007, Considération sur l'origine des Forces spéciales, par Pierre Abramovici, page 6., le général de Lattre de Tassigny, haut-commissaire et commandant en chef de l’armée française en Indochine, signe la décision 174 : « En accord avec la direction générale du SDECE de la présidence du Conseil, et par analogie avec l’organisation métropolitaine, un “service action” est créé à compter du et intégré aux services déjà existants du SDECE en Indochine. Le “service action” est à l’entière disposition du commandant en chef.Claude Faure, Revue historique des Armées, Bref historique des services de renseignement et de sécurité français contemporains, 2007»

Le commandant Morlanne, chef du service action du SDECE en métropole, rejoint l’Indochine pour mettre en place cette nouvelle structure. Une unité, chargée d’exécuter les opérations montées par le service action local, est constituée sous le nom de Groupement de commandos mixtes aéroportés. Le Groupement devient vite le rendez-vous de tous les Chinois ou anciens du Choc qui trainent leurs guêtres en Indochine.

En 1952, le GCMA évoque la nécessité de « créer en zone d'occupation viêt-minh une organisation qui nous en permette le contrôle »SHAT 10H338. Note du chef de bataillon Trinquier, n°37 GCMA/EMT du 18 janvier 1952.. Il s'agit donc, partant de l'axiome stipulant que « face à un mouvement populaire, seul un mouvement populaire peut vaincre »SHAT 10H189. Rapports d'activité du GCMA pour le troisième trimestre 1953., d'utiliser l'opposition traditionnelle existant entre les peuples de la Haute-Région et les Vietnamiens de la plaineL'Armée française dans la guerre d'Indochine (1946-1954): adaptation ou inadaptation ?, Centre d'études d'histoire de la Défense, Éditions Complexe, 2000. Le fait d'utiliser ces populations pour contrecarrer l'avance viêt-minh est une voie originale et détournée que le GCMA orchestre de main de maître et par laquelle le commandement français se servira à de maintes reprises. Comme l'affirmait Sun Zi, dans son traité sur l'art de la guerre : « Le premier à savoir exploiter les voies détournées et les voies directes remporte la victoire, tel est l'art de la lutte armée.Sun Zi, L'Art de la guerre, traduit par Valérie Niquet, Economica, 1988, p.77 »

Cependant, le GCMA rencontre de nombreuses difficultés à mettre en place ses commandos : hostilité de la hiérarchie militaire à des activités guerrières non orthodoxes, pénurie de cadres connaissant les particularités des multiples ethnies peuplant l'Indochine, ...

Face à ces handicaps, ce sont souvent des sous-officiers aventureux et courageux qui organiseront et prendront en charge les opérations de leur commando de plusieurs centaines de partisans, mission initialement dévolue à des officiers supérieurs.

Organisation Rattaché aux troupes aéroportées, le GCMA, placé sous les ordres du lieutenant-colonel Grall, dépend officiellement, pour l'emploi du Commandant en chef. Mais officieusement, il est sous les ordres de la Direction générale de la Documentation, c'est-à-dire du SDECE, confiée au général Gracieux, qui a été à la Direction des Troupes coloniales l'un des plus ardents défenseurs de la création de la Demi Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes de Bretagne, et qui connaît parfaitement l'Indochine et ses différentes ethnies.

Le GCMA actionne le centre de Ty Wan, près du cap Saint-Jacques, mis en place par le capitaine Erouart du 11e Choc destiné à la formation des cadres autochtones et deux Sections opérationnelles aéroportées, l'une Sud à Saïgon avec antennes à Touranne et Vientianne, l'autre Nord à Hanoï. Les Américains entretiennent auprès du GCMA une mission de liaison qui fournit un important appui matériel et financier. Le Groupement a également des relations étroites avec les SAS britanniques en Malaisie. Il forme des pathfinders destinés à guider les éléments parachutistes lors de leurs interventions.

Opérations En Annam, l'opération combinée Pirate, exécutée le par des éléments du GCMA et de la BAPS permet l'occupation définitive de l'île de Cu Lao Ré qui devient le centre de formation des commandos du GCMA à partir de septembreIn Histoire des parachutistes français, page 279..

Le , le GCP est rattaché au GCMA. Les hommes des capitaines Le Borgne puis Tourret sont alors engagés dans des actions de type commandoIn Histoire des parachutistes français, pages 254, 267 et 368.

Au cours de l'été 1953, en pays thaï, les maquis anti-VM initiés par le GCMA avec les populations Thaï, Nung et Méo sont en pleine expansion. En mai et juin, les maquis Servan et Malo fournissent un appoint appréciable pour reprendre le contrôle de la province du Tranninh, en assurant les missions d'éclairage et de sûreté éloignée des bataillons engagés. D'ailleurs, le colonel Kergaravat disait à ce propos :