dit Cœur de Lion (), né le au palais de Beaumont à Oxford, et mort le au siège du château de Châlus-Chabrol, est roi d'Angleterre, duc de Normandie, comte du Maine et comte d'Anjou de 1189 à sa mort, et duc d'Aquitaine et comte de Poitiers dès 1171 ou 1172.
Fils d’ et d’Aliénor d'Aquitaine, élevé en Angleterre et en Anjou, Richard réside plus tard dans le duché d'Aquitaine. Il est solennellement intronisé comte de Poitiers et duc d’Aquitaine en 1171 ou 1172, à l'âge de quatorze ans. Après la mort de son frère aîné Henri le Jeune en 1183, il devient héritier présomptif de la couronne d’Angleterre, mais aussi de l'Anjou, de la Normandie et du Maine. À la mort de son père en 1189, il est couronné roi d'Angleterre et hérite des terres qui constituent l'Empire Plantagenêt. Pendant son règne, qui dure dix ans, il ne séjourne pas plus d'une année dans le royaume d’Angleterre.
Il dirige avec Philippe Auguste la troisième croisade, au cours de laquelle il effectue la conquête de l'île de Chypre et contribue à la prise de Saint-Jean-d'Acre. Il remporte deux victoires décisives contre Saladin, à Arsouf et à Jaffa, mais ne parvient pas à lui reprendre Jérusalem. Capturé à son retour par le duc Léopold d'Autriche, qui le livre à l'empereur , il est libéré un an plus tard contre une rançon colossale. Il combat ensuite le roi de France, Philippe Auguste, son ancien compagnon de croisade, afin de récupérer les territoires occupés pendant son absence. Il meurt en 1199 des suites d'une blessure reçue lors du siège du château de Châlus-Chabrol.
En son temps, il est considéré comme un héros, et souvent décrit comme tel dans la littérature. Sa réputation de bravoure lui vaut le surnom de « Cœur de Lion ». Redoutable chef de guerre, il fait également construire une série de châteaux dont il dirige lui-même les travaux. Poète, on connaît de lui deux compositions en langue d'oc et en langue d'oïl. Sa vie a inspiré de nombreux récits légendaires et fabuleux.
Biographie
Famille et enfance vignette| et Aliénor d'Aquitaine.|alt=Miniature médiévale représentant Henri II et Aliénor d'Aquitaine. Richard naît le , probablement au palais de Beaumont à Oxford en Angleterre. Il est confié à une nourrice du nom de Hodierna. Troisième fils d’ et d'Aliénor d'Aquitaine, Richard n’est pas destiné à succéder à son père. On ne sait rien de son éducation. Richard passe ses premières années en Angleterre, auprès de sa mère. Début , , qui séjourne en Normandie, fait venir à Rouen Aliénor et Richard. Aliénor s'installe ensuite à Angers avec ses enfants. En 1168, conformément à la coutume qui veut que le deuxième fils hérite du patrimoine maternel, Richard est pressenti par Henri pour succéder à Aliénor à la tête du duché d'Aquitaine, avec le titre de comte de Poitiers. En cela, se plie également à la volonté de son épouse, dont Richard semble avoir été le fils préféré. C'est Aliénor qui dispense au jeune Richard, pendant les cinq années suivantes, sa formation dans l'art de gouverner les hommes. Dès 1168, le jeune garçon grandit à Poitiers dans une atmosphère de poésie courtoise, s'exerce à l'équitation, au maniement des armes et à la chasse. Richard parle le français d'oïl de son père dans sa vie quotidienne et pratique la langue d'oc de sa mère, les deux langues étant parlées à la cour de Poitiers (ainsi que le poitevin-saintongeais). Il connaît le latin mais n'apprendra jamais l'anglais de son temps, qui n'est pas en usage à la cour d'Angleterre. Les élites s'expriment alors en latin et en anglo-normand.
Fiançailles avec Aélis de France Le (à l'Épiphanie) 1169Gervais de Canterbury, cf. ., lors de la rencontre de Montmirail, Richard prête hommage au roi de France pour l'Aquitaine et il est fiancé à Aélis de France, fille du roi .. la fait venir à sa cour de manière à pouvoir prendre possession des terres constituant sa dot : le comté d'Aumale et le comté d'Eu. Par le traité de Montlouis en 1174, renouvelle la promesse du mariage. Mais, selon une rumeur de Giraud de Barri, peu après la mort de sa maitresse Rosemonde Clifford, en 1176, l'aurait remplacée dans son lit par la jeune Aélis de France, âgée de seize ans, et aurait retardé le mariage. En 1177, le pape intervient pour le sommer, sous peine d'excommunication, de procéder au mariage convenu. Le Berry devait être la dot de l'épousée. Henri renouvelle sa promesse en puis à l'époque du Carême de 1186, mais ne la tient toujours pas. Entretemps, Aélis aurait donné la vie à un fils, la rumeur voulant qu'il soit l'enfant d'.. Après la mort d' le , Richard fait venir Aélis à Rouen en . Mais en 1191, en Sicile peu de temps avant l'arrivée de Bérengère de Navarre, qu'il choisit finalement d'épouser à la place d'Aélis, il avertit le roi de France Philippe Auguste qu'il ne saurait prendre sa sœur comme femme en raison du déshonneur dont il l'accuse. Roger de Hoveden, historien sérieux peu enclin aux ragots, rapporte les propos de Richard : « Je ne rejette pas ta sœur ; mais il m'est impossible de l'épouser, car mon père a couché avec elle et a engendré d'elle un fils. »
Duc d'Aquitaine et comte de Poitou vignette|gauche|Contre-sceau équestre du roi Richard (1195), Historial de la Vendée.|alt=Contre-sceau représentant un homme en armure, à cheval, tenant une épée. Dès 1169, Richard qui réside auprès de sa mère en Aquitaine, est associé aux actes émis par la duchesse. Aliénor emploie alors la formule « Moi et mon fils Richard » dans plus de la moitié de ses chartes. Le , le frère aîné de Richard, Henri le Jeune, est couronné roi d’Angleterre du vivant de son père. Il est ainsi dénommé pour le différencier de son père, puisqu’il ne règne pas encore. En , tombe gravement malade et procède alors à une « donation-partage » entérinant les dispositions antérieures. Richard reçoit l'Aquitaine. En 1171, Aliénor et Richard parcourent l'Aquitaine, où, lors d'une « tournée de réconciliation », ils annulent les confiscations et les sanctions établies par . Ils posent la première pierre du monastère Saint-Augustin de Limoges. Richard, ayant atteint la majorité légale de quatorze ans, est solennellement investi du comté de Poitou et intronisé duc d'Aquitaine en ou en , lors de deux cérémonies d'investiture à Saint-Hilaire de Poitiers, puis peu après, dans la cathédrale Saint-Étienne de Limoges où il est reçu à l'issue d'une procession solennelle. Richard reçoit à Poitiers des mains de l'archevêque de Bordeaux et de l'évêque de Poitiers la lance et la bannière, symboles du pouvoir ducal, puis à Limoges l'anneau sacré de sainte Valérie, patronne de l'Aquitaine. Geoffroy de Vigeois note dans sa chronique : . continue toutefois à porter le titre de duc d'Aquitaine jusqu'à la fin de son règne, et du vivant de son père on désigne Richard sous le titre de comte de Poitou.
Révolte de 1173-1174
En , à l'occasion des fiançailles de Jean avec l'héritière de Maurienne, Alix de Savoie, Henri attribue à Jean les châteaux de Chinon, Loudun et Mirebeau, qu'Henri le Jeune pense lui appartenir en propre, suscitant le mécontentement de son aîné. Richard, à qui Aliénor a remis son duché, se voit relégué en troisième position, malgré les investitures solennelles, lorsque le comte de Toulouse prête hommage à Henri II puis à Henri le Jeune, à Limoges le , pour une terre qu'Aliénor estime relever de son duché. Le , Henri le Jeune se révolte contre son père, le roi , et s'enfuit à la cour de son beau-père, le roi de France. Il est soutenu par ses frères Richard et , ainsi que par les principaux barons du Poitou et de l’Aquitaine. Déjà dotés de fiefs par leur père, les fils d’ espèrent le remplacer effectivement au pouvoir, poussés en cela par leur mère, Aliénor d'Aquitaine. Elle incite Richard à rejoindre le roi de France à Paris où il est fait chevalier par ce dernier. Avec l’appui du comte Philippe de Flandre, les fils d’ lancent une offensive en Normandie en . Le roi d’Angleterre réagit promptement et reprend une à une les forteresses normandes. En , Aliénor est reconnue et arrêtée alors qu'elle s'enfuit vers la cour de France et est livrée à son mari. Elle est tout d'abord placée sous bonne garde au château de Chinon, prélude à une captivité de plus de quinze ans en Angleterre, en résidence très surveillée dans la forteresse royale d'Old Sarum (Salisbury), et dans divers autres châteaux : « C'est en Angleterre, dans la tour de Salisbury, que le roi enferma sa conjointe, la propre mère de ses enfants, par peur qu'elle récidive dans une conspiration », note Geoffroy de Vigeois. Richard continue seul la lutte en Aquitaine. Le , une trêve est conclue, à Gisors, entre les deux rois. Mais à cette date, contrairement à ses frères, Richard résiste encore en Poitou. gagne ensuite le Poitou avec une armée composée de mercenaires brabançons. Assiégé à Saintes, puis retranché au château de Taillebourg, Richard est contraint de se rendre ; il implore le pardon de son père, à Poitiers, le . Ses deux frères l’imitent quelques jours plus tard, rétablissant la paix entre et ses fils.
Pacification de l'Aquitaine Le , la paix est signée à Montlouis, en terre angevine, entre et ses fils. Richard reçoit deux « domaines convenables », des châteaux non fortifiées dans le Poitou, et perçoit la moitié des revenus du comté. En , il part, à la demande d', « pacifier » l'Aquitaine révoltée, semblant agir comme simple mandataire de son père dans son propre duché. Dans les faits, Henri donne à Richard le plein contrôle des forces armées du duché, dont il reçoit le gouvernement ; mais si Richard remplit un rôle de « vice-roi », il doit néanmoins exécuter les ordres de son père et lui envoyer des rapports, comme l'atteste Roger de Hoveden. En 1175, Richard reprend tour à tour Agen, Aixe, puis Limoges. Les rebelles sont vaincus et sévèrement châtiés. Tandis que son frère aîné s'illustre dans les tournois, Richard gagne lors de ces combats le surnom de « Cœur de Lion » que l'Histoire lui conservera. En 1176, Henri le Jeune et Richard escortent leur sœur Jeanne jusqu’à Saint-Gilles-du-Gard, où elle rejoint son futur époux, le roi . Au début de l’année 1177, Richard lance une nouvelle expédition destinée à sécuriser les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle ; il s’empare successivement de Dax et de Bayonne. Il rentre ensuite à Poitiers et renvoie les mercenaires brabançons que lui avait confiés son père. À la fin de l'année 1177, Richard est à la cour de son père à Angers, en compagnie de ses frères. En 1179, lors d'une nouvelle campagne destinée à châtier les seigneurs rebelles et Vulgrin d'Angoulême, Richard s'empare en trois jours du château de Taillebourg, une forteresse jugée imprenable. Richard démontre à cette occasion son ardeur au combat et sa bravoure, se portant à l'avant de ses troupes, lors de l'assaut final contre les défenseurs. En , il assiste au couronnement du roi à Reims ; il lui rend également hommage pour le duché d'Aquitaine.