Andreas Palaiologos (en grec : Ἀνδρέας Παλαιολόγος ; en français André Paléologue ; – ), était le fils ainé de Thomas Paléologue, despote de Morée. Ce dernier était le frère de Constantin XI Paléologue, lui-même également despote de Morée avant de devenir le dernier empereur byzantin. À la mort de son père en 1465, André fut reconnu comme despote titulaire de Morée ; à partir de 1483, il prétendit au titre d’« empereur de Constantinople » qui figura en latin sur son sceau : « Imperator Constantinopolitanus ».
Après la chute de Constantinople en 1453 et l’invasion subséquente de la Morée par les Ottomans en 1460, Thomas, le père d’Andreas s’enfuit à Corfou avec sa famille, puis, laissant sa famille derrière lui, se réfugia auprès du pape à Rome. Il mourut alors qu’il venait de rappeler ses enfants. Le jeune Andreas, alors âgé de douze ans, devenait chef de la maison des Paléologue et fut placé sous la protection du cardinal Bessarion.
Ses problèmes financiers débutèrent à la mort de son protecteur, la pension qui lui était versée pour subvenir à ses besoins et à ceux de la petite cour de réfugiés qui l’entourait diminuant sans cesse en raison de l’implication de la papauté au cours des pontificats de Sixte IV et d’Alexandre VI Borgia dans de coûteuses guerres en Italie. À cours d’argent, il fit un premier voyage en Russie où sa sœur Zoé avait épousé le grand prince Ivan III de Moscou.
Toujours désireux, sinon de rétablir l’Empire byzantin, à tout le moins de reconquérir le despotat de Morée, il tenta d’organiser avec l’aide du roi Ferdinand de Naples une expédition contre les Ottomans en 1481 qui ne dépassa pas le stade de la préparation. À la fin de la décennie, il voulut faire une tournée des capitales européennes, mais ne reçut d’accueil favorable qu’à la cour de Charles VIII de France qui planifiait une expédition contre les Ottomans dès qu’il aurait réussi à s’emparer du trône de Naples. Après négociations avec un proche de Charles VIII, le cardinal Péraudi, Andreas accepta de céder à Charles VIII ses droits à la couronne impériale de Constantinople et de Trébizonde contre la restitution du despotat de Morée. Toutefois, les troupes françaises furent mises en déroute, l’expédition contre les Ottomans ne se matérialisa pas et le contrat devint caduc, les rois de France continuant cependant à prétendre aux trônes de Constantinople et de Trébizonde.
Andreas devait passer ses dernières années à Rome, toujours assailli par ses problèmes financiers, mais soucieux de conserver son rang et de tenir une place honorable dans l’entourage du pape. Il devait mourir en et fut enseveli auprès de son père dans la basilique Saint-Pierre.
Contexte historique
thumb|left|Le despotat de Morée en 1450.
La dynastie des Paléologue fut la dernière famille impériale à régner sur l’Empire byzantin et l’une de celles dont le maintien sur le trône fut le plus long s’étendant de 1259/1261 à la chute de Constantinople en 1453Haldon (2005) Grierson (1999) . Au cours du siècle précédent les Turcs ottomans avaient conquis la plus grande partie de ce qui avait autrefois été ses territoires d’Europe et d’Asie, occupant au début du la presque totalité de l’Anatolie, la Bulgarie, la Grèce centrale, la Serbie, la Macédoine et la Thessalie. L’Empire byzantin qui, sous Justinien s’était étendu sur l’ensemble de la Méditerranée orientale, était maintenant restreint à la capitale, Constantinople, au Péloponnèse et à quelques iles de la mer Égée ; de plus, il devait payer tribut aux OttomansNicol (1992) .
Afin de conserver leur autorité et leurs prérogatives à l’intérieur de l’empire, les empereurs durent, à partir de la deuxième moitié du avoir recours à la pratique de l’« apanage » en vertu de laquelle ils attribuaient à un membre de la famille impériale, souvent un frère cadet de l’empereur, un territoire qu’il gérait et au besoin défendait au nom de l’empereur, mais dont il conservait les revenus, exerçant ainsi un pouvoir semi-indépendantLaiou & Morrisson (2011) . C’est ainsi que le père d’Andreas, Thomas Paléologue fut nommé despote de Morée conjointement avec ses frères Théodore II et Constantin (le futur Constantin XI) de 1428 à 1443, puis avec Constantin de 1443 à 1449 et avec Démétrios de 1449 à 1460. Cette province prospère était composée de l’ensemble des territoires sous juridiction byzantine, c’est-à-dire l’ensemble du Péloponnèse moins les enclaves vénitiennes de Nauplie, Coron et Modon. Lorsque Théodore II partit pour Selymbria en 1443, Constantin et Thomas se partagèrent la Morée. Contrairement à son frère pro-turc, Démétrios, Thomas chercha à établir des alliances avec la papauté et les républiques italiennesKazhdan (1991) « Thomas II Palaiologos », vol. 3, Nicol (2005) Runciman (2009) .
Cherchant du secours à l’extérieur, les empereurs orthodoxes ne virent bientôt d’autre solution qu’une intervention de l’Europe chrétienne contre les Turcs et pour ce faire, à partir du milieu du , ils cherchèrent à se concilier la papauté. Inspirés par des intellectuels pro-occidentaux comme Démétrios Kydones et Manuel Chrysoloras, les empereurs crurent pouvoir négocier l’envoi de troupes contre la perspective d’une réunification des ÉglisesHarris (1995) . À cette fin, Jean V Paléologue (r. 1341 – 1376) s’était rendu à Rome en 1369 faire sa soumission personnelle au pape Urbain V mais sans rien obtenir d’autre que d’être retenu à Venise pour non-paiement de dettesNorwich (1995) lors du voyage de retour ; son oncle, Jean VIII (r. 1425 – 1448) avait participé au Concile de Florence en 1438-1439 où l’Union des deux Églises avait été proclamée, union aussitôt rejetée par le peuple et l’Église orthodoxeHarris (1995) Nicol (1992) . Devenu empereur, Constantin XI, avait envoyé des appels désespérés au pape en 1451 alors que les troupes de Mehmet II s’apprêtaient à capturer Constantinople ; la seule réponse qu’il reçut fut d’être ferme envers les opposants au décret d’Union et de faire proclamer celui-ci à Hagia Sophia Norwich (1995) .
Les jeunes années
thumb|right|Le cardinal Bessarion en 1476.
Constantin XI Paléologue perdit la vie alors qu’il défendait sa capitale, Constantinople, envahie par les Ottomans le Nicol (1992) . Andreas était né quatre mois auparavant, le . Il était le troisième enfant, mais le premier fils de Thomas Paléologue et de Catherine Zaccaria Nicol (1992) Les quatre enfants furent (1) Helena Palaiologina (1431 – 7 novembre 1473), (2) Zoé Palaiologina (vers 1449 – 7 avril 1503), (3) Andreas Paleologinos (17 janvier 1453 – juin 1502), (4) Manuel Paleologinos (2 janvier 1455 – avant 1512).. Après la conquête de Constantinople, des révoltes éclatèrent à la fois dans le territoire contrôlé par Démétrios et dans celui de Thomas; les deux frères durent faire appel au sultan pour mater celles-ci, à la suite de quoi ils durent lui payer un tribut de dix ou douze mille ducats tout en se voyant interdire de taxer les riches propriétaires fonciersRunciman (2009) .
En 1458, le tribut était déjà en retard de trois ans et Thomas espérait toujours une aide de l’Occident. L’année suivante, le sultan envahit leurs deux territoires à la suite de quoi il se retira en emmenant des milliers de prisonniers avec lesquels il comptait repeupler Constantinople, maintenant vide d’habitants. En , le pape Pie II (r. 1458 – 1464) convoqua un concile à Mantoue au cours duquel le cardinal Bessarion fit un appel éloquent pour défendre le Péloponnèse. Il en résulta plus d’enthousiasme que de gestes concrets. Les quelque deux cents soldats envoyés par le pape et la duchesse de Mantoue permirent à Thomas d’attaquer Patras sans succès, après quoi il se tourna contre les territoires de son frèreRunciman (2009) .
Excédé, le sultan décida d’en finir avec les querelles des deux frères et, en 1460, envahit l’ensemble du Péloponnèse. En , toute résistance avait cessé : Démétrios fut emmené en captivité, sa femme et sa fille étant placées dans le harem du sultan ; il devait terminer sa vie dans un monastère de Didymotika après être tombé en disgrâce Norwich (1996) Runciman (2005) . Thomas pour sa part alla se réfugier à Corfou après avoir prudemment emporté les reliques de Saint-André qu’il avait rapportées de PatrasRunciman (2009) Harris (1995) .
Laissant son épouse et ses enfants derrière lui, Thomas partit pour Rome où il fut accueilli par le pape à qui il présenta les reliques de l’apôtre. En retour, le pape lui accorda une pension et la permission de vivre à Rome. Catherine Zaccaria devait mourir en aout 1462, mais ce ne fut qu’en 1465 que Thomas fit venir ses enfants à Rome Zakythinos (1932) . Andreas, son frère Manuel et leur sœur Zoé, accompagnés de quelques membres de grandes familles byzantines arrivèrent à Ancône, mais ne devaient jamais revoir leur père qui décéda le .
Andreas était alors âgé de douze ans et Manuel de dix. Ils furent mis sous la garde du cardinal Bessarion, ancien moine orthodoxe qui avait déjà étudié à Mistra sous Gémiste Pléthon et vivait maintenant à Rome où il était passé au catholicisme romain après avoir dû quitter Constantinople parce qu'il s'était déclaré en faveur de l'union des Églises au concile de FlorenceZakynthos (1932) . Andreas, après s’être converti au catholicisme romain, continua de vivre à Rome où le pape Paul II (r. 1464 – 1471) le reconnut comme héritier légitime de Thomas et despote de Morée Harris (2013) Zakythinos (1932) .
Dans les premières années, son sceau portait l’aigle bicéphale des empereurs byzantins accompagné de la légende « Andreas Paleologus, dei gratia despotes Romeorum » (André Paléologue, par la grâce de Dieu, despote des Romains)Zakythinos (1932) . Considérant peut-être qu’il ne recevait pas tous les honneurs dus à son rang, il se mit bientôt à utiliser le titre d’ « Imperator Constantinopolitanus » (Empereur de Constantinople) Harris (1995) , un titre que n’avait jamais revendiqué son père Thomas dont le but était simplement de reconquérir le despotat de Morée. Il en fit usage pour la première fois en lorsqu’il publia un chrysobulle autorisant le gentilhomme espagnol Pedro Manrique, comte d’Osorno, ainsi que ses descendants à utiliser les armoiries des empereurs paléologues, de créer des comtes palatins et de légitimer ses enfants nés hors mariage Zakythinos (1932) .
Ce titre, qui ne correspondait pas à celui utilisé traditionnellement par les empereurs byzantins (« Empereur et autocrate des Romains »)Nicol (1992) , était toutefois celui en usage dans les cours européennes ainsi que par la papauté à l’endroit des empereurs de ConstantinopleVan Trich (2011) . Peut-être en raison de son éducation romaine, Andreas ne semble pas s’être rendu compte que ce titre ne correspondait pas au titre traditionnel de ses ancêtres.
Bien que la succession héréditaire n’ait jamais reçu de sanction officielle dans l’empire byzantinKarayannopoulos (1996) , Andreas fut reconnu comme héritier légitime des Paléologue, entre autres par le cardinal BessarionNicol (1992) ; le pape lui conféra le titre de « despote des Romains ». Georges Sphrantzès, l’un des conseillers de Thomas Paléologue, lors d’une visite en 1466 le reconnut comme « successeur et héritier de la dynastie des Paléologue ». Outre que de vouloir rétablir l’empire, Andreas insistait pour se voir rendre les honneurs dus à un empereur, insistant sur des détails protocolaires comme son droit à porter un cierge identique à celui des cardinaux au cours d’une procession en 1486 dans la chapelle Sixtine .
Les années difficiles
thumb|left|Andreas Paléologue durant son voyage à Moscou d’après une chronique russe du .
Avec la mort du pape Pie II et son remplacement par Sixte IV (r. 1471-1484) et le décès du cardinal Bessarion en 1472 commençaient pour Andreas les difficultés financières qui l’accompagneront tout le reste de sa vie Nicol (2005) .