Marguerite Eymery, épouse Alfred Vallette, dite Rachilde, née en Dordogne, à Château-l'Évêque (entre le bourg et Périgueux) le et morte à Paris le , est une femme de lettres française.
Elle publie également sous les pseudonymes de Jean de Chilra et Jean de Chibra.
Biographie Marie-Marguerite Eymery naît le au domaine du Cros., à Château-l'Évêque, de Joseph Eymery, capitaine adjudant-major au de chasseurs à cheval, et de son épouse Marie-Gabrielle FeytaudRegistre des Naissances de Château-l'Évêque, 1860, , Archives départementales de la Dordogne, consulté le .. Son père est un fils naturel du marquis d'Ormoy et officier ayant participé à la colonisation de l'Afrique. Sa mère, fille du rédacteur en chef du Courrier du Nord, vient d'une vieille famille bourgeoise et richement dotée.
Fille de militaire, rejetée par son père qui aurait voulu un garçon, et d’une mère excentrique adepte du spiritisme, elle refuse durant son adolescence un premier fiancé militaire proposé par son père, en mettant en balance un projet de suicide, et adopte le pseudonyme de Rachilde lors d’une séance de table tournante. Elle prétend alors que c'est Rachilde, un gentilhomme suédois du , qui lui dicte ses œuvres.
Dans son livre Quand j'étais jeune, écrit en 1947, elle décrit son enfance solitaire et meurtrie par le tempérament de ses parents. En effet, son père revient défiguré par la variole après la défaite de la France en 1870. Humilié, il devient violent et alcoolique tandis que la mère plonge dans la dépression et finit ses jours à l'asile de Charenton.
Son éducation est complexe : d'un côté, elle est élevée comme une femme héritière et ses faits et gestes sont surveillés de près ; de l'autre, elle est élevée par son père comme le serait un militaire.
Écrivant en cachette, elle envoie à quinze ans une de ses nouvelles à Victor Hugo qui lui répond : « Remerciements, applaudissements. Courage, Mademoiselle. »
Elle se rend ensuite à cheval à Périgueux pour persuader le directeur de L'Écho de la Dordogne de publier un reportage sur les manœuvres d'automne que l'armée organise dans la région.
Elle passe deux ans dans un couvent puis arrive à Paris à l'âge de 18 ans. Cavalière, elle manie également le pistolet et l'épéePanneau Histoire de Paris, 26 rue de Condé..
En 1880, son premier roman, La Dame des bois, est publié sous la forme d'un feuilleton dans le journal L’École des femmes.
Romancière prolifique, elle est l'autrice de plus de soixante-cinq ouvrages. S’habillant et se coiffant à la garçonne (elle fait même graver des cartes de visite au nom de ), elle s’intéresse très tôt aux questions d’identité sexuelle et d’inversion.
Son roman le plus célèbre, Monsieur Vénus, lui vaut une célébrité immédiate et largement sulfureuse. En effet, Rachilde y raconte l'étrange liaison d'une femme aristocrate, excentrique et dominatrice, et d’un ouvrier fleuriste féminisé par sa belle avant qu’elle ne consente à l'amour. Censuré en France, il est édité pour la première fois à Bruxelles, chez Auguste Brancart, en 1884. Ce n'est que cinq ans plus tard, en 1889, qu'il est publié en France, chez Félix Brossier.
La Tour d'amour (1899), autre roman sulfureux, met en scène un vieux gardien de phare (le phare d'Ar-Men, dont la construction fut sanglante), qui voit arriver le Maleux qui vient le seconder. Le Maleux se retrouve dans une ambiance confinée et morbide face au vieux gardien de phare qui guette les noyées pour pouvoir les aimer.
En 1885, elle demande et obtient une permission de travestissement de la préfecture de police. En 1889, après plusieurs aventures amoureuses (notamment avec Gisèle d'Estoc), elle consent finalement à un mariage de raison avec Alfred Vallette, directeur de la revue symboliste du Mercure de FranceLeur fille épousera Robert Fort, neveu du poète Paul Fort. Ce mariage est un mariage civil. Le couple a une fille.
Elle tient un salonDans son Journal littéraire, à la date du mardi , Paul Léautaud note : « Réouverture du Guignol Rachilde » dans les bureaux des éditions du Mercure de France qu'elle fonde, d'abord rue de l'Échaudé puis 26 rue de Condé, où elle reçoit des écrivains et poètes comme Jules Renard, Maurice Barrès, Pierre Louÿs, Émile Verhaeren, Paul Verlaine, Jean Moréas, Paul et Victor Margueritte, Francis Carco, André Gide, Catulle Mendès, Léo d'Orfer (Marius Pouget), Natalie Clifford Barney, Henry Bataille, Guillaume Apollinaire, Alfred Jarry, Léon Bloy, Remy de Gourmont, Joris-Karl Huysmans, l’astronome Camille Flammarion, Stéphane Mallarmé, Henry Gauthier-Villars dit « Willy », Jean Lorrain, Jean de Tinan, Laurent Tailhade, Louis Dumur et Oscar Wilde.
Ces salons ont une influence sur la littérature de leur temps, et cette romancière, longtemps considérée comme une excentrique, est aujourd’hui davantage reconnue comme l'une des plumes et des personnalités littéraires marquantes de la fin du .
En parallèle des salons, Rachilde tient la chronique des romans du Mercure de France, et ce jusqu'en 1925. Elle manifeste alors un dégoût évident pour les femmes de lettres.
À la fin des années 1920 et pendant les années 1930, le monde change et sa notoriété s'estompe. Le Mercure de France passe au second plan derrière La Nouvelle Revue française d'André Gide. Toujours célébrée par certains, elle est également fortement rejetée par d'autres pour son antiféminisme, son patriotisme xénophobe et antisémite, et ses romans surannés.
Sa signature autographe (Rachilde) figure sur l'un des feuillets signés par les convives du banquet mémorable donné le en l'honneur d'Apollinaire à l'ancien palais d'Orléans de l'avenue du Maine..
Rachilde meurt oubliée en 1953, âgée de 93 ans, à son domicile du 26 rue de Condé. Elle est inhumée au cimetière parisien de Bagneux ()..
Décorations
en 1949 (chevalière en 1924).
Œuvres vignette|Portrait de Rachilde par Félix Vallotton paru dans Le Livre des masques de Remy de Gourmont (1898). vignette|Photographie de Rachilde par Henri Manuel.
Publications anthumes “La Création de l’oiseau Mouche”, nouvelle parue dans L’Écho de la Dordogne du Les Grandes Manœuvres de Thiviers, Paris, 1879 Monsieur de la Nouveauté, Paris, 1880 La Femme du (fantaisie militaire), Périgueux, 1881 Histoires bêtes pour amuser les petits enfants d'esprit, Paris, 1884 Monsieur Vénus, roman matérialiste (avec Francis Talman), Bruxelles, Auguste Brancart, 1884 Nono, roman de mœurs contemporaines, Paris, 1885 Queue de poisson, Bruxelles, 1885 À mort, Paris, 1886 La Virginité de Diane, Paris, 1886 La Marquise de Sade, Paris, E. Monnier, 1887 Le Tiroir de Mimi-Corail, Paris, 1887 Madame Adonis, Paris, E. Monnier, 1888 Monsieur Vénus (avec préface de Maurice Barrès), Paris, Félix Brossier, 1889 Le Mordu, mœurs littéraires, Paris, Félix Brossier, 1889 L'Homme roux (nouvelle), Paris, Librairie Illustrée, , 1889 Minette, Paris, Librairie française et Internationale, 1889 La Sanglante Ironie, Paris, Léon Genonceaux, 1891 Théâtre, Paris, 1891 Le Château hermétique, Paris, le Mercure de France, 1892 L'Animale, Mercure de France, Paris, 1893 Le Démon de l'absurde, Paris, 1894 La Princesse des ténèbres, Paris, 1896 Les Hors Nature. Mœurs contemporaines, Paris, 1897 L'Heure sexuelle, Paris, 1898 La Tour d'amour, Paris, 1899 Contes et Nouvelles, suivis du Théâtre, Paris, 1900 La Jongleuse, Paris, Mercure de France, 1900 L'Imitation de la mort, nouvelles, Paris, 1903 Le Dessous, Paris : Mercure de France, 1904 Le Meneur de louves, Paris, 1905 Son printemps, Paris, 1912 La Terre qui rit, Paris, Éditions de la Maison du livre, 1917 Dans le puits ou la vie inférieure, Paris, Mercure de France, 1918 La Découverte de l'Amérique, Genève, 1919 La Maison vierge, Paris, 1920 La Souris japonaise, Paris, 1921 Les Rageac, Paris, 1921 Le Grand Saigneur, Paris, 1922 L'Hôtel du Grand Veneur, Paris, 1922 Le Château des deux amants, Paris, Flammarion, 1923 Le Parc du mystère (en collaboration avec F. de Homem Christo), Paris, Flammarion, 1923 Au seuil de l'enfer (en collaboration avec F. de Homem Christo), Paris, Flammarion, 1924 La Haine amoureuse, Paris, Flammarion, 1924 Le Théâtre des bêtes (illustrations de Roger Reboussin), Paris, Les Arts et le Livre, 1926 Refaire l'amour, Paris, Ferenczi, 1927 Alfred Jarry ou le Surmâle de lettres, Paris, Grasset, 1927 Le Prisonnier (en collaboration avec A. David), Paris, éd. de France, 1928 Madame de Lydone, assassin, Paris, Ferenczi, 1928 Pourquoi je ne suis pas féministe, Paris, éd. de France, 1928 La Femme aux mains d'ivoire, Paris, éd. des Portiques, 1929, Le Val sans retour (en collaboration avec J.-J. Lauzach), Paris, Fayard, 1929 Portraits d'hommes, Paris, Mornay, 1929 L'Homme aux bras de feu, Paris, Ferenczi, 1930 Les Voluptés imprévues, Paris, Ferenczi, 1931 Notre-Dame des rats, Paris, Querelle, 1931 Jeux d'artifice, Paris, Ferenczi, 1932 L'Amazone rouge, Paris, Lemerre, 1932 La Femme Dieu, Paris, Ferenczi, 1934, Mon étrange plaisir, Paris, Baudinière, 1934 L'Aérophage (en collaboration avec J.-J. Lauzach), Paris, Les écrivains associés, 1935 L'Autre Crime, Paris, Mercure de France, 1937, Les Accords perdus, Paris, Corymbes, 1937 La Fille inconnue, Paris, Imprimerie la technique du livre, 1938, Pour la lumière, Paris, Fayard, 1938 L'Anneau de Saturne, Paris, Ferenczi & fils, 1939 Face à la peur, Paris, Mercure de France, 1939 Duvet-d'Ange. Confession d'une jeune homme de lettres, Paris, Messein, 1943 Le Roman d'un homme sérieux. Alfred Vallette à Rachilde 1885-1889, Paris, Mercure de France, 1944 Survie, Paris, Messein, 1945 Quand j'étais jeune, Paris, Mercure de France, 1947
Publications posthumes À l'auberge de l'aigle, Reims, À l'Écart, 1977 L'Homme qui raille dans les cimetières, présentation de Paul Gayot, Paris, Éditions du Fourneau, 1982 14 Contes de jeunesse, présentation de Christian Soulignac, Paris, Éditions du Fourneau, 1983 Portrait de Hugues Rebell, Reims, À l'Écart, 1987 Auriant, Reims, À l'Écart, 1987 Lettre à Charles Régismanset, collection Lettres de Femmes , présentation de Christian Soulignac, Reims, À l'Écart, 1991 Trois Lettres à Alfred Jarry, présentation de Sylvain Goudemare, Paris, Les Silènes, 1991
Rééditions La Marquise de Sade, Paris, Léon Genonceaux, 1890 Monsieur Vénus, (avec préface de Maurice Barrès), couverture illustrée, Paris, Léon Genonceaux, 1890/1891, 1899, 1902 Monsieur Vénus, (avec préface de Maurice Barrès et une lettre autographe inédite), Paris, Flammarion, 1926, 1977, 1992, 1998 La Femme aux mains d'ivoire, Paris, J. Ferenczi et fils, avec bois originaux de Claude-René Martin), 1937 Le Château hermétique, sl, Ver Soli Ter, 1963 La Terre qui rit, Paris, Éditions du Fourneau, , 1980 L'Animale, Paris, Mercure de France, avec une préf. d’Édith Silve, 1993 Les Hors Nature, Paris, Séguier, , présentation de Jean de Palacio, 1993 Mon étrange plaisir, Paris, Éditions Joëlle Losfeld, , 1993 La Tour d'amour, Paris, Mercure de France, avec une préface d’Édith Silve, 1994 La Marquise de Sade, Paris, Gallimard, , avec une préface d’Édith Silve, Paris, 1996 Alfred Jarry ou le Surmâle de lettres, Arléa, 2007 Monsieur Vénus, Paris, Gallimard, , 2022 Monsieur Vénus suivi de Madame Adonis, Paris, Gallimard, , , 2024 Le Démon de l'absurde, préfacé et annoté par Nelly Sanchez, Paris, Les Éditions de la Reine Blanche, 2025
Textes associés Sade toujours !, collection La Marguerite , présentation de Christian Soulignac, Paris, Éditions du Fourneau, 1992 Nu primordial, collection La Marguerite , présentation de Christian Soulignac, Paris, Éditions du Fourneau, 1992 Cynismes, collection La Marguerite, , , présentation de Christian Soulignac, Paris, Éditions du Fourneau, 1995
Hommages Sa commune de naissance, Château-l'Évêque, a nommé une de ses voies du nom de « rue Rachilde »..
Colette mentionne l’autrice dans son roman autobiographique Le Fanal bleu (1949), se .