Georg Kaiser est un écrivain allemand, à la fois auteur de drames et de comédies, essayiste et poète, né à Magdebourg dans la province de Saxe) le et mort à Ascona en Suisse le .

Ce poète et écrivain prolifique de dialogues philosophiques et de drames historiques, de tragi-comédie et de romans s'est fait connaître pendant la Première Guerre mondiale. Auteur de plus de , dont la plupart ont été parmi les plus jouées en Allemagne entre 1919 et 1933, il est communément considéré comme un des membres éminents du courant littéraire expressionniste, surtout par les pièces de théâtre nées de ses écrits dialogués, et jouées de 1917 à 1922. Il a poursuivi sa carrière au début des années 1920 en s'attachant au retour à la sobriété et à l'objectivité fonctionnelle prônée par les avant-gardes dont il s'est pourtant méfié des irréductibles adhésions idéologiques. La capacité de recul sur le monde littéraire l'a rendu immédiatement suspect au régime nazi qui l'a voué à la solitude de la création, d'abord par la relégation contrainte hors du monde de la culture officielle puis par un rejet public de ses œuvres. La clandestinité de la résistance le mène à choisir l'exil individuel.

Biographie Enfance et jeunesse d'un écrivain Né en automne 1878 dans une famille de négociants à Magdebourg, Friedrich Carl Georg Kaiser est le cinquième des six fils d'un homme de banque et d'assurance, Friedrich Kaiser, et de son épouse Antonie Claassen. Mettant à part ses souvenirs de jeux d'enfants protégés dans une famille bourgeoise aisée et protestante, enrichie depuis deux générations par le négoce et le commerce, l'auteur quinquagénaire affirme en 1930 que l'imposante tradition qui émane de la cathédrale et l'effet de puissance du fleuve Elbe n'y compensent aux yeux de l'adolescent nullement la désolation ambiante dans un paysage de plaine bien peu fantastique.

Le jeune élève étudie à l'école puis entre au collège de l'abbaye Notre-Dame (Unserer Lieber Frau) de Magdebourg à 10 ans. Il y reste de 1888 à 1894. Ses meilleures occupations, assure-t-il a posteriori, étaient de jouer au football. Mais son intégration au lycée à 16 ans est compromise. Après son brevet, il est placé comme apprenti dans une librairie. Il quitte l'univers scolaire, après avoir accumulé un lourd scepticisme envers l'éducation et le savoir. Le rejet des études et de l'apprentissage d'un autre métier le conduit à la boutique à dix-sept ans et il prend le chemin du négoce où ses ancêtres ont fait fortune.

De la boutique au négoce international

Se sauver du savoir scolaire, c'est d'abord s'extirper de l'accablement par les exigences insensées et les humiliations récurrentes. Le départ du curieux lieu d'étude, héritage de l'antique otium, le livre aux occupations du negotium orientées vers des choses simples et triviales. Avec ce repos de la pensée, je n'apprenais plus mais le monde était ouvert, affirme-t-il.

Dans une paisible boutique après 1895, l'apprenti négociant s'exerce au remplissage des livres de comptes et de commerce dans un magasin d'import-export. À vingt ans, il rêve, jeune géographe en chambre tournant un globe terrestre, de découvrir en vrai la planète et un avide besoin de partir le saisit, que ce soit pour les pôles ou l'Amérique. La légende peut-être avérée indique qu'il travaille dans les cales du paquebot pour payer son voyage vers les terres lointaines en 1898. Il entre au service du groupe AEG ou Allgemeine Elektrisitäts Gesellschaft et tente l'aventure commerciale en Amérique du Sud en tant qu'employé de bureau (kontorist). Buenos Aires est une des bases de négoce d'une filiale de la prestigieuse société. Il y réside comme simple employé de comptabilité de 1898 à 1901.

Arrêt du négoce et retour au pays pour choisir une carrière littéraire

Le travail de bureau laisse à ce jeune homme hyperactif la possibilité d'étudier avec intensité la littérature antique, classique, contemporaine ainsi que la philosophie.

Georg Kaiser laissera penser que, début de fortune faite, un malaise ou une angoisse le saisit. À vingt-quatre ans, il met fin abruptement à l'exil. Il s'est décrit volontiers en riche gaspilleur de retour de l'Eldorado. De retour d'Amérique du Sud, il réside chez différents membres de sa grande famille.

Des études mieux avérées ont montré que l'employé de bureau est saisi de maladie fébrile, en particulier la malaria en 1901. Son retour sur les bords de l'Elbe s'impose pour des raisons sanitaires. D'autres informations moins divulguées rapportent un piteux état de malade, puis une longue dépression à son arrivée. Patient atteint d'une maladie nerveuse dérangeante et souvent sévère en 1902, il est soigné pendant plusieurs mois dans une clinique de soins, un sanatorium spécialisé à Berlin-Zehlenhoff. Ses bulletins de santé ont entravé tout appel raisonnable au service militaire.

Il serait aussi plausible qu'il s'en échappe momentanément par la fréquentation revigorante de la bohème artistique. Il soignerait aussi avec quelques amis fortunés sa mélancolie renaissante par de longs séjours en Italie, découvrant en lecteur assidu les philosophes antiques... à commencer par Platon. Mais à part l'intense plongée dans la lecture pendant ses moments de rémission, les escapades ne sont pas prouvées.

Avant trente ans, le jeune homme désargenté et sans emploi est protégé par sa famille après son retour et ses hospitalisations : il réside alternativement chez son frère Albert, pasteur à Trebitz et chez son autre frère Bruno, recteur à Schulpforta avant de revenir invariablement à la maison magdebourgeoise de ses parents. Ces derniers se soucient de l'avenir de leur fils Georg et le présentent sous son meilleur aspect auprès des filles bourgeoises richement dotées. À trente ans, Georg se marie le avec Margarethe Habenicht, née Dschenfzig, héritière d'une riche famille de marchands de Magdebourg. Le couple à l'abri des contingences et nécessités achète une villa sur la Bergstrasse à l'orée d'un bois, à Seeheim, commune actuelle de Seeheim-Jugenheim ainsi qu'une grande maison à Horn, quartier de Weimar. Son discours sur la période d'intense activité créatrice qui s'ouvre est simple : j'écris, je ne lis pas, j'écoute ma femme. Et effectivement, il écrit et compose des dialogues sur des thèmes choisis de diverses natures. Mis à part son épouse et un cercle restreint d'amis, il ne reçoit aucune reconnaissance du champ littéraire. Jusqu'en 1924, elles sont la riche matière de plus de quarante pièces jouées, mais aussi de poèmes, d'aphorismes et d'essais.

Le jeune auteur est publié. Une première œuvre dialoguée fondée sur une transposition du personnage biblique de Judith meurtrière d'Holopherne a attiré comme un aimant quelques professionnels de la scène : La Veuve juive (Die jüdische Witwe) publié par l'éditeur Fischer est représentée en 1911. La montée vers la reconnaissance littéraire s'amorce pour culminer avec Les bourgeois de Calais (Die Bürger von Calais) en 1914. Treize pièces pourtant sans succès jalonnent son premier et lent parcours d'auteur entre 1914 et 1916 bien avant d'obtenir la célébrité de dramaturge. Selon d'autres critiques allemands, la véritable reconnaissance littéraire n'apparaît qu'avec sa première œuvre vendue et critiquée par la presse en 1912, Von morgens bis mitternachts, soit De l'aube à minuit. Elle propose le voyage-fuite délictuelle d'un caissier de petite banque de Weimar à Berlin. La pièce de théâtre est montée en 1916, mais c'est surtout en 1917 avec une mise en scène magistrale au Deutsches Theater sur un décor de Ernst Stern, pastichant une toile de Piet Mondrian, que le succès est général. La mise en scène de Karlheinz Martin en 1920, la plus connue aujourd'hui, donne suite à un film la même année, le caissier étant joué par l'acteur Ernst Deutsch.

1917 est, selon ces mêmes critiques, le gros succès de scène de l'autre drame "Die Bürger von Calais" ou Les Bourgeois de Calais, présenté à Francfort (Frankfurt-am-Main). Cette pièce où ils affirment trouver une interprétation nietzschéenne, est jouée jusqu'en 1923. C'est en réalité une pièce-programme expressionniste annonçant l'homme-nouveau, marquée par de longs monologues, une langue dense et émotive qui emprunte beaucoup au style télégraphique du poète August Stramm.

La famille Kaiser s'est entretemps formée et agrandie avec deux fils, Dante Anselm, né en 1914 et Michaël Laurent, né en 1918 et une fille, Eva Sibylle née en 1919. Das Frauenopfer, pièce des temps napoléoniens jouée en 1918, exalte le pouvoir purifiant de l'amour sacrificiel.

Si la reconnaissance annonçant la célébrité de l'auteur est incontestable dès 1917, les ressources financières du couple Kaiser fondent comme neige au soleil estival. Dès 1918, à cause de placements difficiles, les premières difficultés financières surviennent. Georg Kaiser confiant investit de plus sans compter dans la réalisation du film sur sa pièce fétiche, Vom morgens bis mitternachts. Les difficultés financières s'alourdissent. En 1919, il vend les biens de sa femme. En 1920, ses biens immobiliers sont confisqués, en particulier les deux maisons du couple. Georg Kaiser est obligé coûte que coûte de prendre une activité rémunérée et part vivre avec sa famille tantôt à Munich tantôt à Tutzing.

Dans cette dernière localité, Georg Kaiser pris dans la spirale des dettes, hypothèque et place en gage le mobilier mitoyen de la villa louée qu'il occupe temporairement. L'acte est assimilé à un vol et le chef de famille est emprisonné préventivement en à Berlin en attente d'un procès pour dettes. L'auteur reconnu entend mener sa défense devant le public curieux en invoquant la sacro-sainte immunité de l'artiste, être au-dessus des ordres communs de la vie triviale. Bien que le maladroit avocat soit adepte de la noblesse, fervent animateur d'une humanité valeureuse et pleine de pitié, et fasse la louange de sa femme, mère inquiète qui élève leurs trois jeunes enfants, et brosse le tableau d'un mari empêtré dans son surendettement, ses tirades contre la respectabilité bourgeoise et son apologie autant autopromotionnelle qu'anti-conventionnelle de l'artiste libre sonnent à vide dans l'enceinte de justice. Elles provoquent sa déchéance aux yeux de la cour accroissant la peine infligée. Il est condamné à un an de prison auprès du tribunal compétent de Munich. Il est toutefois libéré en du centre pénitentiaire de Stadelheim où il purge sa peine, attestant une bonne conduite. En 1921, les dettes accablent encore le ménage Kaiser insolvable qui doivent élever leurs enfants sans résidences fixes. La caution pour un appartement à Grünheide dans la commune de Mark, près de Berlin, est finalement assurée par l'entreprise d'édition qui utilise les services de l'écrivain régulièrement, la Gustav-Kiepenheuer-Verlag.

L'appartement de Grünheide am Peetzsee lui permet de stabiliser sa vie familiale et de retrouver une intense concentration vers la littérature. En 1923, durant la crise inflationniste, il vole une miche de pain pour nourrir sa famille, ce qui le conduit en prison plusieurs semaines du fait de ses antécédents judiciaires. Cette anecdote sans mention de ses antécédents a été narrée à l'envi par l'écrivain, soucieux de faire disparaître sa première captivité.