Le château de Bodiam (Bodiam Castle en anglais), construit au , est situé près de Robertsbridge dans le Sussex de l'Est en Angleterre.
Il fut construit en 1385 par Sir Edward Dalyngrigge, un ancien chevalier d'Édouard III d'Angleterre, avec la permission de Richard II d'Angleterre qui voyait dans sa construction un moyen de défense contre une invasion française lors de la guerre de Cent Ans. Il est bâti sur une base carrée entourée de douves et ne possède pas de donjon.
Le château fut la propriété de plusieurs générations de Dalyngrigge et quand leur lignée s'éteignit, le château devint, par le biais de mariage, propriété de la famille Lewknor. Lors de la guerre des Deux-Roses, Sir Thomas Lewknor soutint la maison de Lancastre et, quand Richard III d'Angleterre de la maison d'York accéda au trône, des forces armées furent envoyées pour assiéger le château. Le château fut confisqué puis rendu aux Lewknor quand Henri VII d'Angleterre de la maison Tudor devint roi en 1485. Les Lewknor possédèrent le château jusqu'à la fin du .
Au début de la Première Révolution anglaise en 1641, le château de Bodiam était la propriété de John Tufton, deuxième comte de Thanet. Il soutint les royalistes et dut vendre le château pour payer des amendes au Parlement. Le château fut laissé à l'abandon et tomba en ruines jusqu'à son rachat par John Fuller, en 1829, qui restaura en partie le château avant de le revendre à George Cubitt, premier baron Ashcombe. Il entreprit également des restaurations pour Bodiam Castle tout comme son successeur à la propriété, George Curzon, premier marquis Curzon de Kedleston.
Le château devint finalement monument classé de niveau 1 et fut donné par Lord Curzon à sa mort au National Trust for Places of Historic Interest or Natural Beauty en 1925. Il est aujourd'hui ouvert au public.
Contexte vignette|gauche|250px| Enluminure du illustrant la mort de Wat Tyler, leader de la Révolte des Paysans en 1381. Édouard Dalyngrigge aida Richard II à réprimer cette révolte.
Étant le fils cadet, Edward Dalyngrigge fut de ce fait privé des biens de son père respectant ainsi le principe du droit d'aînesse. Il dut se créer lui-même sa propre fortune. En 1378, il devint propriétaire du manoir de Bodiam par le biais de son mariage qui le fit entrer dans une famille de propriétaires fonciers. De 1379 à 1388, il reçut le titre de du comté de Sussex et devint l'une des personnes les plus influentes de ce comté. Au moment où il demanda au roi une autorisation pour construire un château, la guerre de Cent Ans opposant l'Angleterre à la France durait depuis près de 50 ans. Édouard III d'Angleterre (qui régna de 1327 à 1377) revendiqua avec insistance son accession au trône français et obtint les territoires d'Aquitaine et de Calais. Dalyngrigge fut l'un des nombreux anglais à voyager en France pour y faire fortune en tant que membres des Grandes compagnies, des groupes de mercenaires combattant pour le parti le plus offrant. Il partit pour la France en 1367 et voyagea avec Lionel d'Anvers, duc de Clarence et fils d'Édouard III. Après avoir combattu sous le titre de comte d'Arundel, Dalyngrigge rejoignit la compagnie de Sir Robert Knolles, un célèbre commandant qui avait la réputation d'avoir fabriqué couronnes britanniques en or à la suite de divers vols et pillages alors qu'il était mercenaire. C'était en tant que membre des grandes compagnies que Dalyngrigge amassa de l'argent pour construire le château de Bodiam ; il retourna en Angleterre en 1377.
Le traité de Bruges assura la paix pendant deux ans, mais à la suite de son expiration, les combats entre l'Angleterre et la France reprirent. En 1377, Édouard III fut remplacé par Richard II. Pendant la guerre, l'Angleterre et la France se disputaient le contrôle de la Manche, des raids avaient lieu sur les deux côtes. Avec la reprise des hostilités, le Parlement décida, à la suite d'un vote, de consacrer de l'argent afin de défendre et de fortifier la côte sud de l'Angleterre, et des moyens défensifs furent érigés dans le Kent pour prévenir une éventuelle invasion française. Il y avait des troubles internes ainsi que des menaces extérieures, et Dalyngrigge s'impliqua pour réprimer la Révolte des paysans de 1381. Le manoir de Bodiam obtint une charte en 1383 permettant la tenue d'un marché hebdomadaire et d'une foire annuelle. En 1385, une flotte de navires, parmi lesquels se trouvaient cogues, barges et galères, se rassembla à L'Écluse, une ville située dans la Flandre, avec pour but de traverser la Manche. La population du Sud de l'Angleterre était dans un état de panique. Plus tard au cours de l'année, Édouard Dalyngrigge obtint une son manoir.
Construction et usage
vignette|droite|250px|Le château de Bodiam a été construit sur un nouveau site.
Au lieu d'utiliser l'autorisation que lui avait délivrée Richard II pour refortifier le manoir qui existait déjà, Dalyngrigge choisit plutôt un nouveau site afin d'y construire un château. La construction fut achevée en une seule phase, et les différentes parties du château ont quasiment toutes le même style architectural. L'archéologue David Thackray en a déduit que le château de Bodiam avait été construit rapidement, probablement en raison de la menace française qui planait. La construction des châteaux en pierre prenait un temps considérable et coûtait cher, le prix atteignant souvent des milliers de livres.
Dalyngrigge fut capitaine du port de Brest de 1386 à 1387 et, par conséquent, il fut absent lors des premières années de la construction du château. L'ancien manoir devint alors la résidence principale de Dalyngrigge ainsi que le centre administratif du nouveau manoir. La date exacte correspondant à la fin de la construction du château de Bodiam ne fut pas consignée, mais Thackray pense que c'était avant 1392; Dalyngrigge ne passa que très peu de temps dans le château achevé, puisqu'il mourut en 1395.
Les domaines que possédait Édouard, le château y compris, furent hérités par son fils John Dalyngrigge. Tout comme son père, John jouissait de la faveur du roi et était décrit comme le "Chevalier du Roi". En 1400, le roi lui accorda une allocation annuelle de 100 marks. Il décéda le . Selon son testament, ses biens revenaient à sa veuve Alice. John et Alice n'avaient pas d'enfants, donc lorsque cette dernière décéda en 1443, les divers domaines ainsi que le château revinrent à Richard Dalyngrigge, le cousin de John. Richard mourut sans descendance, par conséquent, conformément au testament de John, les biens furent transmis à Philippa, la sœur de Richard en 1470. Son époux, Sir Thomas Lewknor, était lui issu d'une grande famille du comté de Sussex qui possédait des terres dans tout le pays.
Sir Thomas Lewknor soutenait la maison de Lancastre pendant la guerre des Deux-Roses qui commença en 1455. Lorsque Richard, qui faisait lui partie de la maison d'York, monta sur le trône sous le nom de Richard III en 1483, Lewknor fut accusé de trahison et de lever des hommes d'armes dans le sud-est de l'Angleterre. En , l'oncle de Lewknor et Thomas Howard, alors comte de Surrey, reçurent l'autorisation de lever des hommes et d'assiéger le château de Bodiam, lieu où Lewknor était basé. II n'y a aucune preuve quant à la durée du siège, Thackray affirme lui que Lewknor se rendit sans trop de résistance. Sa propriété fut confisquée, et Nicholas Rigby fut déclaré connétable du château. Lorsque accéda au trône anglais, le fut révoqué, et le château de Bodiam revint à Lewknor. Cependant, ce ne fut qu'en 1542 que la famille récupéra la totalité de ses terres. Le château de Bodiam passa dans les mains de plusieurs générations de la famille Lewknor. Bien que l'on puisse retracer les noms des divers propriétaires qui héritèrent du château au , peu d'informations sont indiquées quant à la fonction qu'il avait à cette époque, ou si la famille y passait beaucoup de temps.
Après la mort de Sir Roger Lewknor en 1543, ses descendants se partagèrent ses biens, le château et le manoir furent alors divisés. John Levett de Salehurst acheta le château en 1588. En 1623, la plupart des propriétés de Bodiam furent achetées par Sir Nicholas Tufton, qui allait devenir par la suite . Son fils, John Tufton, hérita des biens de Nicholas après la mort de son père en 1631. Ce fut John Tufton qui fit à nouveau du château et du manoir une seule propriété lorsqu'il acheta le château de Bodiam en 1639.
John Tufton était un partisan de la cause royaliste lors de la Première Révolution anglaise, il mena une attaque à Lewes, et fut impliqué dans une défaite subie par les Royalistes à Haywards Heath. Le Parlement confisqua une partie de ses terres en 1643, et davantage en 1644, et le condamna à une amende de (1,3 million de livres en 2008). Afin de pouvoir payer en partie cette amende, Tufton vendit le château de Bodiam pour ( en 2008) à Nathaniel Powell, un partisan du Parlement en .
Ruine pittoresque
vignette|gauche|250px| Gravure de Samuel et Nathaniel Buck datant de 1737. Le château de Bodiam vu du nord-est.
Après la guerre civile, Powell fut déclaré baronnet par Charles II. Bien qu'il n'existe aucune indication concernant la date à laquelle le château de Bodiam fut démantelé (détruit sans opposition), on situe cet acte probablement après l'achat du château par Powell. Pendant et après la première Révolution, de nombreux châteaux furent détruits volontairement, sans rencontrer d'opposition, afin d'empêcher qu'on les utilise à nouveau. Ils ne furent pas tous détruits complètement, et dans certains cas, on prit soin de ne pas abîmer la structure inutilement.
À Bodiam, on jugea suffisant de démanteler la barbacane, les ponts, et les bâtiments situés à l'intérieur du château. À la mort de Nathaniel, en 1674 ou 1675, le château de Bodiam revint à son fils qui se prénommait lui aussi Nathaniel. Après le second Nathaniel, ce fut Elizabeth Clitherow, sa belle-fille, qui en hérita.
En 1722, Sir Thomas Webster acheta le château. Pendant plus d'un siècle, le château de Bodiam et le manoir qui lui était associé appartint aux générations successives de la famille Webster. Ce fut à cette période que le site devint populaire, apparaissant comme une sorte d'attraction touristique précoce en raison de son lien avec l'époque médiévale. Les premiers dessins du château de Bodiam datent du milieu du , on le dépeignait alors comme une ruine recouverte de lierre. Les ruines et les bâtiments médiévaux tel que le château de Bodiam servirent d'inspiration au style néogothique et à la rénovation des anciennes structures.
Le troisième Sir Godfrey Webster commença à chercher des acheteurs pour le château en 1815, et parvint finalement à le vendre ainsi que 24 acres (10 ha) des terres avoisinantes à pour ( en 2008). Fuller répara l'une des tours, ajouta de nouvelles portes sur le site, et détruisit une maison qui avait été construite à l'intérieur du château au ; il est supposé avoir acheté le château pour empêcher la famille Webster de le démanteler et de réutiliser ses matériaux.
George Cubitt qui devint plus tard le , acheta le château et ses 24 acres (), pour plus de ( en 2008). Cubitt poursuivit les travaux de rénovation commencés par Fuller. Il ordonna la première étude détaillée du château de Bodiam en 1864, et entreprit de réparer la tour située dans le coin sud-est du site, qui s'était presque totalement effondrée. Étant donné qu'à cette époque là, la mode était de recouvrir les murs de lierre, on ne détruisit pas la végétation malgré ses effets néfastes sur la maçonnerie, et les arbres qui avaient pris racine dans la cour furent préservés.
vignette|droite|250px|Aquarelle de Wilfrid Ball datant de 1906 dépeignant les ruines recouvertes et les douves négligées du château. Après avoir été partiellement démantelé, Bodiam ne fut plus qu'une ruine pittoresque.