Joseph Crespo dit Monsieur Jo, né le à Elne (Pyrénées-Orientales) et mort le à Mably (Loire), est un joueur français de rugby à XV et international français de rugby à XIII, évoluant aux postes de demi de mêlée, de demi d'ouverture ou de centre.
Enfant de Perpignan, il découvre le rugby à XV au sein du club de quartier de l'Avenir sportif perpignanais aux côtés d'un dénommé Puig-Aubert puis tous deux rejoignent l'U.S.A. Perpignan. J. Crespo devient champion de France juniors en 1943 puis champion de France seniors en 1944 dans une équipe perpignanaise comprenant Joseph Desclaux, Puig-Aubert et Frédéric Trescases contre l'Aviron bayonnais de Jean Dauger sur le score de 20-5.
Le rugby à XIII réapparaît en France en 1944 après son interdiction durant la Seconde Guerre mondiale ; J. Crespo, à l'instar de nombreux Perpignanais tels qu'Henri Riu, rejoint ce code de rugby et s'engage au sein du R.C. Roanne de Claudius Devernois en 1945. Au sein du club roannais, au côté de René Duffort avec qui il perfectionne la passe croisée, il remporte à deux reprises le Championnat de France en 1947 et 1948, puis il rejoint l'U.S. Lyon-Villeurbanne pour deux autres titres en 1951 et 1955, complétés de deux titres de Coupe de France en 1953 et 1954.
Demi de mêlée référence du Championnat de France, capable de jouer en demi d'ouverture ou centre avec autant de succès, il compte également avec l'équipe de France, prenant part aux titres de la Coupe d'Europe des nations en 1949, 1951 et 1952, à la Tournée de l'équipe de France de rugby à XIII en 1951 en Australie et Nouvelle-Zélande, et à la finale de la Coupe du monde en 1954.
Biographie Enfance, jeunesse et débuts en rugby à XV avec succès à Perpignan
Joseph Édouard Casimir Crespo naît le à Elne (Pyrénées-Orientales). Son père, Second Crespo (né à Beneixama en Espagne le puis naturalisé français en 1937), est chauffeur d'automobile, et sa mère, Françoise Cabot (née à Collioure le et décédée à Perpignan en 1983), sans profession.. Il a un frère, René (1919-2009).. J. Crespo épouse Suzanne Marcel (née à Roanne en 1927), avec qui il a trois filles : Françoise, Josette et Catherine..
Né à Elne, Joseph Crespo s'adonne au rugby à XV dès son plus jeune âgeAndré Passamar, La Légende dorée, Treize Magazine, 1978.. Il déménage dans le quartier de la gare de Perpignan et intègre en 1940 le club de l'Avenir sportif perpignanais, où il trouve Gaston ComesHenri Garcia, Rugby Champagne, La Table Ronde, 1961 . et un dénommé Puig-Aubert. Ce dernier et J. Crespo rejoignent ensuite le grand club de la ville : l'U.S.A. Perpignan. Surclassé, il intègre rapidement l'équipe première tout en continuant à jouer pour les juniors. Au poste de demi de mêlée, il remporte en 1943 la Coupe Frantz-Reichel (champion de France des moins de ) puis, titulaire au sein de l'équipe première perpignanaise, il remporte le Championnat de France de 1944. La finale, disputée à Paris au Parc des Princes, voit la victoire des Catalans 20-5 sur l'Aviron bayonnais de Jean Dauger et Jean Dubalen. alt=Joseph Crespo sous le maillot de l'U.S.A. Perpignan en 1944|thumb|Joseph Crespo sous le maillot de l'U.S.A. Perpignan en 1944. L'équipe perpignanaise compte alors de nombreux juniors qui feront les beaux jours du rugby d'après-guerre. J. Crespo se distingue au poste de demi de mêlée et constitue l'un des grands espoirs du rugby. À ses côtés se trouvent, encadrés par l'expérimenté capitaine Joseph Desclaux, Louis Carrère, Lucien Barris, Ambroise Ulma, Marcel Blanc, Frédéric Trescazes et Robert Puig-Aubert.
En , sa progression est interrompue : il est pris dans une rafle sur Perpignan et il part en Allemagne pour le Service du travail obligatoire durant une année. Il travaille alors pour la société Gutehoffnungshütte à Oberhausen.
1945 : départ au rugby à XIII et grand joueur du R.C. Roanne et de l'équipe de France
1945-1946 : intégration dans la grande équipe du R.C. Roanne thumb|alt=Photo-portrait de son ami et coéquipier Henri Riu|Henri Riu sert de chaperon à Joseph Crespo à son arrivée au R.C. Roanne. À son retour du STO, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le rugby à XIII ressuscite après avoir été interdit par le régime de Vichy soutenu par les instances de rugby à XVJean-Christophe Collin, « La grande spoliation », p.38, Le magazine L'Équipe, 11 mai 2013. Pour relancer ce code de rugby, ses dirigeants se lancent à recruter les meilleurs jeunes joueurs de rugby. J. Crespo, ayant brillé sous le maillot de l'USA Perpignan, fait partie des joueurs qui franchissent le Rubicon : il s'engage avec le club du R.C. Roanne dans la Loire, relancé par l'homme d'affaires Claudius Devernois, et en parallèle travaille au sein de l'entreprise Devernois. J. Crespo est accompagné dans ce changement de code par son coéquipier perpignanais Henri Riu qui lui sert de chaperon. Le R.C. Roanne est l'un des clubs les plus prestigieux d'avant-guerre, vainqueur du Championnat de France en 1939 avec notamment René Arotça, Jean Dauger et Max Rousié.
Joseph Crespo n'est pas la seule recrue prestigieuse de cette équipe qui se positionne rapidement comme l'un des grands acteurs du Championnat de France. L'équipe, entraînée par Jean Duhau, est composée notamment de Pierre Taillantou, Robert Joly, des Catalans Riu, Élie Brousse et Gaston Comes, de l'arrière Jean Barreteau et des anciens revenants présents avant la guerre Robert Dauger (frère de Jean Dauger), Vincent Martimpé-Gallart et Henri Gibert.
Durant cette saison, J. Crespo ne peut pas pleinement donner la mesure de son talent au printemps, étant en retrait des terrains pour blessures pendant plus de deux mois entre février et et ne pouvant pas prendre part aux demi-finales. L'équipe du R.C. Roanne atteint les demi-finales du Championnat de France et de la Coupe de France mais est vaincue à ce stade de la compétition respectivement par l'AS Carcassonne 15-3 et le XIII Catalan 8-7.
1946-1947 : premier titre de Championnat de France
Lors de la saison 1946-1947, l'équipe roannaise est renforcée par l'arrivée de René Duffort. Les deux ensemble vont alors écrire quelques-uns des grands exploits du XIII d'après-guerre et perfectionnent avec talent la passe croisée qui fait leur renommée. L'entraîneur Jean Duhau, appelé à construire le R.C. Marseille de Paul Ricard, est remplacé par l'ancien joueur international Robert Samatan, la confiance est laissée à J. Crespo au poste de demi de mêlée, bien qu'il soit aligné à diverses reprises aux postes de centre ou d'ailier au cours de la saison.
R. Samatan n'aligne jamais au cours de la saison la même équipe titulaire, préférant permuter les joueurs à leurs postes respectifs pour surprendre tactiquement leurs adversaires. Ainsi, J. Crespo, formé depuis ses années en junior au poste de demi de mêlée, se voit parfois placé à l'aile tandis que Pouy passe demi de mêlée. Malgré ces changements qui déroutent les propres supporters du club roannais, le R.C. Roanne effectue une saison de haute qualité, occupant les premières places du classement du Championnat tout au long de la saison. J. Crespo effectue une saison enfin complète et s'impose clairement titulaire dans le XIII de départ roannais. Il est par exemple l'un des artisans de la victoire des siens face au XIII Catalan en huitième de finale de la Coupe de France. Vainqueur de la saison régulière du Championnat, le R.C. Roanne se qualifie pour la finale et peut observer ses adversaires disputer des barrages. C'est l'A.S. Carcassonne de Puig-Aubert qui sort vainqueur de ces confrontations, éliminant le F.C. Lézignan puis Bordeaux-Bayonne. Bien qu’elle n'ait pas fini première de la saison régulière, l'A.S. Carcassonne, tenant du titre, est favorite contre le R.C. Roanne. La finale, disputée au stade municipal de Lyon, oppose les deux meilleures équipes de la saison comptant bon nombre d'internationaux français dans leurs rangs. Le R.C. Roanne réalise la rencontre parfaite face à une équipe carcassonnaise inefficace et en panne d'inspiration une semaine après leur titre en Coupe de France. Dans une rencontre achevée 19-0 avec treize points inscrits par Gaston Comes désigné homme du match, J. Crespo, placé à l'aile et abattant plus de travail défensif qu'offensif, parvient toutefois à inscrire l'un des essais roannais et se met en vedette au cours de ce match malgré peu de bons ballons à son égard. Il porte en triomphe leur capitaine Pouy après le coup de sifflet final avec ses coéquipiers Barreteau, Duffort et Taillantou. Il s'agit du premier titre de Championnat de France de rugby à XIII de J. Crespo, lui qui avait remporté le Championnat de France de rugby à XV en 1944 avec l'U.S.A. Perpignan.
1947-1948 : second titre de Championnat de France et premières capes internationales
Pour la saison 1947-1948, Robert Samatan est reconduit dans ses fonctions d'entraîneur, mais Gaston Comes et Élie Brousse ont quitté le club. Joseph Crespo reste, quant à lui, un des éléments incontournables au R.C. Roanne en raison de sa polyvalence, avec une préférence au poste de demi de mêlée mais tout aussi performant au centre et à l'aile., et peut dépanner au poste de demi d'ouverture en cas d'absence de Pierre Taillantou.. Le club roannais est prétendant à son propre titre avec pour principale concurrence l'A.S. Carcassonne et le R.C. Marseille. En , J. Crespo dispute dans le cadre de la tournée de l'équipe de Nouvelle-Zélande en Europe des matchs de sélections, d'une part avec les Catalans de France puis avec une sélection du Lyonnais. Grâce à ces deux prestations de qualité, il se distingue et se positionne comme un vrai prétendant à l'équipe de France. et réaffirme que son poste de prédilection est bien demi de mêlée : il considère y . Sa première cape internationale est confirmée quelques jours avant la rencontre contre la Nouvelle-Zélande : il est associé à la charnière à l'expérimenté Robert Caillou et est préféré à son partenaire du club René Duffort qui se remet d'une entorse à la cheville.. Malgré une large victoire, J. Crespo ne réalise pas la partie escomptée. mais pose ses premiers jalons en équipe de France qu'il côtoie jusqu'en 1954.. thumb|left|Joseph Crespo en possession de la balle face aux Carcassonnais Jean Poch et Édouard Ponsinet. Convoqué pour France-pays de Galles en , il décline la sélection en raison d'un décollement des muscles de l'épaule mais retrouve sa place pour le France-Angleterre qui se dispute au stade Vélodrome de Marseille en avril. Ce match détermine le vainqueur de l'édition 1948 de la Coupe d'Europe. Associé à Pierre Taillantou à la charnière, J. Crespo ne réussit pas une performance de haute volée avec des transmissions de passes vers son ouvreur inefficaces, et la France est défaite 25-10 par une Angleterre emmenée par un demi de mêlée Thomas Bradshaw qui a pris le dessus sur J. Crespo..
En club toutefois, J. Crespo aligne les belles performances en cette fin de saison en Championnat, tandis que le R.C. Roanne est éliminé en quart de finale de la Coupe de France par l'A.S. Carcassonne, rencontre à laquelle il ne prend pas part en raison de sa blessure à l'épaule fin . Terminant second de la saison régulière derrière l'A.S. Carcassonne, le R.C. Roanne affronte en demi-finale le R.C. Marseille une semaine après la rencontre contre l'Angleterre. La victoire sur les Marseillais, au cours de laquelle J. Crespo marque un essai, est obtenue sur le score de 16-11, et pour la deuxième année consécutive la finale du Championnat de France oppose l'A.S. Carcassonne au R.C. Roanne..