Le jiu-jitsu brésilien (; , ), est un art martial, un sport de combat et un système de défense et d’attaque dérivé de techniques du judo et du ju-jitsu, historiquement développé par la famille Gracie au Brésil.
Histoire
thumb|Sensei Mitsuyo Maeda (1904). thumb|Maître Hélio Gracie (2004).
Mitsuyo Maéda, né au Japon en 1879, pratique d'abord le sumo, avant d'entrer au Kōdōkan, l'école de judo de Jigorō Kanō, en 1897. En 1904, alors dan de judo, il part aux États-Unis, avec Tsunéjiro Tomita, pour faire la démonstration de cette nouvelle discipline en affrontant des lutteurs. Il effectue un premier séjour au Brésil en 1907, puis en 1914 à Belém. Il participe alors à l'établissement de la colonie japonaise au Brésil en 1920. Au cours de ces séjours au Brésil, il participe à des combats de lutte libre (vale-tudo) pour montrer la supériorité du Kōdōkan et pour gagner un peu d'argent. Il est alors surnommé « Conde Koma ». Durant cette période, il est aidé par Gastão Gracie, descendant d'une famille écossaise. En remerciement, il enseigne l'art du combat à son fils, Carlos Gracie, qui l'enseigne à son tour à ses frères, Oswaldo, Gastão Jr et George Jr (Gastão et Cesalina Gracie avaient huit fils). Devenu leader du clan Gracie, le jeune élève Carlos, attiré par le combat réel, utilise les techniques enseignées par Maéda. Carlos Gracie commence à tester lui-même ces techniques en lançant lui aussi des défis. Carlos Gracie a alors la réputation de combattre n'importe qui, sans distinction de taille ou de poids. Il demeure invaincu et devient une légende au Brésil. Helio Gracie est un autre frère de Carlos, mais le médecin lui avait déconseillé de pratiquer, en raison de sa santé fragile et il se contente donc de regarder et d'écouter l'enseignement de son frère. À l'âge de 16 ans, il remplace Carlos lors d'un cours, en se servant de ce qu'il avait mémorisé. Il commence ainsi la pratique du ju-jitsu, mais focalise sa pratique sur le travail au sol. Une première tentative d'imposer cet art martial face à l'école japonaise échoue ainsi en 1951, avec la défaite d'Helio Gracie face au champion du Japon de Judo, Masahiko Kimura. Celui-ci récidive cependant 8 ans plus tard en venant à bout de Santana, champion de Gracie jiu-Jitsu.
Incohérences et exagérations
Cependant, de nombreuses incohérences apparaissent dans cette histoire lorsqu'elle est confrontée à des sources historiques. En 2000, les éditions Global Training Report publient un article de Roberto Pedreira à propos de George Mehdi, pratiquant de judoRoberto Pedreira pour GTR - 2000, contredisant une bonne partie de l'histoire officielle. En 2008, Reila Gracie, fille de Carlos Gracie et mère de Roger Gracie, publie une biographie de son père dont le contenu conséquemment avec l'histoire sus-mentionnée, mais ce livre n'était pas encore traduit ni facile d'accès en dehors du Brésil à cette époque.
Jiu-Jutsu in the South Zone Choque: The Untold Story of Jiu-Jitsu in Brazil (trois volumes couvrant la période de 1856 à 1999) Craze (trois tomes dont le dernier est sorti en 2020)
Mythe des techniques uniques de combat de rue Cela étant dit, toutes les techniques utilisées par les Gracie étaient déjà utilisées par les autres pratiquants de judo et de lutte libre (la scission technique eut lieu bien plus tard). De même, les preuves indiquent que les Gracie ont souvent redécouvert de vieilles techniques de Jû Jutsu grâce à l'influence de judokas tels que Takeo Yano, Haroldo Brito, Oswaldo Alves, et George Mehdi. Helio Gracie dira lui-même ne pas avoir inventé les techniques de jiu-jitsu qu'il utilisait.
L'un des points exagérés est également l'utilisation du Gracie Jiu Jitsu systématiquement lors de combats de rue : ces combats étaient régulièrement inattendus, et impliquaient des armes et des combattants en groupe. Une fois, Helio Gracie a combattu en "tirant la garde" dans une configuration typique du jiu jitsu brésilien moderne, et a été hospitalisé après avoir été gravement blessé. Rorion Gracie a ensuite changé sa version de l'histoire pour dire qu'Helio n'avait qu'inventé la méthode d'entraînement, mais George Mehdi utilisait la même méthode et l'avait apprise de Takeo Yano.
Mystifications autour d'Helio Gracie
Cela dit, en 1967, le musée de l'image et du son, créé en 1963 par le gouverneur Carlos Lacerda, décidé d'honorer les meilleurs athlètes de l'histoire du Brésil. Trente-quatre athlètes furent nommés, et vingt-sept reçurent au moins un vote. Helio fit partie des huit à ne recevoir qu'un seul vote (un joueur de ping-pong reçut deux votes, à titre de comparaison).
Mystifications autour des combats menés A propos des combats contre des judokas japonais, il est souvent raconté qu'Helio Gracie aurait défait le judoka Kato, vice-champion du monde pesant vingt kilogrammes de plus qu'Helio. Cette assertion n'a jamais été vérifiée puisqu'il n'y avait pas de pesée, et que les promoteurs et la presse ne faisaient que des estimations de poids. Kato faisait en fait probablement le même poids qu'Helio, d'après les témoins. Par ailleurs, Kato était en réalité un compétiteur régional, qui a obtenu un premier match nul contre Helio Gracie, avant de perdre effectivement contre Helio Gracie qui l'a soumis par étranglement lors de leur second combat.
Helio Gracie a été décrit comme le gagnant d'un combat contre le boxeur Erwin Klausner a Belo Horizonte, le 26 Septembre 1937, mais cette assertion est à mettre en doute, car les journalistes se trompaient souvent parmi les frères Gracie, et Helio disait n'avoir qu'une seule fois combattu hors de Rio. Les articles de presse ne montrant aucune photographie du combat, il est possible que ce combat ait en fait été mené par George Gracie, qui vivait effectivement à Belo Horizonte. A cause du même genre d'incertitude, il est possible qu'Helio n'a pas perdu un combat contre le lutteur Dudu en 1937, et que ce soit en fait George qui ait perdu.
En ce qui concerne le titre de champion de Jiu-Jitsu, Helio s'est proclamé "champion du Brésil" après avoir affronté Landolfo Caribé, qui n'avait aucun record professionnel (même Carlos et Helio ont admis que Caribé n'était pas qualifié pour un tel combat). La plupart des journaux de l'époque n'ont pas considéré le combat comme sérieux. Helio a accepté de transmettre son titre de champion du Brésil à Carlson Gracie, quand ce dernier a battu Waldemar Santana, mais la plupart des combats de Carlson ont ensuite eu lieu en Luta Livre, et non en Jiu Jitsu. Ainsi, entre 1932 et 1936, Helio n'a combattu que 10 fois, dont deux fois seulement en combat libre (frappes autorisées). Entre 1950 et 1955, Helio a également combattu cinq fois, contre Kato, Kimura, et Santana (deux victoires, deux défaites, un nul), et ces matchs sont les mieux documentés.
En ce qui concerne Carlos Gracie, celui-ci n'a jamais combattu en compétition de Jiu-Jitsu, et n'a combattu professionnellement que lors d'un match de grappling avec un professeur de lutte en fin de carrière. Carlos a perdu ce combat par forfait, et en dehors de cela, n'a eu que trois matchs de Jiu-Jitsu avec Geo Omori, trois fois finissant à égalité. Il a également été vu dans un match amical de grappling à l'ACM de Rio, qui s'est terminé sur un match nul, avec un adversaire que George Gracie décrit comme débutant.
Mystifications techniques La technique du triangle (sankakujime, 三角締め] est dépeinte une prétendue ré-introduction de Rolls GracieInterview de Romero Cavalcanti, élève de Rolls Gracie, en 1998 dans le JJB moderne. Or le triangle était largement pratiqué au japon dans les années 1920, et de nombreux judoka le pratiquaient. En 1955, alors que Rolls n'était âgé que de 4 ans, un journal rapportait que la technique favorite de Haroldo Brito n'était autre que le "triangulo".
Ude Garami (腕がらみ), la technique de clé de bras déchirant le muscle sous-épineux et / ou brisant l'humerus a été appliquée par Kimura sur Helio Gracie, et aurait été ainsi renommée Kimura par les Gracie. En réalité, les journalistes sportifs ont commencé à appeler cette technique la Kimuriana durant son second tour du Brésil en 1959.
L'expansion du JJB moderne A la fin des années 1980, Chuck Norris eut l'opportunité de rencontrer plusieurs membres de la famille Gracie, et notamment Rickson Gracie et ses frères, mais également Helio. Alors ceinture noire de judo et très entraîné dans d'autres arts martiaux de percussion (Karaté, Tae Kwon Do, Tang Soo Do), Norris reconnaît la compétence des Gracie et commence à s'entraîner au Jiu Jitsu Brésilien, notamment sous la direction des frères Machado, ce qui popularise largement l'art en Californie.
Dans le même temps, le Jiu Jitsu Brésilien prend ses lettres de noblesse alors que Rickson gagne la totalité de ses combats en vale-tudo ( en portugais) et Luta Livre (sans les frappes) dans les années 1980 et 1990 au Brésil. Ces faits sont d'ailleurs tout à fait vérifiables et rapportés en vidéo. L'ensemble des frères Gracie reconnaissait Rickson comme le meilleur d'entre eux et à cette époque, il fait figure d'ambassadeur du Gracie Jiu Jitsu, et combat malgré des blessures nombreuses (notamment 8 hernies discales). Malgré l'exagération et les rumeurs (on parle parfois de 400 victoires et zéro défaite, ce que même Helio met en doute), Rickson ne perd aucun combat en Vale Tudo, ni au Brésil, ni au Japon, ni en Amérique du nord (sauf une fois, lors d'un championnat de Sambo, où il a perdu en étant projeté par Ron Tripp, ce qui est éliminatoire dans certaines conditions, et négligeable du point de vue d'un combat libre).
Mais c'est en 1993, lors des premiers Ultimate Fighting Championships (UFC) que le Gracie Jiu Jitsu acquiert une aura d'art martial invincible, avec la domination de Royce Gracie sur ses adversaires. Les critiques diront à l'époque que les Gracie ont largement choisi leurs adversaires, et n'ont affronté que des combattants semi-professionnels sans grande envergure, mais la réputation du jiu jitsu brésilien a largement bénéficié de ces événements, notamment parce que beaucoup d'adversaires étaient plus massifs que Royce (exemples : Dan Severn, Patrick Smith et Ken Shamrock pesant chacun au moins quinze kilogrammes de plus que Royce, voire plus). D'autres jujiteiros populariseront l'art, par exemple au Pride Fighting Championships.
Dans le même temps, Royler Gracie combat également et remporte des victoires de niveau international. Fin technicien, Royler popularisera le jiu jitsu brésilien, notamment en écrivant un syllabus technique avec son cousin Renzo.
En France, le jiu jitsu brésilien a pris son essor également via la notoriété de Rickson Gracie, qui a donné un premier stage au Cercle Christian Tissier, à Vincennes, en 1995, tout en commençant à devenir populaire dans la presse spécialisée telle que le magazine Karaté BushidoLes grands champions du passé, 2e partie, Karaté Bushido no 318 (décembre 2003) p. 35-36, éd. Européenne de Magazines.
C'est sous la houlette de Guy Mialot et Christian Derval que le jiu jitsu brésilien se développe encore plus en France, alors qu'une équipe de pionniers entame sa seconde rentrée en sous la bannière de la Rickson Gracie AcademyArticle de Ludovic Mauchien : le Cercle des Pionniers : Eric Lavigne, Thierry Rijvas, Patrick Bittan, Daniel Quoniam, Gilles Arsène, Thierry Richevasse, Gaël Coadic, Mathieu Nicourt, Aziz Cherigui, David Giorsetti, Jovan Zerjal, Alain Nagera.
En 1997, Christian Derval invite Elio Soneca, et crée une fédération pour organiser les premiers Championnats de France. L'apprentissage a lieu dans une ambiance "époque héroïque" où, selon Patrick Bittan, les nombreux trous dans la connaissance du jiu jitsu brésilien sont comblés par le bagage précédent des pratiquants (pancrace, lutte, Judo, etc.).
Peu à peu, naît une nouvelle génération de pratiquants français, encore en activité aujourd'hui, tels que Laurence Cousin, Olivier "Mako" Michailesco, Grégory Bouchelaghem ou David Pierre-Louis.