Marguerite-Marie Dubois (née le à Limoges et morte le à Paris ), est une philologue et angliciste française.

Première femme enseignante à l'Institut d'anglais, elle a effectué toute sa carrière universitaire à la Sorbonne (Paris IV - Sorbonne).

En parallèle de son activité d'enseignement, elle écrit sous le pseudonyme de Paule de Gimazane, elle publie des romans et est rédactrice en chef de la revue d'art Septimanie avant la Seconde Guerre mondiale.

Enseignant-chercheur, théologienne, historienne, grammairienne, lexicographe, romancière, nouvelliste et poète, elle est l'auteur de nombreux ouvrages et articles. Sa connaissance approfondie de l'anglais médiéval, celle de nombreuses langues rares ou éteintes, tel que le hittite, le gotique, voire dans une certaine mesure le tokharien, font d'elle une philologue éminente, et surtout une grammairienne et une lexicographe de la langue anglaise faisant référence.

Biographie Enfance et formation Née à Limoges, Marguerite-Marie Dubois est d'abord scolarisée à domicile (Vitry-sur-Seine)Marguerite-Marie Dubois, « Études et Maîtres », Mémoires, en cours de rédaction, 2010.. Elle poursuit sa scolarité au Cours Desir, institution qu'a fréquentée Simone de BeauvoirLe cours Adeline Desir était ouvert aux jeunes filles dites de bonne famille.Noël Blandin, « Qui est Simone de Beauvoir ? », Bibliographie / biographie, La République des Lettres, lundi 7 janvier 2008 (consulté le 20 février 2010]., et elle réussit au BaccalauréatLe baccalauréat comportait deux parties, soumises chacune à un écrit et un oral, décernée avec mention (Passable=10-12/20, Assez bien=12-14/20, Bien=14-16/20 et Très bien=16-20/20). L'admissibilité n'était pas reconductible d'une année sur l'autre. Toutefois, elle restait valable de la session de juin à celle d'octobre. La première partie se passait après la classe de Premi!ère (Rhétorique) et la seconde après celle dite de Philosophie (Philo) (ou Mathématiques élémentaires [Math Élem], ou encore Sciences expérimentales [Sciences Ex]). première partie en 1930 à l'âge de 15 ans. Après une interruption due à des problèmes de santé (en 1918, elle a contracté la grippe espagnole qui lui a laissé des séquelles douloureuses à vie), elle réussit à la seconde partie en 1932. Ses études supérieures la conduisent à l'Université de Paris, Institut Catholique et Sorbonne où elle s'inscrit en Faculté d'anglais, et au Collège de France.

Études supérieures

Après sa licence d'anglais (1937) et son D.E.S. (Diplôme d'études supérieures)Le D.E.S., remplacé ensuite par la Maîtrise, comprenait la rédaction d'un mémoire d'une centaine de pages en anglais, une soutenance et un examen oral portant sur l'étude diachronique de l'anglais. (1938) portant sur La Langue et le style dans les Homélies d'Ælfric, elle s'inscrit au Doctorat d'ÉtatLe Doctorat d'État (et non d'institution) comprenait la rédaction de deux thèses, une thèse principale (majeure) et une thèse secondaire (mineure). En Sciences humaines, la préparation de ces thèses pouvaient demander de huit à dix années de travail avant la soutenance. Le Doctorat d'État a été supprimé en 1985 et remplacé par un doctorat ne comprenant qu'une thèse dite « nouvelle » de 300 à 400 pages., à la demande et sous la direction du Professeur René Huchon, premier spécialiste de l'anglais médiéval en France, qui l'avait choisie comme successeurRené Huchon, Professeur à la Sorbonne, commit un suicide patriotique en 1940, lors de la signature de l'armistice par Philippe Pétain.. Après la mort tragique de son directeur, les professeurs Floris Delattre et Louis CazamianLe professeur Louis Cazamian est bien connu des anglicistes pour son Histoire de la littérature anglaise rédigée avec Émile Legouis (« Le Legouis-Cazamian »). la conduisent à une soutenance de thèses qui se déroule dans une ambiance mémorableAndré Joly, Fragments d’une vie de philologue, interview de M.-M. Dubois, Modèles linguistiques, tome XXVII-1, volume 53, 2006, pages 165-190.. Le titre de docteur ès lettres lui est décerné en 1943 après la soutenance de sa thèse principale Ælfric, sermonnaire, docteur et grammairien (Paris, éd. Droz, 1942, 419 pages), couronnée par l'Académie française, et sa thèse secondaire Les éléments latins dans la poésie religieuse de Cynewulf (Paris, éd. Droz, 1942, 222 pages), récompensée par le prix DarracqLe Prix Darracq était l'un des prix de l'Académie française, fondé avant sa mort par l'industriel Alexandre Darracq (1855-1931), initiateur de la construction automobile en série et promoteur des voitures de course (70 chevaux), donc à la base de l'automobilisme français, mais aussi mécène, ami des lettres et des arts, soutenant les jeunes créateurs et défricheurs dans ces domaines.Marie-Marguerite Dubois, Mémoires, en cours de rédaction, 2010.. À l'Institut Catholique, M.-M. Dubois, étudiante en littérature française et en théologie, a été l'élève de , alors doyen de la Faculté des Lettres. Elle entretient par la suite avec lui des relations amicales. Elle a également bien connu le cardinal Alfred BaudrillartMarguerite-Marie Dubois, Mémoires, en cours de rédaction, 2010..

Carrière universitaire

thumb|Marguerite-Marie Dubois en 1965. Sa carrière universitaireMarguerite-Marie Dubois, La Chronique d'Ingulf, volume offert à Marguerite-Marie Dubois à l'occasion de son , Publications de L'AMAES, collection Grendel, , 2005, pages 11-16, . s'est entièrement déroulée à la Sorbonne où elle est d'abord Chargée de conférences de philologie anglaise (Licence, Diplôme d'Études Supérieures (DES), aujourd'hui Maîtrise), enseignement qu'elle assure de 1941 à 1956. De 1953 à 1966, elle est nommée Chargée de conférences aux cinq Écoles normales supérieures. En 1955, elle devient Chef de travaux de philologie anglaise, puis Maître de conférences de littérature et civilisation médiévales anglaises en 1969. En 1970, elle est nommée Professeur de littérature et civilisation médiévales. Lors de son départ à la retraite en 1983, elle reçoit le titre de Professeur émérite

Marguerite-Marie Dubois a elle-même fait la synthèse de son enseignementMarguerite-Marie Dubois, « Mon enseignement », Lettre à Robert Ferrieux, . dans un document datant du dont voici les principaux extraits :

« Dès mon premier cours à la Sorbonne, le , j'ai parlé de René Huchon. J'ai attiré l'attention des étudiants sur la valeur scientifique et spirituelle de ce professeur qui était un modèle de rigueur intellectuelle et morale, ainsi que de patriotisme.

J'ai exposé ensuite ce que j'attendais de mes auditeurs et ce que je leur apporterai. J'ai défini - comme l'avait toujours fait mon maître et selon sa méthode - la linguistique historique, en tant qu'étude diachronique de la langue dans son principe, sa forme, son architecture fondamentale, mais aussi dans son évolution, son « grandissement », pour ainsi dire, au cours des âges, depuis l'indo-européen reconstitué jusqu'à l'anglais moderne.

J'ai ajouté, exposant mon propre point de vue, que nous ferions de la philologie, au sens total du terme, c'est-à-dire que nous aborderions la stylistique, l'histoire, la littérature, la poétique, la philosophie, bref : un savoir encyclopédique qui constitue, pour ainsi dire, les humanités de l'anglais. Notre but, en étudiant les racines des langues germaniques et indo-européennes, serait de connaître l'âme, l'histoire, la civilisation de ces peuples disparus qui survivent dans la civilisation, l'histoire, l'âme de l'Angleterre moderne.

Trois ans plus tard, mes cours, déjà très personnels, s'étaient éloignés du type d'enseignement qui caractérisait la méthode de René Huchon. Je variais sans cesse les exemples, j'ajoutais des exceptions frappantes aux règles jadis incontestées, je condensais les informations au gré de mon esprit de synthèse ; ou bien j'élargissais le domaine, passant de l'étude du langage à l'apport de la création littéraire, et même à l'influence de la psychologie ou de la théologie pour expliquer certains phénomènes. Syððan wæs geworden þæt he ferde þurh þa ceastre and þæt castel: godes rice prediciende and bodiende. and hi twelfe mid. And sume wif þe wæron gehælede of awyrgdum gastum: and untrumnessum: seo magdalenisce maria ofþære seofan deoflu uteodon: and iohanna chuzan wif herodes gerefan: and susanna and manega oðre þe him of hyra spedum þenedon. « Quelque temps après, Jésus se rendit dans les villes et les villages pour y proclamer et annoncer la Bonne Nouvelle du royaume de Dieu. Il était accompagné des Douze et de quelques femmes qu'il avait délivrées de mauvais esprits et guéries de diverses maladies : Marie, appelée Marie de Magdala, dont il avait chassé sept démons, Jeanne, la femme de Chuza, administrateur d'Hérode, Suzanne et plusieurs autres. Elles assistaient Jésus et ses disciples de leurs biens. » Traduction de l'évangile de Luc 8:1-3 (), trad. La Bible du Semeur.

Presque vingt ans plus tard, dans le courant de 1969, on évoqua au Conseil de notre Institut l'ouverture d'une nouvelle chaire d'études linguistiques, et voilà que brusquement je fus confrontée à une situation hors du commun. Au cours de l'entretien qu'il avait sollicité à mon domicile, le candidat favori, Jean-Robert Simon, m'annonça clairement qu'il renoncerait à être nommé à la Sorbonne s'il devait y enseigner autre chose que le vieil- et le moyen-anglais, tant il redoutait d'affronter une branche différente. Et il me demanda, comme une faveur sine qua non, de lui abandonner ma propre spécialité, c'est-à-dire la langue médiévale. Curieusement, son nom m'était connu depuis 1949. Le professeur Floris Delattre m'avait parlé de lui, de ses orientations médiévales, de ses aspirations à une carrière de philologue, et aussi de certains aspects de sa vie intérieure dont j'avais gardé mémoire. Il avait évoqué la valeur intellectuelle et morale de ce jeune homme probe, discret, modeste, plutôt timide. Son discours était honnête, clair, sobre, définitif et concluant. Il ajouta que ma réponse, si elle était négative, lui fermerait à tout jamais l'accès à une chaire parisienne en dépit de ses mérites. Sur le coup, je fus interloquée par cette audacieuse requête, mais il me donna des raisons graves qui justifiaient son attitude et il avança une proposition, à laquelle il avait dû longuement réfléchir :

- Vous pourriez fonder un enseignement nouveau : celui de la littérature et de la civilisation du Moyen Âge anglais.

J'objectai pourtant :

- Un tel changement me serait des plus pénibles. Je tiens à cette matière que m'a transmise René Huchon et dont j'ai assuré la survie. De plus, la création de cette nouvelle U.V. exigerait un énorme travail, et encore faudrait-il que les autorités donnent leur aval ! On cherche plutôt à recruter des linguistes. Je ne voudrais pas me retrouver tout à coup dépossédée et totalement exclue de mon domaine.

Il m'affirma qu'il avait pris des contacts et qu'il était convaincu de l'accord unanime du Conseil de notre U.E.R., Conseil où je siégeais déjà, ainsi qu'au C.C.U., privilèges qui me permettraient d'exposer et de défendre mon point de vue. Il se montra tellement pressant que j'éprouvais à son égard une sorte de pitié, au sens positif, remplie d'indulgence mais dépourvue de commisération. Cet homme, humble et franc, m'attendrissait. Après m'être assurée de l'appui général, je cédai. Par charité pure, je remis donc entre les mains de Jean-Robert Simon - un inconnu - l'enseignement que mon maître Huchon avait jadis choisi pour moi, l'objet d'une vocation, suscitée mais consentie, à laquelle, depuis 28 ans, j'avais donné toutes mes forces dans un total enthousiasme.