Marguerite Burnat-Provins, née à Arras le et morte à Grasse le , est une écrivaine et peintre franco-suisse.
Biographie
Marguerite Provins vient d'une famille aisée et cultivée d'Arras, et elle est l'aînée de huit enfants. Son père l'ouvre à la culture, à la contemplation de la nature, et il l'encourage à écrire et à peindre. Mais parallèlement, très jeune, elle côtoie la mort, et dès 1889 connaît des ennuis de santé. Elle est ainsi gagnée par un sens du tragique de la vie qui ne la quittera plus.
En 1891, elle entame à Paris des études artistiques, dans des institutions privées comme l'Académie Julian et l'Académie Colarossi — l'École des Beaux-Arts était alors fermée aux femmes. Elle achève sa formation en 1896 dans cette École des Beaux-Arts, une fois cette interdiction levée.
Elle épouse en 1896 un architecte de Vevey, Adolphe Burnat, qu'elle a connu à Paris. C'est le début d'un séjour de quelque douze années en Suisse romande, période de « ses plus grandes réussites artistiques, fruits d’une rencontre avec une terre d'élection, et avec le bonheur »S. Pétermann, "Marguerite Burnat Provins (1872-1952)" in Revue Nord', 2018 n°71, sur Cairn .
Vevey, le Valais et la nature (1896-1905) Marguerite Burnat-Provins s'installe à Vevey avec son époux dans l'hôtel particulier de la famille BurnatSauf autre mention, cette partie est basée sur Catherine Dubois, « Marguerite Burnat-Provins et Vevey : Histoire d'un malentendu », Annales veveysannes / VIBISCUM, 4, 1994, 125-147. Assez vite, Burnat-Provins s'ennuie et se sent livrée à elle-même, la tranquillité des bords du Léman contrastant fortement avec l'agitation de la vie parisienne qu'elle vient de quitter. Elle souffre également du milieu protestant très étroit dans lequel elle évolue chez les Burnat ; son beau-père la surveille et les femmes de la famille n'apprécient ni son indépendance ni son besoin d'activité culturelle. thumb|Affiche créée par Marguerite Burnat-Provins (vers 1905).
Pour tromper l'ennui, elle donne des leçons de dessin dans son atelier veveysan et à l'École Vinet à Lausanne (ayant notamment comme élève Sandoz)L'Art d'écrire : Marguerite Burnat Provins. Elle commence également à écrire pour La Gazette de Lausanne.
Dès 1898, un de ses amis, l'artiste Ernest Biéler, lui suggère de se rendre à Savièse. Elle y séjourne alors à de nombreuses reprises, se déplaçant aussi dans le reste du canton du Valais, pour peindre et écrire. De santé fragile, Marguerite Burnat-Provins se plaît dans le climat chaud et sec de cette région. Cette lumière et cette chaleur nourrissent son œuvre, qui se diversifie : l'artiste peint, brode, crée des affiches, écrit beaucoup.
En 1900, elle ouvre une boutique à Vevey, à l'enseigne « À la Cruche verte », dans laquelle elle propose des objets de décoration destinés à un intérieur bourgeois. En 1901, le couple déménage à La Tour-de-Peilz, afin de détendre un peu les relations avec la belle-famille. Pour échapper à cet environnement oppressant, Burnat-Provins voyage à plusieurs reprises : en Allemagne, France, Belgique, Hollande, mais également à plusieurs reprises en Valais.
Premières publications En 1903, Burnat-Provins publie son premier livre, Petits Tableaux valaisans, qui sera suivi par quatre ouvrages : Heures d'automne (1904), Chansons rustiques (1905), Le Chant du verdier (1906), Sous les noyers (1907) — seront également imprimés à Vevey, chez le même imprimeur. Elle peint aussi, notamment en 1899 Profil à la coiffeCrayon, plume, encre, aquarelle, gouache blanche et rehauts dorés. et en 1904 Frise au gui, et, en 1905, elle réalise l'affiche de la septième Fête des Vignerons qui a lieu la même année.
Protection de la nature / le Valais Le de cette même année, elle publie dans La Gazette de Lausanne un article intitulé « Les cancers », dans lequel elle s'insurge contre l'avilissement des paysages suisses et appelle à la fondation d'une Ligue pour la beauté. Et le , elle publie dans le même journal un nouvel article intitulé cette fois « Une Ligue pour la beauté », dans lequel elle écrit: Ce combat contribuera à la fondation officielle à Berne, le de la Schweizerische Vereinigung für Heimatschutz, en français « Ligue pour la conservation de la Suisse pittoresque », qui sera connu sous le nom de Heimatschutz, c'est-à-dire, aujourd'hui, Patrimoine suisse, organisation suisse de protection du paysage naturel et construit.
En 1907, elle s'installe en Valais. L'année précédente, à Savièse, elle avait fait la connaissance de Paul de Kalbermatten, un ingénieur valaisan, avec qui elle aura une liaison passionnée et pour qui elle écrit Le Livre pour toi (1907). Cette même année, elle séjourne en outre en France et en Italie.
La France, les voyages, la guerre (1907-1952) En 1908, elle rompt son mariage avec Adolphe, à la suite de quoi elle quitte définitivement la Suisse. En 1910, elle épouse civilement Paul de Kalbermatten. Le couple s'installe à Bayonne, mais Marguerite voyage beaucoup : au Proche-Orient (Égypte, Syrie, Liban), et en Afrique du Nord, en particulier au Maroc, qui sera un temps son pays d'élection et animera ses rêveries exotiques.
Quand la Première guerre mondiale éclate, son mari est mobilisé en Suisse. Le très grand choc que provoque en elle la guerre, l'amène à entamer une série de peintures hallucinatoires qui deviendront une de ses œuvres maîtresses, intitulée Ma Ville.
En 1923, elle s'installe au Clos des Pins, à Grasse, qui sera son domicile principal jusqu'à la fin de sa vie. Toutefois, les voyages s'enchaînent, en Amérique du Sud (1923-1925) et au Maroc.
À partir de 1946, elle se retire au Clos des Pins, et cette même année elle fait un mariage religieux avec Paul. Elle décède le au Clos des Pins, et elle est inhumée au cimetière de Saint-Cézaire-sur-Siagne.
La créatrice
Son œuvre d'écrivaine est forte d'une vingtaine de volumes de proses poétiques, tandis que son œuvre de peintre comporte des tableaux de la vie rurale proches de ceux de l'école de Savièse en Valais (elle était une intime d'Ernest Biéler), des compositions décoratives. Parmi les titres, on retiendra Petits Tableaux valaisans, avec 130 aquarelles gravées sur bois et imprimées en 260 tons différents (), ainsi que Heures d'automne (1904), Chansons rustiques (1905), Le Chant du verdier (1906), Sous les noyers (1907). L'écrivain et critique Henri Malo écrit à propos des Petits Tableaux, un article publié en Henri Malo, Un art qui doit renaître, in le Mercure de France, 16 juillet 1910, page 282-287 par le Mercure de France, dans lequel il remarque : Henri Malo consacrera une étude à l'artiste en 1920Henri Malo, Marguerite Burnat-Provins, biographie critique, collection Les Célébrités d’aujourd’hui .
André Gide parle de l'artiste et de son atelier dans une lettre, datée du , à Francis Jammes : .
En 1907, elle écrit Le Livre pour toi, une suite de cent poèmes en prose.
Ma Ville En 1914, au moment de la mobilisation, Burnat-Provins est prise par des visions : Elle voit alors défiler des figures, des personnages, mi-hommes mi-animaux, qu'elle va coucher frénétiquement, par milliers, sur la feuille au crayon et à l'aquarelle, et cela jusqu'à sa mort — tout en continuant à mener une œuvre littéraire riche.
En 1945, Jean Dubuffet manifestera son intérêt pour ce travail, , mais renoncera finalement à l'intégrer dans sa collection d'Art brut. Toutefois, elle fut intégrée par la suite parmi les productions médiumniques de l'art brut.
Pour les commissaires de l'exposition consacrée à ce travail qui a eu lieu en 2003 à Lausanne à la Collection de l'art brut, On peut mentionner des peintures « hallucinatoires » comme « Les êtres de l'abîme » ou le célèbre « Anthor et l’oiseau noir ».
Honneurs Le , l'association VIBISCUM (Association des amis du vieux Vevey) et la municipalité de Vevey ont baptisé « Espace Marguerite Burnat-Provins » l'endroit où l'artiste avait ouvert sa boutique d'art décoratif « À la cruche verte » (aujourd'hui englobé dans un autre bâtiment). VIBISCUM a apposé sur le bâtiment une plaque en l'honneur de l'artiste.
Œuvre Littérature
(première édition : Vevey, Säuberlin et Pfeiffer, 1906)
(réédition 2006, Éditions de l'Aire, Vevey) (réédition 2020, Infolio/microméga, Gollion) Le Cœur sauvage, 1909, récit. (réédition 2020, Infolio/microméga, Gollion)
Poèmes de la soif, 1921 (réimpr. 2006 - Zoé, Genève), suivis de Une nuit chez les Aïssaouas
Le Voile, 1929 (réimp. 2002 - Éditions Plaisir de Lire)
Hôtel, Éditions Plaisir de Lire, 2010.
Rétrospectives et collections Primitivisme rural et art décoratif, en particulier Jeune fille de SavièseCrayon, aquarelle, gouache, fusain et pastel sur papier de couleur. (1900) : musée d'art de Sion (Valais). Dessins hallucinatoiresVoir article et reproduction d'une œuvre : « Marguerite Burnat-Provins - Du 22 mai au 14 septembre 2003 », artbrut.ch, consulté le 23 juin 2021. : Collection de l'art brut, section Neuve Invention, Lausanne. Exposition en 2018 au Manoir de la ville de Martigny.. Une exposition au musée Jenisch de Vevey en 2020-2021« Marguerite Burnat-Provins, le périple d’une intranquille », letemps.ch, 11 décembre 2020.. Ensemble d'œuvres inédites de Burnat-Provins exposé en à la Galerie Laura Pecheur à Paris. Exposition sur son œuvre au musée des Beaux-Arts d'Arras, en 2021« Mais qui est donc Marguerite Burnat-Provins ? », arras.fr, consulté le 23 juin 2021..
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Études
Liens externes
Fonds d'archives : Burnat-Provins, Marguerite. Cote P024. Centre des littératures en Suisse romande (inventaire en ligne) sur Phœbus. Sur le site de la Collection de l'art brut Site de l'Association des Amis de Marguerite Burnat-Provins Page Marguerite Burnat-Provins, sur mediatheque.ch Dossier cultureGnum autour de l'exposition sur Burnat-Provins au musée Jenisch à Vevey (). Fonds privés Marguerite Burnat Provins sur la bibliothèque numérique de Grasse Bibliothèque numérique Grasse_Fonds privés
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