vignette|upright=2|Carte du Tarn en 1854 L'histoire du département du Tarn commence bien avant l'attribution du nom de la rivière Tarn à un département nouvellement formé en 1790. D'abord nommée à partir de la création de l'évêché d'Albi, la région devient l'Albigeois durant l'Ancien Régime.
La présence humaine date d'un demi-million d'années, mais son histoire écrite date des premiers échanges entre Rutènes et Romains. Tour à tour romaine, wisigothe et franque, la région prend une autonomie importante sous la domination des vicomtes d'Albi. Après la croisade des Albigeois la province entre dans le giron du domaine royal.
L'âge d'or de la culture du pastel fait entrevoir une richesse certaine, préfigurant une réussite industrielle remarquable à partir du grâce à deux pôles centrés sur le charbon de Carmaux et l'énergie hydraulique autour de Castres.
L'histoire récente est faite de combats syndicaux, de la part prise lors des deux conflits mondiaux et d'un avenir centré sur le tourisme.
Préhistoire thumb|alt=La photo couleur montre une grosse dalle de granite plate reposant sur deux autres plus petites.|Dolmen de Murat-sur-Vèbre, symbole de la présence humaine préhistorique.
Les terrasses de la rive gauche du Tarn, riches en galets, attirent les premiers hommes il y a environ ans près du confluent entre Tarn et AgoutHistoire du département du Tarn sur le site tarn.fr, consulté le 3 février 2010.. Bien des siècles plus tard, des vestiges des néandertaliens montrent leur intérêt pour le silex de la vallée de la Vère. L'arrivée d'Homo sapiens se produit il y a environ ansp. 14..
Au Paléolithique apparaissent les premières traces d'art rupestre à Penne et le causse de Labruguière recèle des abris qui ont été habités durant la dernière glaciation. Au Néolithique, de nombreux menhirs sont érigés autour de Lacaune. De cette époque, date le début de l'agriculture avec le début du défrichage et l'établissement de premiers villages permanents.
Des fouilles archéologiques dans le quartier du Castelviel à Albi, ont mis au jour un ancien oppidum. et les vestiges d'un atelier de fondeurHistoire d'Albi sur le site mairie-albi.fr, consulté le 3 février 2010.. Des oppida à Montans, Berniquaut. ou dans la forêt de la Grésigne sont également reconnus.
Une nécropole a été découverte dans les fouilles de Gourjade près de Castres. Les 401 tombes répertoriées ont été creusées dans la terrasse inférieure de l'Agout, près de 14 zones de combustion. Les cavités renferment des urnes en céramique et des offrandes : nourriture, bijoux, poteries.. Elles datent des années 700-600
Antiquité Politique Le peuple Rutène arrive progressivement au , assimilant ses prédécesseurs. Il occupe un territoire qui correspond à peu près aux départements actuels du Tarn et de l'Aveyron. La région entre dans l'Empire romain au moment de la conquête des Gaules par Jules César. Elle est incluse dans la Narbonnaise ; le territoire est clairement délimité par ses frontières avec les peuples celtes voisins : Volques, Cadurques, Arvernes et Gabales..
Économie et agriculture Les Rutènes mettent en valeur la richesse locale en cultivant et vendant froment, orge, lin, chanvre et en exploitant le minerai de fer d'Ambialet ou le cuivre de Trébas. Le commerce avec les Romains est très antérieur à Jules César : des restes d'amphores sur des sites gaulois attestent de la consommation de vin romain..
Le développement agricole se développe durant la période gallo-romaine par la création de villas. Des fouilles en ont révélé à Gaillac, Rabastens., Cestayrols., Castelnau-de-Lévis.…
Urbanisme et architecture La situation en dehors des grands axes de circulation ne permet pas l'essor de grandes cités, comme le sont Toulouse et Narbonne à la même époque et Albi reste la petite bourgade qu'elle était à l'époque Celte. La seule agglomération digne de ce nom est Montans, grand centre de production de céramique sigillée. La région exporte du vin, des céréales et des métaux grâce au Tarn, navigable jusqu'à Gaillac.
La brique de terre cuite est présente dans les vestiges à l'époque gallo-romaine..
Le réseau de voies romaines en Gaule s'ajoute à la navigation sur le Tarn, permettant le développement du commerce, même si le Tarn est à l'écart des grandes voies. Les vestiges de la voie entre Lavaur et Puylaurens sont aujourd'hui aménagés en chemin de randonnée.. (années 2010)
Moyen Âge vignette|gauche|alt=La porte en bois dont le volet droit est ouvert est encadrée par des colonnades de pierres blanches soutenant un arc en plein cintre|Portail roman à Rabastens Les invasions germaniques et sarrasines Politique Le Tarn voit brièvement passer quelques bandes de Vandales, mais ce sont finalement les Wisigoths qui s'installent progressivement, sans bouleversement des structures, soudoyés par les riches gallo-romains pour mater des révoltes paysannes ou les protéger d'autres « Barbares »p. 33-34.. L'Albigeois est alors intégré au royaume Wisigoth de Toulouse. Des vestiges de bijoux et d'armes ont été trouvés dans le Tarn témoignant de cette époque. La toponymie des lieux signale aussi leur passage, comme la terminologie en « ens » : Rabastens, Brens, Escoussens… Le quartier Villegoudou de Castres viendrait de .. (villa gothique en français)
Après la bataille de Vouillé, le Tarn intègre le royaume Franc, mais la région se trouve disputée entre Neustrie et Austrasie. Épidémies, saccages, réduction en esclavage se succèdent au cours du . Progressivement, les structures sociales héritées des Gallo-Romains évoluent vers la féodalité : Salvius, un riche gallo-romain épouse Herchenfreda, une Franque. Leur descendance sera une riche famille albigeoise élevée à la cour de Clotaire et Dagobert. Les titres de comte et d'évêque leur reviennent et leur puissance croissante leur permet d'acquérir une autonomie croissante ; c'est la dynastie des Didier-Salvip. 33-35..
D'après Notker le Bègue, Charlemagne, de retour d'Espagne, aurait passé la nuit chez l'évêque d'Albi. Il y aurait mangé du fromage à moisissure bleue..
Après la conquête de la péninsule hispanique, les troupes d'Al-Andalous menées par leur gouverneur Al-Samh ibn Malik al-Khawlani envahissent la Septimanie en 719 et prennent Narbonne. En 721, elles attaquent Toulouse où elles subissent une cuisante défaite. Après la bataille de Poitiers, les incursions sarrazines diminuent et cessent après la reconquête de la Septimanie par les Francs. Le faible nombre de traces laissées par les Arabo-Berbères dans le Tarn indique une présence très épisodique, faite de raids dévastateurs et meurtriers sans installation fixe.. À Brassac, le site de Sarrazy pourrait être un site aménagé par les Berbères d'Andalousie ..
Société Le christianisme s'organise en Albigeois à partir du . Le diocèse d'Albi est créé dans l'aire géographique de la . L'évêque saint Salvi, érudit et fortuné, gère le matériel, comme le spirituel. L'évangélisation des campagnes se fait lentement, parallèlement au paganisme.
En 614, le premier monastère bénédictin de Gaule est créé à Hauterive près de Castres et celui de Sainte-Sigolène à Lagrave pour les femmes. D'autres sont créés à Sorèze, Gaillac, Vieux…, noyaux urbains pour de futures villes. Grâce à leur neutralité politique, ils sont des lieux épargnés par les conflits. Dans leurs murs et celui des sauvetés, ils sont une protection pour les humbles contre les seigneurs belliqueux.
Urbanisme et architecture Au , l'art roman s'épanouit : architecture civile, religieuse et militaire, orfèvrerie, mais bien souvent le seul qui soit parvenu jusqu'à aujourd'hui est l'architecture. L'art roman est le plus ancien que les historiens puissent étudier, les vestiges précédents étant des ruines et éléments isolés : l'histoire locale de l'art débute avec l'art roman.
L'arrivée de cette architecture venue d'Italie, passe par le littoral languedocien. Son entrée en pays albigeois est liée à la famille Trencavel qui possède aussi Nîmes et Agde, puis Carcassonne, Béziers et Agde par mariage. Conscients du délabrement du clergé occitan, Frotaire/Frothaire II, évêque de Nîmes, et son frère, Bernard-Aton III, vicomte d'Albi, décident de confier leurs monastères à l'abbaye Saint-Victor de Marseille. Cet évènement local s'insère dans un mouvement plus vaste de la réforme grégorienne. Les bénédictins marseillais restaurent la discipline monacale, mais initient aussi un redressement économique dont le but est le financement d'édifices religieux. Des artisans et artistes provençaux sont sollicités pour construire ou reconstruire les églises. La cathédrale romane d'Albi date de cette époque, comme les églises saint-Michel de Lescure et Notre-Dame-de-l'Annonciation de Roumanou ou les prieurés d'Ambialet et de Burlats. La famille Trencavel fait aussi construire des édifices civils dont le plus remarquable est le pavillon Adélaïde de Burlats..
La croisade des Albigeois thumb|alt=La photographie couleur montre une cour du palais de la Berbie. Les tours et les murailles en brique rouge paraissent immenses en comparaison avec les ouvertures.|Puissance militaire du Palais de la Berbie à Albi.
Politique La vicomté d'Albigeois, appartient à la Maison Trencavel. Ces seigneurs laissent se développer librement la religion cathare sur leurs terres. En 1165, le concile de Lombers est la première joute verbale théologique entre représentants cathares et catholiques. Cette confrontation en pays albigeois pourrait être à l'origine du nom de la région donné aux adeptes de l'hérésie pour les catholiques : les cathares deviennent des albigeois.
En 1208, le pape Innocent III ordonne une expédition armée contre les fiefs gangrenés par l'hérésie. Après la conquête du Carcassès, le chef de la croisade, Simon de Montfort décide de contrôler les abords de Toulouse. Il assiège Lavaur en 1211 pour purger la ville de ses cathares et châtier Aimery de Montréal, réfugié dans la ville avec des chevaliers faydits.
Durant le siège de la ville, le comte Raymond-Roger de Foix défait une colonne de renforts lors de la bataille de Montgey.
La ville tombe en mai. Les cathares sont brûlés. Au nombre de 400, il s'agit du plus grand bûcher de toute la croisade. Dame Guiraude, présumée croyante, est livrée aux soldats. Elle est lynchée et jetée vivante dans un puits comblé de pierres. Son frère et ses compagnons faydits sont égorgés en représailles aux pertes subies à Montgey et en réponse à leur trahison. (ils avaient renié leur soumission à Simon de Montfort) Les défenseurs vauréens et toulousains sont désarmés mais relâchés.
vignette|gauche|La France en 1477. L'albigeois appartient au domaine royal ; il est régi par la sénéchaussée du Languedoc Paradoxalement, Albi et les terres de son évêque sont épargnées par les combats. En effet le seigneur ecclésiastique tient bien sa population en main et à chaque passage des Croisés, la ville leur ouvre ses portes. La puissance des évêques au , s'exprimera dans la construction de la cathédrale sainte Cécile et du palais épiscopal de la Berbie à Albi.
En 1249, la mort de Raymond VII donne le comté de Toulouse à sa fille Jeanne et à son époux Alphonse de Poitiers, frère du roi Louis IX. Leur mort sans descendance en 1271, fait tomber leurs possessions dans le domaine royal. L'Albigeois appartient alors au Languedoc, représenté par son évêque dans les assemblées des États du Languedoc. Les suites de la croisade des albigeois sont tragiques pour les cathares soumis à l'inquisition et le dernier cathare, Guilhem Bélibaste, est brûlé en 1321. Les chevaliers faydits sont dépossédés de leur fief et tentent quelques révoltes vite réprimées : le soutien populaire a cessé, de guerre lasse et la puissance royale est présente et menaçante pour les rebelles.