Pierre Simon Bouchet dit « l’Aîné », né à Avignon le , mort à Avignon le , est une personnalité avignonnaise.

Négociant aisé d’Avignon, hôte du capitaine Bonaparte en juillet et dans son hôtel particulier, il fut premier président de la Chambre de commerce d’Avignon.

Vie familiale thumb|alt=Croquis Maison Bouchet, à Avignon Recensement 1795-1796|right|Maison Bouchet, à Avignon, recensement 1795-1796

Pierre Simon Bouchet dit « l’Aîné », naît dans la cité des Papes le . Il est baptisé le jour même en l’église de Saint-GenestArchives municipales d'Avignon, paroisse de Saint Géniés, registre des baptêmes 1748-1781, GG83, l’une des sept paroisses de la ville.

thumb|alt=Copie de l'acte de baptême de Pierre Simon Bouchet|left|Acte de baptême de Pierre Simon Bouchet Son père Dominique Bouchet (1711-1771), marchand de « soye », et sa mère Marie Henriette Gouget (1719-1784) appartiennent à des familles de bourgeois commerçants solidement établis et depuis longtemps à Avignon ainsi qu’en font foi les registres de catholicité.

Compte tenu de ses connaissances bien supérieures à celles dispensées dans les « petites écoles », il devait fréquenter le collège des Jésuites. Son intelligence, son intégrité lui permettent d’acquérir, à la veille de la Révolution, en même temps que l’aisance, une notoriété de bon aloi dans le milieu du négoce, où il est entré adolescent.

thumb|alt=copie de l'acte de décès de Pierre Simon Bouchet|Acte de décès de Pierre Simon Bouchet Pierre-Simon Bouchet épouse le en l’église Saint-Génies d'Avignon, Suzanne Thérèse Marie Monier, fille de Joseph Marie de Monier, baron des Taillades, qui acquit en 1771 l'Hôtel des Taillades, situé au numéro 58 de l'actuelle rue Joseph Vernet à Avignon.

Veuf dès 1791, il avait eu de son épouse un fils Pierre Dominique, qui ne suivit pas la voie tracée par son père pour s'inscrire, conseillé par l'illustre Calvet, à la faculté de médecine de Montpellier. Il se marie dans cette ville en l'an VII avec une Anne Doumenq, fille d'un riche négociant. Cette alliance lui permet de s'adonner en toute quiétude, à des études de botanique dont le bulletin de la société d'agriculture du département de l'Hérault recueillait régulièrement les fruitsLa bibliothèque municipale de Montpellier possède de lui une douzaine de tirés à part, tous consacrés à l’acclimatation de diverses sortes d’arbres dans le midi de la France..

Son petit-fils, Pierre Charles Bouchet-Doumenq., fouriériste, militant républicain et socialiste, partisan de la doctrine phalanstérienne, s’oppose à Napoléon III et doit s’exiler après le coup d’État du 2 décembre 1851.

Pierre Simon Bouchet meurt à Avignon le . Son acte de décèsArchives de l'état civil, Avignon. Registre des décès 1814 906 énumère avec une certaine emphase ses différents titres.

Vie professionnelle Le négociant thumb|alt=copie de la signature de Pierre Simon Bouchet|Signature de Pierre Simon Bouchet L’industrie de la soie occupe à l’époque le premier plan dans le comtat. Ceux qui s’y adonnent sont davantage des négociants que des manufacturiers. Ils ne possèdent ni local ni ouvriers salariés. Leur rôle consiste à fournir la matière première, c'est-à-dire la soie ouvrée à des taffetassiers qui travaillent à domicile sur leurs propres métiers battants et à payer ces derniers à façon, selon le nombre de pièces tissées. La place éminente de Pierre Simon Bouchet dans cette branche est attestée par un envoi de Florence à l’exposition de l’an X.

Il se lance également, avec un bonheur égal, dans l’aventure de la garance et arrive à des résultats assez appréciables pour adresser des échantillons de racines au Gouvernement.

Le préfet le juge honnête homme et entendu dans les affaires commerciales. Il figure sur la liste des cent plus imposésAlain Maureau, Pierre-Simon Bouchet (1748-1814), hôte de Bonaparte et premier président de la Chambre de Commerce d'Avignon, Bulletin de la chambre de commerce et d'industrie d'Avignon et de Vaucluse, 12, 1972.</ref> de la ville d'Avignon en 1812 avec une cote d'impôt de et, parmi les « six cents » plus forts contribuables du département, ses revenusArchives départementales du Vaucluse, 1 M717, statistique personnelle de Alain Maureau. de l'ordre de lui donnent un classement honorable, environ la centième place. Sa fortune est évaluée à son décès par l'enregistrement à Archives départementales de Vaucluse, Q. enregistrement bureau d'Avignon, reg. nt l6 83..

L’homme politique Le cours de sa carrière publique à l’échelon local se révèle également important. En 1787, il est porté par les suffrages des électeurs de la troisième main au consulat.

Il est conseiller municipal d’Avignon, et doit refuser en 1807 les fonctions de premier adjoint dans la municipalité Bertrand, les circonstances le forçant à résider à Montpellier auprès de son fils.

Conseiller d’arrondissement durant l’Empire, il est élu maire de SorguesArchives communales de Sorgues.1D1, registre de délibérations. où il possède des terresBibliothèque municipale d’Avignon, Ms 4426 f° 198-214 - Pierre Simon BOUCHET possédait des terres à Sorgues, non loin de la montagne de Sève, dans le domaine de Coteau-brûlé qu’il avait acquis de M de Monéry chevalier de l’ordre de Saint-Louis sous le nom duquel elles se trouvent dans la grande carte de Cassini. Il entra en jouissance de cette campagne assez productive au décès de Madame de Monery le 10 Nivôse an VII., de 1812 à sa mort. Il est en outre successivement président du tribunal de commerce et premier président de la chambre de commerce lors de sa création en l’an XI, ainsi queprésident du syndicat des canaux du Vaucluse.

Quoique très certainement favorable à la réunion à la France ou du moins à une union douanière, il adopte vis-à-vis des partis qui ensanglantent Avignon dès 1790 une attitude réservée, ce qui n'empêche pas l'administration du district, à l’occasion d’un voyage effectué en l’an II, d'apposer les scellés sur son immeuble, sous le prétexte d'émigration. Il doit produire un certificat de résidence, afin de rentrer en possession de son bien.

L’érudit Mais son activité se déploie dans des domaines autres que ceux des charges publiques et du négoce. Élu membre de l’Athénée de Vaucluse dès sa fondation, choix flatteur, puisque cette société savante ne comptait à l’origine que trente cinq membres ordinaires. Il lit, lors de la première séance publique le 5 vendémiaire de l'an XI, un mémoire sur le commerce de la garance et sur les moyens de le rendre plus florissant.

Féru d’agronomie, comme beaucoup d’esprits de son temps, il se livre, dès l’an XI, dans sa « grange » du clos du Périgord, proche banlieue d’Avignon, à de curieuses expériences sur l’acclimatation de l’arachide dont des graines avaient été confiées par Lucien Bonaparte, alors ambassadeur à Madrid, à Mechain, préfet des Landes, lequel les distribua dans quelques département du Midi. Bouchet se flattait d’introduire cette culture dans nos contrées et ne craignit pas, pour parvenir à cette fin de traduire en français l’ouvrage espagnol de Dom François Tabarés de UlloaDom François Tabares de Utloa, chanoine de l’église métropolitaine de Valence en Espagne, Observations pratiques sur la pistache de terre ou manobi d'Amérique, etc., traduit de l’Espagnol en Français par un citoyen d'Avignon, à Avignon chez Jean Albert Joly. Imprimeur libraire 1803 in8. :Observations pratiques sur la pistache de terre ou manobi d'Amérique, traduit de l’Espagnol en Français par un citoyen d'AvignonRobert Reboul, Anonymes, pseudonymes et supercheries littéraires de la Provence ancienne et moderne, p. 89, ed. Slatkine, 1973.. Cet exemple se propage, car l'annuaire de Vaucluse pour l'an XlI, signale que les graines d'arachide s'achetaient sur les marchés d'Avignon, d'Orange et de Carpentras. Guérin, pharmacien, très versé dans les expériences de chimie en rapporte les résultats devant l'Athénée.

Bien entendu cet enthousiasme ne dure guère et la naturalisation de la pistache de terre en Vaucluse échoue rapidement, comme plus tard, durant le blocus continental, celle du coton, de la canne à sucre, de l'indigo ou du pastel.

L’hôte du capitaine Bonaparte thumb|alt=photographie de la plaque commémorative|Plaque commémorative thumb|alt=Photo de la maison Bouchet à Avignon|Maison Bouchet à Avignon En 1787, en signe de sa réussite, Pierre Simon Bouchet abandonne le quartier où il a vu le jour et achète, rue de la Calade, une maison qu’il démolit immédiatement pour rebâtir un hôtel particulierOn n'a jamais trouvé le prix-fait de l’immeuble et on ignore le nom de l'architecte. visible aujourd’hui au numéro 21-23 de l’actuelle rue Joseph-VernetAlain Chappat, Roger Martin, Alain Pigeard, André Robe, Le guide napoléonien, page 157, éditions Charles-Lavauzelle, Paris, 1981. L’ordonnance du bâtiment est très simple avec ses deux étages, divisée par des chaînages de refends et surmontés par une série d'œils-de-bœuf ovales. Une plaque apposée par les soins de l'Institut NapoléonCette inscription a été recensée par Madeleine Tartery dans son ouvrage Sur les traces de Napoléon, Paris, 1955., quelques années avant la dernière guerre, rappelle que cette maison abrita, en juillet-, le capitaine Bonaparte qui écrivit là sa brochure de propagande Le souper de Beaucaire. Au milieu du , cette maison était communément appelée « maison Bouchet ».

En juillet et , Pierre Simon Bouchet héberge le capitaine BonaparteRoger Iappini, Napoléon jour après jour : de la naissance au 18 brumaire, Éditions Cheminements, , . Les relations entre les deux hommes nous sont parvenues grâce au récit d’Olivier Le Moine dans son recueil Une page de l'histoire de Napoléon : le capitaine Bonaparte à AvignonOlivier Le Moine, Une page de l'histoire de Napoléon : le capitaine Bonaparte à Avignon (juillet-août 1783), passage de Napoléon à Avignon en 1814, éditeur H. Charles-Lavauzelle, 1899. et également grâce à Henri Barjavel dans son Dictionnaire historique et bibliographique du département du VaucluseC F H Barjavel, Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du département de Vaucluse, Carpentras, Impr. de L. Devillario, 1841..

Bonaparte qui avait rejoint son régiment de Nice avait été chargé par la convention d’acheminer des convois de poudre pour l’Armée d’Italie. C’est dans ces conditions qu’en il reçut un « billet » pour loger chez Pierre Simon Bouchet.

Pierre Simon Bouchet est décrit comme un homme « fort brave et très affable » qui reçoit le jeune officier inconnu avec la plus grande bienveillance. Érudit curieux, amateur de littérature et à l’écoute des événements de son temps, « l’honnête bourgeois » se laisse séduire par le jeune capitaine, « séduction qu’exerça toujours Napoléon sur ceux qui l’approchaient.»

Frappé par son intelligence, sa culture et la pertinence du son jugement, Pierre Simon Bouchet pour qui le monde militaire est inconnu, se passionne « à entendre le pâle et chétif officier » lui parler et de vie militaire et lui raconter ses premières armes lors de la campagne de Sardaigne.

En fervent admirateur de la révolution, Bonaparte, échange avec son hôte, lors de discussions passionnées, ses opinions sur les différents événements qui secouent la France. Une amitié sincère naît rapidement entre les deux hommes et va se développer durant les événements de 1793.