Claude Lanzmann est un journaliste, écrivain, cinéaste et producteur de cinéma français, né le à Bois-Colombes et mort le dans le ...
Ancien résistant, il est notamment le réalisateur de Shoah, film documentaire monumental consacré à l’extermination des Juifs d'Europe par les nazis, inscrit en au registre de la Mémoire du monde de l'UNESCO. Collaborateur de la revue Les Temps modernes à partir de 1952, il en est le directeur de 1986 à sa mort en 2018.
Alors que sa famille a des origines juives, Claude Lanzmann grandit , avant de découvrir Israël en 1952 et d'y être .
Biographie Enfance et formation Claude Lanzmann naît dans une famille dont les différentes branches sont originaires des communautés juives ashkénazes, immigrées en France à la fin du ..
La famille de son grand-père paternel, Itzhak Lanzmann, vient d'un shtetl près de Minsk en Biélorussie. Prenant le prénom de Léon, il épousa à Paris Anna, venant de Riga et devint marchand en mobilier ancien rue Drouot. De leur union naît en 1900, Armand, père de Claude Lanzmann.. Itzhak naturalisé en 1913 sera versé dans l'infanterie de entre 1914 et 1918.
Sa mère, Pauline, dite Paulette, Grobermann (1903-1995) est née sur un navire entre Odessa et Marseille : ses parents, Yankel et Perl Grobermann, sont originaires de Kichinev, en Bessarabie. Établis en région parisienne, ils créent une affaire de brocante, puis deviennent antiquaires pendant la Première Guerre mondiale, fournissant les jeunes studios américains en décors.. Ils élèvent leurs enfants .. Ce n'est qu'en 1952 que Claude Lanzmann découvre Israël et s'y sent depuis Conférence « Claude Lanzmann par lui-même », avril 2009. Sur les traces du Lièvre de Patagonie (116 min)..
En 1934, à la suite du divorce de ses parents, Claude, son frère cadet Jacques (écrivain, scénariste et parolier) et sa sœur Évelyne (Évelyne Rey, actrice de théâtre), emmenés par leur père, vont vivre à Brioude, en Haute-Loire.. Ils y restent jusqu'en ; lorsque la famille retourne à Paris, Claude poursuit ses études au lycée CondorcetPierre Albertini, « Les juifs du lycée Condorcet dans la tourmente », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, n°92, 2006/4, p. 81-100., où il découvre l’antisémitisme..
La guerre et la Résistance vignette|Mémorial de la Résistance au mont Mouchet. En , son père, ancien combattant engagé volontaire en 1917, gazé à Ypres fut « affecté spécial » de la défense nationale à Brioude. Là, il entraîne ses enfants à disparaître sans laisser de traces, en simulant des rafles de la Gestapo ou de la Milice. Il enseigne à ses enfants la méfiance et le « pessimisme actif »..
À la rentrée 1943, Claude entre en lettres supérieures (hypokhâgne) au lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand comme interne. À 18 ans, il devient membre des Jeunesses communistes (alors clandestines) et l’un des organisateurs de la Résistance de Clermont-Ferrand. Il participe à la lutte clandestine, puis aux combats des maquis d’Auvergne à la Margeride, au mont Mouchet, aux embuscades dans le Cantal et dans la Haute-Loire, pour retarder la remontée des troupes allemandes vers la Normandie, lors de l'été 1944.. Il fut homologué FFI pour la période du au passée au sein des Mouvements unis de la Résistance, FFI d'Auvergne, une des unités combattantes reconnues dans le Puy-de-DômeService historique de la Défense, Vincennes, dossier GR 19 P 63/36 : Liste des membres de la formation MUR FFI d'Auvergne.
Philosophie Après la Libération, sa famille revient vivre à Paris. Lanzmann, qui a retrouvé sa mère et le compagnon de celle-ci, Monny de Boully, est admis en en première supérieure (khâgne) au lycée Louis-le-Grand. Il y rencontre Jean Cau, avec qui il noue une grande amitié. Ayant échoué au concours d'entrée à l'École normale supérieure, il s'inscrit en licence de philosophie à la Sorbonne. Il choisit les « possibles et les incompossibles » chez Leibniz comme sujet de son diplôme d'études supérieures..
En 1947, sur les conseils de son ami Michel Tournier, Claude Lanzmann étudie la philosophie à l'université Eberhard Karl de Tübingen, en Allemagne : . Puis, en 1948, il obtient un poste de lecteur à l'université libre de Berlin, en secteur américain..
Claude Lanzmann se découvre des talents et un goût de pédagogue, comme il le dit, . La parution des Réflexions sur la question juive de Sartre en 1947 fut pour lui un événement fondateur et devient le fondement d'un séminaire sur l'antisémitisme qu'il organisa à la demande des étudiants. Il se convainc que les thèses de Sartre doivent être dépassées, ce qui sera l'une des raisons de son premier voyage en Israël en 1952. Voulant dénoncer la faiblesse de la dénazification au sein de l'université, il publie en 1949 deux articles dans le Berliner Zeitung, journal de la RDA, ce qui lui vaut de quitter ses fonctions officielles..
Journaliste France Dimanche et France-Soir À son retour en France, il devient pigiste pour le groupe de presse de Pierre Lazareff, le magazine Elle, créé et dirigée par son épouse Hélène Lazareff, France-Soir et son édition dominicale France Dimanche. Il est aussi « nègre » et « rewriter » dans ce groupe de presseLe Monde, Nécrologie.. Il restera pigiste pour ce groupe pendant vingt ans, en particulier en quand il se rendra en Corée du Nord.
Il propose fin 1951 un reportage sur la vie en Allemagne de l'Est, où il part avec l’accord de Lazareff, en se recommandant du Monde, ramenant une dizaine d’articles que la direction de France-Soir refuse, car ce n'est et , mais qu'il publie finalement (L'Allemagne derrière le Rideau de fer) dans le journal Le Monde en . Il apprend par son ami Jean Cau que Sartre les a trouvés intéressants et il va le voir à une conférence sur Kafka, où Sartre lui demande de participer aux réunions des Temps modernes, place Saint-Germain-des-Prés. Cinématographique ou littéraire, la critique y est "tournante"..
Les Temps modernes vignette|Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre à Pékin sur la place Tiananmen le . Son premier article paraît dans Les Temps modernes. Il est titré "Sur la liberté de la presse", avec le pseudonyme de David Gruber"Sur la liberté de la presse" par David Gruber, dans numéro d'avril du journal Les Temps modernesClaude Lanzmann, Le Lièvre de Patagonie, Paris, Gallimard, 2009., car il souhaite rester rewriter à France-Soir, "publié aussitôt", dans le numéro d'avril. C'est une réflexion sur "la nature de la presse", inspirée par son expérience chez Lazareff et qui conclut sur "les possibilités vertigineuses de la propagande". La revue Esprit en fait un compte rendu "enthousiaste". Diplômé de philosophie, il devient l'ami de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre.
Le , il publie un long article sur la fuite du dalaï-lama du Tibet, dans Elle à la demande de sa fondatrice Hélène Lazareff qui pressentait l'importance de l’événementClaude Lanzmann, Le Lièvre de Patagonie, Folio, p. 214..
Claude Lanzmann succède à Simone de Beauvoir comme directeur de la revue en 1986. A tort, il présente en 1987 l'attribution du massacre de Katyń aux Soviétiques comme de la Claude Lanzmann dans Les Temps Modernes, février 1987; cité par Thierry Wolton, L'Histoire interdite, éd. Jean-Claude Lattès, 1998, p. 59.
Engagement politique Son engagement anticolonialiste . Il fait partie des dix inculpés, parmi les signataires du manifeste des 121 titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie », qui dénoncent la répression en Algérie en 1960. En 1967, il prend une grande part à l'élaboration du fameux numéro des Temps modernes intitulé « Le conflit israëlo-arabe ».
Jusqu’en 1970, Claude Lanzmann partage ses activités entre Les Temps Modernes, et le journalisme. Il écrit de nombreux articles et reportages. En 1986, après la mort de Simone de Beauvoir, il deviendra responsable de la revue Les Temps Modernes. Réalisateur vignette|gauche|Claude Lanzmann lors de la table ronde « Un vivant qui parle » à la Cinémathèque française le 12 janvier 2008.
À partir de 1970, Claude Lanzmann se consacre au cinéma. Son premier film, Pourquoi Israël, sort en 1973 et détaille déjà la méthode Lanzmann : film mosaïque avec des entretiens originaux, où l'interviewer, Lanzmann lui-même, est autant acteur que metteur en scène.
Dès qu'il a fini ce film, Lanzmann se plonge dans ce qui va devenir Shoah : il y consacre 12 ans de travail (recherche documentaire, recherche des survivants, des bourreaux, des témoins, une dizaine de campagnes de tournage et presque 6 ans de montage, avec la monteuse Ziva Postec), avant que le film ne sorte en 1985. D'une durée de plus de 9 heures, Shoah est considéré comme un monument du cinéma : sans image d'archives, il parvient à dire l'indicible sur le génocide.
Neuf ans plus tard, en 1994, sort le film Tsahal dont le questionnement est : l’armée israélienne est-elle une armée comme les autres ? Ce documentaire de 5 heures fait l'objet de vives polémiques. Il est jugé tendancieux et apologétique par ses détracteurs, qui lui reprochent notamment son manque de distance vis-à-vis du discours tenu par l'armée israélienne sur elle-même, ainsi que son silence au sujet de la guerre du Liban — un conflit qui a pourtant suscité de vifs débats en Israël même... Pour la sortie en DVD du film en 2008, l'anniversaire des 60 ans de l'État d'Israël, Lanzmann tourne Lights and Shadows, un entretien d'une quarantaine de minutes avec Ehud Barak.
Pour réaliser Shoah, Lanzmann a tourné 350 heures de film entre 1974 et 1981.. La quasi-totalité des rushs exploitables (approximativement 220 heures) sont disponibles à l'USHMM. Plus tard, à partir de ces rushs non utilisés dans Shoah et d'images tournées spécifiquement pour les films, Claude Lanzmann a réalisé quatre films autour de quatre personnages : Maurice Rossel (dans Un vivant qui passe en 1997), Yehuda Lerner (dans Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures en 2001), Jan Karski (dans Le Rapport Karski en 2010) et Benjamin Murmelstein (dans Le Dernier des injustes en 2013).
En 2016, lors de la diffusion du documentaire d' Claude Lanzmann, porte-parole de la ShoahTitre original : Claude Lanzmann : Spectres of the Shoah., Lanzmann, qui s'insurge contre l'utilisation par d'autres d'images qu'il n'a pas utilisées dans ses films, dit : Deux de ces films sont Napalm (qui traite de la Corée du Nord, relatant des événements narrés dans Le Lièvre de Patagonie.), sorti en 2017, et Les Quatre Sœurs (sur les horreurs subies par quatre femmes dans les camps, notamment à cause du Mengele.), sorti en 2018.
Vie privée vignette|Tombe de la famille Lanzmann dans le carré juif du cimetière du Montparnasse (division 5). L'épitaphe de Claude Lanzmann est une phrase extraite de Shoah : « Est-ce qu'il peut décrire ce silence ? ». À partir de , il vit une histoire d'amour avec Simone de Beauvoir. Les deux se sont rencontrés quand Lanzmann avait 27 ans et Beauvoir avait 44 ans. Au moment de leur réunion, en juillet 1952, Lanzmann a été la secrétaire de Jean Paul Sartre. Même si Lanzmann devait partir par avion pour Israël le lendemain et que Beauvoir devait partir pour vacances en Italie, ils ont passé une soirée ensemble. Dans ses mémoires, Le Lièvre de Patagonie, Lanzmann décrit cette première soirée que les amants ont passée ensemble. Lanzmann écrit que «Après une fête rue de la Bûcherie, qui célébrait un départ pour le Brésil de Cau et de Jacques-Laurent Bost, j'avais eu au matin le courage ou l'audace d'appeler Simone de Beauvoir pour l'inviter le soir au cinéma.» La philosophe a convenu de le voir le soir, et Lanzmann continue à écrire «Nous restâmes longtemps enlacés après avoir fait l'amour.» Lanzmann décrit sa liaison avec Beauvoir avec beaucoup de détails et sans avoir fait abstraction des événements de sa relation avec Beauvoir. C'est un perspective qu'un lecteur ne peut pas trouver dans les œuvres de Beauvoir elle-même.