Jacques Tanguy Marie Guermeur, né le à Quimper (intendance de Bretagne, actuel département du Finistère), mort le 29 fructidor an VI (le ) dans la même ville, est un homme politique de la Révolution française.
Entre 1792 et 1797, il est député du Finistère à la Convention nationale, où il vote la mort de Louis XVI et où il est envoyé en mission dans les départements, puis au Conseil des Anciens.
Biographie Famille Jacques Guermeur est le fils aîné de Tanguy Guermeur (Poullan-sur-Mer, ca 1730 - Poullan-sur-Mer, 1795), commerçant à Douarnenez, capitaine des canonniers gardes-côtes à Tréboul et de Marguerite Caillou (Quimper, 1732 - Poullan sur Mer, 1804), elle-même fille de Jacques Caillou, commerçant à Quimper, né en Flandres en 1699 à Menin (à 10 km de Courtrai).
La mère de Jacques Guermeur est une cousine germaine de Louise-Augustine Caillou (1724-1744) dont la fin tragique le dans le naufrage du Saint-Géran à l'Isle de France (Île Maurice) inspire à Bernardin de Saint-Pierre le personnage de Virginie, l'héroïne de Paul et VirginieHenri Bourde de La Rogerie, Les Bretons aux Iles de France et de la Réunion, Rennes, Oberthür, 1934, rééd. Ed. La Découvrance, Rennes, 1998, p. 288-292 ..
Jacques Guermeur épouse en Marie-Thérèse Éon de Kerlavarec, fille d'Alain Éon (1716-1770), notaire et procureur à Languidic (Morbihan), capitaine des Gardes-Côtes à Port-Louis (Morbihan)Charles Durand, Les milices gardes-côtes de Bretagne de 1716 à 1792, Rennes, Imprimerie Riou-Reuzé, 1927, en particulier le chapitre 6, p.98-109..
Tanguy Hervé (1781-1848), pilote au port de Lorient, l'un de leurs huit enfants, leur donne une large postérité jusqu'à nos jours, dont Charles Guermeur, officier de l'armée de Terre, Yves Guermeur, officier de Marine, Dominique Waquet, économiste et historien, Henri WaquetHenri Waquet a pu rassembler de très nombreux documents sur Jacques Guermeur et sa famille aujourd'hui consultables aux Archives départementales du Finistère dans le Fonds Guermeur-Malingre (AD 29, 30/J 1 à J 8)., archiviste-paléographe, directeur départemental des archives du Finistère, Jean-Claude Waquet, historien, Nicolas Waquet, traducteur, Philippe Waquet, avocat au Conseil d'état et à la Cour de cassation, puis conseiller à ladite cour, Pierre Waquet, magistrat.
Études et profession Jacques Guermeur accomplit ses humanités au collège de Quimper où il bénéficie des enseignements de l'abbé Le Coz, futur évêque constitutionnel de Rennes. Il s'inscrit tardivement et « par bénéfice d'âge », à la faculté de droit de Rennes. Il y côtoie Joseph Le Malliaud, de Vannes, qu'il retrouve 20 ans après, député comme lui à la Convention nationale. Il est reçu licencié en droit en Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, Registre des examens de la Faculté de Droit de Rennes 1771-1778, sous-série 1D 20 F°37)..
Avocat au Parlement, il s'établit à Quimperlé. Il y est, en outre, procureur fiscal de l'abbaye Sainte-Croix. En , il est procureur du roi à la sénéchaussée de Quimperlé, auprès du sénéchal Simon Bernard Joly de RosgrandIl remplace dans cette fonction Jean-René Lalau-Dézauté (AM Quimperlé, Registre des délibérations de la municipalité de Quimperlé, 1790-an III, Délibération du , f°67, Ro)..
Il est élu, en , commissaire du roi auprès du tribunal de district de QuimperléLe 14 juillet 1790, J. Guermeur participe à la célébration organisée par la municipalité de Quimperlé « es-qualité de procureur du Roi de ce siège » (AM Quimperlé, Registre des délibérations de la municipalité de Quimperlé, 1790-an III, f°37)..
Considéré par son ami Théophile Laënnec, juge à Quimperlé pendant la Révolution, comme « doté de connaissances très étendues en législation et en littérature »« Lettre de T.-M. Laënnec à V. de la Roque, de Quimperlé le », dans Jean Savina, « Autour de R.-Th. Laënnec. Quelques lettres inédites de son père et de ses oncles », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, Tome LIII, 1926, p. 79 (Lire en ligne). T.-M. Laënnec, né à Quimper en 1747, est devenu avocat au Parlement en 1772 et juge au tribunal criminel de Quimperlé en 1791., Jacques Guermeur possède une bibliothèque riche de plus de 900 volumes, exceptionnelle par sa taille et sa diversité pour un modeste juriste d'une petite ville de l'OuestDominique Waquet, « La bibliothèque de Guermeur, avocat finistérien, conventionnel. Montagnard ? » , Annales Historiques de la Révolution Française, N° 380, juin 2015, p. 45-76..
À sa sortie de la vie politique, en , il est nommé par le Directoire, le , juge au tribunal civil du MorbihanPierre-Dominique Cheynet, Les Procès-Verbaux du Directoire exécutif An V-An VIII, Paris, Assemblée Nationale, 2001, t. II, p. 245., puis, le , substitut auprès des tribunaux du FinistèreId., 2008, t. IV, p. 11.. Dix mois plus tard, son acte de décèsRegistre des décès de Quimper 1797 (an VI)-1803 (An XII), AM Quimper 2 Mi 38, vue 98. le désigne comme président du tribunal criminel du Finistère à Quimper, où il avait été nommé le P.-D. Cheynet, op. cit, t. 2, p. 245, n. 5)..
Représentant du Peuple
Mandat à la Convention La monarchie constitutionnelle, mise en application par la constitution du 3 septembre 1791, prend fin à l'issue de la journée du 10 août 1792 : les bataillons de fédérés bretons et marseillais et les insurgés des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries. Louis XVI est suspendu et incarcéré, avec sa famille, à la tour du Temple.
En septembre 1792, Jacques Guermeur est élu député du département du Finistère, le septième sur huit, à la Convention nationale.
Il siège sur les bancs de la Plaine, selon l'historienne Françoise Brunel. Lors du procès de Louis XVI, il rejette l'appel au peuple lors du deuxième appel nominal : La cumulation des pouvoirs que nous avons reçus de nos commettants, le mandat spécial qui nous a officiellement été donné pour venir prononcer sur le sort du roi, sur la nature de l'acte que nous exerçons, et qui n'est pas un acte constitutionnel, les dangers de convoquer les assemblées primaires pour délibérer sur le sort d'un individu, m'engagent à dire non. Lors du troisième appel, relatif à la peine à infliger, il vote la mort : Si vous me demandez seulement quelle peine Louis a encourue, je réponds la mort.Le 13 avril 1793, il est absent lors du scrutin sur la mise en accusation de Jean-Paul Marat. Le 28 mai, il est également absent lors du scrutin sur le rétablissement de la Commission des Douze.
Le 9 mars 1793, Jacques Guermeur est en effet envoyé en mission, aux côtés de Joseph-François Le Malliaud (député du Morbihan) dans les départements du Finistère et du Morbihan afin d'y accélérer la levée en masse.
Le tandem Jacques Guermeur - Joseph Le Malliaud, député du Morbihan, envoyé en mission dans les départements du Finistère et du Morbihan, doit passer par Rennes pour joindre Vannes. Empêchés par les « brigands et les séditieux » de prendre la route de Josselin, les représentants décident de passer par Redon. La rive droite de la Vilaine étant tenue par des « révoltés », Guermeur fait savoir au directoire du département du Finistère que Le Mailliaud et lui ont dû revenir à Rennes : « Les militaires qui commandent [à Redon] nous ayant assuré qu'il leur était impossible de protéger notre passage dans le Morbihan »Lettre de Le Malliaud et Guermeur au directoire du département à Quimper, Rennes, ce . L'an 2 de la République, AD du Finistère, 8 L 14, de la main de Guermeur, inédite, transcription D. Waquet.. Ils arrivent quand même à Vannes le , où ils prennent plusieurs arrêtés, en particulier sur l'approvisionnement en grains à Brest, le transfert du tribunal criminel du Finistère de Quimper à Brest et le sur le recrutement des troupes dans le MorbihanA. Aulard, Recueil des Actes du Comité de Salut Public, Paris, Imprimerie Nationale, 1900, t. III, p. 304, lettre lue en séance à la Convention le (Archives parlementaires, t. 63, p. 182). Ils déclarent « suspects les pères et mères d'émigrés » (), et émet des doutes sur l'efficacité du recrutement des : « Peut-on compter, écrit-il, sur des hommes levés à la baïonnette et au canon ? » Membre du Comité de Marine : . La Convention nomme Jacques Guermeur membre du Comité de la marine et des colonies sur la proposition de Pierre Marec, l'un de ses collègues députés du FinistèreArchives Parlementaires, t. 73, p. 6 et Archives Nationales, Série D, Missions des représentants du peuple et Comités des assemblées, D*/XVI/3, f° 6-32.. Il en sort le . . Contrairement à ce qu'avancent de nombreux biographes à la suite d'une lecture trop rapide d'une lettre de Prieur de la Marne lue à la Convention le Lataste, Claveau, Pionnier, Archives parlementaires, La Convention nationale, Paris, 1897-1913, Volume 82, p. 431, col. 2, Jacques Guermeur n'a pas pris part à la lutte contre l'insurrection vendéenne, ni aux massacres de Savenay, marquant la fin de la « virée de Galerne ». Il n'était pas envoyé en mission à cette date. Il n'a donc pas « tué de sa main, dans un engagement, le Vendéen Chatelux ». C'est à Claude Royou dit Guermeur qu'il faut attribuer ce fait. Celui-ci, protégé de Danton et Marat, membre de la Commune du , se présentait à Quimper le , avec un dénommé Jullien, comme « agents du Comité de Salut Public de la Convention, chargés de pouvoir par les représentants du Peuple près les côtes de Brest et de LorientJ. Trévédy, « Rouyou-Guermeur », Revue de Bretagne et de Vendée, 1892 Vol 7 p. 125 Voir aussi : Vol. 1, pp. 424 - 438 ; vol 7, pp. 25-42, pp. 121 -132 et pp. 169 - 179 ». Ce sont les mêmes que l'on retrouve deux mois plus tard aux côtés de Prieur. Deuxième mission : - . Guermeur est envoyé en mission avec Claude Guezno près l'armée des Côtes de Brest et de Cherbourg. La Convention, comme à une dizaine d'autres députés, leur a donné pour objectif de pacifier la Bretagne après les excès de la Terreur et l'écrasement des Chouans. Les conventionnels écartés du pouvoir pendant la Terreur bénéficient très vite de cette nouvelle politique. Ainsi le , Guermeur et Guezno fournissent un sauf-conduit à Lanjuinais et, le , confirment un arrêté de Boursault autorisant Roujoux à rentrer dans ses foyers. Guermeur et Guezno participent aux négociations préalables au traité de la Mabilais () et rendent compte de la signature de ce traité à la Convention.
Mandat aux Anciens Sous le Directoire, Jacques Guermeur est réélu député en vertu du décret des deux tiers. Le 4 brumaire an IV (le 26 octobre 1795), lors de la session d'ouverture, il est élu au troisième tour de scrutin par ses collègues conventionnels, membre du Conseil des Anciens.
Le floréal an V (le ), il est élu secrétaire du Conseil, aux côtés de Jean-André Barrot (député de la Lozère), de Michel-Pascal Creuzé-Dufresne (député de la Vienne) et de Florent-Guiot (député de la Côte-d'Or), sous la présidence d'Edme-Bonaventure Courtois (député de l'Aube).
Le 1er prairial an V (le 20 mai 1797), il quitte le Conseil après avoir été tiré au sort.
Jacques Guermeur meurt le 29 fructidor an VI (le ) à Quimper. Le 24 brumaire an VII (le 14 novembre), sa veuve Marie-Thérèse Éon de Kerlavarec réclame un secours financier au Conseil des Cinq-Cents qui rejette sa demande.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Assemblée nationale - Biographie Dictionnaire des parlementaires français par Adolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny, tome 3, Fes-Lav, Bourloton éditeur, Paris, 1891. . . Liens externes
Votes sur la mort de Louis XVI Site de la famille de Louis Waquet et Marie Guermeur
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