Joseph Pyronnet (1927-2010), appelé aussi Jo Pyronnet, est un philosophe engagé, homme d'action et de prière, qui a voué sa vie à la promotion de la non-violence.

Biographie

Une prière d'enfant Joseph voit le jour le dans le village de Trébas au bord du Tarn, dans le sud-ouest de la France. Il en gardera toute sa vie son accent rocailleux. Un jour, le jeune garçon demande à Dieu qu'il n'y ait plus jamais de guerre. Formulée à l'approche de la Seconde Guerre mondiale, cette prière ne sera pas exaucée comme il le souhaitait, mais, dit-il, « Dieu m'a répondu en me permettant de travailler à la réalisation de ma prière ».

Pendant la guerre, il fait la connaissance d'une jeune fille belge de Sugny dans les Ardennes, exilée dans le Tarn. À la fin de la guerre, le jeune homme fait à bicyclette le voyage pour retrouver Christiane en Belgique, ce qui marque le début d'une relation cordiale avec sa belle-famille. Mariés en 1948, ils partent pour Madagascar, où le jeune professeur coopérant enseigne la philosophie au lycée de Tananarive. C'est là que naissent les deux premiers de leurs six enfants.

« Nous aussi, nous sommes suspects » (1957-1960) De retour en France, il fait la connaissance de l'œuvre de Gandhi, grâce à Lanza del Vasto et à ses Communautés de l'Arche.

En 1959, pendant ce qui sera appelé plus tard la guerre d'Algérie, il est touché par le sort des milliers d'Algériens qui sont internés sous le simple motif qu'ils sont « suspects »« Les premiers pas de l'ACNV (Action civique non-violente), 1957-1960 », 20 janvier 2009, sur le site des réfractaires..

Le camp d'internement le plus important était le camp du Larzac, à la fois par sa taille — plus de , près de assignés et plusieurs centaines de membres du personnel — et par sa place dans l'organisation centrale de l'internement. Il a été ouvert au printemps 1959 dans de mauvaises conditions matérielles qui n'ont été résolues, selon un rapport du directeur, qu'en . Dès son ouverture, le directeur se plaint du sous-effectif et de l’incompétence d’une bonne partie du personnel recrutéCité par .

Joseph Pyronnet se propose pour mener une action contre ces internements arbitraires. Pour assurer la sécurité matérielle de sa famille pendant cette action, son épouse accepte de vivre une année dans la communauté de l'Arche. Par la suite, elle décidera avec son mari de s'y engagerTémoignages audios, sur le site des Communautés de l'Arche (de Lanza del Vasto)..

Ayant commencé à deux, Jo et Daniel WintrebertDialogue avec Daniel Wintrebert, Juin 1959 (en milieu de page)., ils sont bientôt trente volontaires réunis dans cette action. Plusieurs femmes courageuses s'engagent avec eux et participent au soutien logistique.

Ils demandent à être eux aussi internés dans un camp« Lettre ouverte à M.le Ministre de l'Intérieur le 9 juillet 1959 », du 9 juillet 1959.« Non aux camps de concentration, Seconde lettre au Ministre de l'Intérieur », document Action civique non-violente, Bollène, 1960, fonds Jean-Pierre Lanvin à l'Observatoire des armements« L’ACNV (Action civique non-violente) et la lutte contre les camps, par Tramor Quemeneur sur cairn.info. : « Un suspect, c'est quelqu'un qui a peut-être fait du mal, mais on ne sait pas : C'est exactement notre cas »« Pour la paix : non aux camps », tract distribué en province pour le 28 mai 1960.. On imagine la stupéfaction des autorités, mais aussi, le travail qui se fait dans les consciences de tous ceux qui en entendent parler« Les Trente à Paris », 9 avril 2009, sur le site des réfractaires.. C'est bien là la cible de la non-violence : croire en la conscience de l'adversaire, et s'adresser à ce qu'il y a de plus humain en lui.

En , la sous-préfète de l’Ain a inauguré une plaque commémorative du camp de Thol incluant une citation de Joseph Pyronnet.

Une action du voit la participation de quelques personnalités : Louis Massignon, Jean-Marie Domenach, le Père Régamey, le pasteur Henri Roser, Germaine Tillion, Théodore MonodThéodore Monod ou Le Désert en Vérité, « Un certain 30 avril 1960 ».. Du 7 au , jeûne au bidonville de Nanterre : « Nous commençons un jeûne public de sept jours pour prendre notre part des souffrances infligées en notre nom et dont nous sommes responsables »« Sur le bidonville de Nanterre », et « Suspects parmi les suspects au bidonville de Nanterre », 4 avril 2009, sur le site des réfractaires..

Le combat non-violent avec les réfractaires à la guerre (1960-1963)

En tant que non-violent, Jo n’est pas anti-militariste : il admire même le courage des soldats qui sont prêts à sacrifier leur vie pour une cause qui les dépasse.

Cependant, durant cette guerre, les jeunes qui refusent de tuer des « fellagas » sont souvent considérés comme des traîtres à la nation, et parfois même comme des lâches... Ils n’ont que deux perspectives : la prison militaire (ou civile pour les plus chanceux) avec ses vexations, ou bien la désertion et la clandestinité, qui empêchent une vie normale, un travail et une vie civile, et risquent de durer de nombreuses années. Dans les deux cas, c’est la solitude devant tout un système judiciaire qui est la plus difficile à vivre.

En 1960 un jeune déserteur vient lui demander « Avec ta non-violence, tu ne pourrais rien faire pour nous ? ». Après réflexion et débat, le jeune Pierre Boisgontier décide de quitter la clandestinité« L’accueil des réfractaires par l’Action civique non violente », 29 novembre 2008, sur le site des réfractaires. et ils décident de mener ensemble une lutte avec d’autres réfractaires à cette guerre« Réfractaires non-violents à la guerre d'Algérie» Article du 20 avril 2010 sur le site Conflits Sans Violence..

thumb|Place Bellecour à Lyon en 1961, six volontaires de l'ACNV se sont enchainés, et déclarent vouloir être traités chacun comme «Michel Hanniet» Qu'ils se disent anarchistes, pacifistes, antimilitaristes, communistes, mécréants ou chrétiens, leurs motivations sont aussi diverses que leurs convictions :

Certains refusent de participer à une guerre coloniale, d’autres sont opposés à toute guerre, quelle qu'elle soit.

Certains sont prêts, pour prouver qu’ils ne sont pas des lâches, à servir comme infirmiers, y compris sur les lieux du conflit, tandis que d’autres considèrent que c'est encore se rendre "complice" de l'armée française.

Certains refusent de combattre avec des moyens, et dans une logique, qui risquent d'amener le combattant à commettre des actes indignes de son humanité et de principes qu'il défend. Pour eux, une cause noble et juste ne peut s'entacher de moyens ou de méthodes ignobles et injustes : ce sont les moyens employés qui permettent à la fin visée de rester juste.

C'est déjà dans cet esprit que Joseph avait participé, comme de nombreux autres citoyens et mouvements, à dénoncer la torture « destinée à obtenir des renseignements qui peuvent sauver des vies ».

Le don de Jo fut de les rassembler sur une volonté commune« Claude Michel, dans son livre la Quête du sens, pp. 120-122, raconte une réunion » en septembre 1960. : tous acceptent un engagement non-violent jusqu'à la fin de la guerre d'Algérie. Ils demandent à pouvoir effectuer un service civil en Algérie, sur les lieux du conflit, sous l'égide d'organisations neutres comme le SCI (Service civil international) ou autres.

Avec les volontaires de l'Action civique non-violente (ACNV), ils font des manifestations publiques sur le thème « nous sommes tous Pierre Boisgontier », ou « nous sommes tous Michel Hanniet », ou « nous sommes tous Jack Muir » et Jo passera les fêtes de Noël 1960 en prison comme ses camarades« Janvier-mai 1961 », arrestations et procès, 29 novembre 2008, sur le site des réfractaires.. En 1961, avec sept autres personnes, il renvoie son livret militaire par solidarité avec un réfractaire. Le , quatre membres de l'Action civique non-violente comparaissent devant le tribunal de grande instance de Carpentras pour provocation de militaires à la désobéissance. Le Procureur de la République prononce un réquisitoire qui, selon Le Monde, peut « apparaître comme une apologie pure et simple des inculpés. » Ceux-ci sont néanmoins condamnés à des peines de prison avec sursis. Une autre peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis, mais confondue avec la première, est infligée à Joseph Pyronnet pour le renvoi de son livret militaire..

Ces actions« Novembre-décembre 1961, avec le procès de Carpentras », 3 décembre 2008, sur le site des réfractaires., ainsi que la grève de la faim du vieux militant pacifiste et anarchiste Louis Lecoin (du au )« Des jeunes qui ne demandent qu'à servir », tract distribué par le groupe de l’ACNV de Nîmes qui demande un statut pour mettre fin aux arrestations et emprisonnements à répétition., aboutiront à la reconnaissance légale en France du statut d'objecteur de conscience en « Tract CSOC », le Comité de secours aux objecteurs de conscience distribue un tract, fin février 1963 (supplément au journal « Liberté » de Lecoin, numéro de mars) dans lequel, entre les signataires Jacques Prévert et Abbé Pierre, figure « J.Pyronnet, responsable national de l'A.C.N.V. ». Publié le 29 décembre 2009 sur le site des réfractaires..

Tous les liens tissés pendant cette période sont restés très forts, notamment avec ceux qui ne partagent pas les mêmes options religieuses que Jo, mais dont beaucoup se reconnaissent avec lui comme « chercheurs de Vérité ».

Vie communautaire et Concile Vatican II thumb|Joseph et Christiane Pyronnet lors d'une retraite au Foyer de Charité à La Flattière près de Chamonix Devenu entre-temps compagnon de l'Arche, il y exerce différentes responsabilités, notamment celle du compost. Il aime parler de la « spiritualité du compost » : des déchets organiques, travaillés par des organismes minuscules, redeviennent facteurs de vie (les analogies avec nos faiblesses, nos erreurs et nos échecs, et même avec la mort et la résurrection du Christ, ne sont pas loin...).

Il parcourt aussi la France pour promouvoir la non-violence évangélique. Il présente la vie communautaire comme un "entraînement" à la non-violence, un soutien à ceux qui sont envoyés aux actions externes, et comme un laboratoire d'une nouvelle manière de vivre ensemble en société, un mode de vie qui tend à peser le moins possible sur son prochain, en particulier sur tous ces autres que l'on ne connaît pas et qui travaillent pour nous, directement ou non, par le biais du marché.

Au cours du concile Vatican II à Rome, Lanza del Vasto décide de faire un jeûne public pour sensibiliser les évêques et cardinaux à la non-violence évangélique et à l'objection de conscience. Jo lui sert de lieutenant pour contacter les personnalités et la presse. La théorie de la guerre juste n'est pas facile à remettre en cause. Mais « une guerre est toujours juste, et même des deux côtés, car chacun croit se défendre contre une agression injuste ». « Présenté comme une solution, le conflit armé est plutôt une source de nouvelles violences et injustices ». Cette action aboutit à la rédaction, dans la constitution Gaudium et Spes (Les joies et les espoirs) du , au chapitre V (La sauvegarde de la paix), des extraits suivantsConstitution pastorale - Gaudium et Spes sur le site du Vatican. : C’est pourquoi le Concile, après avoir mis en lumière la conception authentique et très noble de la paix et condamné la barbarie de la guerre, se propose de lancer un appel ardent aux chrétiens pour qu’avec l’aide du Christ, auteur de la paix, ils travaillent avec tous les hommes à consolider cette paix entre eux, dans la justice et l’amour, et à en préparer les moyens.- (Gaudium et Spes - Chap V - 77;2)