László Bárdossy (Ladislaus von Bardossy) (né le à Szombathely et mort le à Budapest) est un homme politique et premier ministre du royaume de Hongrie de 1941 à 1942.
Il est un des architectes en chef de la participation de la Hongrie à la Seconde Guerre mondiale.
Jugé en par un tribunal populaire, il est condamné à mort pour crimes de guerre et collaboration avec les nazis. Il est fusillé à Budapest en 1946.
Jeunesse et carrière diplomatique Né à Szombathely le , de Jenő Bárdossy de Bárdos et Gizella Zarka de Felsőőr, Bárdossy complète son éducation secondaire à Eperjes (dans l’actuelle Slovaquie) et à Budapest. Il se forme en tant qu’avocat à Budapest, Berlin et Paris, et apprend l’Allemand, le Français et l’Anglais. Il commence sa carrière en 1913 en tant que commis adjoint au ministère de la Culture et de l'Éducation au gouvernement hongrois. En 1918, il devient assistant secrétaire. Trois ans plus tard, il atteint le rang de secrétaire du ministre, après avoir été commissaire à l'éducation du comté de Pest. En , il est nommé au ministère des Affaires Étrangères en tant que chef adjoint et ensuite chef du service de presse. En , il est nommé conseiller de la Légation hongroise à Londres en tant que chargé d’affaires. À partir d’, Bardossy devient ambassadeur en Roumanie].
Ministre des Affaires étrangères La Hongrie n’a pas abandonné l’espoir d’unir le royaume de Hongrie après le traité de Trianon. En effet, la Hongrie tente d’obtenir une révision du traité, pour obtenir des territoires de Tchécoslovaquie, Roumanie et Yougoslavie, mais aussi des régions sans populations hongroises importantes, comme la Croatie. Entre 1938 et 1940, après la médiation germano-italienne du premier et second arbitrage de Vienne, et l’invasion hongroise de la Ruthénie subcarpathique, la Hongrie agrandit son territoire : Tchécoslovaquie du Sud, Ruthénie, et la partie Nord de Transylvanie et le pays Sicule, cédés par la Roumanie. Le soutien qu’apporte l’Allemagne pour les révisions des frontières rapproche beaucoup les deux pays. Le , la Hongrie signe officiellement le Pacte tripartite. Pour simplifier la prochaine invasion de la Grèce, l’Allemagne et l’Italie cherchent à neutraliser la Yougoslavie. Pour ce faire, l’Allemagne promet une intégrité territoriale à la Yougoslavie.
Ces nouvelles n’ont pas plu à la Hongrie, qui a déjà commencé à négocier avec la Yougoslavie. Après l’initiative du Premier ministre Pál Teleki, la Hongrie et la Yougoslavie signent un traité de non-agression et d’amitié éternelle le . Ce traité ouvre la possibilité d’une révision de la frontière en faveur de la Hongrie après négociations. Après ce traité, la Hongrie cherche à diminuer la pression allemande ainsi qu’une amélioration des relations Anglo-Hongroises.
Après la mort d’István Csáky en , Bárdossy est nommé ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Teleki. Dès le début, Bárdossy se met d’accord avec l’approche des affaires étrangères de Pál Teleki, qui donne une grande importance à l’indépendance hongroise et à la prise de distance par rapport à la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, contrairement à Teleki, Bárdossy pense que la guerre finirait avec la victoire allemande ou des accords négociés. En février, l’ambassadeur hongrois au Royaume-Uni informe Bárdossy que les Anglais ont rompu les relations diplomatiques avec la Roumanie du fait de la présence de troupes allemandes sur son sol, et exprime ses inquiétudes sur le fait que la Hongrie a autorisé le transit de troupes allemandes à la requête du gouvernement allemand. La réponse du bureau des Affaires Étrangères britanniques est que l’explication de Bárdossy n’est qu’un prétexte, puisque les actions de la Hongrie ont permis à l’ennemi du Royaume-Uni de s’installer en Roumanie, en créant une base pour plus d’opérations allemandes. Ils expliquent plus tard que même s’ils comprenaient que la Hongrie et d’autres nations plus petites étaient dans une situation difficile, la patience du Royaume-Uni est limitée. Bárdossy proteste auprès des Allemands sur les promesses qu’ils ont faites aux Yougoslaves, en soulignant que la Hongrie n’a pas renoncé à ses revendications territoriales. L’Allemagne, fidèle à ses promesses aux différents pays, répond qu’elle reconnait les revendications de la Hongrie et assure que les promesses faites à la Yougoslavie ne causeraient pas de problèmes pour eux.
Le , le ministre des Affaires étrangères Yougoslave , arrive à Budapest pour échanger les documents ratifiant le traité d’amitié. Teleki et Bárdossy le rencontrent. Cincar-Marković est alarmé de l’adhésion au Pacte tripartite de la Bulgarie. Début mars, Teleki écrit un long mémorandum concernant les attentes que les Américains et les Anglais auraient envers la Hongrie. Il considère que sa responsabilité première est la conservation des ressources hongroises à la fin de la guerre, en énonçant les dangers possibles, l’un d’eux étant d’origine yougoslave, malgré le traité d’amitié.
Le , Bárdossy envoie une lettre à l’ambassadeur britannique rappelant que le transit de troupes allemandes en Hongrie a été accordé à la suite d'une requête du gouvernement roumain. Au fil des communications avec son ambassadeur à Londres, il accuse les Britanniques de « malveillance » et « d’ignorance considérable » et a pu laisser son aversion envers l’ambassadeur influer sur son jugement de la position des Britanniques. Le , Teleki écrit à son ambassadeur à Londres, en réprimandant les Britanniques qui « reprochent à d’autres la non-résistance », en leur faisant remarquer qu’ils n’avaient pas réussi à unifier les nations des bassins des Balkans et du Danube contre les Allemands. L’ambassadeur ne reçoit la lettre que fin mars, et quand il rend visite à Eden, le secrétaire des Affaires étrangères lui dit qu’il a attendu que Teleki succombe à la pression allemande tôt ou tard, mais avertit que la Hongrie devrait faire face aux « plus graves conséquences » si elle autorise aux troupes allemandes le passage par son territoire pour attaquer un pays allié de la Grande-Bretagne, et que les conséquences s’aggraveraient encore plus si la Hongrie participait à ces attaques.
Le , la Yougoslavie signe le pacte Tripartite, mais son gouvernement est renversé par un coup d’État deux jours plus tard. Adolf Hitler ordonna aussitôt à ses généraux de préparer une attaque contre la Yougoslavie, et appela l’ambassadeur hongrois Döme Sztòjay à Berlin. Hitler lui dit que : L’Allemagne agirait pour éviter l’installation de bases ennemies contre elle. En cas de guerre, l’Allemagne ne s’opposerait pas aux revendications territoriales de la Hongrie L’Allemagne soutiendrait les aspirations d’autonomie de la Croatie La Hongrie pouvait considérer de prendre des actions militaires elle-même Hitler offrit la Croatie à la Hongrie dans un message à Miklós Horthy, Régent de Hongrie, le . Horthy était prêt à rejoindre l’invasion de la Yougoslavie sans conditions, mais Bárdossy et Teleki le convainquirent de reconsidérer cette décision. Dans une lettre, il promit seulement que l’armée hongroise coopérerait avec les Allemands et refusa l’offre de Hitler concernant la Croatie. Pourtant, Sztójay, qui apporta la lettre à Berlin le , fit croire à Hitler que la Hongrie participerait à l’invasion. Hitler annonça que l’Allemagne avait deux amis dans les Balkans : la Hongrie et la Bulgarie, en promettant que leurs revendications de révisions seront satisfaites. Le même jour, le Conseil ministériel de la Hongrie s’assembla pour discuter des conditions sous lesquelles l’armée hongroise pouvait entrer dans les territoires yougoslaves précédemment sous le contrôle de la Hongrie. Ils se mirent d’accord qu’ils procéderaient seulement si une de ces conditions suivantes était remplie : Si la Yougoslavie cessait d’exister comme un État (Si la Croatie proclamait son indépendance) Si la sécurité de la minorité hongroise en Yougoslavie était en danger Si un vide de l’activité militaire allemande dans les zones occupées par les minorités hongroises apparaissait. Le jour suivant, l’ambassadeur hongrois à Londres demanda une clarification à savoir si, en cas d’attaque allemande en Yougoslavie, la Hongrie garderait le traité d’Amitié éternelle. Bárdossy répondit, et envoya à son ambassadeur aux États-Unis, qu’il était très improbable que la Yougoslavie se désintégrerait et que la sécession de la Croatie et de la Slovénie créerait une situation où la Hongrie devrait agir pour protéger les minorités hongroises en Voïvodine. En agissant sous l’impression que la lettre de Horthy avait approuvé ces actes, le chef d’État Major Général Hongrois, Géneral Henrik Werth et ses chefs d’opération, Colonel Dezső László négociaient avec le général allemand Friedrich Paulus, chef d’opérations de l’armée allemande. Le Haut Commandement hongrois croyait que les Allemands avaient besoin d’évidence de l’amitié de la Hongrie, et, en contredisant les conditions déjà mises en place, acceptèrent que les forces hongroises puissent opérer en dehors d’anciens territoires Hongrois en Yougoslavie.
Horthy demanda une réunion du Conseil Suprême de la Défense le . Bárdossy a préconisé que la position de l’armée hongroise devrait seulement se déplacer dans des zones de minorités hongroises occupées par la Yougoslavie sous les conditions du . Il dit que l’Allemagne devrait en être informée, et que tous les actes hongrois devraient être indépendants des Allemands. Le ministre de l’Intérieur Ferenc Keresztes-Fischer et d’autres se mirent d’accord, mais Werth et le ministre Károly Bartha demanda un acte militaire immédiat basée sur les lettres échangées entre Horthy et Hitler. Teleki leur rappela donc que le Royaume-Uni et les États-Unis possédaient d’énormes ressources et que la Hongrie ne devraient pas les provoquer en agissant déraisonnablement. Lui et Bárdossy partageaient l’opinion qu’il serait acceptable d’entrer en anciens territoires hongrois en Yougoslavie seulement après l’effondrement de la Yougoslavie. Finalement, le Conseil adopta les résolutions proposées par Teleki et Bárdossy, qui modifièrent les conditions acceptées le . Celles-ci étaient : L’Armée hongroise ne passerait pas la ligne formée par le Danube et le Drave Les préparations seraient faites pour se mobiliser, mais Horthy ferait la décision finale Toutes les unités hongroises seraient sous l’ordre de Horthy, et pas subordonnées par des commandes allemandes Le , le Royaume-Uni avertit l’ambassadeur hongrois que leurs relations diplomatiques seront brisées si la Hongrie laissait les Allemands passer à travers son territoire pour attaquer la Yougoslavie. Ils leur rappela également que si la Hongrie se joignait à cette attaque sous n’importe quel prétexte, le Royaume-Uni et ses alliés leur déclarerait la guerre, et serait traité convenablement si les Alliés gagnaient la guerre. Les Anglais remarquèrent que la Hongrie avait renoncé ses revendications sur le territoire yougoslave après le traité d’Amitié Éternelle, et qu’une attaque sur la Yougoslavie serait une violation grave des conditions du traité. Ces avertissements ont été communiquées au gouvernement Hongrois par télégramme.
Quand Hitler demanda l’autorisation de lancer une de ses armes blindées contre la Yougoslavie à partir de territoire hongrois, Teleki ne réussit pas à dissuader le régent. L’Acte Tripartite autorisait l’armée allemande de se déployer dans le territoire hongrois.