Le Néolithique est une période de la Préhistoire, qui débute durant le réchauffement climatique de l'Holocène. Défini à l'origine comme un « âge de la pierre polie », il est principalement caractérisé actuellement par la domestication de certaines plantes et animaux, et le début de l’agriculture et de l’élevage. La chasse et la collecte des populations mésolithiques n'ont cependant pas été systématiquement abandonnés. C'est donc une longue phase de transition, marquée par des changements fondamentaux, qui a peu d'équivalents dans l'histoire humaine, et qui a souvent été désignée comme une « révolution néolithique ».

Cette période commence plus ou moins tard en fonction des contextes. Elle apparaît d’abord au Moyen-Orient vers 10000 av. J.-C. et sera suivie, plus tard, d’une migration vers l’Europe. En Chine elle apparaît selon les lieux entre 7000 et 5000 av. J.-C., et ailleurs dans le monde à des dates différentes, parfois très tardivement et parfois pas du tout si la nécessité ne s’en est pas fait sentir. Avec le Néolithique les populations sont devenues, souvent, sédentaires.

Ce changement économique s'accompagne d'autres évolutions majeures, qui sont pour la plupart ses conséquences. En effet, il va généralement de pair avec l'adoption d'un mode de vie sédentaire, par lequel les groupes humains se fixent en un même lieu, le plus souvent dans un village, et cessent d'être mobiles. Les principales innovations techniques de cette période sont la généralisation de l'outillage en pierre polie, la poterie, le tissage, ainsi que le développement de l'architecture domestique et collective, parfois monumentale. C'est plus largement un nouveau mode de vie qui se met en place avec l'économie agricole, qui change profondément les habitudes des êtres humains. L'adoption de l'agriculture aura impliqué aussi la mise en place de nouvelles formes d'organisation sociale et économique, à long terme, moins égalitaires que par le passé, et s'accompagne apparemment d'évolutions dans les mentalités et dans les cultes.

L'apparition et la diffusion de l'économie agricole ont entraîné aussi de grands changements environnementaux, car les humains ont modifié bien plus profondément les paysages que par le passé, pour aménager leurs zones d'habitat et de culture, et en diffusant des espèces végétales et animales domestiquées en dehors de leurs milieux naturels.

L'émergence de l’État et des villes, se trouvent à l’aboutissement du Néolithique. Les technologies du bronze ou du fer sont venues aussi y mettre un terme.

thumb|Grains carbonisés provenant de Mérimdé (Basse Égypte), v. 4500-4000 av. J.-C. Metropolitan Museum of Art de New York. thumb|Vestiges de la tour de Jéricho (Tell es-Sultan, Palestine), v. 8000 av. J.-C. thumb|Haches polies découvertes dans le dépôt de Bernon (Arzon, Morbihan).Ces pièces de grande dimension (15 à ) datent du Certaines sont en fibrolite locale, d'autres sont en roches vertes alpines et ont probablement été obtenues par échange. thumb|Bassin en terre cuite peinte décor de triangles courbes, produisant un effet de feuilles et fleurs, H , D . Chine, culture de Yangshao, v. 4000-3500 av. J.-C. Musée national de Chine.

Définitions et interprétations Le concept de « Néolithique » L'adjectif « néolithique » (du grec , « nouveau », et , « pierre ») désigne littéralement l'« âge de la pierre nouvelle ». Ce terme est proposé en 1865 par le préhistorien John Lubbock, qui subdivise l'âge de la pierre en un « âge de la pierre ancienne », taillée, ou « Paléolithique » et un « âge de la pierre nouvelle », polie, ou « Néolithique ».

Si la définition initiale est fondée sur une innovation technique, elle cède progressivement la place à une définition socio-économique, qui repose sur l'apparition de l'agriculture et de l'élevage grâce à la domestication de certaines plantes et de certains animaux par des groupes humains. Cela marque le passage d'une économie de « prédation » ou de « collecte » de chasseurs-cueilleurs, à une économie de « production » d'agriculteurs-éleveurs. Au Néolithique, les groupes humains n’exploitent plus exclusivement les ressources naturellement disponibles mais commencent à en produire une partie, après avoir domestiqué des plantes et des animaux. La chasse et la cueillette continuent certes souvent à fournir une part substantielle des ressources alimentaires, mais l'agriculture et l'élevage jouent un rôle de plus en plus important, jusqu'à devenir prépondérants. Par ses nombreuses conséquences, c'est un tournant de première importance dans l'histoire humaine. L'agriculture s'accompagne dans la plupart des cas d'un habitat sédentaire. Son adoption entraîne donc l'abandon progressif de la mobilité des groupes de chasseurs-cueilleurs paléolithiques, ce qui constitue un autre changement majeur. Plus largement, le Néolithique est un nouveau « mode de vie », qui suppose une subsistance et une économie à dominante agricole (avec des plantes et des animaux domestiques), un habitat sédentaire dans des villages et hameaux, des innovations techniques dont la fabrication de céramiques et d'outils en pierre polie, une plus grande spécialisation artisanale Ces éléments caractéristiques des sociétés néolithiques du Proche-Orient et d'Europe ont pu être regroupés en un « paquet » (package) qui se diffuse et propage le nouveau mode de vie, même s'il ne se retrouve pas partout au complet.. L'apparition de l'agriculture est donc le point commun de toutes les sociétés néolithiques et de toutes les définitions du Néolithique. Mais, suivant les définitions prises par les spécialistes, le périmètre peut être élargi jusqu'à intégrer divers autres éléments techniques et matériels, ainsi que des aspects sociaux, culturels et symboliques (une « domestication » des gens ?).

En fin de compte, le terme « Néolithique » a perdu son sens technique, pour désigner la mise en place, indépendamment dans plusieurs régions du monde, des premières sociétés et économies agricoles. Les spécialistes actuels parlent souvent de « néolithisation », , donc le processus qui conduit au mode de vie néolithique.

Une révolution ?

thumb|left|Vere Gordon Childe, qui a développé le concept de « révolution néolithique », photographie des années 1930.

Le passage d'une conception technique à une conception socio-économique du Néolithique doit beaucoup aux travaux de l’archéologue australien Vere Gordon Childe. Celui-ci promeut et popularise en 1925 l'expression de « révolution néolithique » et propose, principalement à partir de l'exemple du Proche-Orient, une synthèse cohérente, qui a une influence capitale sur l'interprétation du Néolithique. Ce concept est élaboré à partir de celui de révolution industrielle, et ancré dans une vision progressiste de l'histoire humaine : il est marqué par l'émergence de sociétés villageoises productrices de nourriture, succède à la révolution de la domestication du feu et précède la « révolution urbaine » ; il pose donc les conditions pour l'émergence de la « civilisation ». Childe caractérise ce phénomène par plusieurs traits majeurs : culture des plantes et élevage des animaux, qui entraînent une croissance démographique, engendrent des surplus, permettent la sédentarité ; il considère certes ces sociétés comme largement auto-suffisantes, mais admet qu'elles échangent entre elles des biens de luxe ; elles sont en mesure d'entreprendre des travaux collectifs et coopératifs, notamment pour l'agriculture et la sécurité de leurs ressources, en mettant en place des organisations politiques claniques, consolidées par des aspects magiques et religieux ; du point de vue matériel, le Néolithique est selon lui caractérisé par les objets en pierre polie, la céramique, et des instruments de tissage. Ce modèle a été amendé, mais il reste en partie valable lorsqu'il s'agit de déterminer le « package » néolithique évoqué plus haut.

Depuis, l'aspect « révolutionnaire » du Néolithique a été discutéJ. Leclerc et J. Tarrête (1988) « Néolithique », dans Dictionnaire de la Préhistoire, Leroi-Gourhan, A., Éd., PUF, p. 773-774.. L'hypothèse d'un changement rapide a été remise en question par les progrès des connaissances sur ces périodes, encore très limités au moment où Childe écrit. Les préhistoriens ont fait le constat d'une évolution plus progressive, sur plusieurs millénaires. Ce n'est pas une invention soudaine, mais un processus long et cumulatif, non linéaire, rencontrant parfois des ralentissements voire des échecs, les cultures néolithiques connaissant des crises et des effondrements. Il est aussi non uniforme car il présente des profils très variés selon les régions. Ce n'est pas non plus un phénomène inéluctable, car des sociétés de chasseurs-cueilleurs ont choisi d'autres voies et une partie s'en est tenue à l'écart volontairement. La vision de ces changements comme un ensemble de progrès positifs menant les humains vers « la » civilisation qu'avait décrit Childe a été relativisée et remise en question. Mais la néolithisation n'en demeure pas moins une rupture fondamentale dans l'histoire humaine, qu'on envisage encore les mutations qu'elle apporte comme une « révolution néolithique », par leur importance et en dépit de leur longue durée, ou bien comme une phase de « transition néolithique »..

La recherche des causes et des conditions De nombreuses discussions portent sur la question de savoir pourquoi le passage du mode de vie paléolithique au mode de vie néolithique s'est accompli, et ce dans plusieurs foyers indépendants et à peu près contemporains. La problématique est en général envisagée de manière à chercher à comprendre pourquoi les humains abandonnent le mode de vie de chasseurs-cueilleurs qui leur a permis de vivre pendant plusieurs centaines de milliers d'années sans avoir besoin d'en changer jusqu'alors.

Les théories anciennes considèrent que des facteurs externes, principalement un changement du climat et/ou une croissance démographique, auraient contraint certains groupes humains à adopter l'agriculture pour survivre, en développant une méthode plus fiable et régulière d'avoir des aliments. Ces approches ont été contestées par d'autres qui ont plutôt insisté sur des facteurs internes, sociaux, mentaux et religieux, qui auraient poussé les humains à développer l'agriculture. Les opinions actuelles plaident plutôt en faveur d'une combinaison de ces facteurs. Le processus s'inscrit sur une longue période et implique « le climat, la démographie, des décisions économiques rationnelles, des réponses biologiques des plantes et des animaux aux interventions humaines, des opportunités et des tensions sociales, aussi bien qu'une reformulation de la place de l'humanité dans l'univers à travers le rituel et la religion » (M. Zeder et B. Smith) : (citation p. 685)..

La coïncidence de l'émergence des différentes domestications en plusieurs points du globe, sans qu'il y ait de lien direct entre celles-ci, sur une période d'en gros cinq millénaires, qui est brève au regard des d'Homo sapiens, s'explique sans doute en partie par l'évolution des capacités psychiques des humains. Incontestablement, le changement des conditions environnementales à l'échelle globale consécutives à la fin de la dernière période glaciaire est un facteur déterminant. Si l'on compare les différents foyers, il semble qu'au moins trois éléments principaux doivent être réunis pour que la néolithisation se produise : un environnement favorable et stable (ni trop abondant, ni trop riche en ressources ; avec des espèces domesticables), un certain niveau technique et économique (une connaissance de la croissance des plantes, des animaux, du stockage, etc.) et enfin la volonté de procéder à des actions qui modifient dans la durée le rapport des humains à l'environnement (avec une volonté de dominer la nature ?).

Une mauvaise idée ?