L’enclos Saint-Lazare, ou clos de Saint-LazareAppellation portée au Plan de Turgot, de 1734., est un ancien clos de Paris situé dans l'actuel , sur les anciens et . Le territoire autrefois occupé par l'enclos est bordé au sud par la rue de Paradis, à l'est par la rue du Faubourg-Saint-Denis, au nord par le boulevard de la Chapelle et à l'ouest par la rue du Faubourg-Poissonnière.

Il abrite à son origine une léproserie tenue par une communauté religieuse. L’histoire de cette maison Saint-Lazare comporte de nombreuses lacunes, ses archives ont été successivement détruites au cours de la guerre de Cent Ans, pendant les guerres de Religion et lors du pillage du 13 juillet 1789.

thumb|upright=1.5|L'enclos Saint-Lazare (partie sud), 1705.

L'enclos Saint-Lazare, clos et maison Saint-Lazare

L'enclos Saint-Lazare mesure quatre-vingt-douze arpents de ParisL'arpent de Paris était une unité de mesure de superficie équivalente à 100 perches de Paris carrées. soit environ trente-deux hectaresSoit environ .. On en trouve mention dès 1110 : ., patron des lépreux au Moyen Âge.

Limites du clos Le clos Saint-Lazare était délimité, approximativementPour une limite exacte voir le plan cadastral napoléonien ancien, Faubourg Poissonnière îlots et 12, par la rue du Faubourg-Poissonnière (anciennement appelée "rue Sainte-Anne") à l'Ouest, la rue de Paradis au Sud, la rue du Faubourg-Saint-Denis à l'Est et le clos Saint-Charles au Nord. Le clos Saint-Charles était délimité approximativement par la rue du Faubourg-Poissonnière à l'Ouest, le clos Saint-Lazare au Sud, la rue du Faubourg-Saint-Denis à l'Est et le chemin de Ronde de la Barrière Saint-Denis au Nord devenu le boulevard de la Chapelle.

La seigneurie Saint-Lazare s'étendait sur l'espace compris entre les voies suivantes.. : rue du Faubourg-Saint-Laurent (actuelle rue du Faubourg-Saint-Martin) ; rue Saint-Laurent ; rue du Faubourg-Saint-Denis ; rue de Paradis ; chemin des Poisonniers (rue du Faubourg-Poissonnière et rue des Poissonniers actuelles) ; rue Marcadet ; chemin de la Tournelle (actuelle rue Riquet) ; chemin des Vertus (actuelle rue d'Aubervilliers) ; rue du Château-Landon. La confrérie possédait également des domaines autour de Paris, notamment à La Villette, Gonesse, Sevran ou Le Bourget.

Un domaine sous protection royale thumb|upright=1.1|Le roi Louis le Jeune fait une halte à la maison de Saint-Ladre alors qu'il part pour la croisadeLa photo est légendée dans Illustrations de Les rues de Paris ancien et moderne. 358-1848, origine et histoire. Monuments, costumes, mœurs, chroniques et traditions, bien entendu, Louis le Jeune, né en 1120, participe à la deuxième croisade en 1147 et non en 1117.. Bien que les archives aient été presque entièrement détruites, il est établi que, dès le , une chapelle existait dans les parages, fréquentée par des lépreux. Un moine de Saint-Martin-des-Champs y fait construire un hôpital auquel Philippe Ier ajouta un moulin et quelques arpents de terre.

Cette léproserie bénéficie de la protection royale : la foire, Saint-Ladre ou Saint-Lazare, est créée en 1110 par Louis VI dit Louis le Gros.. Confirmée par Louis VII dit Louis le Jeune, elle sera rachetée en 1183. ou 1181 par Philippe-Auguste, transférée aux Champeaux elle sera à l'origine des halles de Paris., en dédommagement de ce transfert, Philippe Auguste autorisa la léproserie de Saint-Lazare à ouvrir une nouvelle foire dans l'enclos Saint-Laurent mitoyen de Saint-Lazare.

Cette foire ainsi que la bonne gestion et les nombreuses donations de familles dont un membre s'était fait soigner à Saint-Lazare ou encore les legs des patients qui ne survivaient pas, pendant les croisades les cas de lèpre étaient si nombreux que Saint-Lazare ne désemplissait pas, ont contribué au développement rapide du domaine.

Vers 1147, à l'occasion de son départ pour la deuxième croisade, c'est Louis VII qui va être à l'origine du « logiz du roy » à Saint-Lazare, « logiz » qui servira de halte obligée pour les souverains lors de leur accession au trôneMaladie et société au Moyen Âge la lèpre, les lépreux et les léproseries… Par François-Olivier Touati, (223).. Les rois et reines y recevaient le serment de fidélité des habitants de Paris. Jusqu’à Louis XV, les corps des souverains après leur décès y sont exposés..

Dès 1179, Saint-Lazare reçoit le droit d’établir un aqueduc à travers ses vignes. Les sources captées par Saint-Lazare provenaient du Pré-Saint-Gervais ou du versant Nord-Est de la colline de Belleville. C'est l'eau de Saint-Lazare qui alimentera les premières fontaines parisiennes L’alimentation et les usages de l’eau à Paris du Paul Benoit, Université Paris 1, (2).

Dans cet enclos se trouvait un moulin et une ferme, la ferme Saint-Lazare, qui est à l'origine de deux noms de voies actuelles : le passage de la Ferme-Saint-Lazare, dans lequel subsiste un ancien puits à eau., et la cour de la Ferme-Saint-Lazare aménagée le long du principal bâtiment de la communauté. Dans ces deux voies, on trouve de nombreuses caves voutées du .

S'y trouvait également, non loin de l'église Saint-Laurent, l'église Saint-Lazare qui sera démolie en 1823 du fait de son mauvais état La chapelle de l’ancien hôpital Saint-Lazare (Paris) Agnès Chauvin, Documentaliste-recenseur, Direction régionale des affaires culturelles d'Île-de-France (2). Des souterrains, aujourd'hui murés, conduisaient de l'église Saint-Lazare à l'église Saint-Laurent et de cette dernière au couvent des RécolletsParis - histoire, monuments et culture - Edmond Ronzevalle (éditions Martelle)..

Elle avait son entrée sur le faubourg Saint-Denis, à l'emplacement de la crêche Paul-Strauss, square Alban-Satragne. Il était d'usage d'y déposer pendant quelques instants le corps des rois décédés avant de les conduire à la basilique Saint-Denis.

Le premier déclin

Au , la lèpre commence à se faire plus rare autour de Paris et le ., Adrien Le Bon, de l'ordre des Chanoines réguliers de saint Augustin et prieur de Saint-Lazare, résigne son prieuré en toute propriété à Vincent de Paul (ou Vincent Depaul)Selon Hœfer (Nouvelle Biographie générale, T42, 1866), les signatures authentiques du saint portent le nom « Depaul » écrit en un seul mot. C'est cette orthographe qui est utilisée en Amérique du Nord. pour y loger la Congrégation de la Mission ou LazaristesNe pas confondre avec les Lazarites ou l'Ordre de Saint-Lazare.

La Congrégation de la mission

Le , saint Vincent de Paul et la Congrégation de la mission s'installent durablement dans les bâtiments de l'ancien prieuré Saint-Lazare où ils procèderont à de nombreux agrandissements.

Saint Vincent de Paul, l’âge d’or du domaine

thumb|upright=1.1|Chapelle de l'ancien hôpital Saint-Lazare, square Alban-Satragne.

À Saint-Lazare, saint Vincent de Paul sera à l'origine en 1633, avec sainte Louise de Marillac dont il était le confesseur, de la création des Filles de la Charité qu'il installera à partir en 1641Saint Vincent de Paul et Sainte Louise de Marillac Leurs Relations - Louis Deplanque - 1936 (22) ou 1642Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Volume 3 - Lebeuf (Abbé) (354) sur la paroisse Saint-Laurent tout à côté de la maison Saint-Lazare.

C'est à Saint-Lazare que saint Vincent de Paul organisera les célèbres « Conférences de Saint-Lazare » ou « Conférences du mardi », tenues tous les mardis à partir de 1633Annales du Midi - Université de Toulouse (107/108)Histoire Universelle de l'Esglise Catholique Par René François Rohrbacher (312 et suivantes)., auxquelles participeront, entre autres, le cardinal de RetzMémoires - Jean François Paul de Gondi, cardinal de Retz - Première Partie sur wikisource., BossuetHistoire de Bossuet, évêque de Meaux (1846) (21/22), GodeauEncyclopédie du dix neuvième siècle (ed. by A. de Saint-Priest) (340) et le Père Olier et qui intéresseront particulièrement le cardinal de Richelieu et Louis XIIIHistoire Universelle de l'Esglise Catholique Par René François Rohrbacher (314).

Saint-Lazare deviendra aussi « la prison des fils de famille »Marcel Fosseyeux, Les maisons de correction à Paris sous l'Ancien régime, , Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 1929 (lire en ligne), Chapelle y sera interné en 1646 et laissera des textes sur Saint-Lazare, qu'on peut lire dans les Œuvres de Chapelle et de BachaumontŒuvres de Chapelle et de Bachaumont, texte établi et annoté par Tenant de Latour, 1854. dont la Lettre à Monsieur Moreau et la Description de Saint-Lazare.

Entre 1635 et 1660, ce sont près de vingt mille exercitantsExercitant : celui qui fait l'exercice de la retraite spirituelle. qui seront reçus à Saint-LazareLa Vie de la vénérable Louise de Marillac, veuve de M. Le Gras Gobillon, Nicolas (1661-1706) (79), dont Jacques Bénigne Bossuet vers 1652.

Dans la même période, de nombreuses missions à l'étranger seront pilotées depuis la maison Saint-Lazare du faubourg Saint-Denis : Tunis en 1645., Alger en 1646, Madagascar entre 1648 et 1661À l'angle de la grande maison: les lazaristes de Madagascar : correspondance avec Vincent de Paul, 1648-1661 extraits en ligne, Pologne vers 1651.

À l'extrémité nord de l'enclos, on avait construit en 1644 une grande maison appelée maison Saint-Charles ou séminaire Saint-Charles, au de la rue du Faubourg-Saint-Denis, cette dépendance de la maison Saint-Lazare était occupée par des prêtres convalescentsHistoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Volume 3 - Lebeuf (Abbé) (360), l'emplacement de ce séminaire et des terrains mitoyens donnera l'appellation clos Saint-Charles.

Vers 1645, saint Vincent fait édifier dans le clos Saint-Laurent, dépendance du prieuré Saint-Lazare, l'hospice des Treize-Maisons pour loger les orphelins, il en confie la gestion aux Filles de la Charité, c'est à l'origine de l'hôpital des Enfants-Trouvés, ces maisons étaient situées rue du Faubourg Saint-Denis entre les 132 et 148.

En 1653, saint Vincent établit à l'est de l'enclos, avec Louise de Marillac, l'hospice du Saint-Nom-de-Jésus dans le faubourg Saint-Laurent, hospice de vieillards pour et , qui sera démoli lors de la construction de l'embarcadère de Strasbourg (gare de l'Est), cet hospice est à l’origine de la Maison DuboisDu nom du docteur Antoine Dubois qui deviendra l'hôpital Fernand-Widal.

Vincent de Paul est mort à Saint-Lazare, dans sa chambre, dans la nuit du 26 au ., il sera inhumé le dans l'église Saint-LazareLe corps de Vincent de Paul se trouve maintenant dans la chapelle Saint-Vincent-de-Paul dans le de Paris, en présence d'Armand, prince de ContiNouveau dictionnaire de la conversation: ou répertoire universel de toutes les connaissances nécessaires, utiles ou agréables dans la vie sociale, et relatives aux sciences, aux lettres, aux arts, a l'histoire, a la géographie, etc., avec des notices sur les principaux personnages, morts et vivants, de tous les pays, sur le plan du conversation's lexicon, Auguste Wahlen (477), de Jacques Bénigne Bossuet, encore simple archidiacre de Metz, de la Duchesse d'Aiguillon et des filles de la Charité et de leur supérieure, nouvellement nommée, Marguerite Chétif, dans un caveau creusé au milieu du chœur de la chapelle.. C'est dans cette même église que se dérouleront, 79 ans plus tard, en , les solennités en l’honneur de la béatification de Vincent de Paul.

Les lazaristes, la continuité

thumb|upright=1.1|Bâtiments construits par les pères de la Mission le long du faubourg Saint-Denis au début du , 2010.

En 1661, les prêtres de la Mission reprennent la gestion de l'ancienne foire créée sous Louis VIHistoire de Saint-Lazare (1122-1912) ( éd.) / Eugène Pottet 1912(4), ils réinstallent cette foire entre Saint-Lazare et le couvent des Récollets, dans l'enclos Saint-Laurent, cela sera la foire Saint-Laurent..