thumb|right|300px|Carte générale de l'avancée de Sherman d'Atlanta à Savannah (marche de Sherman vers la mer) puis de Savannah à Goldsboro (Campagne des Carolines). thumb|300px|Gravure (1868) d'Alexander Hay Ritchiereprésentant l'avancée de Sherman. La marche de Sherman vers la mer (en anglais: ) est la campagne de Savannah, c'est-à-dire l'ensemble des manœuvres militaires menées sur le territoire de la Géorgie, du au , par le major-général nordiste William Tecumseh Sherman.
La campagne débute le , au moment où les troupes de Sherman quittent Atlanta (Géorgie), après s'en être emparés. Elle se termine, le , avec la prise du port de Savannah. Dans leur avancée, les troupes de Sherman détruisent des objectifs militaires, des infrastructures, des installations industrielles et des propriétés privées, ruinant l'économie du Sud et son réseau de transport. Le choix de Sherman de frapper profondément au cœur du territoire confédéré sans se préoccuper de ses lignes de ravitaillement est considéré comme révolutionnaire dans les annales de l'art militaireEicher, ..
Contexte et objectifs La marche de Sherman vers la mer fait suite à son succès lors de la campagne d'Atlanta (mai-). Tout comme Ulysses S. Grant, le commandant en chef des armées de l'Union, Sherman estimait que la guerre civile ne prendrait fin que lorsque toutes les capacités stratégiques, économiques et morales de la Confédération seraient définitivement briséesEicher, .. Aussi Sherman prépara-t-il une expédition qui anticipait les théories modernes de la terre brûlée et de la guerre totale.
Alors que ses ordres lui demandaient de limiter les destructions dans les zones où son armée ne serait pas prise pour cible par les francs-tireurs, Sherman estima que le fait d'encourager ses troupes à vivre sur le pays aurait un effet destructeur sur le moral des populations qui se trouveraient sur leur cheminTrudeau, , 51-55..
Le second objectif de la campagne était plus classique. En Virginie, l'armée de Grant se trouvait en échec face à celle de Robert E. Lee, retranchée dans Petersburg. En arrivant sur les arrières de Lee, Sherman pouvait changer la donne, permettre à Grant de réussir une percée et, de toutes manières, éviter que des renforts ne parviennent aux assiégés.
Grant et Sherman avaient conçu leur campagne sur le modèle novateur qui avait valu au premier ses succès à Vicksburg et que le second avait repris lors de la campagne de Meridian : les armées de Sherman devraient limiter leur recours aux lignes de ravitaillement traditionnelles et vivre sur le pays une fois leurs vingt jours de rations épuisés. Des détachements de « fourrageurs », connus sous le vocable de « bummers » (mendiants) fourniraient à l'armée la nourriture réquisitionnée dans les fermes de Géorgie, tandis que les troupes détruiraient les voies de chemin de ferLes rails tordus après avoir été chauffés furent appelés « cravates de Sherman »., les usines et les capacités agricoles de l'État. Sherman traça son itinéraire en fonction des données du recensement de 1860 concernant le bétail et les productions agricoles, menant ses troupes à travers les zones où elles pourraient se ravitailler le plus aisémentTrudeau, .. Comme son armée serait coupée du Nord pendant la campagne, Sherman rédigea des ordres explicites pour la conduite des opérations (Sherman's Special Field Orders, No. 120).
[…] IV — L'armée vivra largement sur le pays pendant la marche. À cette fin, chaque commandant de brigade organisera un détachement de fourrageurs de taille suffisante, sous le commandement d'un ou plusieurs officiers de confiance, qui prélèvera, autour de l'itinéraire suivi, du maïs et du fourrage de toutes sortes, tout type de viande, des légumes, de la farine de maïs et tout ce qui peut être nécessaire à ses unités, de manière à disposer à tout moment dans ses fourgons de dix jours au moins d'avance pour l'armée et trois jours d'avance pour les fourrageurs. Les soldats ne doivent pas pénétrer dans les logements des habitants, ou commettre aucune intrusion, mais pendant une halte, ou au campement, ils peuvent être autorisés à récolter des navets, des pommes et d'autres légumes, et à faire paître le bétail du campement. Les fourrageurs désignés recevront des instructions pour opérer à n'importe quelle distance de l'itinéraire suivi par l'armée.
V — Seuls les commandants de corps d'armée auront autorité pour faire détruire les moulins, les maisons, les égreneuses à coton, etc. et ils suivront le principe général établi à leur attention : dans les secteurs et les quartiers où l'armée ne sera pas inquiétée, aucune destruction de cette sorte ne sera autorisée ; mais si des francs-tireurs ou des insurgés nous attaquent sur notre parcours, si les habitants brûlent des ponts, bloquent les routes ou manifestent autrement leur hostilité, le commandement de l'armée pourra ordonner et mettre en œuvre des destructions proportionnées à cette hostilité.
VI — Pour ce qui concerne les chevaux, les mules, les fourgons, etc. appartenant aux habitants, la cavalerie et l'artillerie pourront les réquisitionner librement et sans aucune limite, en distinguant cependant entre les riches, qui nous sont généralement hostiles, et les pauvres et les laborieux, qui sont neutres ou amicaux. Les fourrageurs peuvent également saisir des chevaux et des mules pour remplacer les animaux fatigués de leur propre train, ou pour servir d'animaux de bât pour leurs régiments ou leurs brigades. En fourrageant, nos hommes s'abstiendront de toute insulte et de toute menace, rédigeant, si leur commandement le décide, procès-verbal de leurs actions, mais sans laisser de reçu, cherchant à conserver à chaque famille une fraction raisonnable pour leur subsistance.
VII — Les Noirs qui sont valides et qui peuvent être utiles à nos colonnes pourront être emmenés, mais chaque commandant gardera présent à l'esprit que la question des subsistances est essentielle et que celles-ci sont prioritairement affectées aux combattants…
— William T. ShermanWilliam T. Sherman, Military Division of the Mississippi Special Field Order 120, 9 novembre 1864..
Forces en présence À la tête de la Division militaire du Mississippi, Sherman ne mobilisa pas tout son effectif pour la campagne. Son adversaire confédéré, le lieutenant-général John Bell Hood menaçait la ligne de ravitaillement en provenance de Chattanooga, et Sherman dut détacher deux armées, sous le commandement de George H. Thomas, pour affronter Hood (campagne de Franklin-Nashville).
Pour la campagne de Savannah, le reste des forces de Sherman ( hommes, dont fantassins, cavaliers et artilleurs disposant de 64 pièces) fut divisé en deux colonnes avant la marche. L'aile droite était constituée par l'armée du Tennessee, sous le commandement du major-général Oliver O. Howard, et composée de deux Corps : le Corps, confié au major-général Peter J. Osterhaus, avec les divisions des brigadiers-généraux Charles R. Woods, William B. Hazen, John E. Smith et John M. Corse ; le Corps, commandé par le major-général Francis Preston Blair, Jr., avec les divisions du major-général Joseph A. Mower et des brigadiers-généraux Mortimer D. Leggett et Giles Alexander Smith. L'aile gauche était constituée par l'armée de Géorgie, commandée par le major-général Henry W. Slocum, elle aussi composée de deux corps d'armée : le Corps, commandé par le brigadier-général Jefferson C. Davis, avec les divisions des brigadiers-généraux William P. Carlin, James D. Morgan et Absalom Baird ; le , commandé par le brigadier-général Alpheus S. Williams, avec les divisions des brigadiers-généraux Nathaniel J. Jackson, John W. Geary et William T. Ward ; une division de cavalerie, commandée par le brigadier-général Judson Kilpatrick opérant en soutien aux deux ailes.
L'escorte personnelle de Sherman pendant la marche était constituée par le régiment de cavalerie de l'Alabama, une unité entièrement constituée de soldats originaires du Sud et restés loyaux à l'Union.
Face aux Nordistes de Sherman, les Confédérés alignaient le maigre effectif de leur Département de Caroline du Sud, de Géorgie et de Floride, commandé par le lieutenant-général William J. Hardee. Hood avait en effet entraîné le gros des troupes présentes en Géorgie lors de son départ pour le Tennessee. Restaient quelque hommes stationnés à Lovejoy's Station, au sud d'Atlanta. La milice de l'État de Géorgie, dirigée par le major-général Gustavus Woodson Smith apportait hommes, pour la plupart des adolescents et des hommes âgés, car beaucoup de soldats avaient décampé avant l'arrivée de Sherman. Le corps de cavalerie du major-général Joseph Wheeler, renforcé par la brigade du brigadier-général William Hicks Jackson, alignait environ combattants. Pendant la campagne, le ministère de la Guerre confédéré envoya des troupes de Floride et des Carolines, dont les effectifs combinés ne dépassèrent jamais les hommes.
Marche vers la mer
Le président Lincoln et le général Grant avaient tous deux de sérieuses réserves quant au plan de ShermanTrudeau, .. Cependant, Grant faisait confiance au jugement de son bras droit et, le , il envoya à celui-ci un télégramme qui lui indiquait simplement : « Faites comme vous l'avez proposé »Trudeau, .. La marche de commença le . Plus tard, Sherman raconta la scène dans ses mémoires :
[…] Nous quittâmes Atlanta par la route de Decatur, encombrée par les hommes et les fourgons du quatorzième Corps ; atteignant la colline, juste après avoir passé les anciens retranchements laissés par les rebelles, nous fîmes naturellement une pause pour contempler les lieux où nous avions livré bataille. Nous nous trouvions à l'endroit même où avaient été livrés les sanglants combats du , et nous apercevions le bosquet où McPherson était tombé. Derrière nous s'étendaient les ruines fumantes d'Atlanta, la fumée noire s'élevant haut dans le ciel et s'étendant, comme un drap mortuaire, au-dessus de la ville. Au loin, sur la route de McDonough, on voyait l'arrière de la colonne d'Howard, le fût des canons brillant au soleil, les fourgons bâchés de blanc s'étirant vers le sud ; et juste devant nous, le quatorzième Corps, marchant fermement et d'un bon pas, l'allure gaie et pleine d'entrain, qui se moquait du millier de kilomètres qui nous séparait de Richmond. Une fanfare attaqua par erreur l'hymne John Brown's soul goes marching on et les hommes reprirent leurs accords. Jamais auparavant, ni depuis, n'ai-je entendu un chœur de Glory, glory, hallelujah ! entonné avec plus de ferveur, et plus à l'unisson avec le moment et l'endroit.
— William T. ShermanMémoires du général W.T. Sherman, chapitre 21..
Les deux ailes de l'armée cherchèrent à tromper l'ennemi quant à leurs destinations. Les premiers mouvements ne permirent pas aux Confédérés de comprendre si Sherman marchait sur Macon, Augusta, ou bien Savannah. L'aile d'Howard, précédée par la cavalerie de Kilpatrick, progressait vers le sud, le long de la ligne de chemin de fer vers Lovejoy's Station, ce qui poussa les Confédérés qui occupaient la position à se retirer vers Macon en livrant des combats d'arrière-garde. La cavalerie s'empara de deux canons confédérés à Lovejoy's Station. Elle fit ensuite 50 prisonniers et prit deux canons supplémentaires à Bear Creek Station. Les fantassins d'Howard traversèrent Jonesboro en direction de Gordon, au sud-ouest de Milledgeville, alors capitale de l'État. L'aile de Slocum, accompagnée par Sherman, firent route vers l'est, en direction d'Augusta. Ses soldats détruisirent le pont qui enjambait la rivière Oconee, puis bifurquèrent vers le sudNevin, ..