vignette|Crédulité, superstition et fanatisme, gravure de Hogarth, 1762.

La superstition est la croyance irraisonnée fondée sur la crainte ou l’ignorance qui prête un caractère surnaturel ou sacré à certains phénomènes, à certains actes et à certaines paroles.

Au , le terme de superstition signifiait . Au siècle des Lumières (), il désignait la religion et les préjugés inexplicables par opposition à la raisonPetit Robert, 1983.. Selon ces acceptions, il peut englober avec une connotation péjorative toutes les pratiques ou croyances d'ordre religieux considérées comme sans valeur ou irrationnelles par le locuteur. Depuis les avancées de la méthode scientifique, et en particulier depuis les travaux de Popper, on peut y voir le champ de ce qui est extraordinaire et non réfutable par principe.

Selon le docteur en psychologie Stuart A. Vyse, les superstitions sont le résultat naturel de plusieurs processus psychologiques, notamment la sensibilité humaine au hasard, le penchant à développer des rituels pour faire face à des épreuves, des examens (effet d'auto-relaxation face à l'incertitude, la peur de l'échec)..

D'un point de vue psychosocial et évolutif, les superstitions peuvent être vues comme un processus d'adaptation basé sur le contrôle de l'interaction entre le sujet et son environnement, les superstitions pouvant être occasionnellement bénéfiques..

Religion Les pratiques religieuses qui diffèrent des religions communément acceptées dans une culture donnée sont parfois qualifiées de superstition ; de même, les nouvelles pratiques introduites dans une communauté religieuse établie peuvent également être qualifiées de superstitieuses dans le but de les marginaliser. Dans le même ordre d’idée, une démonstration excessive de dévotion a souvent été qualifiée de comportement superstitieux..

Plus largement, le fait de croire dans le cadre d’une affiliation à une religion peut être assimilé à de la superstition par les athées. C'est du moins ainsi que le baron d'Holbach la considérait, notamment dans son ouvrage La contagion sacrée, ou histoire naturelle de la superstition. Pour lui, la superstition renvoie à la croyance en une forme de réactivité de l'univers (indépendante des théories scientifiques) ou d'entités surnaturelles face à certains comportements humains, i.e. pratiques liées aux croyances des adeptes d’une religion.

Néanmoins, le terme de religion désigne un ensemble structuré autour d'une croyance collective concernant les origines ou les fins de l'univers, ou le sens de la vie, alors que le terme de superstition désigne . Il n'en demeure pas moins que les doctrines religieuses fournissent aux croyances et pratiques superstitieuses des éléments (croyance catholique aux saints, aux anges et aux démons, à leurs pouvoirs, par exemple) sur lesquels elles peuvent prendre appui. On retrouve également des symboles et accessoires religieux parmi le grand nombre d'objets de protection dans lesquels les superstitions se matérialisent : talismans, amulettes, grigris, fétiches africains, trèfle à quatre feuilles. Ces relations ont toutefois un caractère ambigu ; elles résultent au moins en partie du fait que les religions, là où elles se sont imposées, n'ont pas toujours pu éradiquer les superstitions ancestrales, et ont alors cherché à les « détourner » en les intégrant.

La prière, lorsqu'elle porte sur un souhait précis, peut avoir un caractère superstitieux. Le croyant demande à une divinité, un esprit, ou un saint, d'intercéder en sa faveur en orientant le cours des évènements ici-bas dans un sens propice à la réalisation de sa demande. Les sacrifices rituels dans l'Antiquité n'avait d'ailleurs pas d'autres objectifs que de s'attirer la faveur des dieux et accroitre la chance de ses auteurs pour un projet ou la prospérité de la communauté en général, en échange des offrandes ainsi consenties. Toutefois, contrairement à un pacte avec le diable, il n'y a pas de contreparties clairement définies à l'avance. Les dieux sont ainsi libres de répondre ou non à ces demandes suivant leur bon vouloir. La seule certitude est que contrairement à un démon, un dieu est supposé être bienveillant et ne cherchera pas à duper ses croyants dans un marché intéressé.

L'Église catholique réprouve la superstition. Le catéchisme de l'Église catholique considère que celle-ci s'oppose en effet au premier commandement, qui « interdit d'honorer d'autres dieux que l'unique Seigneur qui s'est révélé à son peuple », et voit dans la superstition un « excès pervers de religion ». La superstition risque d'attribuer une importance magique à certaines pratiques, par ailleurs légitimes.

Historiquement, dans la religion juive, de nombreux sages savants juifs ont été contraints de condamner certains comportements comme répréhensibles et « hors » de la loi juive ainsi qu'hypocrites afin de susciter un émerveillement hypothétique chez les spectateurs « naïfs » ; comme déjà le Rebbe Nahman de Bratslav, le Gaon de Vilna aussi accusait beaucoup de feindre précisément la superstition, déjà sujette à la critique en tant que telle, concluant qu'ils croyaient réellement faire preuve d'une sorte de conscience autoréférentielle d'une prétendue connaissance de la Kabbale et donc être capables de faire des miracles et habiles dans les « arts magiques », étrangers aussi à la tradition talmudique qui leur est précisément contraire ; le judaïsme accepte donc le miracle divin mais s'oppose avec zèle et foi à tout « ajout » à la révélation divine de la Torah, fût-il d'origine semi-animiste (en cela réside l'opinion théologique juive contraire au panthéisme) ou dans l'exégèse biblique plus rigoureuse, par exemple précisément dans la Halakhah.

Psychiatrie Lorsqu'un individu tombe dans un état de superstition excédant démesurément la superstition commune dans sa culture, il s'agit d'une pathologie mentale. Celle-ci fait perdre toute objectivité, prêtant à des faits, des événements ou des objets inoffensifs (pour le commun) des pouvoirs surnaturels, une force cachée ou au minimum un contenu symbolique signifiant. De ce point de vue, la superstition est à rapprocher de la paranoïa et même de la psychose. Par ailleurs, le superstitieux pathologique spécule sur l'existence d'un ordre supérieur, invisible, qu'il est bien incapable de décrire, mais qui est là, présent, et impose ses lois. À la différence de la superstition populaire - qui est souvent anodine, voire sociale : établir le thème astral d'un ou une amie est un moyen comme un autre de lui dire « je m'intéresse à toi » - la superstition pathologique est fortement individualisée. Le superstitieux se sent en défi perpétuel avec le monde qui l'entoure et il passe son temps à « vérifier » que les augures lui sont favorables. Ainsi, par exemple, va-t-il compter les carreaux d'un parquet, pariant avec lui-même qu'il doit y en avoir un nombre pair (ou impair), se créant ainsi des frayeurs, des angoisses, si le résultat obtenu ne correspond pas à son souhait. De tels comportements entrent dans la catégorie des troubles obsessionnels compulsifs. Les personnes autistes et bipolaires sont particulièrement enclins à de nombreuses superstitions souvent imbriquées les unes dans les autres.

Superstitions diverses

Neutres Si une femme enceinte fait tomber des ciseaux, elle accouchera d'une fille. Le caractère heureux ou non de cette superstition dépend de la place de la femme dans la société en question. Les vendredi 13 sont associés à des jours de malchance, excepté pour la chance au jeu, alors décuplée. Toutefois, si la chance augmente pour tout le monde, cela signifie que les probabilités de gain ne changent pas. Certains pensent que l'accroissement de chance ce jour-là dépend de la piété le reste de l'année. Les superstitions fondées sur des vœux consistent à canaliser la chance en faveur de la survenance d'un événement particulier. Toutefois, il est autant possible de souhaiter du bonheur que du malheur, ou que ce qui est synonyme de bonheur pour soi génère du malheur pour autrui. Jeter une pièce dans une fontaine (exemple : fontaine de Trevi) ou dans un puits à souhait. Voir une étoile filante. Porter par jeu une robe de mariage lors d'une fête prédit que la personne ne se mariera pas. Cela peut être plus ou moins dommageable selon quel était le projet de vie matrimoniale de la personne concernée auparavant (certains le réinterprètent plutôt comme une condamnation au célibat strict). Il y aurait plus d'accouchements les jours de pleine lune. Certains dictons sont aussi relativistes sur la signification d'un événement : araignée du matin, chagrin, araignée du midi, souci, araignée du soir, espoir. À noter que si l'on découpe la journée en trois tiers égaux, il y a deux fois plus de risque de rencontrer une araignée à un moment où elle porte malheur que bonheur.

Porte-bonheurs vignette|redresse|Un trèfle à quatre feuilles vignette|redresse|Le fer à cheval fait partie, dans certaines cultures, des objets porte-bonheur.

Le trèfle à quatre feuilles. Le fer à cheval qui, pour porter bonheur, doit être posé (ou accroché) ouverture vers le haut, sinon la chance tombe.. Le chiffre 7. Le chiffre 8 (en Chine). Le nombre 13 (en Italie). Une échelle à 13 barreaux. Croiser les doigts. Répandre du sel au-dessus de son épaule, pour chasser les mauvais esprits. Toucher du bois pour conjurer le mauvais sort.. Voir un arc-en-ciel. Voir une coccinelle arborant sept petits points. Les chats noirs (en Angleterre). Faire pleurer un nourrisson (au Japon) Une boule de sorcière. Au Costa Rica, les ciseaux éloignent les sorcières. Il est coutume d'en cacher une paire sous le tapishttps://www.linfo.re/magazine/insolite/top-5-des-superstitions-les-plus-insolites-au-monde. Posséder une sorte particulière de Tizlic (bracelet hindou). Posséder une patte de lapin. Il est déconseillé de siffler la nuit, à Madagascar et en Corée du Sud, car cela attirerait les mauvais esprits. Toute bénédiction donnée par un ami peut porter bonheur. Les bases de la magie blanche consistent d'ailleurs à jeter des sorts qui portent chance. Voir aussi une liste de porte bonheur à travers le monde

Porte-malheurs Le nombre treize (13). Il est dit qu'il porte malheur en référence au nombre de convives de la Cène et aux conséquences néfastes de ce repas. Cette superstition est à l'origine de la triskaïdékaphobie. Les mardi 13 en Espagne et Amérique latine, et les vendredi 13 dans les pays de culture chrétienne en général (particulièrement chez les anglophones) sont des jours de malchance. En Italie, c'est davantage le nombre 17 qui porte malheur (XVII en chiffres romains, anagramme de VIXI, signifiant en latin « j'ai vécu » — partant, « je suis mort »). En Asie de l'Est, c'est le nombre 4, homophone en chinois du mot mort, qui est généralement omis (numéro de chambre, étage). La couleur verte est la couleur des fées, elles seraient furieuses de voir les hommes la porter. Spécialement le vendredi, jour de la mort du Christ sur la Croix et de la rédemption, dont elles sont exclues. Porter un vêtement vert lors d'une représentation sur une scène. Jadis, pour obtenir cette couleur on utilisait de l'oxyde de cuivre ou du cyanure pour la stabiliser, or ces produits sont toxiques. Si un chat noir traverse devant vous, cela porte malheur (sauf en Grande-Bretagne et au Japon, où il porte bonheur). Plus spécifiquement, croiser un chat noir traversant votre route de droite à gauche, plus répandu que de « voir un chat noir à la sortie d'un village ». Briser un miroir apporte sept ans de malheur. Dans la Grèce antique, les miroirs servaient parfois pour la divination, que le verre se brise était donc un mauvais présage. Passer sous une échelle (cela peut aussi être considéré comme quelque chose de dangereux plutôt que de la superstition).