Robert Barriot, né à Châteauroux le et mort à Chezal-Benoît le , est un peintre, plasticien, émailleur et sculpteur français.
Biographie Enfance : 1898-1916 Robert Barriot est né le à Châteauroux (Indre). Son père Ernest, Gabriel, Emile Barriot, employé à la préfecture, va devenir percepteur. Sa mère, Rose-Renée-Amélie Papiot, est décrite comme une aristocrate d’une grande beauté.
Fils de notable, il est envoyé au lycée national de ChâteaurouxEn sont sortis des hommes illustres : Maurice Rollinat, poète, a séduit le Paris branché de Sarah Bernhardt ; Albert Laprade, le futur grand architecte : ni sa collaboration avec Lyautey, ni son élévation à la présidence de l’Institut de France, ne pourront le détourner de son enracinement berrichon.
Au cours de ses études secondaires, Barriot a d'excellents professeurs de dessin. Ainsi, Jean Baptiste Bourda, élève d'Eugène Devéria, aura enseigné le dessin et la peinture à Bernard Naudin, Ernest Nivet, Jean Giraudoux et Albert Laprade.
Dès 1914, Robert Barriot s’initie au modelage, au dessin et au pastel. Sa professeure, Odette Bourdin, va lui donner le goût des antiquités ; il saura ainsi restaurer des statues dans les petites églises du Berry pendant la guerre. On lui doit, par exemple, la restauration de statue de la Vierge miraculeuse de Cluis-Dessous, statue en marbre blanc du , pèlerinage très fréquenté, sous le nom de Notre Dame de la Trinité.
Robert Barriot, dès l’âge de 12 ans, apprend le violon avec le comte de Gravelin. Il poursuivra avec l’ancien chef d’orchestre du Majestic City, célèbre parc d’attraction du de Paris de 1911 à 1927. Cet apprentissage de la musique lui sera utile : pour payer ses frais d’étudiant à Paris, il jouera dans des cours d’immeubles, dans de petits orchestres et donnera des leçons de violon.
En 1916, Louis Lumet, inspecteur des écoles d'art à Paris, lui conseille de tenter le concours de l’École nationale supérieure des arts décoratifs. À l’été 1917, à Crozant, il sera reçu dans la résidence de vacances d’Eugène MorandPère de Paul Morand., directeur de l’École nationale supérieure des arts décoratifs.
Il gardera, avant tout, le précepte du sculpteur Jean Baffier : .
Les années Montparnasse : 1916-1938 Le Paris des années 1920-1930 était le centre de la littérature occidentale, des beaux-arts, de l’architecture, de la mode et des années folles. Il habite au 9, rue Campagne-Première, rue mythique. En 1917, Robert Barriot se présente au concours de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris : il est admis dans l’atelier de Fernand Cormon.
La période Arts déco Le Montparnasse des années 1920-1930 est riche en rencontres. L'appétit de Barriot pour les arts l’amènera à l’apprentissage et à la pratique de 24 métiers d’art.
Ses premières expositions aux Beaux-Arts de Paris et au Salon d'automne lui valurent les honneurs du jury et les premières récompenses. En 1920, il obtient le premier prix pour le décor du char du bal de la Horde.
Il travaille pour les grands noms du spectacle : il crée les premières incrustations de strass sur des chaussures de scène pour Mistinguett ; des décors de théâtre pour Landorf et Pierre Brasseur ; invente les décors en lumière projetée. Il travaillera pour Paul Poiret, dans la broderie pour les brodeurs Marcel, Riqueur et Willerme, dans le modélisme et cartonnage de luxe pour les parfumeries et chocolateries Pivert, Houbigan, Enzière, Rigaud, la Maison Flament et Devallon. Il sera un adepte de Raymond Duncan, apprendra la tapisserie, fera les illustrations en gravures pour de nombreuses éditions et revues, et conçoit des flaconnages pour les parfums Lanvin, Rigaud, Irsch et René Lalique.
En 1925, il obtient une médaille d’argent à l’Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris, et en 1926, une médaille d’or à l’Exposition internationale Arts décoratifs de Madrid.
Il note dans ses écrits : mais il n’existe aucune trace ni document à ce sujet. De même, sa poterie à Ponchon (Oise) a été pillée pendant la guerre par l'occupant allemand ; toutes ses œuvres, poteries, dessins et archives ont disparu.
Le renouveau de l'art sacré en France Pour comprendre les activités artistiques de Robert Barriot dans l’art sacré, et sa présence dans les expositions organisées à Paris, il faut se référer aux courants artistiques de l’époque. Un grand élan de créativité allait donner naissance à un art nouveau dans les années 1920-1930. Maurice Denis, fondateur des Ateliers d'art sacré, déclarait : .
Robert Barriot s’inscrira à la Société de Saint-Jean qui faisait appel à la créativité sans restriction, mais exigeait d’être chrétien. Depuis son origine, la Société de Saint-Jean regroupait des artistes, des esthètes, des amateurs d’art ou d’archéologie, et des ecclésiastiques.
Les chantiers du Cardinal L’art chrétien et les groupements d’artistes naissent et se renouvellent avec les grands mouvements de fond qui vont bouleverser l’église. À la fin des années 1920, le cardinal Verdier est nommé à l’archevêché de Paris. Il sera une figure populaire, mais également un ardent artisan de l’action catholique, et de l'art sacré missionnaire. Pour réaliser de ce projet, il créera l'Œuvre des chantiers du Cardinal. Sa mission était la construction d'églises dans Paris. Sous l’égide de Jean Verdier, les églises en construction allaient donner un essor à l’art sacré, en faisant appel aux artistes des ateliers d’art sacré pour la décoration. Robert Barriot est choisi par l’architecte Paul Tournon pour décorer la façade de l’église Notre-Dame-des-Missions dans l’Exposition coloniale de 1931.
Pour honorer cette commande, il loue une poterie à Allone. Il réalisera la façade en grès émaillé grand feu, représentant des motifs orientaux pour rappeler les pays de religion bouddhique. Cette réalisation monumentale est attribuée actuellement par erreur à Raymond Virac et Lorimi.
Il réalisera également la statue de Notre-Dame-des-Missions en grès émaillé de , d’après les dessins de Roger de Villiers. Cette église fut démontée après l’Exposition coloniale, reconstruite à Épinay-sur-Seine, et classée par les monuments historiques en 1993.
Un chantier dans la tourmente de la guerre : l'église Sainte-Odile de Paris En 1934, Jean Verdier confie à Edmond Loutil la construction d’une église, sur un terrain offert par la Ville de Paris, dans le . Le , il donne le premier coup de pioche. Jacques Barge, jeune architecte de 31 ans, a été choisi pour la réalisation de l’église dédiée à sainte Odile, patronne de l’Alsace.
En 1938, Loutil, plus connu sous son nom d’écrivain Pierre l’Ermite, confie à Robert Barriot la réalisation d’un retable pour le maître autel de son église en construction. Cette commande sera un tournant dans les orientations de Barriot et sa conception de l’émail.
Pierre l’Ermite savait qu’il était en présence d’un artiste, capable de lui offrir l’embellissement du maître-autel et lui donner toute sa magnificence. Leur rencontre scellera une amitié sans faille. Pierre l’Ermite le soutiendra lors de son expulsion de l’église en 1953, et l’aidera à se réinstaller dans le Berry.
En 1936, Barriot rencontre Michelle Houlle, jeune flûtiste qui deviendra sa femme. Leur vie se déroulera dans la passion pour l’art et dans le bonheur familial, avec la naissance de cinq enfants. Deux naîtront dans l’auditorium de l’église Sainte-Odile. Elle sera a ses côtés à chacune des cuissons, et sera son fidèle soutien dans les moments difficiles.
Pierre l’Ermite installe les ateliers de Barriot dans la crypte de l’église, et sa famille dans l’auditorium situé au-dessus du porche. La crypte était un espace assez grand pour permettre le repoussage du cuivre sans nuisances sonores pour le voisinage. La conception d’un retable en cuivre repoussé émaillé représentait pour Robert Barriot un défi et une aventure.
Le défi : l’émaillage du retable de l'apocalypse selon la deuxième vision de saint Jean Robert Barriot crée, en 1939, le retable de l’église Sainte-Odile de ParisSite officiel de la mairie du de Paris.. Il sera composé de sept panneaux de , d’une seule pièce en cuivre repoussé et émaillé. Il réalise là ce qu’aucun artiste émailleur avant lui n’avait tenté ou imaginé.
Pour lui, la chimie des couleurs prédéterminées à l’avance n’a plus cours. Il conçoit et fabrique un émail pur, translucide, où les couleurs ne se créent qu’au feu à , en réaction avec le cuivre, et où l’artiste intervient pour maîtriser et générer une chromatique unique. Obtenir des couleurs avec de l’émail est novateur, et risqué.
Il écrira à Jacques BargeExtrait de la lettre de Robert Barriot à Jacques Barges, architecte de l’église Sainte-Odile à propos du retable (1939). :
Il fallut plus d’un an de repoussage du cuivre et 49 cuissons à , pour achever cette création.
Aucun four n’existait pour émailler de telles dimensions. Robert Barriot a dû concevoir les plans d’un four de , alimenté à l’électricité. Il en confiera la réalisation à l’ingénieur H. Druelle, en 1936.
La seule référence précédente était l’émail de Pierre Courteys, émailleur du , qui a réalisé neuf médaillons ovales en 1559. Ils sont constitués chacun de quatre plaques totalisant une hauteur de Musée national de la Renaissance (cf. site officiel du musée de la Renaissance)).
En zone libre : 1940-1945. Au pays de contes et légendes du Berry. La résistance Paris était occupé, le gros œuvre de l’église presque terminé, quand Pierre L’Ermite ferme le chantier, faute d’ouvriers. Robert Barriot, asthmatique, n'avait pas été mobilisé. Il choisit de partir en zone libre, à Argenton-sur-Creuse en 1940. Il avait fini le repoussage du cuivre.
Avant de partir, pour éviter le pillage de ses œuvres d’art en place et la réquisition du cuivre, il avait caché ses panneaux dans le clocher, qui n’était pas terminé. Le retable mis à l’abri, il alla retrouver son Berry natal et entrer dans la résistance. Il utilisera ses talents artistiques pour fabriquer de faux papiers.
Jusqu’à son retour à Paris, en 1945, il se consacre à peindre les paysages de la région. Il aimait reproduire au fusain et à la sanguine les gestes de la vie quotidienne, où paysans et ribaudes représentaient une France révolue. Attaché à sa province, terre de contes et de légendes, Robert Barriot les transcrira en incunables, accompagnés de gravures à la pointe sèche.
Pierre l’Ermite lui avait confié la réalisation d’un coq en cuivre repoussé, pour le clocher de l’église Sainte-Odile. Il sera installé en pleine occupation : Pierre l’Ermite écrira, dans son livre Sainte Odile à Paris : . Le coq sera mitraillé à l’arrivée des armées du général Leclerc lors la Libération de Paris. Robert Barriot en réalisera un deuxième, surmonté de la croix de Lorraine.
En pleine occupation, Robert Barriot réalise La Danse macabre (1940-1945).
La Danse macabre À l’origine, La Danse macabre est un élément de l'art du Moyen Âge, du au . Par cette sarabande qui mêle morts et vivants, la Danse macabre souligne la vanité des distinctions sociales, dont se moque le destin. Cette forme d'expression est le résultat d'une prise de conscience et d'une réflexion sur la vie et la mort, dans les périodes où celle-ci est devenue plus présente et plus traumatisante, en particulier les guerres, et surtout la guerre de Cent Ans. Elle est souvent, dès le début, accompagnée par un instrument de musique. Cette caractéristique appartient au riche répertoire de la symbolique de la Mort, qui charme les hommes avec sa musique. L’instrument évoque le côté séducteur et le pouvoir d’enchantement de la musique.