Une parénèse, du grec ancien , « exhortation, encouragement. », désigne dans l'exégèse du Nouveau Testament un passage rédigé sous forme d'exhortation et porteur d'enseignements éthiques ; l'abondance des impératifs en signale la présence..

Le mot appartient au vocabulaire technique de la critique des formes et non à celui des textes qu'il sert à décrire. Il s'est imposé au début du , à la suite de l'étude de Paul Wendland sur le Pseudo-Isocrate. puis surtout des travaux de Martin Dibelius sur l'épître de Jacques, qui y voyait un discours moral de portée générale, sans destinataire ni situation identifiables.. La notion renvoie par ailleurs à une tradition d'exhortation morale gréco-romaine ancienne, jamais traitée systématiquement par les rhéteurs, et attestée en poésie avant de l'être en prose..

Aucune définition ne fait consensus. Deux consultations tenues à Lund en 2000 et près d'Oslo en 2001 ont abouti à des descriptions provisoires, présentées par leurs auteurs comme des instruments heuristiques et non comme un ensemble de conditions nécessaires et suffisantes.. Les principaux points en débat sont l'extension du concept, son rapport au protreptique, le fait que les textes néotestamentaires emploient un autre terme que celui de la recherche, la question de savoir si la parénèse constitue un genre littéraire, et la légitimité du découpage des lettres pauliniennes en une partie doctrinale suivie d'une « section parénétique ».

Terminologie

Dans l'usage antique, le mot désigne tantôt un contenu — des maximes ou des préceptes traditionnels de sagesse morale — tantôt la forme ou le processus de l'enseignement moral, c'est-à-dire le fait d'adresser à quelqu'un des paroles d'encouragement ou de dissuasion sur sa conduite. Il n'était généralement pas distingué du conseil : parénèse et s'employaient souvent l'un pour l'autre, même si la distinction était possible, le conseil portant sur des questions particulières et occasionnelles, la parénèse sur des matières générales..

Le verbe correspondant se distingue de , « j'exhorte, je vous en prie ». Dans les discours de délibération et d'exhortation, paraît être le terme technique, tandis que relève surtout des contextes épistolaires et diplomatiques..

Walter Übelacker relève que le Nouveau Testament n'emploie pas et lui préfère . Ce dernier terme pouvait qualifier un discours ou une lettre entière et désigner ainsi la fonction aussi bien que le genre d'un texte ; il est douteux que le premier ait jamais eu cet emploi, et aucun auteur néotestamentaire ne le lui donne..

Les auteurs du volume Early Christian Paraenesis in Context qualifient explicitement « parénèse » de terme moderne et heuristique servant à décrire un texte ou une communication.

Arrière-plan gréco-romain

L'exhortation morale relevait à la fois de la pédagogie populaire, de la philosophie et de la rhétorique, sans avoir jamais été traitée systématiquement par les rhéteurs. Elle fut d'abord poétique, comme dans les exhortations d'Hésiode à Persès ou de Théognis à Cyrnos.

Isocrate et Aristote, au , fournissent les deux modèles dont dépend la littérature d'exhortation ultérieure. Le À Nicoclès d'Isocrate, adressé à un jeune roi de Chypre, l'exhorte par des exemples et des préceptes à se conformer à un modèle conventionnel du bon souverain. Le Protreptique d'Aristote, également adressé à un destinataire chypriote, procède au contraire par propositions et arguments souvent syllogistiques, et appelle à une forme de vie nouvelle, opposée à la société ordinaire : l'exhortation d'Isocrate est une littérature de confirmation, celle d'Aristote une littérature de conversion. Le À Démonicos, probablement dû à un membre de l'école d'Isocrate, répond au Protreptique en critiquant ceux qui recommandent à leurs amis une philosophie théorique..

Sous l'Empire, plusieurs types d'exhortation sont distingués. Sénèque mentionne la consolation, la mise en garde, l'encouragement, le blâme, l'éloge, l'exhortation protreptique et l'admonition ; Clément d'Alexandrie distingue huit espèces de blâme exhortatif dans Le Pédagogue.

Les manuels épistolaires antiques placent la lettre parénétique en tête de leurs typologies. Le traité attribué à Libanios en donne la discussion la plus longue et s'efforce de la distinguer de la lettre de conseil : la parénèse s'y divise en encouragement et dissuasion, et se définit comme un discours d'exhortation n'admettant pas de contre-proposition, à la différence du conseil, qui en admet une.. Elle n'est pas, contrairement à ce qu'on a parfois soutenu, une énumération hétéroclite de commandements : son trait essentiel est de proposer un modèle de conduite positif que le destinataire est invité, explicitement ou non, à imiter, souvent au moyen d'exemples historiques, légendaires ou vivants, y compris celui de l'auteur. Elle suppose une relation positive préalable, amitié ou rapport de type paternel.. Elle n'est pas censée enseigner quoi que ce soit d'essentiellement nouveau : elle s'adresse à des destinataires déjà agrégés à un groupe et qu'il s'agit d'affermir dans ce qu'ils ont appris. Ses éléments de base sont les préceptes, les exemples, les lieux communs moraux, le rappel de ce que les lecteurs savent et ont déjà accompli, et les motifs des conduites recommandées..

Parénèse et protreptique

La distinction la plus répandue réserve le protreptique à l'exhortation qui appelle à une forme de vie nouvelle et la parénèse à celle qui invite à persévérer dans une forme de vie déjà adoptée. Elle est relative à la disposition du destinataire plus qu'au texte lui-même : la prédication initiale de Paul à Thessalonique relève ainsi du protreptique, tandis que la première épître aux Thessaloniciens, qui rappelle un enseignement déjà reçu, relève de la parénèse. Les Anciens n'appliquaient toutefois cette distinction que de manière intermittente..

Cette dichotomie a été contestée. Diana Swancutt fait remonter le problème à Paul Hartlich (1889), dont elle estime qu'il a mal interprété un passage de Philon de Larissa ; correctement lu, ce passage inclurait la parénèse dans le protreptique, comme la parénèse de Rm 12 s'inscrit dans le protreptique de l'épître entière. Elle rattache en outre la querelle antique sur les deux notions à des enjeux de statut opposant Isocrate à Platon et Aristote dès le ..

Abraham Malherbe juge les distinctions modernes parfois plus tranchées que ne le justifie l'usage antique. Clément d'Alexandrie différencie bien le protreptique de la parénèse au premier chapitre du livre I du Pédagogue, mais les deux termes s'employaient l'un pour l'autre avant lui et ont continué de le faire après : le Pseudo-Justin intitule son protreptique Discours parénétique aux Grecs, et Ennodius, dans sa Paraenesis didascala, qui fait l'éloge de la rhétorique, conduit son appel à la manière d'un protreptique. Ce qui importe, selon lui, est moins la nomenclature que les fins visées et les moyens mis en œuvre pour les atteindre.. Il tient par ailleurs la parénèse pour plus large que le protreptique, là où Swancutt l'inclut dans le second..

Parénèse ou paraclèse

L'écart entre le vocabulaire des textes et celui de leurs commentateurs constitue une difficulté propre. Walter Übelacker pose la question dans les termes suivants : pourquoi la recherche parle-t-elle de « parénèse » là où Paul, l'épître aux Hébreux et les autres écrits néotestamentaires emploient ? Il prend l'épître aux Hébreux comme cas d'espèce, son auteur qualifiant l'ensemble de sa lettre de « parole de » (He 13,22, cf. Ac 13,15)..

Le substantif est en effet absent du Nouveau Testament, mais non le radical. Le verbe y figure deux fois, en Ac 27,9 et Ac 27,22, toutes deux chez Luc et dans les interventions de Paul à bord du navire qui le mène à Rome. Wiard Popkes juge l'emploi conforme au style et au sens classiques : quelqu'un y décrit et qualifie le conseil donné par une grande figure. Il avance trois raisons possibles à la réserve de Paul lui-même — la tradition de pensée sémitique, le fait que ni l'épistolographie ni la rhétorique n'invitaient à employer ce radical, et une retenue dans la revendication d'autorité, si l'on part de l'idée que la parénèse n'admet pas la contradiction. Quelques décennies plus tard, Ignace d'Antioche use moins de cette retenue et emploie le verbe en Magnésiens 6,1 et Smyrniotes 4,1.. J. Thomas, cité par Popkes, voit dans l'absence d'un terme de morale populaire aussi solidement attesté, d'Isocrate au Pseudo-Libanios, quelque chose qui tient de l'accident, citant J. Thomas, Phokylides, p. 252..

La distinction porte d'abord sur le rapport au désaccord. Selon la définition du Pseudo-Libanios, la parénèse n'admet pas de contre-proposition, tandis que la paraclèse en admet une : elle comporte des explications neuves ou approfondies, ouvre à l'argumentation et fonde théoriquement une exhortation dans une situation donnée. Elle fait appel non seulement à l'intelligence mais au libre arbitre, présente les termes d'un choix, et suppose que celui qui exhorte se reconnaisse soumis aux mêmes obligations que ses destinataires, en sorte que les impératifs y fonctionnent comme des appels et non comme des prescriptions. Übelacker rapproche cette forme d'exhortation de celle que préconise Sénèque, pour qui il faut dire non seulement ce qui est prescrit mais pourquoi ce l'est..

Il en tire deux conséquences. L'épître aux Hébreux ne coïncide que partiellement avec la description d'Oslo, dont l'un des trois traits est de ne pas anticiper de désaccord, alors que son auteur argumente et délibère. Et le recours néotestamentaire au terme plus large de paraclèse s'expliquerait par la fraternité chrétienne, la parénèse étant plus hiérarchiquement structurée, ainsi que par la connotation de réconfort attachée à ; s'y ajoute le fait que le sens de était déjà disputé dans l'Antiquité et associé le plus souvent à des injonctions précises et détaillées, données sans motif..

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De Dibelius aux approches fonctionnelles

L'emploi technique du mot dans l'exégèse néotestamentaire ne remonte pas au-delà de 1900 environ. Il procède de l'école du philologue classique et de Dibelius, qui a dominé la question plusieurs décennies avant de rencontrer critiques, aménagements et contre-programmes.. Le déclencheur en est l'étude qu'il publie en 1905 sur le À Démonicos du Pseudo-Isocrate. Wendland y parle d'un genre littéraire de la parénèse, dépourvu de disposition rigoureuse, et relève dès le À Nicoclès et le Nicoclès d'Isocrate l'enfilade lâche des idées comme la particularité caractéristique du procédé. Selon Popkes, ces remarques relativement brèves contiennent déjà l'essentiel du programme : enracinement dans la sagesse sentencieuse, absence de cohérence, statut de genre littéraire, éthique pédagogique de contenu pratique, recours au Pseudo-Isocrate comme texte de référence, et, pour le Nouveau Testament, une concentration sur les exhortations adressées aux différents états et sur l'épître de Jacques..

Dibelius développe ce programme de façon continue, en mentionnant comme devanciers Adolf von Harnack, qui en avait formulé le cadre, et A. Seeberg, à qui il reconnaît d'avoir identifié un enseignement apostolique fixé de bonne heure. Il en détache toutefois la parénèse du kérygme : la parénèse consiste pour une bonne part en matériaux repris, alors que le kérygme est une formation chrétienne originale. L'application suit ses travaux, de 1 Th 4-5 en 1911 aux de Col 3-4 en 1912, aux épîtres pastorales en 1913, à la source des logia en 1919, puis à l'épître de Jacques en 1921. Le même programme commande la recherche sur les formes particulières : c'est Dibelius qui lance son élève K. Weidinger sur les , dans une étude parue en 1928..