thumb|Enluminure O. Les Grandes antiennes « Ô » de l'Avent étaient l'occasion de réjouissances de fin de jeûne de l'Avent, avant même la fête de Noël, dans les églises comme dans les monastères. On offrait des comestibles, des friandises ou des cadeaux comme dans les distributions appelées des « stations » jusqu'à la fin du Moyen Âge. Ces distributions d'aliments, en nature, puis en argent, avaient lieu jusqu'à deux fois par jour à Paris durant la période des « oleries »L'étymologie de ce terme, un hapax d'une charte citée par Du Cange, reste inconnue (Arnold van Gennep, Manuel de folklore français contemporain (vol 2) : le terme « drolia » et « drôleries » signifiant autrefois, « pourboire » en savoyard ainsi que « friandises », rappelle ces termes de « olla » et « oleries » employés pour les Ô puisqu'on y distribuait des sucreries et de l'argent, sans que rien montre aucun lien étymologique, sinon que le terme « oleries » correspond peut-être à une forme de droit féodal sur les antiennes « O »...

Traditions Fin du Carême de l'Avent

+Calendrier de l'Avent Liturgie catholique Date Ordinaire des repas Surnom populaire Antiennes Ô de l'Avent (Vêpres)De sept à neuf, ou douze jours, depuis la sainte Barbara (), la Saint Nicolas (six décembre) ou encore la Sainte Lucie () : généralement, du jusqu'au Collation (vin, pitance), gâteaux« OO »

Définition de collation .

La collatio ou biberes (du latin bibo, « boire ») était le petit repas pris avant les vêpres. Cette « collation » est le nom du repas monastique pris durant les jeûnes et les carêmes : d'après Louis de Thomassin, ce nom vient qu'au réfectoire après avoir bu et juste avant Complies, les moines lisaient selon le conseil de saint Benoît, les « Conférences » de Jean Cassien appelées également « Collations »Louis de Thomassin, Traite des jeûnes de l'Église, divisé en deux parties.. Le terme collatio n'apparaît qu'après le . Ce fut vraisemblablement dans le chapitre général des abbés et des moines en 817 tenu à Aix-la-Chapelle par les ordres de l'empereur Louis le Débonnaire, que fut faite cette extension de la liberté de boire aux jours de jeûne après la réfection du soir, avant Complies, c'est-à-dire exactement l'époque à laquelle apparaissent les antiennes Ô : l'an 800 symbolisé par un oméga, Ω. L'Avent s'appelait alors également « Jeûne de Noël» « Carême de Noël» ou « Carême de l'Avent » ou encore « Carême de saint Philippe (apôtre) », « Carême de Moïse » en Arménie, il était destiné à purifier l'âme avant la Fête de la Nativité et durait quarante jours comme le rapporte le témoignages le plus ancien de son existence, celui d'Anastase le Sinaïte R. P. dom Joseph de L'Isle, Histoire dogmatique et morale du jeûne, .. Il était aussi sévère que le Grand Carême chez certains religieux, les Bénédictins et les Prémontrés se contentaient de trois onces de pain et quelques verres de vin. En plusieurs endroits, monastères et chapitres, ces antiennes ne se chantaient pas à l'église, mais à la salle capitulaire ou au réfectoire, où l'on se rendait solennellement à l'issue des Vêpres. Le nom de «carême de l'Aven » autrefois appelé dans toute l'Europe chrétienne, « petit carême », ou « carême de Saint-Martin», parce qu'à partir de la fête saint Martin, le , il fallait plus de jeûne jusqu'à la Nativité, trois jeûnes par semaine, institué par l'évêque Perpet de ToursGrégoire de Tours, Histoire ecclésiastique des Francs, : puis, le Concile de Tours en 567 ordonne de jeûner tous les jours de décembre, sans exception, mais le Concile de Mâcon en 581 diminue le temps du Carême en décembre, pour en excepter les dimanches, et ce temps au fil des siècles, diminua encore. Il durait donc primitivement quarante jours, six semaines précises, temps d 'épreuve, surtout dans les monastères où se pratiquaient des saignées, minutiones ou diminutiones, dont la dernière se faisait justement, juste avant le début de ce Carême, et les deux choses affaiblissaient beaucoup les moines. On mangeait donc une oie à la Saint-Martin, saint lié au vin « (Bacchus) » : ces réjouissances cessaient avec le Carême jeûne de quarante jours : réduit de six à cinq semaines, puis à quatre, d'où les « quatre » dimanches de l'Avent, dans les missels mozarabes, en Espagne, Dominice ante Adventum (mot alors synonyme de Noël, Nativité, Nativitas, Natalis, et qui signifiait « venue du Seigneur » : Adventus Domini) et aussi, lors des « antiennes Ô », peut-être pour remettre en forme et revigorer les fidèles affaiblis, avant Noël : durant la , terme réservé aux jours de jeûne, on buvait du vin en l'honneur de la venue du Sauveur, et naissance de Jésus-Christ. Les Antiennes Ô étaient donc l'occasion d'une collation plus solennelle. La première des antiennes O de l'avent était : La sagesse a bâti sa maison, Elle a taillé ses sept colonnes. Elle a égorgé ses victimes, mêlé son vin, Et dressé sa table (Livre des Proverbes, 9:1-6). Lors des antiennes Ô, on donnait donc surtout à boire aux moines, du bon vin, un triple coup de vin, blanc, rouge ou rosé, un pichet, un pot, un gallon de vin, ou dans une coupe. Cela se retrouvait dans toutes les abbayes en France et en Angleterre : on montait parfois le boire chez le prieur.

Pitance ou collation « Ô » Pitance À l'occasion de l'époque où elles se chantaient, on faisait dans les couvents et les monastères, de la même manière que dans les villes et les églises, des distributions extraordinaires de vin notamment, de pâtisseries, de dragées et d'épices auxquelles on donnait le nom d'Ô. On l'appelait pitance ou pitanciap. 233 - 234 (textes originelles en latin). Ce qui distribuait les pitances s'appelait donc pitancialius tandis que l'office de « Ô » avec les pitances était pitanceria.

Ainsi donc dans les monastères chaque moine chargé de responsabilités entonnait une antienne différente, par exemple dans l'abbaye de Saint-Magloire à chacune des OO de O Sapientia et O Clavis David la première et la quatrième des antiennes de l'Avent chantées respectivement, selon le rituel de Paris, les 12 et ainsi que l'O de O Virgo Virginum, l'abbaye devra, . À chaque endroit correspondait une coutume ce qui créait une originalité pour chaque lieu de culte.

Manière des distributions « Dans les monastères voici de longues années, les différents moines offraient des gâteries supplémentaires durant ces jours précédant l'anniversaire du Christ. Le jardinier donnait à la communauté certains de ses plus beaux fruits séchés ou en conserve, le , après avoir invoqué le Christ: Le cellérier sortait ses clefs pour offrir son meilleur vin, après avoir entonné : . Enfin, le , l'abbé donnait un cadeau supplémentaire à ses frères. Les comptes des dépenses des abbayes révèlent une liste d'aliments consommés spécialement le jour de l' Ô de l'abbé » (Florence Berger)Florence Berger, Cooking for the Christ, 1949 Cité par Jennifer Gregory Miller O Come ! The Antiphons. Ces distributions de friandises, de confitures, étaient effectuées dans les abbayes au nom du prieur (« O du prieur », O prioris) ou de toute personne ayant entonné l'Ô (O du sous-prieur, O du segretain, O du jardinier etc.) ou de toute personne ayant entonné l'Ô ou dans les églises et tout le peuple accourait : chaque religieux était tenu de faire une « petite fête » pour ses confrères, le jour où il entonnait l'O, à ses frais. En 1649 on trouve mention de cent livres dépensées pour l'Ô de Henri de Bourbon-Verneuil, évêque de Metz Introduction à la réforme de l'Abbaye de Saint Maur, notes.. On distribuait durant les « Grandes Ô » un petit gâteau avec du vin, on donnait double ration au doyen et cela s'appelait « manger les Ô »Arnold van Gennep , Manuel de folklore français contemporain, . comme on disait « aller à l'Ô », « sonner l'Ô », « entonner l'Ô ». Le nom des pâtisseries diffère selon les régions : flans, tourte, normands et échaudés, , gaufres, nieulles, oublies, , garotsGarots et oublies et www.cotemanche.fr : garot, dragée] (petits fours)En grec ancien, le mot τράγημα / trágêma (tragemata en latin) signifie « friandise », et désigne un mets servi à la fin du repas, en guise de dessert.. Les pâtisseries choisies devaient rappeler le pain (craquelin, garot, tourte), le sucre était utilisé avec la confiture (électuaires) en pharmacieLiliane Plouvier, L'introduction du sucre en pharmacie, Revue d'histoire de la pharmacie, année 1999, volume 87, Numéro 322 , et « Aux origines de la confiserie » Horizons maghrébins, numéros 54 à 57. Université de Toulouse-Le Mirail, 2006. et voir aussi le site oldcook : le tout devait réconforter, sans inciter à la gourmandise , un péché capital (« gula ») pour ne pas scandaliser, comme on le rappela dans la ville de Bordeaux : un ancien concile de Constantinople du défendait même la distribution de gâteaux à Noël. On distribuait donc un dessert, « du vin et des épices », c'est-à-dire, une collation accompagnée de confitures, le mot épices ayant à l'époque, le sens de des « dragées », de petits fours.

Quelques villes de France

À Rennes : dans un cérémonial de l'église de Rennes du il est précisé que « celui qui doit l'O leur doit bailler des bons et grans vins, puis en après bonnes et fines confeflures (confitures), bonnes et fines dragées, neilles, gaufres et pain et puis après le bon vin. »Mélanges d'Histoire & d'Archéologie bretonne, Rennes, 1855, I, . «[servir]... honestement des bons et des grans vins et suffisans que len puet en trouver en la ville et appartenances. Et à leur venue, doivent estre serviz de vin, puis en après de bonnes et fines confectures et ensevantement de vin. Et en après raisonnable distance, len leur doit bailler et les en servir bonnes et fines dragées et confeetures puis après le bon vin Et au service de l'O et de cestes choses pourrait len bien qui voudroit leur bailler neilles et gauffres et pain que a esté bien accoustumé à faire plu sours foiz E qui plus reverentement le fait il fait plus son honour et le honour de liglise. Et durant chacun 0 le colége de liglise doit paciennement et reverente ment se contenir il doit chanter dignes hymnes et chans diglise tant de Noël que dautres chans diglise. Et au départir de chacun O, il appartient bien et est raisonnable chose accoustumée, que les gens du Cueur facent compaignie et honnour ès Seigneurs de liglise c'est-à-dire aux chanoines à sen aler o eulx à lours hosteulx et demorce et pour le honour de liglise. » </ref> « On compte huit Ooz à Rennes, autant à Dol, à Saint-Brieuc, à Redon où ils s'accompagnent de distribution de vin, de dragées (petits fours) ou d'autres friandises. »Jean-Pierre Leguay, Vivre dans les villes bretonnes au Moyen Âge, Presses universitaires de Rennes, 2009,

En Angleterre

En Angleterre, cette tradition est également suivie dans les cathédrales à Westminster par exemple comme dans les monastères et abbayes et, on a gardé mémoire de collation de vin et d'ale, de figues et de raisin, offerte par un maître des novices. De nombreux ouvrages sur le jardinage en Angleterre font mémoire de l ' « O du Jardinier », qui à Westminster quittait à la hâte ses bottes et sa cape pour venir entonner son Ô.

Les comptes des abbayes

Elles avaient lieu dans toute la France et les archives des comptes des monastères, abbayes, églises cathédrales et des chapitres en ont tous gardé quelques traces. D'une part elles étaient rétribuées par un pourboire donné à celui qui entonnait l'antienne, d'autre part faisait aussi l'objet de distribution d'argent plutôt que de vin après le , d'où peut être le mécontentement de Rabelais.