L'économie de la Tunisie est inscrite dans un processus de réformes économiques et de libéralisation à partir de 1986 après trois décennies de dirigisme et de participations de l'État à l'économie. Avec, à partir du , l'ouverture à la concurrence mondiale par l'entrée en vigueur de l'accord de libre-échange conclu avec l'Union européenne en 1995, l'économie tunisienne fait face à des défis de mise à niveau de pans entiers de son économie tout en bénéficiant d'une croissance économique annuelle soutenue de l'ordre de 5 % par an depuis une dizaine d'années.

L'économie de la Tunisie est historiquement liée à l'agriculture (blé, olives, dattes, agrumes et produits de la mer), aux mines et à l'énergie (grand producteur de phosphates et dans une moindre mesure d'hydrocarbures), au tourisme ( de touristes en 2006) et aux industries manufacturières (textiles, agroalimentaire et électro-mécaniques) dans une perspective extravertie (grand nombre d'entreprises industrielles totalement ou partiellement exportatrices). Ainsi, son économie diversifiée la distingue de celle de la plupart des États des régions africaine, nord-africaine et moyen-orientale. Par rapport aux autres pays du Maghreb (Algérie et Maroc), elle se hisse à la deuxième place pour le revenu par habitant.. et deuxième pour le niveau de développement derrière l'Algérie..

L'économie tunisienne, qui bénéficie désormais d'un degré d'insertion dans les échanges mondiaux parmi les plus élevés du monde., est distinguée au Forum économique mondial sur l'Afrique, tenu du au , comme la la plus compétitive d'Afrique, devançant l'Afrique du Sud, et la sur 128 au niveau mondial..

Histoire Nationalisations (1956-1961) À la proclamation de l'indépendance en 1956, le pays ne dispose pas des atouts de ses voisins maghrébins : terres agricoles moins productives, infrastructure portuaire moins développée, marché intérieur étriqué, épargne faible et écornée par l'émigration des populations d'origine européenne et relations avec les milieux d'affaires français réduits, chômage élevé et équipement industriel embryonnaire.. Le taux de croissance annuel de 4,7 % des années 1950 à 1954 tombe même à 2,8 % durant la période d'autonomie puis d'indépendance (jusqu'en 1960).. La priorité établie par le nouveau président Habib Bourguiba est alors de libérer l'économie nationale du contrôle français qui avait favorisé l'agriculture et l'extraction minérale, mais avait, en grande partie, négligé l'industrie.., la Tunisie étant alors le pays le moins industrialisé du Maghreb..

Entre 1956 et 1960, presque la totalité des français travaillant pour l'administration tunisienne sont rapatriés. Pour affirmer le contrôle public dans les secteurs-clefs, le gouvernement crée la Société nationale des chemins de fer tunisiens en 1956, prend en main la direction du secteur bancaire et quitte la zone franc en 1958 et nationalise, entre 1959 et 1960, les sociétés d'électricité, de gaz naturel et d'eau.

En 1959, elle prend ses premiers contacts avec la Communauté économique européenne (CEE) et, en 1960, nationalise les sociétés de transport : le gouvernement acquiert 50 % de la compagnie aérienne Tunisair et crée la Compagnie tunisienne de navigation. Dans le même temps, par la promulgation de la loi du , le dinar tunisien devient la monnaie officielle et remplace le franc tunisien à un taux de 1 dinar pour . Tout cela n'est toutefois pas encore synonyme d'une orientation socialiste, l'objectif étant de renforcer le contrôle du nouvel État indépendant tout en maintenant une politique libérale basée sur la promotion de l'investissement et du commerce extérieur. Ainsi, pendant les cinq premières années, l'État offre des incitations fiscales et des facilités de crédit afin de motiver le secteur privé à jouer un rôle plus important.

Expérience socialiste (1961-1969) Au début des années 1960, les phosphates produits dans la région de Gafsa — de faible teneur en acide phosphorique et nécessitant leur transformation en superphosphates — et l'huile d'olive constituent les principales sources de revenus extérieurs tandis que les revenus touristiques sont inexistants avec à peine étrangers en 1962.. Le seul grand projet industriel, les Industries chimiques maghrébines basées à Gabès, servira de pôle de développement du sud du pays avant l'avènement du tourisme..

vignette|Bourguiba avec Ben Salah lors d'un meeting en 1963.

Dans ce contexte, l'importance croissante de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) dans les choix économiques par l'action de son secrétaire général, Ahmed Ben Salah, mène le pays vers l'adoption de mesures collectivistes dans l'économie. En 1961, les responsables politiques optent pour cette nouvelle stratégie et commencent à élargir le contrôle étatique sur tous les domaines de l'économie. Cette réorientation est marquée par deux décisions importantes prises durant cette période : la première est la création d'un grand ministère du Plan auquel sont ajoutés les ministères de l'Économie, des Finances, de l'Agriculture, du Commerce et de l'Industrie.. Ben Salah en prend la direction et contrôle ainsi la totalité de la politique économique avec l'assistance d'une équipe de jeunes économistes dont Mansour Moalla. La deuxième est l'adoption d'un plan de développement courant sur dix ans (1962-1971) lequel est basé sur les résolutions du congrès de l'UGTT de 1956. Les objectifs principaux de ce plan sont la « décolonisation économique », l'amélioration du niveau de vie de la population, la réduction de la dépendance des capitaux extérieurs (et donc une meilleure autosuffisance) et la création d'un marché national. Cette phase est le témoin d'une accélération du processus de collectivisation, en particulier dans le secteur agricole.

En , l'Assemblée nationale décrète l'expropriation des terres en possession étrangère — appartenant principalement à des familles françaises mais aussi italiennes — afin d'établir 300 fermes coopératives d'État. La France gèle alors toute aide financière à la Tunisie, plongeant ainsi le pays dans une crise économique sérieuse. En , le président Bourguiba effectue une tournée en Europe et aboutit au lancement de négociations qui conduisent à la signature d'un premier accord commercial le à Tunis.. Paradoxe toutefois puisque le taux de collectivisation atteint alors 90 % dans le secteur agricole.. En août, le secteur public englobe le commerce de gros et le commerce de détail, une partie importante de l'industrie et du secteur bancaire ainsi que les transports, l'électricité et les mines qui étaient déjà sous le contrôle de l'État. Seul le secteur du tourisme, que les autorités commencent à développer, échappe à une gestion entièrement étatique.

Capitalisme sous contrôle (1970-1981) L'expérience coopérative dure jusqu'en lorsque Bourguiba suspend Ben Salah de ses fonctions à la suite de la parution d'un rapport confidentiel de la Banque mondiale sur le déficit des entreprises publiques. et aux pressions de l'aile pragmatique du parti. Les coopératives seront toutefois maintenues jusqu'en et le mouvement aura engendré une série de créations industrielles et lancé l'implantation de l'activité touristique illustrée par la création de la Société hôtelière touristique et de transport.. Avec l'arrivée d'Hédi Nouira, pragmatique gouverneur de la Banque centrale hostile au collectivisme., au ministère de l'Économie puis au Premier ministère, la Tunisie se réoriente vers l'économie de marché et la propriété privée. Avec l'appui financier de la Société tunisienne de banque d'Abdelaziz Mathari., le nouveau gouvernement encourage alors un retrait de l'État du secteur industriel en l'ouvrant à l'investissement privé. Nouira procède également à la création de nouvelles institutions dont le but est de promouvoir le secteur privé, telles que l'Agence de la promotion de l'industrie, avec l'objectif de rationaliser, moderniser et simplifier la politique industrielle.

Durant la décennie des années 1970, la Tunisie connaît une expansion du secteur privé et un développement rapide de l'emploi manufacturier, encouragé par la prolongation et l'élargissement de l'accord avec la CEE grâce au commissaire Claude Cheysson. Le pays enregistre ainsi une croissance moyenne de 8,4 % par an et voit quadrupler le revenu par habitant qui passe de 314 à .. Toutefois, la structure de l'industrialisation se caractérise par une concentration sectorielle et régionale. À la fin de 1977, 54 % des investissements et 87 % des emplois créés se trouvent dans le domaine du textile et l'industrie de l'habillement et du cuir. En outre, les nouvelles entreprises sont concentrées dans peu de régions, ce qui renforce davantage les disparités régionales et encourage les migrations vers le nord-est du pays et l'urbanisation.. En réalité, le retour à une économie de marché est moins décisif qu'annoncé : la Tunisie maintient largement le subventionnement de certains prixFinancement public dans le but de réduire les prix à la consommation de certains produits de première nécessité (alimentation ou carburant)., le secteur financier est entièrement géré par le gouvernement et l'économie est protégée par des droits de douane très élevés et des restrictions d'importation. Cependant, l'économie bénéficie de résultats positifs bénéficiant des deux chocs pétroliers (1973 et 1979), qui font augmenter les prix du pétrole et des phosphates, mais aussi grâce à une production agricole en hausse et à des recettes touristiques plus élevées. Dans ce contexte de relance économique, le secteur public demeure dominant mais recule avec une dissociation progressive entre des secteurs ouverts à une dose de concurrence extérieure et ceux destinés au marché intérieur et qui bénéficient de rentes de situationL'ouverture vers l'extérieur, alors limitée dans le cadre d'un régime douanier d'admission temporaire de produits importés, permet l'implantation de nombreuses entreprises étrangères (notamment dans le secteur textile). Toutefois, celles-ci sont tenues de réexporter la totalité de leur production, protégeant ainsi la petite industrie locale qui bénéficie de rentes garanties par une forte protection douanière à l'importation.. Cette timide ouverture permet la création de nouveaux emplois et, par conséquent, le développement d'une meilleure mobilité sociale de la jeunesse nouvellement instruite et la croissance d'une classe moyenne..

Crise économique (1982-1986) La Tunisie est trop dépendante des recettes pétrolières et est pénalisée par son endettement extérieur, grevant les finances publiques qui assurent jusque-là le subventionnement des prix. De plus, elle n'a pas de base productive suffisante pour être en mesure d'absorber le surplus de travailleurs et d'exporter une gamme de produits diversifiée et compétitive. Le manque d'investissement de l'État dans les infrastructures entrave encore la croissance et dissuade les investisseurs privés.