Jean Lapointe est un auteur-compositeur-interprète, acteur et homme politique québécois, né le à Price (Bas-Saint-Laurent) et mort le à Montréal.

Connu d'abord comme artiste de scène, il forme avec Jérôme Lemay le duo comique Les Jérolas au milieu des années 1950. Il produit des sketchs et des chansons comiques comme Le chemin du paradis, Yakety Yak (Rouspèt' pas), Charlie Brown, La Veillée chez l'Père Jos et Méo Penché. Dans les années 1970, il poursuit une carrière solo marquée par plusieurs chansons à succès comme Mon oncle Edmond, C'est dans les chansons et Chante-la ta chanson. Bien qu'il se soit surtout démarqué dans le comique, Jean Lapointe s'est également révélé un acteur dramatique avec son rôle de Clermont Boudreau dans Les Ordres de Michel Brault en 1974. Poursuivant dans la même veine avec J.A. Martin photographe, il a aussi profondément marqué l'histoire de la télévision québécoise avec son interprétation de Maurice Duplessis dans la série Duplessis en 1978.

En plus de son travail d'artiste, Jean Lapointe a été actif dans le domaine caritatif. Il a mis sur pied la Maison Jean Lapointe ainsi que la Fondation portant son nom, afin de venir en aide aux personnes souffrant de dépendances à l’alcool, aux drogues et aux jeux. Également actif en politique, il a été sénateur libéral de Saurel de 2001 à 2010.

Biographie alt=|vignette|Jean Lapointe passe la majeure partie de son enfance à Lac-Beauport, dans la région de Québec.

Enfance Jean Lapointe (né Jean-Marie Lapointe) est le sixième de sept enfants d'Arthur-J. Lapointe (1895-1960) et d'Anna Marie Ducharme (1903-1996)Clément Fortin, « Arthur-Joseph Lapointe et Anna-Marie Ducharme : les parents de l'artiste et sénateur Jean Lapointe », L'Estuaire, vol. 26, no 1, janvier 2003, p. 8-14. Consulté le 4 novembre 2024.. Militaire de carrière, le major Arthur Lapointe était également député fédéral de Matapédia-Matane pour le Parti libéral. Dans son autobiographie, Jean Lapointe décrit son père comme un homme « [p]as très grand, mais fort comme un cheval, tout en muscle et pas une once de graisse [...] impressionnant autant physiquement que moralement [...] un homme de principes, profondément religieux, sévère, juste et bonJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 43. ». De son côté, sa mère était une femme « [t]rès coquette, toujours tirée à quatre épingles [...] douce et tendre qui faisait semblant d'être sévère quand [le père] n'était pas làJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 40. ».

Jean Lapointe grandit au sein d'une fratrie « unie par la musique, la chanson, la prière, la tendresse, l'amour et la générositéJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 39. ». À l'âge de 5 ans, il déménage avec sa famille à Lac-Beauport, dans la région de QuébecJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 39-40.. Il effectue son primaire au Juvénat du Bon-Pasteur. Peu porté sur les études, il préfère passer son temps à amuser ses amis en faisant des farces en classe et en jouant des tours à ses professeurs. Sous son côté espiègle, Jean Lapointe dissimule en réalité une angoisse et une grande sensibilité qui le suivront toute sa vie. Naturellement attiré par la musique, il suit des cours de piano à l'école. Bien qu'il réussisse à développer ses talents dans ce domaine, malgré ses cours, il n'arrivera jamais à lire les notes sur la portéeJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 52-53..

Il entre ensuite au Petit séminaire de Québec. Au bout de quelques mois, le garçon est renvoyé du collège pour indiscipline. Il poursuit alors ses études à l'école Saint-François-d'AssiseJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 55.. C'est durant cette période qu'il commence à faire ses premières imitations. À l'époque, il avait l'habitude d'écouter l'émission de radio de Félix Leclerc. Celle-ci jouait juste avant le Chapelet en famille, que sa famille suivait assidument. Ainsi un soir après la prière, le jeune Lapointe s'est mis à chanter comme Félix Leclerc pour amuser ses frères et ses sœurs. Réussissant à reproduire sa voix caractéristique avec « la même chaleur, le même trémolo », son imitation a été aussitôt accueillie avec joie. Encouragé par leurs réactions, le jeune Lapointe apprend à imiter d'autres vedettes de l'époque comme Bourvil, Gilbert Bécaud, Louis Armstrong, Al Jolson et Charles TrenetJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 56-57..

Premiers spectacles Concours amateur de CKCV En 1951, la famille quitte Lac-Beauport pour s'installer à Québec, sur l'avenue Lévis. Âgé de 16 ans, Jean Lapointe fréquente alors le collège Montcalm, sur la rue Père-Marquette. Avec deux autres étudiants de son âge, il forme son premier trio musical : les QuébécAires. Au printemps, le groupe participe au concours « Saint-Georges Côté et ses amateurs » organisé par la station de radio CKCV de Québec. Invités au spectacle de la finale du concours en , les QuébécAires se produisent sur scène devant une foule assemblée au parc de l'Exposition. S'étant également inscrit à ce concours en tant qu'artiste solo, en plus de son numéro avec son groupe, Lapointe offre un spectacle d'imitation de Félix Leclerc, Bourvil et Al JolsonJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 57-60..

L'expérience est très fructueuse. Les juges remettent le deuxième prix aux QuébécAires et le premier prix à « Jean-Marie Lapointe » (son nom de scène à ses débuts).. Ce moment est déterminant dans la carrière du futur chanteur. Fort de ces deux récompenses, Lapointe est alors convaincu d'avoir trouvé sa voie. Il sera un artisteJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 60..

QuébécAires À la suite du concours, les QuébécAires se font offrir un contrat pour participer à l'émission Y'a d'la joie sur les ondes de CHRC. Toutefois, au bout de quelques semaines, la direction de la station est déçue de leurs performances et décide de mettre fin à leur contrat. Cet échec affecte profondément le jeune Lapointe. Malgré ce revers, l'un de ses professeurs l'encourage à poursuivre dans la chanson. Avec son accord, les QuébécAires sont engagés pour donner un spectacle dans la grande salle du collège Montcalm tous les vendredis de chaque mois. Leur formule est un succès. Seul ou avec son groupe, Lapointe présente ensuite le même genre de spectacle dans différentes salles de la région de Québec, notamment au cabaret Chez Gérard. C'est ainsi qu'il s'initie aux différents aspects du métier de chanteur, de l'organisation des tournées à la négociation des cachets, en passant par la location des salles et la promotionJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 60-62..

Jean Lapointe commence à se faire un nom sur la scène musicale de Québec du début des années 1950. Étant de plus en plus pris par ses spectacles, ses études finissent toutefois par en souffrir. Avant la fin de sa année, il décide d'abandonner complètement l'école. Malgré cette décision, il s'aperçoit également qu'il est le seul de son groupe à vraiment tenir à faire une carrière dans la chanson. C'est ainsi que prend fin l'aventure des QuébécAires durant l'année 1953Jean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 63-75.. Puis, au printemps 1954, Jean Lapointe décide de quitter la maison de ses parents et de tenter sa chance comme chanteur-imitateur à MontréalJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 77-79..

Cabarets de Montréal Les débuts de Jean Lapointe à Montréal sont difficiles. Ne connaissant personne dans la métropole, le garçon de 17 ans doit se débrouiller avec sa guitare, quelques photos, un veston emprunté à son grand frère Anselme et soixante dollars en poche. Logeant seul dans une chambre d'hôtel du centre-ville, il parcourt la faune des cabarets montréalais pour convaincre les producteurs de lui accorder une auditionJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 79-81..

Malgré son enthousiasme et son insistance, ses premières tentatives sont un échec. Certains, impatientés de le voir, finissent même par refuser de lui adresser la parole. Au bout de trois semaines, Jean Lapointe se retrouve à court d'argent. Épuisé par les refus, la faim et l'incertitude, il craint alors de devoir tout abandonner pour rentrer chez ses parents. C'est à ce moment qu'un imprésario lui suggère de s'inscrire à un concours amateur au Caprice, un cabaret situé à l'angle des rues Saint-Denis et Mont-Royal. Désespéré, Jean Lapointe s'y rend avec l'idée d'en finir au plus vite. À sa surprise, il finit par remporter le premier prix du concours : un montant de 10 dollars. Impressionné par son talent, le propriétaire du Caprice lui offre alors de se produire régulièrement à son établissement; d'abord en première partie du spectacle de Willie Lamothe et Rita Germain (deux grandes vedettes de l'époque), puis comme vedette de son propre spectacle. Acceptant l'offre sur-le-champ, Lapointe accepte également de changer de nom. En hommage au patron du Caprice, « Jean-Marie Lapointe » devient « Jean CapriJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 81-83. ».alt=Jean Grimaldi.|vignette|Jean Grimaldi embauche Jean Lapointe en 1955.

Lapointe se produit ensuite au Casa Loma, l'une des boîtes les plus prestigieuses de Montréal dans les années 1950. Devant une salle de plus de cinq cents personnes « toujours remplie à craquer, même le dimanche après-midi », comprenant des propriétaires d'établissements de partout au Québec à la recherche de nouveaux talents, il remporte un autre concours qui lui mérite un nouveau contrat. Il change encore de nom. Dorénavant, Jean-Marie Lapointe se fera appeler simplement Jean LapointeJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 84.. À la même époque, il enregistre son premier disque : un 78 tours intitulé Le club de hockey canadien.

À la suite de son contrat au Casa Loma, Jean Lapointe se produit dans d'autres salles un peu partout au Québec. Ces autres salles offrant des conditions moins avantageuses qu'au Casa Loma, Jean Lapointe se retrouve parfois à remplir plusieurs rôles, dont celui de maître de cérémonie. Malgré quelques expériences désastreuses (menant à son renvoi le soir même, après le spectacle), Jean Lapointe persiste. Puis, en , il est engagé comme artiste invité au Théâtre canadien de Jean Grimaldi. Il offre alors deux spectacles de variétés par jour, l'un en matinée et l'autre en soirée. Cette expérience lui permet de faire la rencontre de plusieurs grands noms de la scène, dont Olivier Guimond, Manda Parent, Paul Desmarteaux et Paolo NoëlJean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 90-91..

Les Jérolas À l'automne 1955, Jean Lapointe fait la rencontre de Jérôme Lemay au cabaret Chez Émile à Québec. Guitariste et chanteur originaire de Rouyn en Abitibi, Jérôme Lemay était alors membre du duo Jay & Ray. Avec son acolyte Raymond Hébert, il s'était fait remarquer pour son imitation de Luis Mariano ainsi que pour sa chanson Le Mambo du Canada. Fatigué de sillonner seul les routes du Québec entre deux spectacles, un soir, Jean Lapointe vient se confier à Jérôme Lemay. En discutant, les deux se découvrent une grande complicité. Lemay, qui venait de perdre son camarade de scène sans vraiment d'explication, se trouvait dans la même situation que lui. Se disant que les hauts et les bas de la vie de spectacle seraient sans doute plus agréables à vivre à deux, ils décident alors de s'unir en duo. C'est ainsi que naissent les Jérolas (nom formé d'après Jérôme Lemay et Jean Lapointe)Jean Lapointe, Pleurires, Éditions de l’Homme, Montréal, 1995, p. 92-94..