thumb|Manifestation indépendantiste en 2010 à Barcelone thumb|Manifestation indépendantiste à la fête nationale de la Catalogne en 2012 à Barcelone

L'indépendantisme catalan ou séparatisme catalan est un courant politique du nationalisme catalan qui revendique une Catalogne indépendante de l'Espagne ainsi que l'instauration d'une République catalane. Se basant sur une revendication du droit à l'autodétermination du peuple catalan, l'indépendantisme catalan défend l'idée que la nation catalane n'atteindra pas sa plénitude culturelle, sociale et économique tant qu'elle fera partie de l'État unitaire qu'est l'Espagne. En revanche, une partie du courant nationaliste a historiquement défendu la participation d'une Catalogne largement autonome à une Espagne qui serait devenue confédérale et plurinationale.

Il concerne principalement la communauté autonome espagnole de Catalogne. Il est également présent mais de façon plus marginale dans les Pays catalans. En plus de la Catalogne, cet espace inclut : la Communauté valencienne, les Îles Baléares, la Frange d'Aragon en Espagne, la principauté d'Andorre, la ville d'Alghero en Sardaigne (Italie) et la Catalogne du Nord (le Roussillon et la Haute-Cerdagne) en France (un territoire cédé par l'Espagne à la France lors de la signature du traité des Pyrénées au ). .

D'une manière générale, l'indépendantisme catalan se prononce en faveur de l'intégration d'une Catalogne indépendante dans l'Union européenne (UE), à l'exception des groupes les plus à gauche tels que la Candidature d'unité populaire (CUP).

Histoire vignette|gauche|190px|Le colonel Francesc Macià (à gauche), leader de l'ERC avec le président de Catalogne entre 1931 et 1933.

Le premier parti indépendantiste catalan était l'Estat Català fondé par Francesc Macià en 1922. Avec le complot de Prats de Molló, le parti réaffirme sa volonté de passer par la voie insurrectionnelle pour arriver à ses fins : une petite armée de volontaires a tenté l'invasion de la Catalogne par la frontière française. Malgré l'échec de ce projet, le procès à Paris contre Macià et les dix-sept personnes impliquées a fait de lAvi (« grand-père » en catalan ) un mythe vivant du nationalisme catalan.

En 1928, Macià a visité les centres catalans en Amérique latine qui avaient financé ses activités. À La Havane, il a présidé l'Assemblée constituante du séparatisme catalan qui a eu lieu du au . Cette assemblée a voté la Constitution provisoire de la République catalane et a fondé le Parti séparatiste révolutionnaire catalan (Partit Separatista Revolucionari Català en catalan). Ce parti n'a été actif qu'en Amérique latine puisque l'Estat Català rassemblait les forces indépendantistes en Catalogne.

Après la proclamation de la Seconde République espagnole le , Macià a renoncé à la République catalane en faveur d'une Generalitat catalane au sein de la République espagnole. Les milieux indépendantistes se sont alors éloignés de lAvi.

Aujourd'hui, les principaux partis indépendantistes de Catalogne sont Convergència Democràtica de Catalunya (CDC) et Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), ce dernier fondé en 1931ERC et indépendantiste dès ses origines, revendiquant l'instauration d'une République catalane.. Comme représentants du mouvement indépendantiste étendu à l'ensemble des Pays catalans, on peut également citer, le Partit Socialista d'Alliberament Nacional dels Països Catalans (PSAN) fondé en 1968 ou encore la Candidatura d'Unitat Popular (CUP) fondé en 1986. Mais l'essor du mouvement indépendantiste depuis 2010 a surtout été propulsé par la société civile représentée par des associations comme l'Assemblée Nationale Catalane (ANC) et Omnium Cultural qui ont organisé les manifestations indépendantistes mobilisant des centaines de milliers de participants chaque année et placé l'indépendantisme au cœur de l'agenda politique de la région.

Contexte

La région de 7,5 millions d'habitants qui compte environ 16 % de la population espagnole, contribue pour environ 18 % au PIB espagnol, génère 21 % des recettes fiscales de l'Espagne mais ne reçoit que 11 % des investissements publics du pays. Le déficit fiscal de la région, calculé selon la méthode des flux monétaires, est communément estimé à environ milliards d'euros, autour de 8 % du PIB de la Catalogne. Le système de redistribution des recettes fiscales entre l'État et les communautés autonomes espagnoles est considéré inéquitable dans la mesure où il ne respecte pas le principe d'ordinalité : le classement des régions selon la richesse par habitant avant redistribution se trouve fortement altéré après redistribution, la Catalogne étant par exemple rétrogradée du quatrième au onzième rang des 17 communautés autonomes. En outre, certaines communautés autonomes comme le Pays basque et la Navarre bénéficient du concert économique, c'est-à-dire qu'elles prélèvent elles-mêmes les impôts, sans passer par l'agence tributaire de l'État..

Le chantier du nouveau statut d'autonomie de la Catalogne a été lancé en 2003 par la coalition de gauche PSC, ERC et ICV alors aux commandes du gouvernement régional, dans le but de limiter les déséquilibres de ce système fiscal et de renégocier les relations avec le reste de l'Espagne, prévoyant justement d'instituer le principe d'ordinalité. Le texte a été voté par le Parlement catalan, raboté et voté par le Parlement espagnol puis ratifié par référendum par les Catalans en 2006. Mais le Parti populaire a déposé un recours contre le nouveau statut d'autonomie auprès du Tribunal constitutionnel, organe judiciaire , ce qui a provoqué l'indignation des Catalans et un véritable changement de mentalité qui a conduit à la montée de l'indépendantisme.

, la seule issue réaliste qui se dessinerait pour modifier le statu quo jugé insatisfaisant pour les nationalistes serait l'indépendance. La principale raison de l'adhésion à ce projet est donc une revendication sur le partage du pouvoir politique. Le PP au pouvoir à Madrid de 2011 à 2018 a conservé la même stratégie de blocage et de refus de négociation, s'en tenant aux termes de la Constitution espagnole et , en invoquant démocratie et respect de la loi pour justifier le maintien du statu quo et le refus du référendum. La Constitution de 1978 fixe en effet l’indivisibilité de la nation espagnole. . S’appuyant sur sa majorité absolue au parlement, le PP a mené une politique considérée comme centraliste du pays. Les institutions judiciaires, Tribunal constitutionnel et Tribunal suprême, ont été particulièrement vigilantes au respect de l'ordre constitutionnel. Cette politique de confrontation institutionnelle a probablement renforcé l'adhésion des Catalans au projet d'un pays neuf et démocratique constitué en État indépendant. Malgré des transferts de compétences importantes, les indépendantistes ont fait valoir les avantages présumés que les habitants de la Catalogne tireraient d'un d'État indépendant.

Principes idéologiques L'indépendantisme catalan met en avant le principe selon lequel le peuple catalan serait une nation souveraine, faisant référence à une relecture de son histoire (s'appuyant sur le fait que, tout en étant un élément moteur de la couronne d'Aragon dont Barcelone fut l'une des capitales, la Catalogne est généralement désignée par les historiens comme ayant formé un État féodal puis moderne entre la fin du Moyen Âge et le début du ....), à sa culture, sa langue propre et au droit civil catalan. Plus encore, cette famille politique s'est construite à l'encontre d'un État espagnol qui, selon elle, s'est imposée par la force. En effet, comme le dit l'historienne Pilar Martínez-Vasseur, spécialiste des questions identitaires et de défense dans l'Espagne contemporaine : « Pour les Catalans, au comme au , les fondements de la légitimité de l'État espagnol sur la Catalogne continuent d'être les mêmes ; c'est par la force des armes que les Catalans ont perdu l'indépendance dont ils jouissaient avant le décret de Nueva Planta ; c'est par la force des armes, faisant suite à une Guerre civile inexpiable, que l'autonomie conquise en 1931 vient d'être abolie par les nouveaux « maîtres » du Principat. Il n'y a eu, ni à un moment ni à l'autre, affirment-ils, renonciation du peuple catalan à ses droits et à ses libertés, mais imposition autoritaire et violentePilar Martínez-Vasseur, « La Question nationale et l'armée en Espagne au cours des XIX et XX siècles », dans Francisco Campuzano Carvajal (dir.), Les nationalismes en Espagne : De l’État libéral à l’état des autonomies (1876-1978), Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2015, p. 83-120.. De ce fait, pour les défenseurs de l'indépendance, malgré sa large autonomie, la Catalogne ne peut s'épanouir ni sur le plan culturel, ni sur le plan social, ni sur le plan économique au sein d'une Espagne à tradition unitaire depuis l'avènement de Philippe V, petit-fils de Louis XIV devenu roi d'Espagne au terme de la guerre de Succession d'Espagne, et initiateur et auteur, à travers les décrets de Nueva Planta (1707-1716), de la suppression de la couronne d'Aragon ainsi que des institutions catalanes et de l'interdiction de la langue catalane dans l'administration.

Pour l'historien Stéphane Michonneau, spécialiste de l'histoire politique catalane et du catalanisme, l'indépendantisme catalan est indissociable d'une conception fédéraliste et plurinationale de l'Espagne, et non purement sécessionniste. Il s'agit plutôt, pour lui, d', l'objectif principal des indépendantistes restant politique, à savoir la reconnaissance de la Catalogne comme dans un que serait l'Espagne. Il réfute ainsi l'idée d'un indépendantisme catalan motivé par une forme d'« égoïsme » d'une « région riche », mais estime plutôt qu'avec l'indépendance ici souhaitée, , mais ne serait pas remise en question. Par ailleurs, il associe la montée de cet indépendantisme au début du à une réaction au qui serait celui d'une partie de la classe politique espagnole et qui ne répondrait pas aux aspirations nouvelles d'une partie de la société catalane mais aussi du reste de l'Espagne...

Les détracteurs de l'indépendantisme catalan contestent la validité culturelle et linguistique de ce mouvement, ainsi que son extension géographique : . La réécriture de l'histoire de la Catalogne a été assez active principalement pour présenter la Catalogne comme un ancien État souverain et non une province du Royaume d'Aragon présenté comme la Couronne catalano-aragonaise. Cette histoire réécrite est depuis une décennie amplement diffusée dans l'enseignement. Enfin, les pouvoirs publics se sont inquiétés de la capacité de cet État indépendant à contrôler efficacement les ports et les frontières et à maîtriser les trafics illicites, trafics humains, drogue et capitaux.

Drapeau Le drapeau appelé lestelada, inspiré notamment du drapeau cubain, dans ses versions bleue et rouge, est devenu son symbole principal, quoique le drapeau de la Catalogne soit également souvent utilisé.

Indépendantisme catalan radical (1978-1991)