thumb|Pin de Salzmann dans la sierra de Segura, Andalousie.

Le Pin de Salzmann (Pinus nigra subsp. salzmannii (Dunal) FrancoPin de Salzmann, fiche INPN. Voir les onglets sur la gauche de l'écran pour taxonomie, statut et autres données sur cette espèce.) ou pin des Cévennes, est une sous-espèce du Pin noir autrefois très répandue dans le Bassin méditerranéen, maintenant en forte régression et menacée de disparition. On le trouve principalement en Espagne, avec en France quelques populations résiduelles mais non dépourvues d'intérêt génétique.

Taxonomie

Synonymes :

Pinus clusiana subsp. salzmannii (Dunal) Cif. & Giacom., 1950 (code d'espèce : 138828) Pinus clusiana Clemente, 1818 (code d'espèce : 113654) Pinus laricio proles salzmannii (Dunal) P.Fourn., 1934 (code d'espèce : 153636) Pinus laricio proles salzmannii (Dunal) Rouy, 1913 (code d'espèce : 153637) Pinus laricio subsp. leptophylla (H.Christ) E.V.Vulf, 1927 (code d'espèce : 138830) Pinus laricio subsp. monspeliensis Koehne, 1893 (code d'espèce : 138831) Pinus laricio subsp. salzmannii (Dunal) K.Richt., 1890 (code d'espèce : 138834) Pinus laricio var. pyrenaica (Lapeyr.) Gren. & Godr., 1856 (code d'espèce : 149495) Pinus laricio var. tenuifolia Parl. (code d'espèce : 149496) Pinus nigra subsp. monspeliensis (Koehne) E. Murray, 1983 (code d'espèce : 138842) Pinus pyrenaica Lapeyr., 1818 (code d'espèce : 113695) Pinus salzmannii Dunal, 1851 (code d'espèce : 113698)European Black Pine - Pinus nigra Arnold. David F. Van Haverbeke. USDA forest service, northeastern area. Sur http://www.na.fs.fed.us.

Le manuel des conifères de Debazac (1964) utilise le taxon « clusiana » pour « salzmanni », et considère que la sous-espèce algérienne « mauretanica » est rattachée à la sous-espèce « salzmannii »Valoriser et conserver le Pin de Salzmann. Travail dirigé par Bruno Fady, compte rendu final établi le 30 novembre 2008 dans le cadre du programme 2007-2008 de la convention INRA-Serfob LR n° 07/15 du 05/09/2007. Sur le site draaf.languedoc-roussillon.agriculture.gouv.fr.. Ce dernier point est disputé par les résultats d'études phylogénétiques réalisés par l'INRA en 2007-2008, d'où il ressort que les pins de Salzmann de France et d'Espagne appartiennent bien au même sous-ensemble, et par ailleurs présentent des populations bien différenciées entre elles.

Répartition

C'est peut-être une espèce relique. Il se trouve surtout en Espagne, qui en dénombre . En France, l'Office national des forêts compte sept sites - tous en France métropolitaine -, totalisant seulement pour des populations menacées par l'isolement en plus de l'incendie et de la pollution génétique. Parmi ceux-ci, l'INRAE a trouvé quatre populations similaires en ce qui concerne la diversité génique au sein de leurs populations respectives. Ce sont ces quatre zones qui ont été retenues pour son programme d'études de greffes :

Saint-Guilhem-le-Désert (reboisements de plusieurs centaines d'hectares, et les plus vieux arbres de l'espèce se trouvent dans les 219 ha de la réserve biologique domaniale du « massif de Saint-Guilhem »Réserve biologique FR2300125 - « St Guillhem-le-Désert ». Fiche et cartographie Natura 2000.) et Carlencas dans le piémont des Cévennes (Hérault) ; les Cévennes proprement dites (forêt de Bessèges dans le GardSIC FR9101366 - « Forêt de pins de Salzmann de Bessèges ». Fiche et cartographie SIC Natura 2000.ZNIEFF 910011807 - « Bois de Bordezac et de Bessèges » . Fiche et cartographie Natura 2000., et en Ardèchele pin de Salzmann de retour en forêt de Banne après l'incendie) ; les confins des Cévennes avec le col d'Uglas (Mialet, Gard) et des « zones reliques à effectifs faibles », c'est-à-dire des bosquets de moins d'une centaine d'arbres dans les gorges du Tarn (Lozère) ; le Conflent (région des Pyrénées-Orientales adjacente à la frontière espagnole).

Aux gorges du Tarn et au col d'Uglas, les pins ont une diversité plus faible mais leur situation isolée leur a permis de conserver une forte proportion d'haplotypes originaux.

La limite ouest de son aire de répartition en France se trouve à l'ouest d'Escaro, sur une crête orientée nord-sud où il a été planté, semblerait-il, en mélange avec des pins sylvestresL'aire spontanée du Pin de Salzmann en France. J.-F. Debazac. Dans Revue Forestière Française. 1963..

Dans certaines zones l'espèce est localement susceptible de ne pas être autochtone ou d'avoir subi une pollution génétique Lauranson-Broyer J., Lebreton P., 1995. Flavonic chemosystematics of the specific complex Pinus nigra Arn.. In Population genetics and genetic conservation of foret trees. P. Baradat, W.T. Adams, G. Müller-Starck edit., 181-188.Nei M., 1973. Analysis of gene diversity in subdivided populations. Proc. Natl. Acad. Sci. USA. 70:3321-3323.Quézel P., Barbéro M., 1988. Signification écologique des peuplements naturels de Pin de Salzmann en France. Ecol. medit., XIV (1-2), 41-63. Cité dans "Valoriser et conserver le Pin de Salzmann". Rafii Z. R., Dodd R. S., Zavarin E., 1996. Genetic diversity in foliar terpenoids among natural populations of European Black pine. Biochemical Systematics and Ecology, 24 (4), 325-339..

Habitat

La fiche Natura 2000 le dit indifférent aux substrats et également confortable sur roches siliceuses (Pyrénées orientales et Cévennes) que sur dolomies et calcaires comme dans l'Hérault et les Causses. L'adaptation au substrat dolomitique indique une grande tolérance au magnésium. La périphérie de la Sierra Nevada, une zone de populations importantes de pins de Salzmann, présente un substrat calcaire« Pinèdes (sub-)méditerranéennes de pins noirs endémiques : Pin de Salzmann ». Extrait du Manuel d’interprétation des habitats de l’Union européenne. Version EUR 15-1999. Natura 2000.. D'un autre côté le centre régional de la propriété forestière de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur recommande d'éviter les sols dolomitiques, et les marnes.

Cycle sylvigénétique

Des pins de Salzmann d'environ d'âge ont été recensés dans les gorges du Tarn (entre le Causse Méjean et le Causse de Sauveterre, en Lozère et pour une moindre partie en Aveyron). Il est possible que d'autres individus, situés dans des endroits inaccessibles, soient plus âgés encore - notamment dans son habitat originel fait de zones rocheuses où il est généralement rabougri. Cependant, si son habitat primaire est fait de zones rocheuses, ce n'est pas parce qu'il le préfère mais parce que les autres espèces ne peuvent pas l'y concurrencer à long terme. Lui-même n'y pousse que tant bien que mal et rabougri. Mais il y perdure, seule espèce à long terme sur ce genre de terrains. Et c'est à partir de cet habitat primaire où, sans compétition, il développe des populations bien implantées, qu'il étend sa zone d'occupation sur les terrains environnants « disponibles » - mot-clé signifiant spécifiquement une végétation forestière absente ou très clairsemée. Des sols plus riches lui permettent d'y déployer son potentiel de croissance et il y pousse droit, haut et en nombre. Là, ses individus aux dimensions plus grandes peuvent pendant quelques siècles dominer les autres espèces d'arbres y compris les chênes. Mais les premiers pins de Salzmann installés en habitat secondaire finissent par mourir et les jeunes individus ne sont pas compétitifs en regard des autres espèces ; ses populations diminuent, les feuillus prennent le dessus - jusqu'à une autre occasion où le terrain aura été libéré de son couvert forestier. Ainsi le cycle sylvogénétique du pin de Salzmann dure plusieurs centaines d'annéesÉtat de conservation de la forêt de pins de Salzmann de Bessèges (Gard). Cambon Daniel, Bassi Isabelle, Sauvetre Vincent. Office National des Forêts, Direction Territoriale Méditerranée. Mars 2011.. Mais ce cycle, et donc l'espèce, est menacé par la forte régression générale de ce type d’habitat.

Caractéristiques

Le pin de Salzmann montre les caractéristiques morphologiques communes à tous les pins noirs. Le pin laricio, qui partage son aire de répartition, est assez facilement confondu avec lui. Des variations entre ces trois espèces permettent de les différencier.

La silhouette générale des sujets âgés de Salzmann et laricio présente une cime étalée et aérée, celle du pin noir est pyramidale et dense. Le Salzmann et le pin noir portent leurs branches à angle étroit, le laricio les porte à angle droit. Les couleurs respectives vont du vert-jaune clair pour le Salzmann au vert très foncé pour le pin noir, avec entre les deux le vert-bleuté du laricio. L'écorce des trois espèces est écailleuse à tous âges, et crevassée chez les sujets âgés. Mais sa couleur diffère chez les jeunes de chaque espèce : grise pour le pin noir, brune rougeâtre pour le laricio et brune grise rougeâtre pour le Salzmann.

Plus près, on constate des différences sur les jeunes rameaux, les feuilles (aiguilles) et les bourgeons :

L'absence de feuilles (aiguilles) à la base des rameaux de l'année est un identifiant caractéristique du Salzmann, autant par cette nudité que par la couleur brun-orangé luisant du rameau à sa base ainsi dénudée. Chez le pin noir et le laricio, les aiguilles poussent dès la base des rameaux de l'année et la base des rameaux est plus terne. Elle est brun foncé chez le pin noir et brun clair chez le laricio.

Les aiguilles du Salzmann et du laricio sont non piquantes ; c'est leur seul trait similaire. Celles du Salzmann sont vert clair, droites, souples, insérées en pinceau et mesurent 10 à 18 cm de long ; celles du laricio sont vert-bleu, légèrement frisées, refermées sur le bourgeon et, plus petites, mesurent 12 à 15 cm de long. Celles du pin noir sont piquantes, raides, vert foncé, souvent insérées en écouvillon et mesurent 9 à 16 cm de long. Une étude de 1960 a montré que l'épiderme des aiguilles de pin noir des Cévennes, des Pyrénées et d'Espagne, c'est-à-dire du Salzmann, montrent un rang de cellules étroites et rectangulaires, tandis que celui des aiguilles de pin noir d'Autriche ou de Roumanie (pin de Crimée) montrent un rang de cellules épaisses et carrées. L'hypoderme des aiguilles du Salzmann et du pin de Mauritanie montre deux rangées de cellules, celui des aiguilles du pin noir d'Autriche en a deux à trois rangs et celui des aiguilles du pallasiana en a trois à cinq A synthesis on several years study on Pinus nigra ssp. mauretanica in Algeria. A. Derridj & al.. Université Mouloud Mammeri (Tizi-Ouzou, Algérie), URFM, INRA Avignon (France) ; INRF de Bainem (Alger). post-2007. Consulté le 20/01/2014..

Enfin les bourgeons de Salzmann et du laricio sont peu résineux, ceux du pin noir le sont beaucoup. Chez le Salzmann ils sont de forme pointue et sillonnés de crevasses. Ceux du laricio sont également pointus mais leur forme est plus abrupte ; ceux du pin noir sont pointus en oblong et présentent des écailles appliquées.

Les variations de taille des cônes entre les sous-espèces étudiées, tant en longueur qu'en largeur, se mesurent à quelques mm près sur une moyenne et ne peuvent guère servir à une identification - tout au plus à une confirmation relative. À 5,6 cm, les cônes provenant de Saint-Guilhem sont cependant les plus petits en longueur moyenne, et avec ceux provenant de Cazorla en Andalousie ils sont aussi les plus petits en largeur moyenne (2.6 cm) - la plus grande largeur étant de 2,9 cm pour les pins de Mauritanie installés au Rif au Maroc.

Plus difficile à observer à l'œil nu, les pollens des pins de Salzmann et de Mauritanie sont similaires en taille et nettement plus petits que le pollen du pin de Crimée.

Pour estimer l'âge d'un pin de Salzmann, le diamètre du tronc n'est pas aussi révélateur que ne le sont de larges plaques sur l'écorce et un houppier en forme de table.