Le comté d'Albon, ou comté d'Albon-Viennois, est un fief issu du comté de Vienne, lui-même intégré au royaume de Bourgogne et d'Arles qui appartient au Saint-Empire romain dès 1032 à la mort de Rodolphe III de Bourgogne. Le comté d'Albon s'étend rapidement du fait des possessions successives des comtes d'Albon et sera renommé Dauphiné de Viennois en 1142 sous le règne de Guigues V d'Albon, premier dauphin du Viennois au décès de Guigues IV d'Albon, qui fut nommé Guigues Dauphin dans des actes de 1110 à juin ou lors de son décès à La Buissière.
Origine D'après Georges de Manteyer, la succession des Guigues provient de la localité de Vion au , précédée elle-même d'une série de Rostaing, l'un de ces Rostaing, cède deux églises du Viennois à Archambaud, comte de Vienne en 844.Un premier comte en Viennois Guigues (Wigo) de Vion, comte de Vion, à l'origine des comtes d'Albon, à Vienne, en , donne à l'église dédiée au Saint-Sauveur et à Saint-Maurice, dont Alexandre est archevêque, pour une messe quotidienne, un manse avec courtil, vigne et champs situés à Estressin. Souscrivent le comte Boson, le vicomte Ratburne.Ces actes témoignent d'une implantation nobiliaire viennoise originelle de la famille des futurs comtes d'Albon.
Selon Gérard Giordanengo, Professeur à l'École nationale des chartes, Guigues Ier d'Albon (995/1000-/75), décédé à Cluny, sire de Vion (Ardèche), village sur la rive droite du Rhône, comte d'Albon est la tige des futurs dauphins de Viennois. En 1023, le comté de Vienne fut concédé à l'archevêque de Vienne par Rodolphe III de Bourgogne. À son décès en 1032, le pouvoir est ecclésiastique, au sein de Saint-Empire romain germanique, et les archevêques de Vienne Burchard puis Léger permirent sans inféodation véritable l'extension concomitante comtale sous les règnes de Conrad II et de son fils Henri III. Celle du comte Humbert aux Blanches Mains après 1030 en Maurienne en partie du fait de la fidélité à l'Empereur Conrad et d'un serment de paix prêté aux autorités ecclésiastiques viennoises vers 1036 . Celle des comtes d'Albon, par l'usage de la force et par d'habiles alliances matrimoniales qui accrurent sensiblement leur territoire : Guigues d'Albon (appelé aussi Guigues le Vieux) s'instituant prince de la province de Grenoble avec son fils Guigues II (le Gras) en 1052, qui, pour la rémission de ses méfaits, donne au monastère de St-Pierre hors les murs de Vienne et à l'église de Vienne, ensuite se fit moine.
Géographie Si le comté de Vienne issu du Pagus Viennensis (dit Viennois) était une subdivision territoriale carolingienne dirigée par un comte, dépendant directement du palais, au sein de la Bourgogne viennoise ou Cisjurane , à partir de l'an Mil, l'exemple du Sermorens, défini en 885 comme un pagus à part entière (in pago vero Salmoriacensi : Cartulaires de l’église cathédrale de Grenoble, 885), fournit un exemple comparable, puisque la documentation du début du hésitait beaucoup sur sa définition, utilisant tour à tour les qualificatifs de pagus, de comitatus, d’ager, de territorium, voire de villa.
Il apparaît ainsi difficile de délimiter les contours du comté d'Albon à sa naissance en 1032, tout au plus peut-on suivre l'historique des possessions de ces comtes qui vont progressivement créer des territoires comtaux aboutissant au Dauphiné de Viennois.
Les premières implantations historiques sont centrées sur la région du Graisivaudan, et les comtes d'Albon seront enterrés dans ce comté, de Guigues II au monastère de Saint-Robert de Cornillon, à Guigues IV puis au dauphin Guigues V en 1162 dans les cloîtres de la Cathédrale de Grenoble.
D'après Nicolas Payraud citant Isabelle Cartron, les premières implantations dès 1009 au château de Moras, villa voisine de Mantaille et d'Albon sont issues de la décomposition d'un ancien domaine fiscal carolingien des Bosonides, sur lequel l'archevêque aurait hérité de l'autorité impériale. La villa Mantule demeure aux mains de l'église de Vienne jusqu'au début du . En 1009, les futurs comtes d'Albon possèdent déjà la partie occidentale de ce domaine, autour d'Albon, qui s'étend jusqu'à Anneyron et est probablement la villa Epaonis citée en 890. La terre de Moras, propriété patrimoniale de ceux-ci dès le début du , appartient ainsi au noyau originel du Dauphiné.
Le même auteur reprenant la thèse de Marie-Pierre Estienne ayant démontré que les villae du représentaient souvent une étape dans la transition entre les structures carolingiennes et seigneuriales, en lien avec la formation des paroisses; le lieu est ainsi mentionné en premier et associé à la nouvelle entité: le castrum. La référence à la villa, citée en seconde position, semble trahir l'élaboration, sinon d'une forme de hiérarchie, du moins d'un centre d'intérêt différent, prenant en référence le castrum des Guards à Nyons au au détriment de la villae .Les sont l'époque de la "révolution castrale" : de 1020 à 1120, Henri Falque-Vert recense l'apparition de 101 nouveaux châteaux dans le territoire dauphinois.
Ce sont des nouveaux castrum qu'investissent les premiers comtes du comté d'Albon depuis le château d'Albon, au , installant sur la colline une motte, construite sur un éperon naturel, par la suite emmotté et surélevé lors de la constitution de la plate-forme artificielle. À l'intérieur de la basse-cour, un complexe palatial comprenant un vaste bâtiment à étages construit en pierre à usage résidentiel (camera) datant des est accolé une salle d'apparat (aula).Centre national de la recherche scientifique, France. Action thématique programmée en archéologie métropolitaine Inventaire des fortifications de terre. Groupe, Rhône-Alpes, Châteaux de terre : de la motte à la maison-forte : histoire et archéologie médiévale dans la région Rhône-Alpes : (exposition), juin 1987-décembre 1988, ..
Après 1050 sont décrites des Châtellenies en Grésivaudan en particulier à Vizille et en Briançonnais jusqu'à Oulx et des droits sur des communes en piémontais.
À cette époque sont construits le Prévôté de Saint Laurent d'Oulx, ainsi que des prieurés dans le val Cluson et en Oisans.
Le prieuré Saint-Robert, fut construit à Saint-Égrève en 1070 sous Guigues II, par des moines, sous la dépendance de l’abbaye bénédictine de la Chaise-Dieu en Haute-Loire.
En 1107, le Sermorens est divisé par le pape Pascal II avec 22 châteaux répartis selon les Châtellenies locales dominées par les comtes de Savoie et la Maison d'Albon.
Histoire
Implantation en Graisivaudan et sur les terres d'Albon vignette|Guigues d'Albon par Alexandre Debelle (1805-1897). Dans les actes du Regeste Dauphinois (1913), les membres de la Maison d'Albon sont déjà implantés vers Grenoble en 996 : Guigues l' Ancien ou Guigues I est cité comte de Graisivaudan avec son épouse Frédeburge et Humbert évêque de Grenoble, leur fils. En 1009 le roi Rodolphe, à la demande de sa première épouse la reine Agilarude, de son frère Burchard, archevêque de Lyon, donne à Humbert, évêque de Grenoble, à sa mère Fréburgie, à ses neveux Humbert, Guigues III ( Guigues Ier d'Albon) et Guillaume, fils de Guigues II (l'ancien Wigo) la moitié du château de Moras de la terre du roi Conrad. Selon Nicolas Payraud, la châtellenie de plaine de Moras, l'une des plus anciennes possessions des comtes d'Albon, est un véritable grenier à blé du futur Dauphiné. Les paroisses de la Valloire dépendent au Moyen Âge du diocèse de Vienne. Guigues d'Albon marié avec Adalsendis ou Adelaïde de 1035 à 1052, s'implante solidement dans ses nouveaux domaines et les étend.
Extension en Briançonnais et en Piémont En 1058, il acquiert des territoires au Monêtier de-Briançon et à Oulx afin de relier des territoires rhodaniens au fief Alpin en maîtrisant les régions intermédiaires, et de favoriser la circulation par le Mont-Genèvre qui restait l'axe principal avec le col du Grand-Saint-Bernard au , comme le comte Humbert avait privilégié la Maurienne et le Mont-Cenis vers le val de Suse qui redeviendra un des axes principaux de passage vers l'Italie le siècle suivant.
Outre le Briançonnais, Guigues le Vieux, comte d'Albon, détient à cette époque, au-delà du Montgenèvre et un peu avant Suse, une partie de la vallée du Cluson avec des droits sur Césane, Salbertrand et Exilles. L'extension d'influence des comtes d'Albon dans la région correspond à celle de la Prévôté de Saint Laurent d'Oulx fondée vers 1050, puis dotée de nombreux prieurés dans la vallée du Cluson, en Briançonnais et en Oisans. Dès les origines, cette abbaye se voit octroyer par les comtes d'importants privilèges.
Les comtes d'Albon ont à Briançon un châtelain en 1063, et un tribunal en 1096.
Guigues d'Albon est cité comme fils de Gotelène avec son neveu Humbert dans une charte de Cluny datée de 1070 et décède vers le comme comte de Graisivaudan.
En 1070, le comte Guigues II donne à sa fiancée Inès de Barcelone, le château d'Albon, de Moras, de Vals, la villa de Saint-Donat avec son territoire et tous ses alleux à l'exception de Clérieu, Serves et Chevrières; il lui attribue en outre en Graisivaudan, Cornillon-en-Trièves, Varces et Oriol, le château de Briançon. Il est cité comte d'Albon et décède vers 1079..
La division et la disparition du comté de Sermorens Si l'installation en Grésivaudan (l'ancien Pagus Gratianopolitanus) fut le premier objectif avant l'an Mil, l'arrivée d'Hugues de Châteauneuf comme évêque de Grenoble en 1080, canonisé deux après sa mort en 1132 en Saint-Hugues entraîna une longue rivalité avec l'archevêque de Vienne Guy de Bourgogne, devenu ensuite le pape Calixte II (1119-1124). Le principal sujet de discorde était le comté de Sermorens. D'après Laurent Ripart, des diplômes des derniers rois carolingiens à partir de 878 sous Louis le Bègue et des Chartes allant de 902 à 976, considèrent tous que le pays de Sermorens, désormais qualifié de pagus et non plus de comitatus, se trouvait situé dans la dépendance du pagus de Grenoble. Cet état de fait persiste jusqu'au , date à laquelle le roi de Bourgogne Rodolphe III rédige à Aix, un acte (Douaire) en faveur de son épouse, la reine Ermengarde qui reçoit ainsi plusieurs terres dont les comtés de Sermorens et de Vienne. Ainsi après la cession du comté de Vienne en 1023 de Rodolphe III à l'archevêché de l'Église de Vienne, cette dernière en 1030 remet au comte Humbert aux Blanches-Mains l'engagement avec serment d'observer dorénavant une paix qui s'étendra aux comtés de Viennois, de Bugey et de Sermorens. En 1095, le pape Urbain II mande au comte Guigues III, au clergé et au peuple de Grenoble, que, dans le concile tenu à Clermont, il a donné satisfaction aux plaintes de leur évêque au sujet du pagus de Sermorens. L'archevêque de Vienne ayant refusé d'obéir à la décision du concile de Plaisance, il a restitué cet archidiaconé à Hugues; tant que Guy refusera de se soumettre à cette décision, l'église de Grenoble sera soustraite à son obédience . Stimulé par les lettres apostoliques , le comte Guigues se rend auprès de l'archevêque de Vienne et obtient de lui, par menaces et par prières, la restitution du pagus de Sermorens à l'église de Grenoble. Le , alors qu’il résidait à Lyon, le pape Pascal II parvint, avec le conseil de plusieurs des évêques de la région et celui du comte d’Albon, à faire accepter aux protagonistes les termes d’un règlement du conflit. Le texte de l’accord interdisait à l’archevêque de Vienne d’intervenir au-delà du cours de la Bourne jusqu’à sa confluence avec l’Isère. Ce partage ne se fit pas sur le dénombrement des églises mais sur les « castra » et « mandamenda ». Cette énumération relève vingt-deux châteaux et mandements et chaque partie en reçoit onze. Ceci scellera la fin du comté de Sermorens.
L'apparition de la dénomination de Dauphin