Les inégalités salariales entre hommes et femmes se définissent par un écart de salaire entre les hommes et les femmes, écart souvent exprimé en pourcentage des revenus des hommes. Les raisons de cet écart de revenus font l’objet de débats, en sociologie et en économie notamment, pour quantifier la part qui revient à des constructions sociales (division sexuée du travail avec des métiers et filières moins bien rémunérées ; contraintes ou préférences individuelles liées à l’éducation conduisant à des professions moins rémunératrices, nombre d’heures travaillées, pauses dans les carrières professionnelles, freins dans les carrières) ou à une discrimination sexiste plus évidente lorsqu'il s'agit de comparer des différences individuelles pour un poste et un métier strictement identique.

Pour l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui ne prend en compte que les temps pleins dans ses pays membres, le salaire médian des femmes est de 11,9 % inférieur à celui des hommes en 2021.

Mesure et origine des écarts

Écart global de revenus La mesure des écarts globaux de revenus salariaux entre hommes et femmes est utilisée à l'échelle des États à des fins macroéconomiques, par exemple pour comparer des pays entre eux, les inégalités de genre étant perçues comme l’un des principaux obstacles au développement humain, ou pour mesurer l'effet d'une modification de ces inégalités.. Toutefois, lorsque ces écarts sont analysés non plus sous l'angle macroéconomique, mais sous l'angle de la justice ou de l'injustice, différentes philosophies et théories économiques entrent en œuvre. Elles s'accompagnent d'outils pour tenter de mesurer ce qui ressort des discriminations.

Ces inégalités salariales sont l'un des nombreux facteurs contribuant à la féminisation de la pauvreté..

L'écart de salaire entre les hommes et les femmes est souvent exprimé en pourcentage des revenus des hommes..

Des écarts globaux aux écarts individuels En 1957, Gary Becker dans The "Economics of Discrimination" préconise de distinguer les écarts résultant d'une ségrégation sur le marché du travail de ceux résultant d'une discrimination (). Cette préconisation conduit à la scission de l'analyse des facteurs concourant aux inégalités salariales, avec l'adoption du modèle économétrique d'Oaxaca en 1973 pour étudier les différences « toutes choses égales par ailleurs », tandis qu'une autre branche de l'analyse économique met en place des outils pour mesurer la ségrégation professionnelle.

Cette scission en deux champs est critiquée à partir des années 1990, puisqu'elle implique de raisonner « toutes choses égales par ailleurs » ou « toutes caractéristiques égales par ailleurs » alors que l'accès à ces caractéristiques n'est pas égal et qu'une part des différences de caractéristiques d'emploi utilisées dans le modèle d'Oaxaca (la « part expliquée » des différences salariales) reflète des barrières discriminatoires.

C'est toutefois ce type de modèle, se réclamant de la théorie du capital humain, qui est le plus souvent utilisé dans la mesure des différences salariales, masquant d'autres approches philosophiques ou économiques de la notion de discriminations.

Secteur d'activité et division sexuelle du travail thumb|Manifestation des professionnelles du cinéma en faveur de l'égalité salariale et de la parité dans l'industrie du cinéma, lors du festival de Cannes 2018. La construction de différences pouvant justifier les écarts salariaux entre hommes et femmes est de deux types : la construction de filières sexuées et la construction de conditions de travail différentes pour un même emploi. Le clivage par sexe se construit en Europe dans la seconde moitié du lors de la seconde révolution industrielle. Les travaux nécessitant de la force ou salissants sont déterminés comme travaux masculins, tandis que ceux exigeant précision et dextérité sont reconnus comme féminins et moins bien payés. La mobilisation des femmes pendant la guerre au sein des usines d'armement leur permet d'être acceptées progressivement dans des secteurs d'industrie ou filières devenues mixtes. Toutefois, même dans le cas de branches mixtes, des différences subtiles entre poste permettent de justifier de salaires moindres. Le clivage s'accentue ensuite. En France, par exemple, l'établissement de conventions collectives sous le Front populaire a un effet pervers. Il revalorise les bas salaires des ouvrières, mais dans le même temps leur interdit l'accès aux emplois les plus qualifiés, celles des ouvriers professionnels, en la réservant aux titulaires de CAP. Or il n'existe alors qu'un seul CAP industriel ouvert aux femmes, celui de la couture. D'autres réévaluations de postes, comme le travail sur petites machines qui est déclassé en travail d'ouvrier spécialisé, tirent leurs salaires vers le bas.

Lorsque le contenu du travail est le même, une séparation entre ateliers féminins et masculins et de légères différenciations à la marge permettent de justifier et conserver des salaires féminins plus faibles, afin de maximiser les profits. Un employeur des années 1960 explique : . En 1983, une grève des ouvrières composant un journal aux côtés d'hommes effectuant le même travail, mais étant moins payées, illustre les mêmes mécanismes dans L'histoire du clavier enchaîné. Initialement, les hommes, ouvriers du livre, étaient typographistes. Avec l'avènement de la photocomposition, d'anciennes dactylos furent reconverties en clavistes, et les ouvriers masculins basculèrent progressivement vers le même travail. Alors que la différence de salaires ne se justifiait plus, des matériels différents furent mis en place à la demande des ouvriers soucieux de préserver leur monopole. Les claviers des femmes n'étaient pas reliés directement à l'ordinateur, tandis que les claviers des hommes, intégrés aux photocomposeuses, leur permettaient de justifier leurs textes. Par la suite, lorsque les machines devinrent les mêmes pour les deux sexes, on demanda aux ouvrières une cadence de saisie supérieure avec une auto-correction permettant de rester sous le seuil de 5 % d'erreurs, tandis que les ouvriers étaient chargés de l'intégralité de leurs propres auto-corrections et des erreurs résiduelles des textes des ouvrières. Ce fut le prétexte d'une qualification supérieure pour les hommes, qui non seulement leur donnait un salaire supérieur de deux à trois mille francs, mais s'accompagnait d'une différence de traitement : travail au rendement, pauses limitées à 20 minutes par jour, horaires fixes et vitesse attendue de 380 lignes par heure pour les femmes, travail "en conscience", pauses de 10 minutes par heure, possibilité de partir lorsque la tâche du jour est terminée, et rythme moyen demandé de 180 lignes par heure pour les hommesMargaret Maruani, « Les temps modernes de la discrimination », Revue internationale d'action communautaire, n° 25, (65), 1991, , lire en ligneMargaret Maruani, Travail et emploi des femmes, Éditions La Découverte, , 128 pages, lire en ligne.

Globalement, l'organisation sexuée du marché du travail aboutit, en France, à une forte concentration des femmes dans les filières les moins bien rémunérées., s'accompagnant d'un travail à temps partiel souvent imposé pour les qualifications les plus basses, et conduisant à une précarité organisée. Cet écart par filière n'est pas propre à la France...

La ségrégation entre différents métiers se mesure à l'aide du critère de dominance, qui fait apparaître les métiers à dominance féminine, masculine ou mixtes.. Ces secteurs plus ou moins rémunérateurs ne sont pas stables dans le temps ni entre pays. Ils ne résultent donc pas d'un déterminisme biologique, mais d'une division sexuelle du travail reposant sur deux grands principes : principe de séparation (il y a des travaux d’hommes et des travaux de femmes) et principe hiérarchique (un travail d’homme « vaut » plus qu’un travail de femme), principes valables pour toutes les sociétés connues.

Plafond de verre

Majoritairement moins bien payées, les femmes sont aussi moins souvent promues à des postes de direction et bénéficient par conséquent moins souvent que les hommes des salaires supérieurs qui vont avec. D'après La Gazette des communes23 mars 2009, ., en France, les femmes représentent 59,1 % des fonctionnaires, avec une pointe à 77 % dans la fonction publique hospitalière, suivie de l’Éducation nationale. Au total, toutes administrations confondues, elles occupent 16 % des emplois de direction, le taux le plus faible étant à l'Éducation nationale où seulement 11,3 % de femmes participent à la direction.

Paradoxalement, aux États-Unis comme en France, les diplômés des maîtrises en administration des affaires (MBA) sont en grande partie des femmes (à 43 % pour les États-UnisSteven Levitt & Stephen J. Dubner, Super Freakonomics, Denoël, Paris, 2010, et suivantes.) mais 1,5 % des PDG sont des dirigeantes et au sein des plus grosses entreprises américaines, elles ne représentent que 2,5 % des postes les mieux payés.

D’une étude statistique faite sur du MBA de l'université de Chicago, il ressort que : les femmes sont moins nombreuses à suivre le cursus « finance », or ce cursus est fortement corrélé avec une forte rémunération. même sans enfants, les femmes travaillent moins que les hommes. Cumulé sur quinze ans de carrière, cela équivaut à un écart temporel de six mois. les femmes sont plus enclines à interrompre leur carrière : seuls 10 % des hommes contre 40 % des femmes ont fait une interruption de plus de six mois. Le « handicap professionnel » représenté par le fait de faire des enfants et de s’en occuper explique une partie de l'écart .

Temps de travail Les femmes travaillent en moyenne moins que les hommes (selon l'OCDE, les femmes en France travaillent en moyenne 34,0 heures par semaine contre 38,4 heures pour les hommes.) et les interruptions de carrières plus fréquentes. Cela représente 11 % des écarts de rémunération entre les hommes et les femmes. Ainsi, il est donc possible que les employeurs anticipent ce phénomène qui représente un coût, et sont donc moins disposés à investir dans la carrière de leurs employées. Aussi, d'après l'INSEE, 8 % des hommes travaillent à temps partiel, contre 27 % pour les femmes. Enfin, parmi les femmes interrogées, à travers le monde, elles seraient près de 40 % à vouloir être en mesure de choisir leurs horaires de travail pour faciliter l'équilibre entre la vie familiale et professionnelle.

Sondage d’opinion Près de 70 % des adultes pensent qu'il n'existe pas réellement d'écarts entre les salaires des hommes et des femmes à travail égal, et les nient, ou les attribuent à des choix personnels faits par les femmes. D'autres pensent qu'il existe des écarts, mais que ces écarts peuvent s'expliquer. Or tous les écarts ne sont pas explicables, et « explicables » ne signifie pas pour autant « justifiés » ou « juste »..

Pénalités pour mariage et maternité Claudia Goldin a montré que les femmes aux États-Unis étaient pénalisées lorsqu'elles devenaient mères, y compris en calculant un salaire horaire, en fonction de la flexibilité et de la compatibilité familiale des emplois. La raison en est que certains secteurs accordent une salaire horaire plus élevé lorsque les salariés acceptent des semaines de travail comportant de très nombreuses heures. Pour Henrik Kleven et al., cette pénalisation de la maternité est d'autant plus forte que se met en œuvre la tertiarisation de l'économie : dans les pays ayant une forte proportion d'emplois agricoles, la pénalisation porte préférentiellement sur le mariage, tandis que l'effet des pénalités pour maternité s'accroissent au fur et à mesure que s'accroit la part de l'industrie puis de l'économie des services. Cette évolution en fonction du niveau de développement économique est vérifiée aussi bien dans les comparaisons mondiales entre pays à un instant donné que dans des comparaisons historiques pour un même pays.

Dans le monde