Cet article s'intéresse au peuple japonais du point de vue ethnologique, c'est-à-dire au groupe humain constituant les Japonais (en japonais , Nihonjin) sous l'angle de l'anthropologie culturelle.
On notera néanmoins que le mot Japonais (Nihonjin) possède plusieurs sens, puisqu'il désigne à la fois toutes les personnes de nationalité japonaise, toutes les personnes d'appartenance ou d'origine ethnique japonaise (bien que les membres de diaspora soient plus souvent appelés Nikkeijin), ou encore les personnes dont l'identité se rattache au Japon, que ce soit d'un point de vue ancestral, culturel, ou national.
Vocabulaire En japonais, « Japon » () se dit Nihon ou Nippon. Le nom veut dire « origine du soleil ». En effet, signifie soleil (ou jour) et signifie origine (ou racine). On peut donc donner comme signification à ce nom « le pays du soleil levant ». C’est lors des premiers échanges commerciaux avec la Chine (selon la tradition, par le biais d’une lettre du prince régent Shōtoku) que cette appellation, logique du point de vue du voisin occidental chinois, fut introduite, alors que les Japonais de l’époque désignaient leur pays sous le nom de . D’abord prononcé Hi-no-moto, il lui fut préféré, à partir de l'époque de Nara () les prononciations Nihon ou Nippon, appellations encore en usage de nos jours. est désormais le nom que l’on donne à la période historique allant de 250 à 710. C’est en fait le nom de la première structure impériale connue qui exerçait son pouvoir autour de aux environs du . Aujourd’hui, on trouve toujours le mot Yamato pour désigner l'ancienne population dépendant de cette entité politique et considérée comme le noyau culturel du peuple japonais d'aujourd'hui, héritage revendiqué notamment à travers l'expression .
Le terme français de Japon (et donc, de Japonais) viendrait très certainement de la prononciation chinoise de 日本 (rìbĕn [] en mandarin d’aujourd’hui)Dumaine, David.Petites histoires des noms de pays. Paris : Flammarion, 2006, 56-57. . Marco Polo utilisait le terme de Cipangu, dérivé du chinois Zipang utilisé par les Chinois pour désigner le Japon à cette époqueVoir page 58 in Uma Epopéia moderna, Sociedade Brasileira de Cultura Japonesa. Comissão de Elaboração da História dos 80 Anos da Imigração Japonesa no Brasil, 1992. Nippon est également utilisé dans la langue française comme adjectif qualificatif pour désigner tout ce qui provient de l'archipel.
La langue japonaise quant à elle distingue, d'une part les citoyens japonais (ceux qui disposent de la nationalité, avec de plus des termes différents employés pour désigner ceux résidant au Japon et ceux installés ou en déplacement à l'étranger), d'autre part les ressortissants d'autres pays issus de la diaspora japonaise. Ainsi, est employé tant de façon générique pour les quelque 127 millions de citoyens japonais, que plus particulièrement pour désigner ceux d'entre eux qui résident au Japon. En revanche, est utilisé pour désigner les citoyens présents à l'étranger — touristes, hommes d'affaires ou étudiants ayant quitté l'archipel pour des durées plus ou moins longues —, le mot étant fréquemment employé dans les médias, lorsque ceux-ci parlent d'une catastrophe ayant fait des victimes japonaises. , ou , est le mot générique pour les immigrants japonais et leurs descendants dans le monde (dont la principale communauté reste les Nippo-Américains), de toute génération, y compris ceux venus ou revenus vivre ou travailler au Japon, mais n'en ayant pas la citoyenneté « JA Vocabulary », Runker_room.tripod.com.
Sous la loi japonaise, les adultes ne peuvent généralement pas avoir la citoyenneté japonaise et étrangère à la fois (double nationalité) : ceux qui ont acquis la double nationalité avant l'âge de 20 ans doivent choisir une seule nationalité avant l'âge de 22 ans. ceux qui ont acquis la double nationalité après l'âge de 20 ans doivent choisir une seule nationalité en 2 ans.
Beaucoup d'étrangers naturalisés japonais, décident d'adopter un nom japonais, bien que n'y étant pas obligés. Aucune loi n'interdit à un Japonais d'origine étrangère d'être élu à la Diète, le parlement national japonais, comme Marutei Tsurunen, Finlandais jusqu'à sa naturalisation, qui est devenu le premier Japonais d'origine étrangère à devenir parlementaire. Ainsi, un Japonais d'origine étrangère pourrait devenir le premier ministre du Japon. Probablement à cause de la difficulté à obtenir la citoyenneté japonaise et à cause des différences culturelles, les Japonais d'origine étrangère représentent un tout petit pourcentage de la population japonaise. À la différence des pays où les personnes qui y naissent sont automatiquement naturalisées, beaucoup de personnes qui naissent puis vivent au Japon de façon permanente, comme les Coréens et les Chinois, gardent leur nationalité d'origine (voir Zainichi).
Histoire et ethnogenèse
Le mythe fondateur shinto thumb|200px|L'empereur Jimmu représenté par Tsukioka Yoshitoshi (1839-1892). Les origines de la civilisation japonaise sont inscrites dans la légende. Le est la date acceptée traditionnellement pour la fondation du Japon par l'Empereur JimmuVoir page 203 in Japan, a modern history, James L. McClain, W.W. Norton & Co., 2002. C'est du moins de cette manière que l'histoire japonaise est relatée dans les premiers écrits datant des , peu après l'adoption du système d'écriture chinois et du bouddhisme. À cette époque, les empereurs luttaient pour le pouvoir.
Afin de légitimer leur place sur le trône, ils ont ordonné la création de collections de poèmes mythologiques expliquant que leur pouvoir provenait d'Amaterasu, la déesse du soleil dont Jimmu Tennō, premier empereur légendaire duquel descendrait la famille impériale actuelle, serait l'arrière-arrière-arrière-petit-filsVoir page 88 in Shinto: the way home, Thomas P. Kasulis, University of Hawaii Press, 2004. Les empereurs furent les dirigeants symboliques, alors que le véritable pouvoir était le plus souvent tenu par les puissants nobles de la Cour, régents, ou shoguns (gouverneurs militaires). Dans la tradition Shintō, l'actuel empereur est toujours considéré comme le empereur du Japon, descendant en ligne directe de Jimmu. Le premier empereur attesté par des sources historiques serait Ōjin, qui régna à la fin du et au début du .
Les débats historiographiques et scientifiques récents thumb|200px|Extension de la calotte glaciaire jusqu'au Japon durant la glaciation de Würm Après la Seconde Guerre mondiale, et jusqu'aux années 1980 et 1990, le débat scientifique au sujet des origines du peuplement actuel du Japon a opposé deux écoles. Tout d'abord, celle de la « continuité » et du « peuple homogène », qui considère que l'archipel fut peuplé à l'époque paléolithique et depuis, n'a plus connu aucun apport ni aucune transformation génétique, malgré des transformations morphologiques au cours des siècles, établissant ainsi une lignée ininterrompue jusqu'à aujourd'hui. Définie par des historiens et anthropologues de la fin des années 1940, tel le président de la Société Anthropologique de Tokyo de l'époque Kotondo Hasebe, cette hypothèse est élevée au rang de modèle dans les années 1950 et 1960 à travers le concept de « changements microévolutionnaires » établi par Hisashi Suzuki, de l'Université de Tokyo, sur la base d'analyses crâniométriques de milliers de squelettes découverts après la fin de la guerre Suzuki H., « Microevolutionary changes in the Japanese population from the prehistoric age to the present day », ed. J. Fac. Sci. Univ. Tokyo, Sec. V3, 1969, p. 279–308.. Cette thèse de l'unicité de la race japonaise fut élaborée dans une certaine mesure comme une critique vis-à-vis de l’« idéologie d’avant-guerre » dont on considérait qu'en se fondant sur le discours des « origines communes » et sur l'idée d'« un seul et unique peuple » asiatique, elle avait légitimé la politique impérialiste annexionniste du Japon en Asie. Elle reste le paradigme de l'ethnogenèse japonaise jusqu'aux années 1970.
Un contre-modèle se développe toutefois dans les communautés scientifiques des anciennes universités coloniales japonaises, notamment celles de Taipei et de Séoul. Celui-ci repose sur les travaux de Takeo Kanaseki qui, après des fouilles menées sur le site de Doigahama dans la préfecture de Yamaguchi à l'extrémité ouest de Honshū, défend au contraire l'idée que le peuple japonais est issu d'un métissage Kanaseki T., Nagai M., Sano H., « Craniological studies of the Yayoi-period ancients, excavated at the Doigahama site, Yamaguchi Prefecture », Jinruigaku Kenkyu, n°7(Suppl.), 1960, p. 1–36.. Cette hypothèse finit par s'affirmer dans les années 1990 et est désormais admise, surtout depuis l'élaboration du « modèle de structure duale » proposé en 1991 à partir de comparaisons d'ossements et de dents par l'anthropologue Kazurō Hanihara Hanihara K., « Dual structure model for the population history of the Japanese », Japan Review, 2, p. 1-33, 1991. Pour ce dernier, les actuels Japonais proviennent de deux origines. Il s'agit tout d'abord des populations originelles de chasseurs-cueilleurs de la période Jōmon, qui ont immigré dans l'archipel japonais au cours du paléolithique à partir de ce qu'il estime être l'Asie du Sud-Est grâce aux ponts de terre existant durant la glaciation de Würm. Kazurō Hanihara présente les Aïnous et les Ryukyuans comme leurs descendants directs, repoussés aux marges par une autre vague de peuplement, cette fois-ci de riziculteurs en provenance de l'Asie nord-orientale (et tout particulièrement l'actuelle Corée), à la période Yayoi. Les habitants de Honshū et en grande partie ceux de Kyūshū et Shikoku puiseraient alors largement leur héritage génétique dans ce peuple Yayoi qui se serait en partie métissé avec les habitants préexistants de l'ère Jōmon. Le débat porte depuis lors sur les origines géographiques réelles de ces deux vagues de peuplement, à l'appui d'études comparatives des coutumes, langues et organisations sociales, relevant de différentes disciplines telles que l'archéologie ou l'anthropologie physique, mais également des apports nouveaux de la génétique.
L'apport de la génétique Ainsi, selon Masatoshi Nei — directeur de l’Institute of Molecular Evolutionary Genetics de l'université d'État de Pennsylvanie depuis 1990 —, en s'appuyant sur des données de distance génétique, il apparaît que l'origine de la première vague de peuplement (celle de Jōmon) se trouverait plus en Asie du Nord-Est qu'en Asie du Sud-Est ; cette vague serait par ailleurs plus ancienne que ce que Hanihara supposait (au-delà de avant le présent)Nei M., in Brenner S., Hanihara K. (dir.), The Origin and Past of Modern Humans as Viewed from DNA, éd. World Scientific, Singapour, 1995, p. 71-91..
vignette|Aïnous portant leurs vêtements traditionnels, Musée aïnou, Shiraoi, Hokkaidō. Plusieurs études menées dans les années 1990 et 2000 — tout particulièrement par Michael F. Hammer, professeur associé de l'Université d'Arizona — ont montré une importante proximité génétique entre les Japonais et plusieurs autres populations asiatiques. Ainsi, dans leurs conclusions publiées en 2005, portant sur un échantillon de plus de issus de 39 populations asiatiques différentes, dont 259 Japonais pris dans six aires géographiques distinctes — dont celles comportant les quelques communautés minoritaires du pays (Okinawa, Kyūshū, Tokushima sur Shikoku, Shizuoka au centre et Aomori au nord d'Honshū et Hokkaidō) —, Hammer et les chercheurs associés affirment que les lignées du chromosome Y passées du continent asiatique à l'archipel japonais continuent à constituer l'essentiel du patrimoine génétique des hommes japonais.