L'amoralisme, antonyme de moralisme, est une doctrine qui considère que la morale est sans fondements, et qu'il faut par conséquent l'ignorer.. Elle complète le point de vue moral, à savoir les notions du bien et du mal, par le neutre ou la logique « indécidable » montrée par Kurt GödelPetite Philosophie à l'usage des non-philosophes, Albert Jacquard, éd. Calmann-Lévy (Livre de poche), 1997, "Aucun système logique ne peut s'expliquer intégralement par lui-même" (Richard Sünder, Avant le Big Bang : le modèle géométrique de la genèse du monde, 2004, , .. Cette doctrine rejette la morale courantedoctrine qui nie la valeur de la morale courante ; elle prône l'ignorance complète d'intentions moralesQui ignore la morale. et la croyance que la théorie de la moralité est immatérielle. Par exemple, la science ou la vie organique sont amoralesG. Durozoi et A. Roussel, Dictionnaire de la philosophie, Édition Nathan, .. Le bien et le mal, le droit et la justice sont des inventions humaines.

Paradoxalement, la dimension « neutre » de l'amoralisme réside dans le refus de porter un jugement sur la nature morale ou immorale d'un fait. L'amoralisme peut être défendu par les partisans de l'immoralisme sceptique ou nihiliste.

Définition Bien que souvent associée à l'immoralisme nihiliste qui est couramment opposé à la moralité, l'amoralisme ne considère pas l'existence de la morale comme plausible.

Cette absence d'éthique signifie souvent le refus des normes sur le Bien et généralement des normes esthétiques sur le BeauChristian Arnsperger et Philippe Van Parijs, Éthique économique et sociale, éditions La Découverte, 2000, .Tractatus logico-philosophicus, Ludwig Wittgenstein (trad. Gilles Gaston Granger), Éditions Gallimard Tel, 1993 , .

Howard Bloom observe que la morale est imposée par la force pour permettre une sélection de groupe ; ce qui distingue les familles d'aristocrates est la plus grande violence dont ont fait preuve leurs ancêtres : la religion, la philosophie, l'art et l'idéologie sont utilisés pour dominer les peuples conquis Le principe de Lucifer : une expédition scientifique dans les forces de l'histoire (1997), Howard Bloom (trad. Aude Flouriot), éd. Le jardin des livres, 2001 , .

Approche philosophique Historiquement, l'amoralisme était déjà présent chez les athéniens parmi les atomistes ainsi que chez AristoteAmoralité et immoralité chez Aristote et Guyau. Une herméneutique du sujet anéthique par Hans EMANE. Marcion fut le premier chrétien à affirmer que Dieu ne pouvait être bon au regard des violences, massacres, maladies et souffrances ; cette force créatrice était seule responsable du mal.

Après Hume, Emmanuel Kant affirme la discontinuité des faits et de la morale. Au début de Fondements de la métaphysique des mœurs, il pose qu'il n'y a rien qui soit absolument bon, si ce n'est une volonté bonne ; mais il ajoute aussitôt que sans doute n'y eut-il jamais rien de tel dans le monde. Car pour être objective, la morale doit être valable pour tous et non que pour celui qui la poseLuc Brisson, L'éthique objectiviste, Sciences et Avenir, mars/avril 2002, .. Max Weber soutient que les jugements de valeur sont antagoniques et que nos idéaux sont conduits à s'affronter « dans le monde en une lutte inexpiable » : il formule l'expression de polythéisme des valeursSylvie Mesure, L'éthique de la discussion, Sciences et Avenir, mars/avril 2002, ..

En 1841, Arthur Schopenhauer publie Fondement de la morale postulant que la pitié est à l'origine de la moraleNietzsche : morale de maître, morale d'esclave, Hors-série du journal Le Point , .. Dans la généalogie de la morale publié en 1887, Nietzsche distingue la morale de maître et d'esclave et conclut qu'il n'y a pas de faits moraux mais seulement une interprétation morale de certains faitsChristian Godin, La philosophie pour les nuls, Editis, 2006, .. Selon Nietzsche, la vie, la nature, l'histoire sont profondément chaotiques, immorales, injustes et violentes ; pour voiler cette réalité, philosophies et religions ont construit un monde meilleur, conforme à nos besoins fondamentaux de « vérité » et de « morale »Michel Puech, La philosophie en clair. 10 classiques sérieusement dépoussiérés, Paris, Ellipses, 1999, .. Daniel Halévy et Gilles Deleuze ont également proposé des valeurs émancipatrices similairesNietzsche : morale de maître, morale d'esclave, Hors-série du journal Le Point , ..

Constatant que la morale a une influence notable sur la conduite de la vie humaine, Max Stirner propose une « théorie éthique » favorable aux intérêts égoïstes de l'individuDeux types d'immoralisme : Ce texte est paru pour la première fois sous forme d'article en 1908 dans la Revue philosophique.. Dans le cadre de l'Université populaire de Caen, Michel Onfray a récemment exposé la morale anomique de Jean-Marie GuyauCours - Lundi 19 janvier 2009 : « Une morale anomique ».

Pour sa part, Pierre Kropotkine a envisagé la possibilité de créer une éthique moderne d'entraide fondée sur les sciences naturelles.

L'amoralisme serait affirmé dans certaines positions éthiques de Staline, 2000, , .

Suivant les travaux de Wittgenstein, Anscombe préconisait d'abandonner l'éthique du devoir au profit de la vertu du châtiment et de substituer l'acte bon à la juste récompenseTractatus logico-philosophicus, Ludwig Wittgenstein (trad. Gilles Gaston Granger), éd. Gallimard Tel, 1993 , .

La dérive « humanitaire » vers une rhétorique moralisante et une hypertrophie du droit est le palliatif de l'incapacité avérée de l'action politiqueLe dépérissement de la politique : généalogie d'un lieu commun, Revault D'Allonnes, Éditions Champs Flammarion, .. Il s'agit d'une critique du libéralisme.

Approche naturaliste Selon la doctrine du naturalisme, la tendance à la réciprocité est ancrée dans la psychologie humaine depuis le paléolithique ; dans un environnement hostile, l'instinct de rendre l'équivalent de ce qu'on reçoit est une loi tacite excluant ceux qui donnent trop peu Comment plaire en 3 minutes en tête à tête, au travail, en groupe (2005) - , Patricia Delahaie, éd. Leduc.s Éditions, 2008 , . Cette règle de réciprocité est la politesse de reconnaître l'autre membre du groupe comme un semblable.

Jean-Marie Guyau constate l'amoralité qui règne dans la natureEncyclopédie Robert, .. Frans de Waal observe que la négation des ressemblances entre les comportements animaux et humains est un héritage du dualisme judéo-chrétien, absent dans le monisme des religions asiatiques. Sigmund Freud explique que la morale d'une communauté religieuse est nulle puisqu'elle reporte l'agressivité à laquelle les membres doivent renoncer entre eux sur des individus extérieurs au groupeLe défi de l'incroyance, André Grjebine, Éditions de la Table ronde, 2003, .. Dans un environnement naturel luxuriant, Darwin observe la survie de l'organisme le plus apte ; mais, dans un environnement ayant des ressources limitées, Kropotkine observe que l'entraide pour combattre un ennemi commun est essentielle.

Approche économique Israel Kirzner affirme que lorsqu'une ressource naturelle n'a fait l'objet d'aucune appropriation, ou si un produit humain est sans héritier ou encore non breveté, le premier qui en revendique la propriété en devient le propriétaire légitimeChristian Arnsperger et Philippe Van Parijs, Éthique économique et sociale, éditions La Découverte, 2000, .. L'amoralisme de la solvabilité signifie que l'économiste est sans opinion morale : il sépare la procédure qui conduit à un jugement moral de celle qui conduit à un jugement économiqueLes fondements de l'analyse économique. De plus, la maximisation du profit à long terme serait contraire à ce que recommande la morale ; en effet, les injonctions de l'éthique des affaires semblent autodestructrices car elles s'écartent significativement du comportement le plus profitableChristian Arnsperger et Philippe Van Parijs, Éthique économique et sociale, éditions La Découverte, 2000, ..

Approche scientifique Auguste Comte prône une fondation scientifique des valeurs : ce scientisme préconise une nouvelle autorité morale qui ne considère que les faits positifs mathématisables par l'expérience. Ainsi, l'ordre social peut déterminer quelles institutions sont rationnellement moralesSylvie Mesure, La fondation scientifique des valeurs, Sciences et Avenir, mars/avril 2002, ..

Certes, la technique est neutre, c'est-à-dire dépourvue de finalité morale. Mais les nouvelles technologies engendrent à terme des formes de sociétés humaines non prévuesLa neutralité de la technique par Gilbert Hottois, Sciences et Avenir (hors série ), mars/avril 2002, .. Jean Bricmont suggère que la matière produit la conscience : le matérialisme est l'élément essentiel d'une vision scientifique du monde qui s'oppose aux croyances de 95 % de l'humanitéJean Bricmont, Les valeurs de la science, Sciences et Avenir (hors série), octobre/novembre 2005, ..

Approche psychopathologique

À la fin du , une perte de capacités morales du fait d'une lésion cérébrale a été mis en évidence avec le cas de Phineas Gage : une lésion du cortex orbitofrontal et de l'amygdale gauche était associée à la survenue d'un comportement psychopathique, sans empathie ni culpabilité.

Un amoralisme par déficit émotionnel se rapproche d'un courant de philosophie morale contemporaine, qui comme chez Judith Jarvis Thomson, considère que les jugements moraux s'appuient en grande partie sur les émotions contrairement à des théories classiques où ils relevaient plutôt d'un effort de la raison. Jonathan Haidt a ainsi proposé quatre familles d'émotions pour rendre compte de l'évaluation rapide, automatique, intuitive de l'aspect moral d'un événement ou du caractère d'une personne : les émotions de condamnation d'autrui (colère, indignation, mépris) ; les émotions autoconscientes négatives (culpabilité, honte, embarras) ou positives (fierté) ; les émotions d'empathie (compassion, sollicitude) et les émotions de louange d'autrui (respect, admiration, gratitude).

En renfort de ces thèses, la neuro-imagerie a mis en évidence l'activation de systèmes associés aux émotions comme le cerveau limbique dans la résolution de dilemmes moraux. Une deuxième condition évoquée est celle de la capacité à inférer les états mentaux d'autrui qui, là aussi, a pu être corrélée à l'activation de circuits cérébraux spécifiques lors de tâches associées au jugement moral.

Notes et références

Articles connexes

Hédonisme Irréligion Darwinisme social Monisme Objectivisme (Ayn Rand) L'Immoraliste Immoralisme Donatien Alphonse François de Sade Apolitisme Nihilisme Naturalisme moral Scepticisme moral Égoïsme Max Stirner Nicolas Machiavel Thrasymaque Calliclès

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