Germain Marie Bernard Nouveau, né le . à Pourrières (Var) où il est mort le , est un poète français.

Biographie

Jeunesse et vie parisienne Germain Nouveau est l'aîné des quatre enfantsIl a trois sœurs : Élisabeth (1854-1857?), Laurence (1855-1905) et Marie (1857-1864). de Félicien Nouveau (1826-1864) et de Marie Augustine Silvy (1832-1858). Il perd sa mère alors qu'il n'a que sept ans et est élevé par son grand-père.

vignette|left|Germain Nouveau par Étienne Carjat (1873 ?). Après une enfance passée à Aix-en-Provence et des études qu'il effectue au petit séminaire, pensant même à embrasser la prêtrise, et après une année d'enseignement au lycée Thiers de Marseille en 1871-1872, Nouveau s'installe à Paris à l'automne 1872. Il publie son premier poème, Sonnet d'été, dans La Renaissance littéraire et artistique, revue d'Émile Blémont et fait connaissance de Mallarmé, de Jean Richepin et les « Vivants » (Ponchon…) qui se réunissent au café Tabourey.

Il fréquente aussi les zutistes, fait la connaissance de Charles Cros avec lequel il collabore à la rédaction des Dixains réalistes qui tournent en dérision les parnassiens. Il découvre dans l'Album zutique les poèmes laissés par Rimbaud et Verlaine, qui ont quitté la capitale depuis .

Rencontres avec Rimbaud et Verlaine Fin 1873, il rencontre Arthur Rimbaud au café Tabourey et, en , tous deux partent ensemble en Angleterre pour s'installer à Londres, au 178 Stamford Street. Germain Nouveau aide Rimbaud à la copie des Illuminations (et peut-être davantage) mais revient seul à Paris en juin de la même année. La relation entre Rimbaud et Germain Nouveau a pu être de nature amoureuse, comme le suggèrent plusieurs biographes.Si Germain Nouveau a pu être « hétérosexuel », il a évoqué un hypothétique penchant pour les hommes dans un poème comme Le Refus. En outre, un rapport du colonel Godchot au procureur Coulon signale : « Nouveau, l'autre pédéraste ; quelle bande ! » (Jean-Jacques Lefrère, Arthur Rimbaud, , ). Ernest Delahaye, l'ami d'enfance de Rimbaud, laisse entendre également à une relation (voir Lefrère, op. cit, p. 658).Le philosophe et historien de la littérature Hans Mayer insiste également sur la nature homosexuelle de la relation Rimbaud / Nouveau (Hans Mayer, Les Marginaux, Femmes, Juifs et homosexuels dans la littérature européenne, 1975, traduction chez Albin Michel, 1994, chapitre « Le scandale : Verlaine et Rimbaud en enfer », ).. Il ne fait pas de doute en effet que Germain Nouveau était homosexuel.

Nouveau voyage également en Belgique : en 1875, à Bruxelles, il reçoit de Verlaine le manuscrit des Illuminations que Rimbaud, croisé à Stuttgart, a adressé à Nouveau afin de le faire publier. Nouveau retourne à Londres où il fait la connaissance de Paul Verlaine avec lequel il restera longtemps ami.

Enseignement et dégradation de son état mental vignette|Très probable portrait photographique de Germain Nouveau, parmi l'équipe pédagogique de l'École alsacienne de Paris en juin 1881.|412x412px En 1878, il entre au ministère de l'Instruction publique, collabore au Gaulois, où il se lie d'amitié avec Camille de Sainte-Croix, et au Figaro, sous le pseudonyme de Jean de Noves, avant de reprendre en 1883 des voyages qui le mèneront notamment à Beyrouth. Entre 1883 et 1884, il enseigne le français et le dessin au collège de la Charité fraternelle à Aramoun (dans la montagne libanaise), fondé par le père Chbat ; ayant séduit la mère d'un collégien, il est renvoyé par la direction ; il rentre alors au pays, rapatrié à sa demande par le consulat de France, et publie ses Sonnets du Liban dans le Chat noir et le Monde moderneAlexandre Najjar, Dictionnaire amoureux du Liban, article , Plon, 2014..

Devenu professeur de dessin au collège Bourgoin dans l'Isère, puis au lycée Janson-de-Sailly, à Paris, il est frappé, en plein cours, d'une crise de folie mystique en 1891. Il doit être interné à l'hôpital Bicêtre d'où il sort après quelques mois d'internement. Il traverse plusieurs crises mystiques proches de l'aliénation et entreprend alors une vie de mendiant et de pèlerin, s'inspirant de saint Benoît Labre. La légende dit que Paul Cézanne lui faisait l'aumône, après la messe, sous le porche de la cathédrale Saint-Sauveur d'Aix-en-Provence.

Mort Après des années d'errance, dont deux pèlerinages à Rome et un à Saint-Jacques de Compostelle, il revient dans son village natal en 1911 et y meurt d'un jeûne trop prolongé entre le Vendredi saint et Pâques 1920. Il est inhumé au cimetière de Pourrières, et sur sa sépulture est inscrite l'épitaphe suivante :

Postérité thumb|Tombe de Germain Nouveau à Pourrières ; à l'arrière-plan, à droite, la montagne Sainte-Victoire. Ses poésies seront essentiellement publiées après sa mort, Nouveau s'y étant opposé de son vivant, allant jusqu'à faire un procès lors de la publication de son recueil Savoir aimer, la première version de Doctrine de l'Amour.

Il eut une grande influence sur les surréalistes et Louis Aragon le considérait

Dans le roman de Léonce de Larmandie, FloréalTome VII de son cycle romanesque La Comédie Mondaine. (1900), Germain Nouveau apparaît sous les traits d'un peintre-poète du nom de Jean Germain, répétiteur dans une famille de banquiers juifs fortunés de Paris, qui s'éprend d'un amour impossible pour Aimée de Chantenay. C'est ce même Léonce de Larmandie qui fera publier, contre la volonté de l'auteur, deux éditions de poèmes sous le pseudonyme d'Humilis : Savoir aimer en 1904 (sous les auspices de la Société des poètes français) et, en 1910Par les soins de la revue La Poétique., Les Poèmes d'Humilis (avec des reproductions de dessins d'Auguste RodinPléiade, Lautréamont – Germain Nouveau (bibliographie, ).).

En , Jean Dytar et Laurent-Frédéric Bollée publient le roman graphique Les Illuminés aux éditions Delcourt, qui retrace l'histoire de la constitution et de la publication du recueil Les Illuminations, liée aux figures d'Arthur Rimbaud, Paul Verlaine et Germain Nouveau.

Liens avec Les Illuminations de Rimbaud

Question de la paternité partagée des Illuminations thumb|Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, Germain Nouveau, Ernest Delahaye. Croquis d'Ernest Delahaye d'après un dessin de Germain Nouveau paru dans La Plume en 1896. Il a pu être avancé que Nouveau aurait contribué à certaines des Illuminations, ou que l'œuvre serait collective., mais cette thèse a été contestée par la plupart des spécialistes de RimbaudAucun spécialiste de Rimbaud n'attribue aujourd'hui les textes des Illuminations à Germain Nouveau, même si celui-ci a pu les recopier ou les mettre au propre. André Guyaux, dans son édition des Œuvres complètes pour la Pléiade, est clair sur ce point (voir Pléiade, 2009, ). Dans sa biographie de référence, Jean-Jacques Lefrère, va dans le même sens (Arthur Rimbaud, Fayard, 2001, ). Yves Bonnefoy dans son Rimbaud (Seuil, 1961, ) attribue les Illuminations exclusivement à Rimbaud, même s'il confirme que Germain Nouveau les a recopiées, de même que, plus récemment, Pierre Brunel, dans son édition des Illuminations (Livre de poche, 1998, ). La thèse de Eddie Breuil dans ce sens en 2014 ne convainc guère davantage, voire est sévèrement critiqué ; cf. par exemple . La découverte future de certains manuscrits aidera sans doute un jour à éclaircir la véritable contribution de Germain Nouveau aux Illuminations.

Cas du poème « Poison perdu » En 1895, Léon Vanier publie les Poésies complètes d'Arthur RimbaudEn réalité le recueil est loin d'être complet, ne contenant que cinq poèmes de l'ensemble connu par la suite sous le nom de Derniers vers ou Vers nouveaux et chansons (d'autres ont pourtant déjà été publiés dans le volume Poésies publié en 1891 : « Âge d'or », « Éternité », « Michel et Christine »), et cinq poèmes en prose des Illuminations (alors qu'une grande partie, soit 35 des 42 textes, a été publiée en 1886). En outre, d'autres poèmes de 1870 / 1871 ont été retrouvés par la suite, comme « Les mains de Marie-Jeanne » ou « Les sœurs de charité ». dans lesquelles il intègre le poème « Poison perdu », mais celui-ci est absent de l'édition du Mercure de France de 1898 car l'attribution à Rimbaud paraît douteuse à Armand Lods. S'il ne figure pas dans la Pléiade « Rimbaud », ni dans la plupart des éditions courantesPoésies Gallimard ; Folio Gallimard ; Bouquins ; Livre de Poche ; GF Flammarion etc. à la suite de polémiques engagée par André Breton dans les années 1920 et son attribution — entre autres — à Germain Nouveau, la critique du penche désormais pour une paternité rimbaldienne, suivant notamment les témoignages d'Ernest Raynaud, Jean-Louis Forain ou encore Raoul Ponchon, ce dernier attribuant le poème — jugé médiocre — à Rimbaud et non à Germain Nouveau qu'il connaissait pourtant bienPour une vue complète sur les attributions successives du sonnet et la polémique des années 1920, cf. .

Œuvres Œuvres poétiques Sa production essentielle n'a été publiée qu'après sa mort. Les éditeurs la divisent en :

Éditions thumb|Illustration par Rodin d'un chapitre des Poèmes d'Humilis. G.-N. Humilis, Savoir Aimer, publié par les amis de l'auteur, sous les auspices de la Société des poètes français, Paris, 1904 Les Poèmes d'Humilis, enrichis de quatre compositions inédites d'Auguste Rodin, , Paris, 1910 Ave Maris Stella, Aix, Librairie des Quatre Dauphins, 1912 Valentines et autres vers, préface de Ernest Delahaye, Paris, Albert Messein, éditeur, 1922 Poésies d'Humilis et vers inédits, préface de Ernest Delahaye, Paris, Albert Messein, éditeur, 1924 Le Maron travesti ou la quatrième églogue de Virgile mise en vers burlesques par Monsieur La Guerrière, Paris, Messein, MCMIII (1935 ou 1936) Le Calepin du mendiant précédé d'autres poèmes (vers inédits), introduction, biographie et notes par Jules Mouquet, beaux textes, textes rares, textes inédits, Genève, Pierre Cailler éditeur, 1949 Œuvres poétiques, édition de Jacques Brenner et Jules Mouquet, Gallimard, 2 vol., 1953-1955 Sonnets du Liban, Zurich, Handpresse am Predigerplatz, 1956 La Doctrine de l'amour, Paris, Les bibliophiles franco-suisses (pour la société Le Livre contemporain), 1966, eaux-fortes d'Henri Landier Œuvres complètes, jointes à celles de Lautréamont, édition de Pierre-Olivier Walzer, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1970 En 2009, à l'occasion de la réédition du recueil consacré à Lautréamont, Germain Nouveau a été retiré de la Pléiade ; voir : . La Doctrine de l'amour, Valentines, Dixains réalistes, Sonnets du Liban, édition de Louis Forestier, Poésie/Gallimard, 1981 L'Amour de l'amour, choix et présentation de Jacques Brenner, Éditions Orphée/Éditions de la Différence, 1992 Germain Nouveau, quelques premiers vers, édition de la Société de Découragement de l'Escrime, Bruxelles-Liège, 2009 Germain Nouveau, Saber amar, edición y traducción Pedro J. Vizoso, arKadia, 2015 Germain Nouveau, Tout fait l'amour, anthologie poétique, préface de Jacques Lovichi, Peigneurs de comètes, , 2015 Germain Nouveau, Proses et Vers, , éditions Marguerite Waknine, 2017

Noms de plume Noms de plumeExtrait de Lautréamont – Germain Nouveau (documents, ). :

Nom de plume douteux G.-N. Humilis : utilisé par Larmandie pour la publication de Savoir aimer mais il n'est pas prouvé que Nouveau lui-même en ait fait usage.

Hommages La commune de Pourrières lui rend hommage en baptisant une de ses rues « rue Germain-Nouveau » et une autre « rue Humilis » (angle de sa dernière demeure).

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Albert Lopez, La Vie étrange d'Humilis (Germain Nouveau), Bruges, éditions Ch. Beyaert, s. d., 1928 Léon Vérane, Humilis, poète errant, Paris, Bernard Grasset, 1929 Louis Forestier, Germain Nouveau, Seghers, , 172 p., Paris, 1971 Michael Pakenham, Germain Nouveau, Pages complémentaires, University of Exeter, 1983