vignette|300px|Le Christ lavant les pieds de l'apôtre Pierre, vitrail de la cathédrale Notre-Dame de Chartres. Le lavement des pieds, appelé aussi podonipsie en grec (de / (« pied ») et / (« laver »)) ou pedilavium en latin (de (« pied ») et (« laver »)), est un acte rituel accompli en mémoire du lavement des pieds des apôtres par Jésus-Christ la veille de sa Passion, avant la Cène, dont le récit se trouve dans l’Évangile selon Jean, 13:1-20.
Ce rituel a lieu le Jeudi saint depuis les temps de l'Église primitive et sa tradition s'est perpétuée dans le christianisme (sauf dans certaines confessions protestantes). Au Moyen Âge, cette cérémonie était appelée mandatum ou mandé.
Fondements scripturaires Premier Testament Cette coutume est mentionnée à plusieurs endroits dans le Premier Testament, notamment en Genèse 18:4 ; 19:2; 24 :32 ; 43:24 ; 1 Samuel 25:41. Dans la Genèse, Abraham organise le lavement des pieds des anges cachés sous la figure de voyageurs et Joseph celui de ses frères lors de leur réconciliation en Égypte. L'usage de laver les pieds est une marque d'honneur du chef de famille envers ses invités.
Nouveau Testament thumb|Le lavement des pieds, Rembrandt, Rijksmuseum, Amsterdam. Le lavement des pieds comme acte honorifique est mentionné dans la Première épître à Timothée (5:10) : « Une veuve, pour être inscrite sur le rôle, doit être âgée de soixante ans au moins, avoir été mariée une seule fois, être réputée pour ses bonnes œuvres, comme ayant élevé des enfants, exercé l'hospitalité, lavé les pieds des saints, assisté les malheureux, pratiqué toute bonne œuvre. »
C'est aussi le geste de l'onction à Béthanie.
Histoire du christianisme Origène Origène, cité par Thomas d'Aquin : « Je regarde comme impossible que les extrémités de l'âme et ses parties inférieures ne contractent pas de souillures, quelle que soit la réputation de vertu et de perfection dont on jouisse aux yeux des hommes. Il en est même beaucoup qui, après leur baptême, sont couverts des pieds jusqu'à la tête de la poussière de leurs crimes ; mais ceux qui sont ses véritables disciples n'ont d'autre besoin que d'avoir les pieds lavés ».
Jean Chrysostome thumb|Psautier de Théodore, psaume 50, British Museum, Monastère du Stoudion de Constantinople. Les chrétiens vivant encore à une époque où se pratiquait l'esclavage, n'ont pas manqué de souligner le paradoxe né de la différence des conditions sociales, d'un Dieu devenant esclave, et le renversement des valeurs opéré par le Christ :
Macaire l'Ancien Macaire de Scété, dans ses Homélies spirituelles, établit une relation étroite entre la signification du lavement des pieds et l’eucharistie : on ne peut les concevoir l’un sans l’autre et ce sont symboles différents d’une même réalité.
Augustin thumb| Enclos paroissial de Guimiliau-Saint Miliau. Augustin établit le lien entre le lavement des pieds et la confession qui lave les souillures de la conscience chez les chrétiens : « mais si nous confessons nos péchés, celui qui a lavé les pieds de ses disciples nous remet nos péchés, et purifie jusqu'à nos pieds, par lesquels nous sommes en contact avec la terre ».
Bernard de Clairvaux Bernard de Clairvaux identifie le lavement des pieds à un des principaux signes que le Christ nous laisse avant sa Passion. Il en parle comme d'un sacrement, au sens antique d'un "secret sacré".
Traditions dans les Églises chrétiennes Premiers siècles Tertullien (145-220) mentionne la pratique dans son De Corona, mais ne donne aucun détail sur qui il pratiquait. Là où l'ablution était faite par l'évêque lui-même, d'abord dans le canthare puis un peu plus tard dans de l'eau chaude. C'est le jeudi saint que se pratiquait cette cérémonie. Après l'ablution, l'évêque baisait les pieds et, en certains lieux, posait, à trois reprises, par humilité, les talons du catéchumène sur sa tête. Athanase d'Alexandrie la présente comme étant d'une obligation rigoureuse ! « Ne néglige pas de laver les pieds de ceux qui viennent à toi car les évêques eux-mêmes seront repris pour la violation de ce précepte, s'ils s'en rendent coupables. » L'ablution des pieds, en certains lieux, faisait partie des rites du baptême. Augustin écrit que certains ne préfèrent pas faire le lavement des pieds à Pâques, de peur qu'il soit confondu avec le baptême.. Ambroise de Milan affirme que cette cérémonie avait lieu à Milan, qu'elle était fort ancienne, et, que si elle ne se pratiquait pas à Rome, c'était probablement à raison de la multitude de ceux qui se présentaient au baptême. Elle était aussi en vigueur en Espagne. ainsi que l'atteste le quarante-huitième canon du concile d'Elvire, tenu avant Constantin.
Le lavement des pieds devint une tradition en Europe et en Orient, une cérémonie rituelle pratiquée le jeudi saint, avant la Cène, durant le Triduum pascal. Elle avait une grande importance, à tel point qu'elle était considéré comme un sacrement par l'Église catholique.
Moyen Âge thumb|Le Lavement des pieds, Duccio di Buoninsegna. Le pedilavium fut pratiqué à partir du par les moines irlandais. On trouve mention de cette coutume dans les vies de Cuthbert à Lindisfarne, Brigitte de Kildare, Columba, et Colombcille à Iona, Cairan de SagirLire les récits correspondants dans : The Celtic Church in Britain par Leslie Hardinge page 113-118. Dans le Missel de Stowe il précède la communion.
Brendan de Clonfert, dans la Navigatio, cérémonie mentionnée après le bain et le changement des vêtements des voyageurs : « Ils firent la cène et le lavement de pieds (mandèt) comme les Écritures le recommandent. »
Cette coutume se répandit dans les abbayes où le lavement des pieds des hôtes est prescrit par la Règle de saint Benoît. On distinguait le Mandatum pauperum c'est-à-dire l'accueil des pauvres (rapporté dans la vie des saints évêques de Worcester, Oswald () et Wulfstan (), par Malmesbury et Eadmer) et le Mandatum FratrumLe pauvre, le Christ et le moine : le sens du mandatum à travers les coutumiers clunisiens du . : La Règle des Chartreux commande aussi aux frères de se laver les pieds les uns aux autres. À Royaumont, chaque samedi soir, les deux religieux de l'office de la cuisine lavaient les pieds des autres moines : « selon la coutume de l'Ordre de Cîteaux, certains moines en chacune abbaye de cet ordre, tantôt les uns, tantôt les autres, l'abbé et la communauté assemblés au cloître, doivent laver les pieds des autres moines, se faisant le mandé, chaque jour de samedi après Vêpres, quelle que soit la solennité du jour » (Saint Pathus). Saint Louis demanda un jour de faire aussi ce geste, ce qui lui fut refusé Royaumont : La_ceremonie du mandatum.
Les pauvres et les lépreux étaient accueillis le jeudi saint dans les aumôneries et les cloîtres des monastères : à Saint Ruf, le samedi précédant le dimanche des Rameaux les pauvres étaient invités pendant l'office de sexte) entrer dans le cloître : chaque moine accueillait ensuite deux pauvres symbolisant ses parents, il leur lavait les pieds et les conduisait ensuite au réfectoire.. Tous les samedis, avant la lecture de complies, on fait aux cloîtres la cérémonie du Mandatum ou lavement des pieds : on le sonne quelque temps avant l'heure de cette lecture, suivant le nombre des religieux ; et alors elle ne se sonne pas. — Les serviteurs préparent les vases, les linges et l'eau nécessaires. On peut y mettre des herbes odoriférantes, si l'on en a . — On se place dans le même ordre que pour la lecture de complies . — Le premier supérieur, ou, en son absence, le chantre impose, debout comme la communauté, l'antienne Postquàm surrexit. — On ne lave qu'un pied. En ôtant et en mettant le chausson, on tient les mains sous la coule, et on évite de laisser apercevoir son pied : celui à qui on l'a lavé aide le serviteur à se relever et le salue ensuite. Ceux qui arrivent au Mandatum, après l'imposition de la première antienne, font une satisfaction à leur place
Les souverains, empereurs, rois, reines, papes, évêques de tous pays, ont par la suite, pratiqué le lavement de pieds du Jeudi saint depuis le Moyen Âge, sous le nom de Mandé royal.
À Rome
thumb|Cérémonie catholique de lavement des pieds à la Basilique-cathédrale de l'Immaculée-Conception de Manille, aux Philippines. Cette cérémonie du lavement des pieds est toujours pratiquée à Rome, au Vatican, et dans toutes les cathédrales, paroisses et monastères catholiques, le Jeudi saint.
L'accent est mis sur l'abaissement de Dieu, non plus autant sur la charité en actes envers les pauvres et les mendiants (mandé royal), mais pourtant le thème de l'abaissement de Dieu vers la misère des hommes en détresse est toujours présent : « Pour participer au mystère du Christ, il faut accepter son abaissement et rentrer avec lui dans cet abaissement infini. Ce qui caractérise le mystère de Dieu, cette condescendance, c’est cette descente vers l’extrême de la misère et de la détresse. » (Marie-Joseph Le Guillou) Puis, sur le lien entre sacrement de l'Eucharistie et la Parole mystérieuse de Jésus à Pierre. « Le lavement des pieds n’est que le symbole, du signe de ce qu’est la vie du Christ remise totalement au mystère du Père. C’est toute sa vie qui est livrée ici. Le lavement des pieds et l’Eucharistie sont liés d’un lien intime, d’un lien total, structurel. Cela touche au plus profond du mystère de Dieu. C’est le mystère du don dans l’amour. Nous ne pouvons découvrir Dieu que dans l’Eucharistie et dans sa Parole. Les deux sont donnés en même temps » (Marie-Joseph Le Guillou)
Le , dans la crypte de la cathédrale de Sydney, au cours d'une rencontre interreligieuse, le pape Benoît XVI établit le lien entre unité de l'Église, lavement des pieds et communion : « Même si des obstacles sont encore à surmonter, nous pouvons être sûrs qu’un jour une eucharistie commune ne fera que renforcer notre volonté de nous aimer et de nous servir les uns les autres, à l’exemple de notre Seigneur. Le commandement de Jésus : « Faites cela en mémoire de moi » (Lc 22, 19) est, en effet, fondamentalement lié à son admonition : « Lavez-vous les pieds les uns les autres » (Jn 13,14). »Source : Vatican.
Christianisme oriental
thumb|left| Icône du Lavement des pieds , Pskov.
L'Église orthodoxe et les Églises catholiques orientales pratiquent le rituel de laver des pieds le « grand jeudi » (Jeudi saint). Le service peut être effectué par un évêque qui lave les pieds des douze prêtres ; ou par un higoumène qui lave les pieds de douze membres de la fraternité de son monastère. La cérémonie a lieu à la fin de la Divine Liturgie.
Après la sainte communion et avant le renvoi, les frères vont tous en procession vers le lieu où le lavement des pieds doit avoir lieu (il peut être dans le centre de la nef, dans le narthex, ou un emplacement à l'extérieur). Après un psaume et certains tropaires (hymnes) est récitée une ektenia (litanie), et l'évêque ou l'abbé lit une prière. Le diacre lit ensuite le texte dans l'Évangile de Jean, tandis que le clergé effectue les rôles du Christ et ses apôtres que chaque action est scandée par le diacre. Le diacre s'arrête lorsque le dialogue entre Jésus et Pierre commence. Le membre du clergé le plus âgé parmi ceux dont les pieds vont être lavés dit les mots de Pierre, et l'évêque ou l'abbé dit les paroles de Jésus. Puis l'évêque ou l'abbé lui-même conclut la lecture de l'Évangile, après laquelle il dit une autre prière, suivie d'une procession et d'un retour à l'Église avant le renvoi final.
Les orthodoxes chantent la Ode du Canon du Jeudi Saint et la stichère Idiomela(Samoglasen) dans laquelle le lavement des pieds par le Seigneur est évoquée...
Le , Cyrille, patriarche de Moscou et de toutes les Russies, rétablit le lavement des pieds dans la partie de l'orthodoxie placée sous son autorité, où il avait été abandonné depuis plusieurs décennies...