vignette|Les membres de l'expédition à Calcutta en 1938 : de gauche à droite : Wienert, Schäfer, Beger, Ernst Krause, Geer. vignette|Ernst Schäfer, sur le glacier de Zemu, au Sikkim (1938). vignette|Edmund Geer au campement du lac Gayamtsona, Tsomo Dramling, un lac du Sikkim (1938).
L'expédition allemande au Tibet de 1938-1939, en allemand Deutschen Tibet-Expedition Ernst Schäfer (l'« expédition allemande au Tibet Ernst Schäfer ») est la première expédition allemande officielle à pénétrer au Tibet et atteindre Lhassa ... Dirigée par le scientifique Ernst Schäfer, elle est placée sous le patronage du Reichsführer-SS Heinrich Himmler et l'égide nominale de l'Institut d'anthropologie raciale Ahnenerbe .. Elle se déroule de à . Elle est composée, outre de Schäfer, de Edmund Geer (chef d'expédition et technicien), Ernst Krause (entomologiste, photographe et preneur de vues), Karl Wienert (géophysicien) et Bruno Beger (anthropologue et ethnologue) . ..
Après avoir gagné l'Inde britannique puis le Sikkim, l'expédition franchit la frontière tibéto-indienne en , arriva à Lhassa le et y resta deux mois. Ils furent accueillis à l'extérieur de Lhassa par Chang Wei-pei, ancien opérateur radio, promu chef de la Mission chinoise à Lhassa Alastair Lamb, Tibet, China & India, 1914-1950: a history of imperial diplomacy, 1989 : . et faisant fonction de représentant de la République de Chine Hsiao-Ting Lin, Tibet And Nationalist China's Frontier: Intrigues And Ethnopolitics, 1928-49, : . .. Les membres établirent de bons rapports avec les élites tibétaines, dont le régent et Réting Rinpoché, Jamphel Yeshe Gyaltsen .. Ils recueillirent quantité de plantes et d'animaux et firent des mesures géomagnétiques et des observations ethnologiques et anthropologiques.
L'intérêt scientifique réel de cette expédition est controversé du fait des objectifs géostratégiques et racistes du Troisième Reich.
Désignations de l'expédition vignette|Karl Wienert manipulant son photogrammètre à Pennam (1938). Pendant la préparation de l'expédition, Ernst Schäfer choisit comme désignation « Expédition Schaefer 1938/1939 » sur son en-tête de papier à lettres et pour ses demandes de subventions auprès d'hommes d'affaires... Cependant, sur l'ordre de l'Ahnenerbe, cette désignation fut changée en « Expédition allemande Ernst Schäfer au Tibet » (en grandes lettres), « sous le patronage du Reichsführer-SS Himmler et en rapport avec l'Ahnenerbe » (en petites lettres) .Detlev Rose : , revue Deutschland in Geschichte und Gegenwart, , 2006.Cette dénomination est aussi notamment utilisée par l’Institut de tibétologie Namgyal, Historic photographs of Sikkim ‘Who is behind the camera?’.. L'écrivain et réalisateur de télévision britannique Christopher Hale rapporte que Schäfer prit grand soin de retirer la ligne en petites lettres lorsqu'il arriva à Gangtok en Inde britannique. Si « cela a fait dire à certains historiens allemands que Schäfer était indépendant de la SS et qu'il avait été en mesure de faire de la « science pure » », Hale affirme que « ce n'est pas le cas » : « Himmler demeurait le parrain de l'expédition et Schäfer n'avait manifestement aucun intérêt à perdre son soutien » .. « Expédition allemande au Tibet Ernst Schäfer » est le sous-titre choisi par Schäfer lui-même dans son livre de 1943, Geheimnis Tibet.
La dénomination SS-Tibet-Expedition (« expédition SS au Tibet ») est employée par Ernst Schäfer lui-même dans la revue Atlantis., dans la revue SS Das Schwarze Korps (« Le Corps noir ») et autres périodiques nazis (afin d'en faire connaître les buts et le rôle dans les visées de conquête mondiale du national-socialisme) in .. Elle se retrouve également dans des journaux allemands c'est-à-dire « l'expédition SS au Tibet officielle qu'évoque la presse ». . et dans une revue scientifique de l'époque Konrad von Rauch, Die Erste Deutsche SS-Tibet-Expedition (La première expédition allemande SS au Tibet), in Der Biologe 8, 1939, .. Detlev Rose note qu'une dénomination courante de l'expédition dans les journaux allemands de l'époque était SS-Tibet-Expedition, mais il met en question la validité de cette dénominationDetlev Rose : , revue Deutschland in Geschichte und Gegenwart, , 2006.. À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, cet intitulé est celui repris par le renseignement militaire américain en Europe en in ., puis par les archivistes du fonds Heinrich Himmler à la Hoover Institution . Le contenu de ce fonds est indiqué sur le site Online Archive of California (OAC).. Il est employé aussi par Mechtild Rössler, un docteur en géographie, dans un livre sur la science dans le Troisième Reich (2001), Mechtild Rössler, Geography and Area Planning under National Socialism, in Margit Szöllösi-Janze (ed.), Science in the Third Reich, Oxford and New York: Berg Publishers, 2001, 289 p., , ., ou par l'écrivain Peter Levenda (2002) ..
Origines de l’expédition vignette|Ernst Krause tenant un piège à abeilles à Pennam (1938). vignette|Bruno Beger faisant office de dentiste à Lachen au Sikkim (1938). Selon Detlev Rose, le Reichsfuehrer-SS Himmler tenta de profiter de la réputation d'Ernst Schäfer pour la propagande nazie et s’enquit de ses projets d'avenir. Ernst Schäfer lui répondit qu’il voulait mener une autre expédition au Tibet. Il aurait souhaité placer son expédition sous le patronage du département culturel des affaires étrangères ou sous celui de la Deutsche Forschungsgemeinschaft (« Communauté scientifique allemande ») comme l’indiquent ses démarchesDetlev Rose, ..
Selon la tibétologue Isrun Engelhardt, de l'université de Bonn, Himmler était fasciné par le mysticisme asiatique et souhaitait qu'une telle expédition s'effectue sous les auspices de l’Ahnenerbe (la société SS « Héritage des Ancêtres »)L'institut de recherches anthropologiques et archéologiques créé par Heinrich Himmler, Herman Wirth et Walther Darré le et qui devait être intégré à l'organisation des SS en janvier 1939., et que Schäfer développe une recherche fondée sur la théorie pseudo-scientifique de Hans Hörbiger, « la cosmogonie glaciaire », promue par l'Ahnenerbe. Schäfer avait des objectifs scientifiques, il refusa donc d’incorporer à son équipe Edmund Kiss, un adepte de cette théorie, et exigea que douze conditions soient réunies pour obtenir une liberté scientifique. En conséquence, Wolfram Sievers de l'Ahnenerbe critiqua les objectifs de l'expédition, si bien que l'Ahnenerbe ne le subventionna pas. Himmler accepta que l'expédition s’organise à la condition que tous ses membres deviennent des SS. Pour réaliser son expédition, Schäfer dut accepter des compromis ..
Pourtant, dans une conférence qu'il donna devant les alpinistes de l'Himalayan Club britannique en 1938, Schäfer décrit ses rapports avec Himmler en termes élogieux bien que, selon Christopher Hale, ce genre d'auditoire ne fût guère de ceux devant lesquels vanter sa loyauté à Himmler : ..
Selon Alexander Berzin, l'expédition répond à l'invitation officielle du gouvernement tibétain qui, alors qu'il renoue avec le Japon, souhaite tenir la balance égale entre les Britanniques et les Chinois d'une part et les Japonais et les Allemands d'autre part Alexander Berzin, The Nazi Connection with Shambhala and Tibet, The Berzin Archives, The Buddhist Archives of Dr. Alexander Berzin, mai 2003 : ..
Financement Ernst Schäfer avait besoin du soutien de Himmler pour obtenir des devises étrangères, ce qui était très difficile durant la période du nazisme.. Selon Christopher Hale, les coffres de la SS étaient vides .. Selon Isrun Engelhardt, Ernst Schäfer dut rechercher lui-même les financements, 80 % venaient du Werberat der deutschen Wirtschaft () ainsi que de grandes entreprises allemandes, Deutsche Forschungsgemeinschaft (le Conseil de la recherche du Reich) et Brooke Dolan II. Le cercle des amis de Himmler subventionna uniquement le vol de retour en Allemagne ..
L'expédition fut financée, d'après un rapport du renseignement militaire américain en Europe daté de 1946, par divers contributeurs publics et privésUne liste en est fournie dans le rapport du renseignement militaire américain en Europe daté de 1946 : in . : Werberat der Deutschen Wirtschaft (Conseil de la propagande pour l'économie allemande) : ; I.G. Farbenindustrie (par l'entremise de Filchner, explorateur du Tibet) : ; Illustrierter and Voelkischer Beobachter (Éditions Eher, qui revendiquèrent par la suite le parrainage de l'expédition) : ; Reichsforschungsdienst (Services de recherche du Reich) : Deutsche Forschungsgesellschaft (société de recherche allemande) : Hecker, chef de Ilseder Huette : Phoenix Rubber Works, à Harburg (usine du père de Schäfer) : Academy of Natural Sciences, à Philadelphie : Sommes diverses provenant de petites sociétés ou d'associations.
Bien que l'intitulé de l'expédition indique qu'elle était en relation avec l'Ahnenerbe, cette dernière, selon Isrun Engelhardt, n'a pas subventionné l'expédition, ce que Christopher Hale confirme, ajoutant que le financement provenait néanmoins d'organismes entretenant des liens très étroits avec l'État nazi comme le Werberat der Deutschen Wirtschaft, qui faisait partie du ministère de la propagande de Goebbels, et le Voelkischer Beobachter, qui était le journal officiel des nazis ..
Enfin, les devises sans lesquelles l'expédition n'aurait pas été possible, furent mises à la disposition des explorateurs par Göring à la demande de HimmlerDetlev Rose, : ..
Déroulement Membres vignette|gauche|Ernst Schäfer avec Tashi Namgyal, le Maharajah du Sikkim, et son secrétaire, Tashi Dadul. vignette|École d'une mission à Lachen, une missionnaire finlandaise avec son assistante et un pasteur aborigène. Selon Kathy Brewis, elle était composée de cinq membres (outre Schäfer, déjà promu Obersturmführer (lieutenant), quatre Untersturmführer (sous-lieutenants) SS : Edmund Geer, le chef d'expédition et technicien ; Ernst Krause, un entomologiste, également photographe et preneur de vues cinématographique de l'expédition ; Karl Wienert, un géophysicien ; Bruno Beger, un anthropologue et éthnologue. : .. Krause et Wienert n'étaient pas membres de la SS au départ, mais ils furent nommés d'office in ..
Préparatifs Les préparatifs de l'expédition s'échelonnèrent de janvier à in ..
Schäfer, qui avait opté de gagner le « pays interdit » depuis l'Inde britannique et le Sikkim Dr. Bruno Beger, The Status of Independence of Tibet in 1938/39 according to the travel reports (memoirs), publié sur le site du gouvernement tibétain en exil Tibet.com en 1996; ., se rendit à Londres pour obtenir des lettres de recommandation de la part de diverses personnalités : sir Francis Sykes, sir John Anderson, Lord Zetland, J. E. Pryde-Hughes, sir Francis Younghusband, Lord Astor (chef de proue du Cliveden Set, une coterie aristocratique germanophile), Frank Wallace, Saunolt Kaulback in ..
Départ Partie le , l'expédition s’embarque à Gênes pour arriver à Colombo puis à Calcutta le . La presse allemande saisit alors l'occasion pour rompre le secret, jusque-là bien gardé, sur l'expédition SS. Apprenant le patronage de la SS, la presse anglo-indienne fait paraître des articles hostiles à l'expédition. Schäfer obtient cependant le soutien du ministre des Affaires étrangères, sir Aubrey Metcaffe et du vice-roi, Lord Linlithgow in ., et la permission d'adresser au gouvernement de Lhassa une demande pour entrer au Tibet Dr. Bruno Beger, The Status of Independence of Tibet in 1938/39 according to the travel reports (memoirs), op. cit. : ..
Schäfer reçoit un télégramme du consul général de Calcutta, l'informant que le gouvernement tibétain refuse à l'expédition l'autorisation d'entrée au Tibet.
Séjour au Sikkim vignette|Jeune garçon tibétain tenant un grand hibou mort à Gangtok (1938). vignette|gauche|Peaux de Jharal au séchage. vignette|Le régent du Tibet Jamphel Yeshe Gyaltsen posant sa main sur la tête de l'anthropologue Bruno Beger à Lhassa en 1939.