L'histoire sur le territoire de la future Picardie, crée à la fin du , remonte au Paléolithique, époque où les hommes de la Préhistoire s'installèrent sur les terrasses alluviales de la vallée de la Somme. Elle se poursuivit au Néolithique, époque où l'on se sédentarisa et cultiva la terre. À l'âge du fer (La Tène), les Celtes vinrent s'installer dans cette région puis ce fut la conquête romaine et l'entrée de ce territoire dans l'histoire écrite. Avec les invasions barbares du , une nouvelle période commença, le Moyen Âge, mais ce n'est qu'à la fin du que le mot « Picard » apparut pour la première fois dans un texte : Guillaume le Picard mourut au cours de la première croisade, en 1098.. « Picard » désigna des hommes avant de désigner un territoire. Au , il y avait une « nation picarde » à l'université de Paris.
La Picardie n'est reconnue par le biais d'une entité officielle qu'à la fin du Moyen Âge (fin du ), lorsqu'elle devint la marche frontière entre les Pays-Bas bourguignons et le royaume de France. Un gouvernement général militaire de Picardie fut alors créé, qui disparut à la Révolution française, ces gouvernements militaires laissant place aux départements. Ce n'est que dans les années 1960 que la Picardie redevint une entité administrative à travers un territoire plus adéquat avec les descriptions que l'on peut trouver de cette province (Hesseln, Nolin ou Michelet), le gouvernement militaire de Picardie, dont les frontières avaient varié de nombreuses fois, étant devenu, en 1789, bien plus maigre que ne l'est la province de Picardie proprement dite.
Terre d'invasion et de passage, la Picardie a une histoire qui fut souvent tragique, indissociable de celle de la France. Comme l'écrivit Jules Michelet : , « Tableau de la France », Histoire de France, livre III, Paris, 1833.
vignette|Cathédrale Notre-Dame d'Amiens. vignette|Hôtel de ville de Saint-Quentin. vignette|Tapisserie de Beauvais, La Danse chinoise, carton de François Boucher. vignette|Le Familistère de Guise vignette|Premiers Tank britannique Mark 1 engagés pendant la bataille de la Somme, le
De quelle Picardie parle-t-on ? Le nom peut désigner : En premier lieu, le bassin de la Somme : Ponthieu, Vimeu, Amiénois, Santerre et Vermandois à l'exclusion du Noyonnais, c'est-à-dire les « villes de la Somme », soit l'actuel département de la Somme. Les positions picardes avancées aux frontières du royaume de France sont au : Montdidier, Roye, Ham et Saint-Quentin, laissant le bassin de l'Oise et ses pays frontaliers : Beauvaisis, Noyonnais et la Thiérache en dehors de la Picardie historique. Une province, une généralité (généralité d'Amiens et un gouvernement militaire de la France d'Ancien Régime, circonscription administrative réunissant un temps tout ou partie des territoires suivant : Calaisis ou Pays reconquis, Boulonnais, Pays de Montreuil, Marquenterre, Ponthieu, Vimeu, Amiénois, Santerre, Vermandois, Thiérache, Noyonnais pour partie. Cet ensemble territorial a pris corps avec la réunion à la couronne de France de l'héritage bourguignon en 1477 à la mort de Charles le Téméraire, dernier duc de Bourgogne. Territoire auquel au on rattacha Calais et ses environs reconquis sur l'Angleterre. Ces territoires formèrent une entité appelée gouvernement de Picardie. Sa capitale était Amiens. Ce gouvernement de Picardie disparut à la Révolution française avec la création des départements. vignette|centre|400px|La province de Picardie en 1789.
vignette|centre|400px|Le gouvernement de Picardie en 1789.
En second lieu, une des ex vingt-deux régions administratives de la France métropolitaine réunissant les trois départements de la Somme, de l'Oise et de l'Aisne de 1964 au et dont la capitale régionale fut Amiens.
vignette|centre|La région Picardie en 2014 En troisième lieu, une région culturelle et linguistique, distincte de la Picardie administrative, qui s'étend d'Amiens jusque Calais et Tournai (Hainaut Belge) dans laquelle on parle le Picard.
centré|vignette|Carte des langues régionales en France, Langue d'Oïl (zone verte). Cet article combine, autant que faire se peut, l'histoire de ces deux premières entités (le bassin de la Somme et l'ex-province administrative) depuis l’apparition des premières industries lithiques bien que depuis 2016 il convient d'utiliser le nom de la nouvelle région Hauts-de-France afin notamment d'éviter désormais toute confusion avec la Picardie historique d'avant 1789.
Préhistoire Paléolithique C'est à Boucher de Perthes, qui dans son ouvrage paru en 1847, Antiquités celtiques et antédiluviennes que l'on doit la naissance d'une discipline nouvelle, la préhistoire. Les fouilles archéologiques entreprises au sur les terrasses alluviales et les tourbières de la vallée de la Somme ont permis de mettre au jour dans les dépôts de limon, sables et graviers des ossements d'animaux disparus (éléphants, rhinocéros...) et des silex taillés par l'homme datant de . Une régression marine liée à une période de glaciation, a laissé trace d'une station préhistorique sous-marine au large de la falaise d'Ault. La présence de l'homme est également attestée dans les vallées de l'Oise et de l'AisneRobert Fossier (sous la direction de), Histoire de la Picardie, Toulouse, Éditions Privat, 1974.
120px|vignette|left|Biface en silex de Saint-Acheul
Albert Gaudry, Gabriel de Mortillet et Victor Commont comptent parmi les principaux préhistoriens ayant étudié le gisement préhistorique de Saint-Acheul à Amiens. Gabriel de Mortillet donna le nom d'Acheuléen à la civilisation du Paléolithique ancien caractérisée par les silex taillés identiques à ceux trouvés dans le quartier Saint-Acheul. Des gisements acheuléens ont été retrouvés près de la Ferme de Grâce près de Montières (quartier d'Amiens), dans plusieurs sites de la vallées de la Somme et de ses affluents ainsi que sur les plateaux limoneux des départements de l'Oise et de la Somme. On retrouve cette civilisation en Europe et en Asie. L'abbé Henri Breuil donna le nom d'Abbevilien aux plus anciens silex taillés grossièrement trouvés à Abbeville.
La présence d'hommes Homo heidelbergensis vraisemblablement, il y a 450 à , est attestée dans la Somme grâce à des fouilles archéologiques réalisées à Abbeville, Amiens (Jardin archéologique de Saint-Acheul) et à Cagny, village voisin.
Au Paléolithique moyen, entre et , l'Homme de Néandertal s'installa dans la région y apportant la civilisation dite du Moustérien. On a retrouvé des sites levaloisiens dans l'Oise (Cantigny et Bracheux), dans la Somme à Ault, Rollot et Villers-Bocage.
Vers , l'Homo sapiens arriva au Paléolithique supérieur. On a retrouvé des sites d'occupation humaine et de débitage de silex du Magdalénien et du Périgordien dans les vallées de l'Oise et de la Somme.
À Amiens, dans le quartier de Renancourt, ont été mises au jour, de juillet 2014 à juillet 2019, dans les vestiges d'un campement, quinze statuettes féminines aux attributs sexuels très prononcés, datant du Gravettien (environ avant notre ère). La première « vénus » haute d'une quinzaine de centimètres a été retrouvée en partie.. Les Vénus de Renancourt, en pierre calcaire, sont comparables aux 244 Vénus paléolithiques retrouvées à ce jour, en Europe et jusqu'en Sibérie. Seule la statuette découverte en 2019, haute de est entière..
Remontant à plus de 14 à , un campement saisonnier de chasseurs de rennes, des hommes modernes dits de Cro-Magnon, a été découvert à Verberie, à proximité de Compiègne (Oise).
Mésolithique Le Mésolithique est une période de transition entre le Paléolithique et le Néolithique. Après la dernière glaciation vers 8 à avant notre ère, la forêt gagna du terrain. On a retrouvé des sites du Tardenoisien dans le département de l'Aisne à Fère-en-Tardenois, Villeneuve-sur-Fère, Coincy.
Néolithique vignette|Borest (Oise), la Queue de Gargantua (menhir) Vers avant notre ère, La civilisation danubienne pénétra dans la région apportant avec elle, élevage du bétail, culture des céréales, fabrication de poterie et tombes individuelles. L'homme cessa d'être uniquement prédateur pour devenir également producteur. Au Néolithique, débutèrent les premiers défrichement de forêts. La civilisation du Chasséen se développa et nous a laissé des vestiges de villages parfois fortifiés, avec de grandes maisons rectangulaires. Sur le territoire de la commune de Cuiry-lès-Chaudardes (Aisne), des fouilles archéologiques ont mis au jour un village datant de la civilisation rubanée : une trentaine de maisons quadrangulaires en terre et en bois, pouvant atteindre de long.
À Villers-Carbonnel (Somme) près de Péronne, en 2011, fut mise au jour, lors des fouilles archéologiques sur le chantier du canal Seine-Nord, une statuette féminine la Dame de Villers-Carbonnel appartenant à la civilisation du Chasséen.. Elle a été datée du ou millénaires avant notre èreXavier Bailly et Jean-Bernard Dupont (sous la direction de), Histoire d'une ville: Amiens, Amiens, Scérén-C.R.D.P., 2013 .
Civilisation Seine-Oise-Marne s'étendit entre et avant notre ère. La sépulture mégalithique collective de La Chaussée-Tirancourt (Somme), constituée de grandes dalles de grès, accueille en plusieurs siècles d'utilisation près de 350 défunts et constitue l'un des vestiges de cette nature les plus importants d'Europe. On retrouve des sépultures mégalithiques à Feigneux, à Dameraucourt et à Boury-en-Vexin dans l'Oise, à Cierges, Marchais dans l'Aisne. Il subsiste des menhirs dans la Somme à Bavelincourt, Doingt, Eppeville, dans l'Oise à Borest, dans l'Aisne à Haramont, Orgeval, Pargny-les-Bois.
Au Chalcolithique, les objets de cuivre font leur apparition dans les vallées de la Somme et de l'Aisne mais l'outillage lithique subsiste. La présence de silex blonds du Grand-Pressigny et de la roche verte de Pléven provenant du Finistère démontre la présence d'importants courants commerciaux. Ces pierres servaient à la fabrication des lames.
Protohistoire Âge du bronze L'âge du bronze débute dans la région vers 1700-1600 , introduit par des migrants. Les vallées de la Somme et de l'Oise furent les axes commerciaux de première importance par lesquels transitaient l'or d'Irlande et l'étain de Cornouailles. On a retrouvé de nombreux objets de cette époque: haches, bracelets, poignards, épingles... Les haches à talon sont particulièrement nombreuses près du littoral.
Des vestiges de la culture des champs d'urnes (vers 1100-1200 ) venue de l'Est, ont été retrouvés dans l'Oise et l'Aisne.
Âge du fer Hallstatt Pendant la période de l'Hallstatt (~750 / 700 av. J.C.), la production de sel à l'embouchure de la Canche s'effectuait par chauffage dans des « barquettes » de terre cuite. Des objets archéologiques mis au jour montrent que la région est en contact avec la civilisation grecque : l'étain était acheminé par la Somme jusqu'à l'oppidum de Vix (Côte-d'Or) et, de là, jusqu'à la Méditerranée. À Thiverny près de Creil, on a retrouvé des poteries peintes de type vixien. Vers 500 av. J.C., cette voie commerciale fut délaissée au profit de la voie maritime.
La Tène La période de La Tène, l'usage du fer se généralise, on a retrouvé un peu partout y compris dans des fermes isolées, des bas-fourneaux. À Pernant, près de Vic-sur-Aisne, a été mise au jour, en 1961, dans une ballastière, une tombe à char, indiquant la présence de guerriers puissants.
Au avant notre ère, le territoire de l'actuelle Picardie est occupé par un peuple gaulois, les Belges, divisé en plusieurs tribus : Ambiens, Bellovaques, Suessions et Viromanduens. Ces populations exploitent densément le territoire, avec l'implantation d'un réseau de fermes. À partir du av J.-C., des oppidums sont fondés : Pommiers, Variscourt, Vermand, Villeneuve-Saint-Germain, Gournay-sur-Aronde, Vendeuil-Caply, Liercourt, L'Étoile, La Chaussée-Tirancourt, Méricourt-sur-Somme, etc.