La bataille de la baie de Milne (opération RE) a été une bataille de la campagne de Nouvelle-Guinée, théâtre de la guerre du Pacifique durant la Seconde Guerre mondiale. Les troupes japonaises ont attaqué la base australienne de la baie de Milne, à la pointe orientale de la Nouvelle-Guinée le et les combats ont continué jusqu'à ce que les Japonais se retirent le . Cependant la résistance armée ne s'est terminée que le . Ce fut la première bataille de la campagne du Pacifique dans laquelle les troupes alliées infligèrent une défaite décisive aux forces terrestres japonaises, les forçant à se retirer et abandonner complètement leur objectif.

Les Japonais visaient dans cette opération à prendre le contrôle de la base aérienne et navale australienne sur Milne pour pouvoir s'en servir par la suite pour soutenir leurs troupes engagées à ce moment dans la campagne de la Piste Kokoda destinée à tenter de prendre la ville de Port Moresby.

Les forces japonaises avaient connu des échecs locaux auparavant : leur première attaque sur Wake avait été repoussée et les troupes américaines avaient vaincu les Japonais à Guadalcanal à la bataille de Tenaru, quatre jours avant que la bataille de la baie de Milne ne commence. Mais à la différence de la baie de Milne, ces actions n'ont pas donné lieu au retrait complet du Japon et à l'abandon de la campagne militaire.

Forces en présence vignette|320px|gauche|Char japonais type 95, le . En fait, c'est l'élite de l'infanterie de marine japonaise, connue sous le nom de Kaigun Rikusentai (海軍特別陸戦隊 Forces navales spéciales de débarquement (FSDJ)), plutôt que l'armée impériale japonaise qui attaqua les forces alliées à la baie de Milne. Le haut commandement japonais avait engagé environ 850 soldats d'infanterie de la FSDJ dirigés par le commandant Shojiro Hayashi, une compagnie de la FSDJ, dirigée par le lieutenant Fujikawa, la navale de débarquement et le aéroporté avec 350 personnes non-combattantes du Groupe de construction navale. La force japonaise a d'abord été commandée par le commandant Shojiro Hayashi.

Les Alliés, commandés par le major-général australien Cyril Clowes, avaient à défendre trois pistes d'atterrissage stratégiquement importantes. Les soldats étaient constitués de la d'infanterie de la australienne, la Brigade, une formation de la milice, les compagnies A, C et un peloton de la compagnie E de la Brigade du , la des 2/ Régiment de défense anti-aérienne, la américaine de défense antiaérienne et la du 2/ Field Regiment. En outre, une partie du Corps du génie de l'armée des États-Unis, le Régiment du génie, était déployée sur place pour construire des aérodromes.

Bien que les forces alliées aient compté , seules environ étaient affectées dans l'infanterie. Les Japonais ont bénéficié d'un avantage important en disposant de chars légers que les Alliés n'avaient pas déployé. Les Japonais avaient aussi le contrôle complet de la mer pendant la nuit, permettant leur renforcement et leur évacuation si besoin.

Toutefois, les escadrilles et 76 de la Royal Australian Air Force, volant sur P-40 Kittyhawk ainsi que les Hudson du groupe de la baie de Milne avaient un avantage incontesté dans la journée qui leur a permis de jouer un rôle crucial dans la lutte acharnée qui se déroula sur place.

Prélude

Les Alliés

Les premières troupes arrivent dans la baie de Milne depuis Port Moresby, dans les navires néerlandais de la KPM Karsik et Bontekoe, escortés par le sloop HMAS Warrego et la corvette HMAS Ballarat le . Le Karsik est amarré à un ponton fait de bidons d'essence et construit par des Papous, recrutés par l'ANGAU (Unité australienne chargée de l'administration de la Papouasie-Nouvelle-Guinée). Les troupes débarquées comprennent deux compagnies et demi et une section de mitrailleuse venant du d'infanterie, de la d'infanterie ainsi que la antiaérienne légère comprenant huit Bofors d'un calibre de 40 millimètres, une section du d'artillerie côtière comprenant huit mitrailleuses et deux canons antiaériens de la lourde antiaérienne. La compagnie E du du génie du Corps du génie de l'armée des États-Unis arrive sur le Bontekoe avec du matériel de construction d'une base aérienne. En outre, vingt-neuf navires de la KPM se sont échappés vers l'Australie après la chute des Indes orientales néerlandaises. Ils sont composés d'un équipage mêlant des Néerlandais et des Javanais. Cette petite flotte assure la majorité des liaisons entre l'Australie et la baie de Milne, aux côtés de navires australiens, britanniques et américains. Cinq navires de la KPM sont perdus lors des combats.

Les travaux sur la première piste d'atterrissage commencent le , avec l'aide de travailleurs papous supervisés par l'ANGAU et le du génie américain qui dégage la zone autour de Gili Gili. La compagnie E du du génie commence ses travaux le . En plus de la piste d'atterrissage, les hommes du génie doivent aménager des portions camouflées pour trente-deux chasseurs, des chemins et des abris pour cinq cents hommes. En soutien de la base aérienne et de la garnison, une section est envoyée participer à l'aménagement du port et des routes. Bien que les chenaux de la baie de Milne permettent à des navires à fort tirant d'eau d'approcher à douze mètres du rivage, ils doivent toujours être déchargés sur des pontons, tandis que les cargaisons doivent être transportées sur les véhicules, ce qui demande des moyens humains importants.

Trois Curtiss P-40 Warhawk de la de la RAAF atterrissent sur la piste le , tandis que d'autres appareils des et arrivent le . À ces dates, la piste n'est qu'incomplètement aménagée et sa longueur utilisable, faite en Marston Mat, est de mètres contre les mètres prévus. En outre, elle est fréquemment inondée, ce qui provoque le dérapage de certains avions qui s'embourbent. vignette|Un P-40 s'apprête à atterrir sur la première piste, sous la garde de canons antiaériens Bofors de 40 mm. Une fois que la première piste est construite, deux autres aérodromes sont mis en construction. Près de palmiers sont abattus pour la deuxième piste et le site est surélevé et aplani. Toutefois, son usage nécessite de bâtir deux ponts de dix-huit mètres, ce qui conduit les Alliés à entamer les travaux de la troisième piste, près de Kilarbo. La construction est entreprise par le du du génie américain, arrivé le .. Le même jour, les Japonais commencent à bombarder la baie de Milne, se concentrant sur les pistes d'atterrissage et les forces du génie au travail. Quatre Zéros et un bombardier en piqué attaquent la première piste. Un P-40 est détruit au sol et un autre abat le bombardier. Par la suite, les Australiens mettent en place un radar pour prévenir ces attaques. Le , 22 P-40 interceptent 12 Zéros. En dépit de cette supériorité numérique, les Australiens souffrent de la perte de trois appareils même s'ils auraient détruit quatre avions japonais.

Le , des troupes de la d'infanterie, dirigée par le général de brigade John Field, commencent à arriver pour renforcer la garnison. Cette brigade comprend trois bataillons de miliciens issus du Queensland (les , et ). Ils apportent avec eux des armes venant des et antitanks, de la 2/6th Heavy Anti-Aircraft Battery et de la 2/9th Light Anti-Aircraft Battery. En outre, la du génie, la première unité du génie australien arrive aussi sur place. Field assume le commandement de la Milne Force, la tasf force exerçant le contrôle opérationnel sur les forces terrestres, aériennes et navales de la région en cas d'attaque imminente des Japonais. Il est directement sous l'autorité du quartier-général des forces terrestres alliées situées à Brisbane, et non sous celle de Port-Moresby. Ses missions les plus urgentes concernent le génie. Tandis que les Américains construisent les pistes d'atterrissage et les appontements, les Australiens travaillent sur les routes et les bâtiments hébergeant les hommes. Cette petite troupe du génie est renforcée par l'infanterie et des travailleurs papous.

Bien que la malaria soit endémique dans la baie de Milne, peu de précautions sont prises contre la maladie. Les hommes portent des shorts et gardent leurs manches relevées. En outre, leur crème contre les moustiques est inefficace, la quinine manque rapidement et beaucoup des nouveaux venus n'ont pas encore de moustiquaires car celles-ci sont au fond des cales des navires et prennent des jours à être déchargées. Enfin, le dosage de quinine prescrit n'est pas respecté et beaucoup de soldats commencent à être infectés. Le médecin en chef du quartier-général des forces alliées est le Brigadier Neil Hamilton Fairley, spécialisé dans les maladies tropicales. Il vient à Port-Moresby en juin et s'inquiète de l'inefficacité des mesures prises contre la maladie, qui pourrait bien fragiliser considérablement les forces alliées en Papouasie. Il s'assure que le d'évacuation sanitaire quitte Brisbane pour la baie de Milne avec un laboratoire médical pleinement équipé et une grande quantité de produits contre la maladie, dont de quinine. Cependant, une partie de cet équipement s'abîme durant le trajet et le risque représenté par le paludisme dans la baie de Milne est toujours sous-estimé, p. 12-13, 47-49. vignette|Keith Truscott, le leader de la de la RAAF, à Milne Bay en septembre 1942. Les compagnies du d'infanterie sont déjà fortement touchées par la malaria et d'autres maladies tropicales et sont retirées pour être envoyées à Port-Moresby au début du mois d'août. Toutefois, la garnison est renforcée par des troupes venant de la seconde force impériale australienne. En l'occurrence, ce sont les hommes de la d'infanterie de la qui commencent à arriver le jusqu'au . C'est une unité expérimentée, qui a combattu lors du siège de Tobrouk.

Désormais, deux brigades sont présentes à Milne Bay. Le Major General Cyril Clowes est nommé pour commander la Milne Force, placée sous le commandement de la New Guinea Force, dirigée par le Lieutenant General Sydney Rowell le . Le quartier-général de Clowes est constitué à Sydney à la fin du mois de juillet et est envoyé à Milne Bay. Le général Clowes y arrive le et attend que l'ensemble de son état-major soit au complet le . À cette date, Australiens et Américains sont présents à Milne Bay, dont troupes d'infanterie et 600 hommes de la RAAF.

Clowes confie à la le rôle primordial de défendre les points clés autour de Milne Bay, pour prévenir toute attaque terrestre ou aérienne. En outre, il tient la d'infanterie, composée de vétérans, en réserve, pour contre-attaquer en cas de besoin. Toutefois, il manque de cartes précises et le matériel de communication souffre des conditions climatiques, tandis que les câbles téléphoniques sont d'une longueur insuffisante. Enfin, le sol meuble rend difficile les mouvements des véhicules et même les déplacements à pieds.

Les Japonais

L'aviation japonaise ne tarde pas à découvrir la position des Alliés à Milne Bay. Celle-ci constitue une menace claire pour les plans japonais d'une attaque amphibie contre Port-Moresby. Une telle offensive devrait commencer par un débarquement sur l'île de Samarai, dans le détroit de Chine, non loin de Milne Bay. Le , le commandant de la japonaise, le Lieutenant General Harukichi Hyakutake demande à la du vice-amiral Gunichi Mikawa de s'emparer de la base alliée de Milne Bay. Dès lors, Mikawa modifie ses plans pour la prise de Samarai. Il planifie la prise de Milne Bay, sous le nom d'opération RE qu'il prévoit pour la mi-août. Elle devient hautement prioritaire quand l'aviation découvre les pistes d'atterrissage le , avant d'être retardée en raison du débarquement américain à Guadalcanal le .