Jean-Jacques Rousseau, né le à Genève et mort le à Ermenonville, est un écrivain, philosophe et musicien. Orphelin de mère très jeune, éduqué dans un milieu populaire, il mène une vie marquée par l'errance. Si ses ouvrages l'ont rendu célèbre dans toute l'Europe, ils lui valent aussi des conflits avec l'Église catholique et la République de Genève, ce qui l'oblige à souvent changer de résidence et alimente un sentiment de persécution de plus en plus aigu.

Passionné par la musique, Rousseau tente d'abord de se faire connaître en ce domaine. Il rencontre un réel succès avec Le Devin du village (1752), premier opéra-comique français. Son ami Diderot lui confie la responsabilité de la section de lEncyclopédie consacrée à la musique. Dès lors associé par le public au mouvement philosophique des Lumières, il s'en démarque progressivement en affirmant l'importance du sentiment et de la sensibilité par opposition à la froide raison voltairienne. Loin de partager le matérialisme athée de Diderot, il affirme l'existence de Dieu en se fondant sur le sentiment et l'émotion en face du mystère de la nature, le sens inné du bien et du mal et l'aspiration à une transcendance. Il expose son credo dans La Profession de foi du vicaire savoyard.

Dès 1750, Rousseau commence à s'affirmer comme un penseur de premier plan avec le Discours sur les sciences et les arts. Sa pensée se précise et s'affermit avec le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755) puis Du contrat social (1762). Sa philosophie politique est bâtie autour de l'idée que l'Homme est naturellement bon et que la société le corrompt, les interactions avec les autres individus rendant les êtres humains et conduisant inéluctablement à l'accroissement des inégalités. Pour établir une société juste et plus égalitaire, l'homme doit avoir recours à un contrat social et être gouverné par des lois découlant nécessairement de la exprimée par le peuple. Ces lois ne sont pas universelles mais propres à chaque État et corps politique particulier, en fonction de son histoire et de ses coutumes. Rousseau est ainsi le premier à conférer la souveraineté au peuple, ce qui fait de lui un des penseurs de la démocratie (et notamment de la démocratie directe), même si, dans le domaine du pouvoir exécutif, il est favorable à une aristocratie élective mais non héréditaire.

Dans le domaine littéraire, Jean-Jacques connaît un énorme succès avec le roman épistolaire Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761), qui séduit ses lecteurs par sa peinture préromantique de la primauté du sentiment amoureux sur les différences de condition sociale et de revenu . Convaincu de la perfectibilité de l'espèce humaine, il attache une importance fondamentale à l'éducation et propose un programme pédagogique détaillé dans Émile ou De l'éducation (1762), qui suit les grandes étapes de la croissance, depuis le berceau jusqu'à l'âge adulte. Cet ouvrage connaît lui aussi un énorme retentissement, mais l'aura de son auteur sera quelque peu ternie quand ses adversaires révéleront qu'il a mis aux Enfants-Trouvés les cinq enfants qu'il a eus avec Thérèse Levasseur, une servante d'auberge qu'il a finalement épousée après plus de trente ans de vie commune en marge des conventions sociales. En 1766, poursuivi par les autorités françaises et interdit de séjour à Genève et à Berne, il se réfugie durant plus d'un an en Angleterre, où il se met à écrire Les Confessions, qui seront publiées après sa mort. Un des premiers écrivains à rédiger une autobiographie, il retrace dans cet ouvrage son évolution intellectuelle et sa formation amoureuse sans hésiter à confesser même des actions dont il éprouve encore une brûlante honte. Sur la fin de sa vie, il exprime son amour de la nature dans Les Rêveries du promeneur solitaire tout en se livrant à une observation approfondie de ses sentiments intimes.

Dès sa mort, il devient l'objet d'un véritable culte, et sa tombe est assidûment visitée, tant par des visiteurs français que prussiens ou anglais. Lors de la Révolution, il devient une référence majeure en raison de ses idées sur la structure du lien social et la formation du sentiment national. Son corps est transféré au Panthéon en 1794.

Sa philosophie politique s'appuie sur des lectures étendues tant d'auteurs de l'Antiquité que de philosophes, de juristes et d'économistes contemporains, notamment Hobbes et surtout Locke. Il est toutefois critique à l'égard de ces deux derniers, car il estime que les systèmes politiques fondés sur l'interdépendance économique et l'intérêt conduisent à l'inégalité et à l'égoïsme généralisé.

Sa pensée a exercé une influence considérable sur la philosophie, la politique, l’éducation, le goût et les mœurs. Il est considéré comme le véritable fondateur de l'anthropologie car il a posé le problème du passage de la nature à la culture. Il a influencé profondément le mouvement républicain français ainsi que la philosophie de Kant. Il a marqué la littérature par sa prose remarquablement persuasive et son engagement en faveur de la subjectivité de l'auteur. Il s'est aussi imposé comme un être profondément sincère et fidèle à ses origines, revendiquant fièrement une totale autonomie par rapport au pouvoir.

Biographie Famille et enfance vignette|Baptême de Jean-Jacques Rousseau le à la cathédrale Saint-Pierre de Genève. Le prénom de son grand-père, David, est inscrit par erreur au lieu de celui de son père, Isaac.|alt=Page de registre manuscrit.

La famille est originaire de Montlhéry, près d'Étampes, au sud de ParisPour consulter l'arbre généalogique de Rousseau, voir .. Le quadrisaïeul (arrière-arrière-arrière-grand-père) de Jean-Jacques, Didier Rousseau (1530-1580/84), quitte cette ville pour fuir la persécution religieuse contre les protestants.. Il s'installe à Genève en 1549 où il ouvre une auberge. Le petit-fils de ce dernier, Jean Rousseau (1606-1684), tout comme son fils David Rousseau (1641-1738), le grand-père de Rousseau, exercent le métier d'horloger, profession alors respectée et lucrative...

vignette|Jean-Jacques faisant la lecture à son père. (Maurice Leloir, 1889)|alt=Gravure. Un horloger travaille à la lumière d'une fenêtre. À sa droite, un petit enfant lit, assis sur un tabouret bas.

Jean-Jacques Rousseau est né le au domicile de ses parents situé dans la Grande rue de la boulangerie dans la ville haute de Genève. Il est le fils d'Isaac Rousseau (Genève, 1672 - Nyon, 1747), horloger comme son père et son grand-père, et de Suzanne Bernard (Genève, 1673 - Genève, 1712), elle-même fille d'un horloger nommé Jacques Bernard et nièce d'un , un pasteur de Genève qui l'avait adoptée et lui avait légué sa fortune. Isaac et Suzanne se marient en 1704, après qu'une première union a réuni les deux familles, le frère de Suzanne, Gabriel Bernard, ayant épousé la sœur d'Isaac, Théodora Rousseau, en 1699. Un premier garçon, François, naît le , puis Isaac laisse femme et nouveau-né à Genève pour aller exercer son métier d'horloger à Constantinople. Il y reste six ans et revient au foyer en 1711, le temps d'avoir un deuxième enfant avec sa femme, qui meurt de fièvre puerpérale le , neuf jours après la naissance de Jean-Jacques.

vignette|Jean-Jacques chez le pasteur Lambercier. Carte postale, 1912.|alt=Gravure. Un enfant protège de ses bras un arbuste qu'un homme veut abattre.

Jean-Jacques est d'abord élevé par son père et sa tante Suzon dans la maison où il est né. En 1717, en raison de problèmes d'argent, Isaac doit vendre la maison de la haute ville et déménager dans le faubourg de Saint-Gervais, le quartier populaire de la basse ville, qui avait une solide tradition de revendications sociales, appuyée sur des traités d'histoire et de politique. Dès l'âge de sept ans, Jean-Jacques lisait à son père des livres puisés dans la bibliothèque familiale, tels Tacite, Plutarque et Grotius.

La Genève de cette époque est contrôlée par une petite classe d'aristocrates qui cherchent à étendre leur pouvoir en fomentant la division entre les artisans qui ont le statut de et les devenus majoritaires dans la population. À la suite d'une altercation avec un compatriote, Isaac Rousseau se réfugie à Nyon dans le pays de Vaud, le , pour échapper à la justice. Il ne reviendra jamais à Genève, mais conservera quelques contacts avec ses fils, notamment Jean-Jacques qui fait régulièrement le voyage à Nyon et à qui il communique sa passion pour les livres. Il confie sa progéniture à son beau-frère Gabriel Bernard, un employé aux fortifications qui vit aussi dans le quartier de Saint-Gervais.

Celui-ci le met en pension, avec son cousin Abraham Bernard, chez le pasteur Lambercier à Bossey au pied du Salève, au sud de Genève. Jean-Jacques y passe deux ans (1722-1724). Il prend conscience de sa sexualité lorsque Mademoiselle Lambercier, sœur du pasteur, lui donne une fessée . Cette période heureuse prend fin lorsqu'on le soupçonne d'avoir brisé un peigne et qu'il est renvoyé chez son oncle, avec le durable sentiment d'avoir été accusé injustement.

Son oncle le place alors en apprentissage chez un greffier, puis, devant le manque de motivation de l'enfant, chez un maître graveur, Abel Ducommun. Le contrat d'apprentissage est signé le pour une durée de cinq ans. Jean-Jacques est confronté à un maître tyrannique et à une rude discipline. En réaction, il se livre parfois, avec une bande de camarades, à de menus larcins qu'il justifie comme une sorte de . En outre, mettant à profit son expertise, il grave des espèces de médailles pour lui et ses camarades, Surtout, il se plonge dans la lecture dès que son maître a le dos tourné. Après trois ans d'apprentissage, le , rentrant tardivement d'une promenade à l'extérieur de la ville et trouvant les portes de Genève fermées, il décide de fuir, par crainte d'être à nouveau battu par son maître, non sans avoir fait ses adieux à son cousin Abraham. Il n'a pas seize ans.

Madame de Warens et la conversion au catholicisme vignette|Première rencontre avec Madame de Warens par Steuben (1830) à Annecy.|alt=Gravure. Devant une maison, une femme élégante sourit à un jeune homme pauvrement vêtu, un baluchon à l'épaule.

Après quelques journées d'errance, il se réfugie par nécessité alimentaire auprès du curé de Confignon, Benoît de Pontverre. Celui-ci l'envoie chez une Vaudoise de Vevey, la baronne Françoise-Louise de Warens, femme blonde de vingt-huit ans récemment divorcée et convertie au catholicisme, fort cultivée et qui s'occupait des candidats à la conversion. Rousseau se prend d'une grande affection pour celle qui deviendra sa tutrice. La baronne l'envoie à Turin à l'hospice des catéchumènes de Spirito Santo où il arrive le . Même s'il prétend dans ses Confessions avoir longuement résisté à sa conversion au catholicisme, il semble en fait s'en être accommodé assez vite et est baptisé le . Il réside quelques mois à Turin en semi-oisif, vivotant grâce à quelques emplois de laquais-secrétaire et recevant conseils et subsides de la part d'aristocrates et d'abbés auxquels il inspire quelque compassion. C’est lors de son emploi auprès de la comtesse de Vercellis que survient l'épisode du vol d'un ruban appartenant à la nièce de celle-ci et dont il fait lâchement retomber la faute sur une jeune cuisinière, Marion, qui est, de ce fait, renvoyéeLes Confessions, II, ..