Jean-Bertrand Aristide, né le à Arniquet (Port-Salut), ville côtière du sud d'Haïti, est un ancien prêtre devenu homme d'État haïtien. Il est à plusieurs reprises président de la république d'Haïti : de 1991 à 1996 (renversé de 1991 à 1994), et finalement de 2001 à 2004.

Biographie

Jeunesse

Né dans la ville côtière de Port-Salut, au sud d'Haïti, dans une famille d'agriculteurs possédant leur terre., Jean-Bertrand Aristide reçoit son éducation primaire chez les salésiens à Port-au-Prince, puis son éducation secondaire au collège Notre-Dame de Cap-Haïtien avant d'entrer en 1974 au noviciat salésien de La Vega en République dominicaine. Il est de retour à Port-au-Prince l'année suivante, où il suit une classe de philosophie au grand séminaire Notre-Dame. En 1979, il obtient une licence de psychologie à l'université d'État d'Haïti. Il est ordonné prêtre le .. En 2007, Aristide obtient un doctorat en langues africaines à l'université d'Afrique du Sud (UNISA).

Inscrivant sa démarche dans la théologie de la libération qui met l'accent sur la justice sociale, il devient l'un des représentants les plus visibles d'un mouvement de communautés ecclésiales de base appelé Ti Kominotés Légliz (TKL).. François-Wolff Ligondé, archevêque de Port-au-Prince et proche du régime Duvalier, décide de l'éloigner en l'exilant tour à tour en Italie, en Israël, au Canada et en Grèce. Il revient définitivement dans le pays le . Il fonde un orphelinat, la Fanmi Selavi, afin de venir en aide aux enfants des rues.

Depuis son église, dans une banlieue déshéritée de la capitale, il dénonce les élites économiques du pays, l’impérialisme de Washington (« plus dangereux que le sida ») et le « macoutisme » hérité du régime Duvalier. Le , il réchappe du massacre de l'église Saint-Jean-Bosco dont il a la charge, causé probablement par d'anciens macoutes, au terme duquel on décompte au moins et environ ..

Premier mandat présidentiel

Élection présidentielle gauche|vignette|Jean-Bertrand Aristide lors d'une conférence de presse. Jean-Bertrand Aristide est choisi comme candidat pour l'élection présidentielle de 1990 par le Front national pour le changement et la démocratie (FNCD), qui regroupe de centre-gauche, bien que Victor Benoît, dirigeant du KONAKOM ait un temps été pressenti.. Il s'agit alors pour lui de barrer la route à Roger Lafontant, ancien chef des macoutes et ministre de l'Intérieur puis de la Défense sous le règne des Duvalier, qui avait annoncé sa candidature.

Les mesures qu'il propose dans son programme électoral consistent à soutenir l'industrie et l'agriculture, à viser l'autosuffisance alimentaire par une réforme agraire, à lutter contre la contrebande dans les ports, à réorganiser l'administration et à augmenter le salaire minimum..

Le , après le retrait de son adversaire initial Roger Lafontant, il remporte l'élection présidentielle dont la régularité est contrôlée par des observateurs de l'OEA avec 67,48 % des voix contre le candidat de droite Marc Bazin (14 %), ancien fonctionnaire de la Banque mondiale qui avait les faveurs des États-Unis. Son adversaire avait reçu près de 36 millions de dollars de la NED, organisme lié à la CIA créé pour interférer dans les processus électoraux afin d'y soutenir les candidats pro-américains. Il est investi le . Une conférence internationale réunie en juillet de cette même année promet à Haïti un financement de de dollars...

Présidence et coup d’État Malgré son élection, sa présidence est immédiatement instable : Jean-Bertrand Aristide n'a le soutien ni de l'élite, ni de l’armée, ni de l’Église, ni des États-Unis. Ces derniers lui paraissent constituer la menace la plus importante en raison de l'invasion de la Grenade (1984), du Panama (1989) et de leur soutien à des groupes paramilitaires au Nicaragua pour y déstabiliser le gouvernement. En outre, la chute de la dictature entraîne des actes de vengeance contre d'anciens tortionnaires que son gouvernement ne parvient pas à contrôler. D'anciens macoutes sont ainsi assassinés par la population, contribuant au climat d'instabilité politique en dépit des tentatives d'Aristide de faire cesser ces lynchages.

En économie toutefois, la fin de la corruption institutionnalisée permet aux entreprises publiques, traditionnellement en déficit, de réaliser certains bénéfices. Dans le secteur privé, Aristide demande aux patrons d’augmenter les salaires de leurs ouvriers, ce qui l'entraîne dans un conflit avec eux. Aristide est confronté à une virulente campagne médiatique dirigée contre lui et financée par l'Usaid et la NED, organismes proches du gouvernement des États-Unis. Il est victime d'un coup d'État le , marquant le rejet du nouveau président par l'armée et par les élites économiques traditionnelles. Il est contraint à l'exil tandis que le commandant en chef de l'Armée, le lieutenant général Raoul Cédras prend le pouvoir. Une répression sanglante s'abat sur les secteurs favorables au président déchu. Trois cent mille personnes fuient leur maison pour se réfugier ailleurs dans le pays, des dizaines de milliers rejoignent la République dominicaine et dix mille tentent d'atteindre les États-Unis, mais plusieurs centaines d'entre elles meurent durant la traversée et plus de huit mille sont interceptées par les gardes-côtes.

Jean-Bertrand Aristide demeure cependant reconnu internationalement..

Les États-Unis, dirigés par le président George H. W. Bush, adoptent une attitude en apparence contradictoire. Ils prennent immédiatement des sanctions financières et commerciales contre Haïti en exigeant le retour de la démocratie et sont suivis le par l'OEA.. Paralysé dans un premier temps par l'opposition de la Chine, le Conseil de sécurité de l'ONU décide d'un embargo contre Haïti en .. L'effet de ces sanctions, qui dureront trois ans, sur les conditions de vie de la population haïtienne est « tragique ».. Pourtant, le chef de poste de la CIA John Kambourian fait livrer à ses relais Emmanuel Constant et Louis-Jodel Chamblain des caisses d'armes et de munitions qui permettent d'organiser le groupe paramilitaire FRAPH. Entre quatre et cinq mille personnes sont assassinées par ce groupe.

Exil Jean-Bertrand Aristide est reçu à la Maison-Blanche par George H. W. Bush le .. En contraste avec les soutiens clairs du Premier ministre canadien Brian Mulroney et du président vénézuélien Carlos Andrés Pérez, l'attitude des États-Unis, qui a surtout pour objectif de dissuader d'autres coups d'État militaires ailleurs en Amérique latine, restera ambiguë vis-à-vis d'Aristide, comme le reconnaîtra James Baker.. La misère est à l'origine de vagues de boat-people haïtiens qui cherchent à immigrer aux États-Unis. L'US Coast Guard renvoie 538 Haïtiens dans leur pays le . Le Kennebunkport Order qui prévoit de renvoyer systématiquement les boat people à Haïti, signé par George H. W. Bush en , est contesté par le candidat Bill Clinton..

Sous la pression des États-Unis, Aristide et Cédras négocient puis signent en l'accord de Governors Island, prévoyant une transition politique et le retour d'Aristide en octobre de la même annéeGovernors Island Accord : texte intégral en ligne.. Ce dernier doit en échange accepter un programme suggéré par le FMI impliquant le maintien des bas salaires, la privatisation d'entreprises publiques, la suppression de droit de douane et un plus grand accès des entreprises étrangères aux ressources et au marché haïtiens. L'accord aboutit pourtant à un échec lorsque le , le gouvernement américain, déjà en difficulté en Somalie, fait faire demi-tour au navire USS Harlan County transportant américains et canadiens, auquel une foule en colère interdisait le débarquement à Port-au-Prince.. Dans ce climat, aggravé par l'assassinat de l'ancien ministre de la Justice Guy Malary et par une nouvelle tuerie visant des partisans d'Aristide, le Conseil de sécurité de l'ONU décrète un blocus naval d'Haïti.Résolution 875 : texte intégral en ligne..

Durant l'année 1994, aiguillonnée par le problème des boat-people haïtiens refoulés sur la base américaine de Guantánamo dont le nombre s'accroît jusqu'à au mois d'août., par Jean-Bertrand Aristide qui remet en question le traité autorisant ce traitement des réfugiés, interpellée par des forces politiques comme le Caucus noir du Congrès, ou par la grève de la faim de Randall Robinson en avril, et faisant face à l'inefficacité des sanctions économiques, l'administration Clinton étudie et négocie avec la communauté internationale les conditions d'une action militaire à Haïti. Son administration doit aussi composer avec le Parti républicain dont le futur candidat à l'élection présidentielle de 1996, Bob Dole, déclare, en réaction au massacre de dizaines de personnes dans le bidonville de Cité-Soleil, que « le sort de Haïti ne vaut pas la vie d'un seul soldat américain. » En outre, afin de dissuader Clinton de soutenir le retour au pouvoir d'Aristide, la CIA tente de le mettre en délicatesse devant l'opinion publique en faisant divulguer dans la presse un faux dossier médical décrivant Aristide comme sujet à des crises dépressives et souffrant d'une instabilité chronique pouvant déboucher sur des tendances homicides. Après plusieurs mois, on aboutit le à la résolution 940 du Conseil de sécurité des Nations unies qui autorise une force multinationale à intervenir militairement.Résolution 940 : texte intégral en ligne..

Le , Jimmy Carter, Colin Powell et Sam Nunn sont envoyés à Haïti pour proposer aux membres de la junte de quitter le pays. Le , Raoul Cédras accepte, ce qui aboutira à son départ pour le Panama le .. La force multinationale, composée d'Américains et de soldats de pays, connue sous le nom de code américain opération Uphold Democracy, débarque à Haïti à partir du . Hormis un combat qui fait haïtiens à Cap-Haïtien, le déploiement se fait sans résistance. Aristide rentre au pays le ..

Retour à la présidence gauche|vignette|redresse|Jean-Bertrand Aristide et Bill Clinton à la Maison-Blanche le 14 octobre 1994. Afin de faire cesser les exactions du FRAPH et de reprendre sa présidence, Jean-Bertrand Aristide s'est soumis à de nombreuses concessions. Il a signé un accord prévoyant une amnistie pour les responsables du coup d’État, un contrôle de Washington sur la formation de nouvelles forces de police, le partage des pouvoirs avec l'opposition et des privatisations. Il nomme Premier ministre l'homme d'affaires Smarck Michel et le laisse appliquer les mesures d'inspiration néolibérales attendues par les institutions financières internationales. Ses alliés américains sont rapidement les bénéficiaires de ces privatisations, notamment dans le secteur des télécommunications.

En , avec en mémoire le coup d’État de 1991, le président Aristide dissout l'armée. Ce n'est pas un cas exceptionnel dans la région puisque des pays tels que le Costa Rica, la Dominique, Grenade et le Panama sont également dépourvus d'armée.. Cependant, la police (quatre mille hommes pour huit millions d'habitants) est aussitôt débordée. En , sensible aux manifestations d'étudiants qui s'opposent à la multiplication par dix des frais d'inscription à l'université, et aux inquiétudes des employés des entreprises publiques (EDH, Ciments d'Haïti, Minoterie nationale, Teleco, APN) dont les emplois sont remis en question, Aristide désavoue le Premier ministre Smarck Michel sur la politique de privatisation menée conformément aux exigences d'un groupe de créanciers internationaux basés à Washington tels que la Banque mondiale, le FMI et US Aid. Smarck Michel démissionne. Les institutions internationales refusent à Haïti les prêts prévus. Aristide nomme Claudette Werleigh au poste de Première ministre...