Louis-Gustave Ricard, né le à Marseille et mort le à Paris, est un peintre français, spécialisé dans le portrait.
Biographie
D'après Moritz Hartmann, Ricard serait un descendant de la famille florentine des Ricoardi.. Il est d'origine provençale.
Son père est changeur à Marseille. Il l'emploie à son commerce, et l'autorise à suivre les cours de l'École des beaux-arts de la ville, dont le directeur est Augustin Aubert.
Gustave Ricard, né à MarseilleDans une maison située à l'actuel de la rue de Rome., reçoit des leçons de Pierre Bronzet, qui lui apprend l'art du portrait.. Il réalise des copies de quelques tableaux du musée des beaux-arts de Marseille . Il réalise son propre portrait (1841) et celui de sa sœur (1842). Il les présente à son père et obtient la permission de se rendre à Paris. Il entre en 1843 à L'école nationale des Beaux-ArtsNotice, sur la base Cat'zArts. dans l'atelier de Léon Cogniet, et étudie la composition historique.
Gustave Ricard concourt sans succès pour le prix de Rome. Il se perfectionne en copiant les chefs-d'œuvre au musée du Louvre. Il est séduit par les grands coloristes : Titien, Giorgione, Le Corrège, Van Dyck, Rubens, Rembrandt. Il étudie leurs procédés. Quelques-unes de ses copies, comme celles de l’Antiope du Corrège et de la Vénus du Titien notamment, reçoivent un accueil favorable.
Il fera de fréquents voyages en Italie, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Angleterre, jusqu'à la fin de sa carrière.
Le peintre Après un séjour en Italie et quelques mois passés aux Pays-Bas, Gustave Ricard revient à Paris et prend part au Salon de 1850. Il présente une étude de Jeune bohémienne tenant un chat, cinq portraits d'hommes et trois portraits de femmes. Le jury lui accorde une médaille de classe ; la critique salue un portraitiste de grand talent. Le portrait d'Apollonie Sabatier, dans lequel on reconnait l'influence de celui de la Maîtresse par le Titien, est admiré : « Le port élégant et fier de la tête, les ondes soyeuses de la chevelure, l'œil étincelant de vie, la fraîcheur des lèvres, dont l'expression spirituelle est relevée et comme soulignée par un grain de beauté, la teinte rosée répandue sur le visage et sur les épaules, la poitrine qui se soulève et palpite, les mains effilées qui caressent un bichon de La Havane endormi sur les genoux de sa maîtresse, la robe de velours noir dont les manches ont des crevés de pourpre vénitienne, tout est rendu avec une délicatesse, une coquetterie et en même temps avec une largeur et une sûreté de touche extraordinaires. » Ricard reste sobre en parures et accessoires, concentrant son talent sur la lumière ou l'éclat d'un visage, variant le ton des chairs suivant l'âge, le sexe, le type et la couleur de peau de ses modèles.
Le portrait de , exposé au Salon de 1852, lui vaut une médaille de classe, notamment pour les détails du costume. Le portrait de (future ) et celui du docteur Philipps, exposés au Salon de 1853, le placent parmi les portraitistes reconnus.
Neuf portraits sont exposés à l'Exposition universelle de 1855. La critique est favorable. Théophile Gautier écrit :
Le jury de l'Exposition universelle lui accorde une mention honorable. L'artiste expose huit portraits au Salon de 1857, et dix au Salon de 1859, parmi lesquels celui du président Troplong. Il se voit refuser la croix de la Légion d'honneur, s'éloigne des concours officiels et ne travaille plus que pour une clientèle privée.
Le portraitiste
Les commandes nombreuses lui permettent de sélectionner ses clientsDans une étude qu'il lui a consacrée ("Gustave Ricard et son œuvre à Marseille", avec un portrait gravé à l'eau-forte par Torrents), Louis Brès écrit que l'artiste marseillais apportait une grande indépendance de caractère dans ses rapports avec le public :
Ricard fait le portrait de plusieurs peintres, ses confrères et ses amis, Eugène Fromentin, Félix Ziem, Ferdinand Heilbuth, Édouard Imer, Charles Chaplin, Émile Loubon, Michel Bouquet, Gustave Moreau, Paul Chenavard. Il peint également plusieurs autoportraits, dont un exécuté à la fin de 1871 pour Jules Charles-Roux. Il peint également les portraits du jeune prince Demidoff, de Vaïsse, ancien préfet de Lyon ; du prince Orlov, du chevalier Nigra, du comte Branicki, du baron de Rothschild, d'Ernest Feydeau, Paul de Musset, Édouard Boinvilliers, Edward-Charles Blount, Exshaw, Paul Chevandier de Valdrome, Maine, E. Marcotte, L. Goldschmidt, Albert Goupil, Taigny, de Brigode, Frigyes Szarvady, Théodore Gouvy, Jules Lecesne, Joseph Grandval, Antony Roux, Charles Fitch, et de Roth, Borel, Feydeau, de Calonne, Bamberger, Exshaw, Arnavon, Coppens de Fontenay, Jules Roux, Granville (la femme du ministre anglais), etc.
Son style Dans quelques-uns de ses portraits de femme, selon Marius Chaumelin, Ricard a employé des blancheurs laiteuses et nacrées, des reflets d'opale, des demi-teintes argentées, un modelé moelleux et souple, une morbidezza qui semble empruntée au Corrège ou à Murillo ; ailleurs, il a des tons frais et épanouis qui rappellent Rubens et Reynolds, des carnations lumineuses, des diaphanéités qui laissent voir les petites veines bleues sous l'épiderme rosé.
En revanche, la plupart des portraits d'homme de sa belle époque sont exécutés dans une manière dorée, chaude et vigoureuse, qui n'exclut pas d'ailleurs la finesse et la légèreté du modelé.
Ricard va concevoir de plus en plus ses portraits dans le style de tel ou tel maître ancien.
Dans la femme qui pose devant lui, il voit une sœur de la Joconde. Un jeune homme à la barbe blonde, au teint coloré, se transforme en bourgeois d'Anvers, contemporain de Rubens. Un autre modèle devient le doge Andrea Gritti du Titien.
Mysticisme Pendant les dix dernières années de sa vie, il veut se rapprocher de Léonard de Vinci et de Rembrandt. Il combine des effets d'ombre et de lumière qui n'ont rien de naturel ; il noie les contours dans des vapeurs blondes ou des fumées bleuâtres, amortit les saillies, cherche des expressions mélancoliques et rêveuses. Quelquefois, il réussit à évoquer des apparitions délicates et charmantes, surtout quand il peint des jeunes filles et des enfants ; mais, souvent, les inquiétudes de son esprit s'expriment dans les hésitations de son pinceau, son trouble se voit dans son indécision.
Le portrait de Paul de Musset, qu'il expose au Salon de 1872, est typique de cette manière. Il reste pourtant le peintre élégant, le poète doux et sympathique des premières années. Certains de ses portraits, parmi les plus effacés, ont un charme singulier : enveloppés d'une lumière discrète, ils regardent le monde avec une compassion mélancolique.
Charles Yriarte a publié, dans la Gazette des beaux-arts de , une étude psychologique sur Ricard :Un autre biographe de Ricard, Paul de Musset, estime que cet artiste a une disposition naturelle à la mysticité ; elle s'est peut-être accrue avec le temps. Il aime tendrement sa sœur, religieuse à Nancy, va la voir souvent, et parle longuement avec elle.
Pendant la guerre de 1870-1871, Ricard demeure en Angleterre, où il fait un grand nombre de portraits. De retour à Paris, il reprend ses travaux. Les derniers portraits auxquels il a travaillé sont celui de Marcotte et celui, inachevé, de Chenavard.
Ricard meurt d'un infarctus du myocarde, durant un déjeuner chez un de ses amis, le .
Ses admirateurs organisent à l'École des beaux-arts de Paris une exposition où figurent environ 150 de ses ouvrages : elle a un grand succès. Une autre exposition, de plus de 50 œuvres, a lieu, presque en même temps, à Marseille.
Ricard n'a pas fait que des portraits. Il a exécuté des figures de fantaisie et d'étude, quelques natures mortes, de rares paysages, aux arbres imposants, et quelques compositions mythologiques et allégoriques pour la décoration de l'hôtel Demidoff à Paris, entre autres, un plafond représentant le Soleil qui chasse les nuées.
Œuvres dans les collections publiques
Grenoble, musée de Grenoble : Portrait de Diodore Rahoult, huile sur toile, 1846. Paris : Musée Carnavalet : Portrait d'Apollonie Sabatier, dite “La Présidente”, vers 1850, huile sur toile. Petit Palais : Portrait du peintre Félix Ziem, vers 1850, huile sur carton ; Portrait de la marquise Landolfo-Carcano, 1868, huile sur bois ; Portrait de la comtesse de Monfort, vers 1870, huile sur bois ; Portrait de Gustave Rozan, 1862, huile sur toile ; Portrait de Madame Hortzay, entre 1871 et 1873, huile sur toile ; Portrait de , 1867, huile sur bois. Musée d'Orsay : Ferdinand Heilbuth 1861 Bethsabée 1867 Portrait de magistrat entre 1823 et 1873 Jeune femme couronnée de fleurs entre 1823 et 1873 Portrait de l'artiste 1853 Henriette Goldschmidt entre 1823 et 1873 Madame Félix Abram 1866
Notes et références
Annexes Bibliographie Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du .
Liens externes
« Gustave Ricard », sur la base Joconde.
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