upright=0.8|thumb|Mosaïque de Bacchus, dieu du vin, à Volubilis La viticulture au Maroc et la plantation des premiers vignobles remontent aux Phéniciens et à la colonisation romaine. Sous l'Antiquité, le grand centre de production viti-vinicole était concentré autour de Volubilis, dans la région de l'actuelle ville de Meknès.

Histoire Antiquité thumb|Lambrusque Le Maroc reste un des berceaux des dernières vignes sauvages. Dès l'Antiquité, Pausanias le Périégète, (1.33) notait que les habitants de Lixus, cité fondée par les Phéniciens sur la rive droite de l'oued Loukkos, en consommaient les fruits. Louis Levadoux indique que

L'ampélographe a pu repérer, dans la vallée de l'oued Titria, ces lambrusques connues sous le nom d'Aneb djalia. Il note que thumb|left|Soubassement d'un pressoir à vin à Volubilis

Les premiers vins furent élaborés vers le lors des installations des comptoirs phéniciens et grecs mais ce fut la colonisation romaine qui développa la viticulture permettant aux vins de la Maurétanie Tingitane d'être présentés sur les tables patriciennes. Cette province correspondait à la partie septentrionale du Maroc actuel. Elle s'étendait du nord, à Salé (Nécropole de Chella), à Volubilis au sud) C. Michael Hogan, Chellah, The Megalithic Portal, ed. Andy Burnham et à l'est jusqu'à la rivière de Oued Laou. Les principales villes étaient Volubilis, Tingis (Tanger), Lixus (Larache) et Tamuda (Tétouan) University of Granada: Mauretania Tingitana.

Conquête musulmane thumb|Scène de musique dans un jardin. Miniature extraite du Hadîth Bayâd wa Riyâd, manuscrit marocain, . La conquête musulmane ne fit pas disparaître la viticulture nord-africaine. Elle privilégia le raisin de table. Les berbères marocains islamisés, lors de leur arrivée dans la péninsule ibérique, apportèrent leurs cépages. Un de ceux-ci est encore cultivé en Andalousie, c'est le Faranat blanc de Tunis, connu en Espagne sous le nom de MajorquinHistoire du vin et de la vigne au Maroc. En al-Andalous, de nombreux agronomes musulmans décrivirent la viticulture, les différents cépages andalous et leur mode de culture. Le vignoble continua à produire du vin (hamriyya) auquel s'ajoutait le vin de palme (nabid), fait à base de raisins secs et considéré comme non prohibé. Tous les émirs et califes d'origine maure furent de grands buveurs et les palais de Grenade, Cordoue, Séville, Medinaceli et Almérie furent réputés pour leurs crus (buldän) et les beuveries qui s'y déroulaientVincent Lagardère, Cépages, raisin et vin en al-Andalus (-), 1997, sur le site persee.fr.

Au Maroc, les différents souverains musulmans allaient tolérer les communautés juives qui résidaient leurs quartiers, les mellah. C'est là que les juifs pouvaient boire du vin mais il leur était interdit d'en vendre. Beaucoup possédaient leurs propres vignobles. Al-Hasan ibn Muhammad al-Zayyātī al-Fāsī al-Wazzān, dit Léon l'Africain, notait en 1525 qu'à Taza, c'était le cas de cinq-cents familles. Les communautés installées à Demnate, Mogador et Marrakech avaient les mêmes droits de propriété et de vinificationAlain Huetz de Lemps, Boissons et civilisations en Afrique, Presse Universitaire de Bordeaux, 2001, .. thumb|Étiquette de vin rouge casher, 1930 Les mêmes licences étaient accordées aux chrétiens résidents. Tout d'abord aux mercenaires du Sultan, milice qui avait été créé dès le , ensuite au corps consulaire. Au début du , les membres du Consulat de Gênes avaient des fondouk à Ceuta, Arzila, Larache, Salé et Anfa. Les tavernes qui s'y trouvaient vendaient du vin en provenance des pays de la Méditerranée septentrionale. Dans les statuts de Marseille, en date de 1228, il est fait état des Manduel qui vendent du vin de Provence à Ceuta. Léon l'Africain, au , évalua à deux-cents le nombre de ces débits de boisson à Fès. Il avait aussi constaté que

Dans le Maroc portugais ( - ), les Portugais plantèrent de la vigne lors de leur installation à Azemmour, Safi et El Jadida, préfiguration des vignobles actuels des DoukkalaRobert Ricard, Études sur l'histoire des Portugais au Maroc, 1957, sur le site www.persee.fr.

Pour la communauté juive marocaine, la production de vin perdura jusqu'au . La vigne était menée en hautain dans les jardins. Il a cependant été signalé qu'à la fin du protectorat la qualité de ce vin casher laissait beaucoup à désirer :

Période moderne thumb|Vin importé du Maroc et mis en bouteille par un négociant de Château-Gontier, années 1920 Avec la colonisation du , les Français développèrent la viticulture au Maroc comme en Algérie et en Tunisie. Le phylloxéra ayant ravagé la plus grande partie des vignobles européens dès 1875, des vignobles furent créés en Afrique du Nord par des négociants français pour s'approvisionner en vin. Ils furent rapidement rejoints par leurs confrères espagnols et italiens.

Au Maroc, le choix des terres fut prépondérant et les vignes plantées dans les terres sableuses des régions de la Chaouïa, des Trifas, des Sahels. résistèrent à la maladie, l'insecte ne pouvant vivre dans le sable. Quelques cépages français furent greffés, la culture devient intensive et, dès 1880, des bateaux entiers arrivèrent en Europe chargés de raisinsLes vins du Maroc sur le site g26.ch. C'est à partir de 1905 que les premiers pinardiers partis de Casablanca déchargèrent dans les ports européens.

Quatre cépages avaient été sélectionnés comme étant les plus adaptés aux terroirs pour produire les vins désirés. Il s'agissait du Grenache, du Carignan, du Cinsault et de l'Alicante Bouschet. Ce fut le début de la production de masse de la viticulture marocaine et l'époque des vins médecins à fort degré et utilisés dans les coupages. Avant la Première Guerre mondiale, étaient cultivés en vigne, celle-ci leur offrit un large débouché.

La production était alors axée sur le volume bien plus que sur la qualité, beaucoup de vins du Maroc étant envoyés vers le Languedoc afin d'enrichir en alcool la production de masse des vins de table de cette région vinicole. D'où le choix des cépages du Midi et d’Espagne, gros producteurs, introduits par les colons.

Période contemporaine upright=0.8|thumb|left|AOG Beni M'tir rosé

En 1923, la société belge Cockerill créa près de Ben Slimane, dans la région de Casablanca, le Domaine des Ouled Thaleb. Sa première vendange eut lieu en 1927.

Après un recul entre 1935 et 1945, la viticulture marocaine connut une forte expansion au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La superficie plantée en vignes passa d'environ en 1946 à près de en 1956, tandis que la production de vin augmenta de à environ . Un accord conclu avec la France en 1948 permit alors l'entrée annuelle d'un million d'hectolitres de vin marocain en franchise de droits.

Le Maroc recouvra son indépendance en 1956 ; la France la reconnut officiellement le 2 mars de cette année. La reprise par l'État des propriétés agricoles détenues par des Européens ne fut toutefois pas immédiate : elle s'effectua en plusieurs étapes, une opération majeure de récupération des terres encore détenues par des étrangers ayant lieu en 1973. La gestion des vignobles ainsi transférés à l'État fut alors confiée à la SODEA.

Le départ d'une grande partie des propriétaires et des ouvriers viticoles européens contribua à désorganiser la production et à réduire la consommation intérieure. Celle-ci passa d'environ hectolitres en 1956 à moins de hectolitres après l'indépendance. Les débouchés français se contractèrent également : en 1967, la France supprima le contingent d'un million d'hectolitres admis en franchise. Les exportations marocaines diminuèrent ainsi de en 1959 à environ hectolitres en 1968.

Le traité de Rome de 1957 n'avait pas lui-même interdit le coupage des vins communautaires avec les vins marocains : un protocole annexé permettait à la France de maintenir les préférences qu'elle accordait aux produits originaires du Maroc. En 1967, un arrêt du Conseil d'État, rendu à propos de vins marocains, confirma en revanche l'interdiction de couper des vins français avec des vins étrangers. La contraction de la demande intérieure et des exportations, la perte de savoir-faire et les difficultés de gestion entraînèrent une crise durable, marquée par l'arrachage de vignes et la fermeture de caves.

Au début des années 1990, le roi Hassan II encouragea la relance du secteur en proposant à des entreprises étrangères des baux de longue durée sur des terres viticoles appartenant à l'État. Castel, William Pitters et le groupe Taillan participèrent notamment à ces partenariats, qui favorisèrent la replantation du vignoble, la modernisation des caves et une orientation accrue vers les vins en bouteille.

Au milieu des années 1990, quatre sociétés furent ainsi créées dans le cadre de partenariats comprenant des investisseurs français. En 2004, les trois sociétés encore en activité produisirent ensemble hectolitres, en grande partie exportés en vrac. Pour la campagne 2004-2005, la production nationale atteignit hectolitres ; elle fluctuait alors, selon les années, entre et hectolitres.

Climat thumb|Carte des climats du Maroc left|thumb|221x221px|Le vignoble sous la neige en 2005 Le climat du Maroc peut être divisé en sept sous-zones, déterminées par les différentes influences que subit le pays : influences océaniques, méditerranéennes, montagnardes, continentales et sahariennes.

Principaux cépages cultivés Cépages de cuve Cépages pour les rouges et les rosés : Cinsault, Carignan, Alicante Bouschet, Grenache, Cabernet-sauvignon, Merlot, Syrah, Tempranillo, Mourvèdre.

Cépages pour les blancs : Grenache blanc,Chardonnay, Sauvignon, Vermentino, Ugni blanc, Clairette, Muscat, Viognier, "Faranat" de Tunis, Bourboulenc, Roussanne. Les quatre principaux cépages de cuve au Maroc en 2002État actuel du vignoble marocain Rang Cépage Couleur Superficie (%) 1Cinsault Noir 37,2 2Carignan Noir 16,0 3Alicante Bouschet Noir 10,9 4Grenache Blanc 802 7,6

La gestion de la SODEA La SODEA (Société de Développement Agricole) est mise en place par l'État marocain en 1972SODEA. Sa mission est de gérer le patrimoine vitivinicole, une vingtaine de caves, et de développer la viticulture. Ces objectifs sont mis à mal en 1979 par le gouvernement lui-même. Celui-ci décide une forte augmentation de la taxe de consommation intérieure. Les ventes locales diminuent de moitié et tombent à . Cette situation va perdurer jusqu'en 1999. Durant cette période le vignoble passe de à . Encépagement du vignobledans le dernier quart du Cinsault Carignan AlicanteBouschet Grenache Cabernet Syrah Autres Pourcentage 43 % 25 % 10 % 9 % 2 % 1 % 10 % Plus aucun investissement n'est fait dans le vignoble subsistant dont les cépages ne sont plus adaptés au marché et les vignes trop vieilles voient baisser leurs rendements. Cette situation créée par une fiscalité prohibitive et une réglementation stricte est aggravée par la sécheresse, la pluviométrie diminuant de 25 %. Répartition selonl'ancienneté des vignes plus de 35 ans entre 35 et 20 ans entre 20 et 6 ans moins de 6 ans Pourcentage 43 % 7 % 36 % 14 % La gestion de la SODEA en subit le contre-coup. Ses investissements dans les groupes froids nécessaires aux vinifications et les installations de systèmes d'irrigation indispensables aux vignes sont minimes. Endettée, elle est contrainte d'abandonner son monopole sur la production vinicole et ne conserve qu'une demi-douzaine de caves soit 50 % de la production marocaine.