Trapani (, du grec ancien : via le ), ou Drépane, est une ville italienne de 54 679 habitants située dans le libre consortium municipal dont elle est le chef-lieu, à la pointe occidentale de la Sicile, face aux îles Égades.

Elle est renommée pour avoir développé dans ses marais salants l'extraction et la commercialisation du sel, en relation avec sa position naturelle en bordure de la mer Méditerranée, et pour son port, qui servait dans l'Antiquité de débouché commercial à la cité d'Éryx (Erice), perchée sur le mont qui domine Trapani, avec son fameux sanctuaire d'Aphrodite. Les autres activités de la ville sont principalement la pêche, notamment celle du thon, l'extraction et le commerce du marbre, ainsi que le travail du corail.

Géographie Situation vignette|Plage, au pied de la vieille ville. Située à l'extrême ouest de la Sicile, entre des villages de tradition marine ancienne et des plages, Trapani est située à 150 km des côtes de l'Afrique.

À la préhistoire, le site de Trapani était une succession d'îlots et de rochers qui furent progressivement transformés en une langue de terre continue, jusqu'à former la péninsule en forme de faucille telle qu'elle existe de nos jours.

Par-delà sa forme, Trapani surprend par sa situation, entre mer et montagne, au pied du mont Éryx et sur les rives de la Méditerranée d'où surgissent les îles Égades : île de Favignana, île de Levanzo et île de Marettimo.

À proximité de la ville se trouvent les « salines », qui sont des marais salants toujours actifs dans la production de sel et qui se colorent du bleu au rose suivant la lumière. Face à Trapani s'élève l'archipel des Égades, la plus grande réserve marine d'Europe, entouré d'une mer transparente et peuplé de villages animés. Entre Trapani et Marsala, dans la lagune du Stagnone, se côtoient archéologie et sports de mer. À l'est de Trapani, le mont Cofano, montagne impressionnante en forme de pyramide, jette dans la mer des plages de rochers et abrite également une réserve.

Climat Le climat de Trapani est méditerranéen.

Toponymie Le nom de Trapani vient du grec ancien , Δρέπανον qui signifie « faucille », probablement à cause de la forme de sa ligne côtière.

Histoire

Mythes fondateurs Deux légendes font référence à la fondation de Trapani dans la mythologie gréco-romaine. Selon la première, Trapani serait née de la chute d'une faucille des mains de la déesse de la prospérité Déméter (ou Cérès), partie à la recherche de sa fille Perséphone (Proserpine), enlevée par le dieu des enfers Hadès (Pluton) près du lac de Pergusa. Une deuxième légende raconte que Cronos (Saturne), titan primordial, tua son père Ouranos (Uranus) avec une faux qui, en lui tombant des mains, se posa sur la mer et donna naissance à la ville. Saturne était dans l'Antiquité le saint patron de Trapani, et l'on peut admirer encore aujourd'hui une statue qui le représente sur la fontaine de la piazza Saturno, dans le centre historique.

Dans l'Énéide de Virgile, c'est là qu'Anchise, père d'Énée, meurt lors de son périple de Troie jusqu'en Italie.

Antiquité

Trapani est reconnue dans l'Antiquité comme port de la forteresse-temple élymo-punique d'Éryx (Erice). Le village et son port existent cependant bien avant l’arrivée de ces derniers, puisqu'ils sont fondés par des populations sicanes vers le À la même époque, Éryx est fondée par les Élymes, un peuple d'origine troyenne, alors que les Phéniciens créent le comptoir de Motyé. Le village sicane est fortifié et agrandi grâce à l'apport des populations d'Éryx par le général carthaginois Hamilcar Barca en 260 av. J.-C., qui reconnaît l'intérêt stratégique de sa position, proche de l'Afrique.

Durant la première guerre punique, en , Drépane, tenue par les Carthaginois, est assiégée du côté terrestre par les Romains sous le commandement du consul Publius Claudius Pulcher. Tandis qu'elle est, avec Lilybée, l'ultime bastion de Carthage sur l'île, l'amiral Adherbal y mouille sa flotte afin de surveiller les opérations ennemies. La tentative romaine d'attaque navale du port se solde par l'anéantissement de leur flotte (bataille de Drépane). Drépane, défendue par Hannon le Grand, résiste au siège terrestre du consul Caius Lutatius Catulus jusqu'à la fin de la guerre sans toutefois parvenir à le briser et n'est cédée qu'en aux Romains par traité, malgré sa supposée conquête par le dictateur Aulus Atilius Calatinus, de nature brève, si tant est qu'elle ait réellement eu lieu. La tentative d'Hamilcar Barca de s'en réemparer se solde par une défaite décisive à la bataille des îles Égades. La cité se dépeuple alors.

Passée sous domination romaine, son nom est latinisé en Drepanum. Elle redevient une ville commerciale dotée d'une certaine importance grâce à ses salines et à son corail, dont la haute réputation est mentionnée par Pline l'Ancien. Cicéron et Pline la qualifient de municipe romain, statut que confirment les itineraria du , dont la Table de Peutinger.

Moyen Âge Les Arabes, rendus maîtres de la ville sur les Byzantins en 831, relancent l'activité du port. Le comte normand Roger prend la place en 1077. La ville se dote d'une mosquée (construite au et détruite au siècle suivant) et autres lieux musulmans.

Lors des Vêpres siciliennes, Pierre III d'Aragon y accoste le pour devenir roi de Sicile. Il y fait construire un nouveau quartier le long de deux nouvelles rues droites : la Rua Nova et la Rua Grande.

La population de Trapani croit au par l'installation d'habitants provenant de Monte San Giuliano, de Marsala et de Messine. Trapani profite un temps d'être le port sicilien le plus proche de l'Espagne, attirant les Génois, mais perd rapidement une partie de son trafic à cause de la découverte des nouvelles routes maritimes.

Temps modernes Charles Quint, en visite à Trapani en août 1535, fait de la ville la « clé du royaume » et la fortifie contre les pirates et corsaires. La population poursuit sa progression, passant de en 1570 à en 1798, malgré une chute dans la première moitié du .

Dès la fin du Moyen Âge, Trapani devient le plus fameux des centres de production d'œuvres en corail, « par sa qualité et sa finesse d'exécution. La ville doit son essor à la cour du vice-roi qui commande aux artisans toutes sortes de fantaisies. La production de Trapani se caractérise par l'emploi de petits éléments de corail sculptés de différentes formes, montés ensuite sur des supports de cuivre doré et parfois associé à des émaux afin d'obtenir des effets variés. Par sa position géographique et ses riches ressources naturelles incluant de grands récifs coralliens, Trapani devient l'un des principaux ports commerciaux de la Méditerranée. La croissance d'une classe prospère de marchands, alliée à un riche clergé, contribue au développement à grande échelle de l'orfèvrerie et du travail du corail dès le . L'installation en 1628 dans la ville de la guilde des artisans du corail, l'Arte dei corallari, témoigne de la forte demande pour ces objets. Les objets en corail, majoritairement religieux, tels que les crucifix, les capezalle, les monstrances, les objets et vêtements liturgiques, les bénitiers et les autels, étaient surtout acquis par les trésors des églises, tandis que les objets profanes, tels que les cadres de miroir, les tazze ou les vases, les objets usuels ou le mobilier miniature étaient acquis par les cours et les membres de la noblesse. Le corail, considéré comme précieux et rare au , était offert en tant que cadeau diplomatique à travers les cours européennes »Marc-Arthur Kohn, Catalogue Drouot, Paris Hôtel Drouot, 12 février 2021, p. 72. vignette|Trapani sur une illustration de 1647. Entre 1558 et 1727, la principale source de richesse non agraire est l'exploitation des salines. Le commerce du sel et les salaisons des pêcheries de thon intéressent Venise après la perte des salines de Chypre en 1570. Les documents historiques datés des années 1603-1605 révèlent que Trapani fournit à cette époque du vin à Marsala, importe du sel gemme de Termini Imerese (plus adapté à l'élevage et à la production fromagère que le sel marin) et qu'y décline le commerce d'esclaves : en 1589, on compte 80 esclaves mâles baptisés et 12 maures à Trapani contre 65 chrétiens et 24 maures en 1607. Entre 1600 et 1630, les navires et marchands étrangers sont principalement ragusins, français, génois et napolitains. À cette époque, l'importante production laitière permet l'envoi de 80 tonnes de fromage dans le reste de l'île, notamment à Messine. La politique fiscale empêche en revanche l'exportation de sel.

Entre 1743-1751, le commerce du sel y est surtout l'affaire des Napolitains et des Génois, et dans une moindre mesure celle de Français, d'Anglais et de Vénitiens. Durant la période 1797-1799, le commerce de cendre de soude prend fin face à la concurrence de la production chimique, tandis que l'exportation de sel s'accroît.

En 1818, le gouvernement du royaume des Deux-Siciles doit remiser son projet d'accaparement des salines, peu employeuses de main-d’œuvre mais profitables pour leurs propriétaires, face à l'opposition de ceux-ci, majoritairement aristocrates, parfois institutions ecclésiastiques, et bourgeois pour un seul d'entre eux.

Époque contemporaine vignette|Trapani et le mont Éryx en 1914. En 1860, Garibaldi débarque près de Trapani avec ses chemises rouges dans le cadre de ses opérations militaires pour l'unification italienne.

Le , la ville est le théâtre d'une émeute pro-française. Des manifestants hissent le drapeau français sur les édifices publics puis proclament la déchéance de la maison de Savoie et l'adhésion de la ville à la République française. L'armée ramène l'ordre dans la soirée. La presse italienne attribue le désordre aux mafiosi, édition du 11 juin 1906..

Après la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle Trapani a été lourdement bombardée, la ville est un important centre mafieux. Trapani profite de l'argent du trafic de drogue entre la Sicile et les États-Unis au point qu'au début des années 1980, on convertit plus de dollars en lires à Trapani qu'à Milan et Gênes réunies. À cette époque, la ville de 68 000 habitants compte 23 instituts bancaires (dont la Banca Sicula de la famille D'Ali Staiti), 120 distributeurs de billets, plusieurs loges maçonniques permettant les contacts réguliers entre les chefs mafieux et les hommes politiques et fonctionnaires.

Le substitut du procureur de la République de Trapani, Giangiacomo Ciaccio Montalto, est tué dans sa voiture le 25 janvier 1983 puis, son successeur, Carlo Palermo est grièvement blessé le 2 avril 1985, dans l'attentat qui le vise et tue trois personnes. Le 14 septembre 1988, la mafia tue Alberto Giacomelli, président du tribunal de Trapani à la retraite.

Le Centro Studi Scontrino est démantelé le comme siège de sept loges maçonniques secrètes (Isis, Isis 2, Hiram, Cafiero, Ciullo d'Alcamo, Osiris et Loggia C). Inaugurée en 1980 par le vénérable maître de la loge maçonnique P2 Licio Gelli, la loge Scontrino regroupait plus de 200 membres, parmi lesquels des fonctionnaires municipaux, provinciaux et préfectoraux, des policiers, des chefs d'entreprises, des élus et des chefs mafieux de toute la province de Trapani. Seul son directeur et son adjoint sont inquiétés par la justice. Une antenne de Gladio, dénommée Centro Scorpione, existait également à Trapani.

Une partie du territoire de la commune est détachée par la loi régionale du 10 février 2021, publiée le 19 février, pour créer la commune de Misiliscemi.

Héraldique gauche|vignette|Blason de la ville de Trapani. Les armoiries de la commune de Trapani se blasonnent ainsi : :De rouge, au pont à trois arches, le dernier incomplet, soutenant cinq tours, desquelles la seconde est plus haute, le tout d'or, cerné de noir, posé sur une mer fluctueuse d'azur et d'argent, et surmonté d'une faucille d'or, posée en fasce, avec la poignée à droite et la pointe tournée vers la pointe de l'écu.Décret du 11 août 1928