La présidence de Franklin Delano Roosevelt débuta le , date de l'investiture de Franklin Delano Roosevelt en tant que président des États-Unis, et prit fin à la mort de ce dernier le . Membre du Parti démocrate, Roosevelt accéda à la présidence dans une Amérique frappée par la Grande Dépression. Après avoir remporté une victoire écrasante sur son rival républicain, le président sortant Herbert Hoover, il fut réélu pour trois mandats consécutifs et devint un acteur central de la scène internationale au cours de la Seconde Guerre mondiale. Son programme d'aide sociale, de réformes et de redressement économique, baptisé le New Deal (), déboucha sur un rôle considérablement accru du gouvernement fédéral en matière de régulation de l'économie. Sous son autorité, le Parti démocrate construisit une « coalition du New Deal » composée de syndicats, de grandes villes, d'ethnies blanches, d'Afro-Américains et de sudistes blancs ruraux qui transforma radicalement la vie politique américaine dans les décennies suivantes sous l'ère du cinquième système des partis et qui jeta les bases du libéralisme américain contemporain.
Durant les cent premiers jours de son mandat, Roosevelt fit voter des réformes législatives d'une ampleur sans précédent et ratifia toute une série d'ordres exécutifs visant à instaurer le New Deal. Cette politique se traduisit par des mesures permettant de venir en aide aux catégories les plus démunies (emplois publics pour les chômeurs), de relancer la croissance économique et de modifier les réglementations vis-à-vis du secteur financier, des banques et des transports. Après la victoire de son parti aux élections de mi-mandat en 1934, Roosevelt fit adopter une autre série de lois fédérales qui furent à l'origine de la sécurité sociale, de la mise en place de l'assurance chômage et du « bureau national pour les relations au travail » (National Labor Relations Board). Une fois réélu, Roosevelt chercha à agrandir la Cour suprême mais sa proposition fut rejetée par le Congrès. Le président fut également moins heureux dans l'application de son agenda législatif pour ce second mandat, une coalition conservatrice bipartite bloquant la plupart de ses projets de loi, à l'exception de la loi sur les normes du travail équitable (Fair Labor Standards Act). Lorsque la guerre éclata et que le chômage fut pratiquement résorbé, le Congrès supprima les principaux dispositifs d'aides sans pour autant abroger de nombreux autres programmes et agences créés par le New Deal.
La situation internationale se dégrada progressivement dans les années 1930 en raison de l'attitude belliqueuse du Japon, de l'Italie et de l'Allemagne nazie. Bien que la plupart des Américains fussent farouchement isolationnistes, Roosevelt apporta un soutien diplomatique et financier à la Chine, au Royaume-Uni, à la France et à l'URSS, notamment grâce à la loi Prêt-Bail. Les États-Unis entrèrent dans la guerre après l'attaque par le Japon de la base navale américaine de Pearl Harbor. Aidé de son principal conseiller Harry Hopkins et bénéficiant d'un large soutien populaire, Roosevelt travailla en étroite collaboration avec le Premier ministre britannique Winston Churchill, le dirigeant soviétique Joseph Staline et le généralissime chinois Tchang Kaï-chek à la tête des Alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Il supervisa la mobilisation de l'économie américaine en soutien de l'effort de guerre, cette dernière mettant fin au chômage de masse qui subsistait depuis la Grande Dépression. Roosevelt mit par ailleurs en œuvre une stratégie militaire sur deux fronts qui se solda par la défaite des puissances de l'Axe et par le développement de la première bombe nucléaire au monde. Sa santé déclina toutefois fortement pendant le conflit et il mourut en . Sa disparition intervint quelques mois avant la fin des hostilités, mais ses efforts en faveur de la reconstruction du monde d'après-guerre contribuèrent de façon décisive à la création des Nations unies et à la ratification des accords de Bretton Woods. Roosevelt fut remplacé par le vice-président Harry S. Truman qui présida à la fin de la guerre en .
Sous la présidence de Roosevelt, le Parti démocrate revint au premier plan de la scène politique et les États-Unis connurent une période de prospérité ; en outre, deux adversaires majeurs, l'Allemagne et le Japon, furent vaincus militairement durant cette période. Roosevelt est généralement considéré par les universitaires, les historiens et le grand public comme l'un des trois plus grands présidents américains, aux côtés d'Abraham Lincoln et de George Washington.
Élection présidentielle de 1932
vignette|Discours de Roosevelt à la convention démocrate de 1932, à la suite de sa désignation comme candidat du parti à l'élection présidentielle.
Après la sévère crise économique consécutive au krach boursier de 1929, bon nombre de démocrates espéraient assister, lors de l'élection présidentielle de 1932, à la première victoire d'un candidat de leur camp depuis 1916. Le gouverneur de New York Franklin Delano Roosevelt, triomphalement réélu à ce poste en 1930, s'affirma très vite comme le principal prétendant à l'investiture démocrate. Avec l'aide de Louis Howe et de James Farley, Roosevelt rallia tout à la fois une partie de ceux qui avaient soutenu les réformes progressistes de l'administration Wilson et une frange de l'électorat conservateur, ce qui lui permit de s'implanter solidement dans le Sud et l'Ouest. La principale opposition à la candidature de Roosevelt émanait des progressistes du Nord-Est comme Al Smith, un ancien allié de Roosevelt qui avait été choisi pour représenter le Parti démocrate lors de l'élection présidentielle de 1928. L'objectif de Smith était d'empêcher son rival de rassembler la majorité des deux tiers nécessaire pour décrocher la nomination et de lui ravir l'investiture à l'issue d'un scrutin à rallonge.
Roosevelt arriva à la convention du parti avec une avance confortable en termes de délégués compte tenu de sa victoire aux primaires démocrates mais la plupart des délégués ne savaient pas encore pour quel candidat ils allaient voter. Au premier tour de scrutin, plus de la moitié des délégués se prononcèrent en faveur de Roosevelt, qui rata ainsi de peu la majorité des deux tiers, tandis que Smith arrivait loin derrière en deuxième position. Le président de la Chambre des représentants John Nance Garner, qui contrôlait les votes des délégations du Texas et de la Californie, apporta son soutien à Roosevelt après le troisième tour de scrutin et ce dernier rafla la nomination au tour suivant. Garner fut ensuite désigné pour briguer la vice-présidence. Sitôt informé de sa victoire, Roosevelt s'envola de New York pour se rendre à la convention et fut, ce faisant, le premier candidat présidentiel d'un grand parti à accepter l'investiture en personne.
vignette|Résultats de l'élection présidentielle américaine de 1932.
L'adversaire de Roosevelt au scrutin général était le président républicain en exercice Herbert Hoover. Dans une campagne qui le mena d'un bout à l'autre du pays, Roosevelt promit d'accroître le rôle du gouvernement dans l'économie et d'abaisser les droits de douane dans le cadre d'un programme connu sous le nom de New Deal (« Nouvelle donne »). De son côté, Hoover affirma que l'effondrement de l'économie était en grande partie dû à des causes extérieures et il accusa Roosevelt de s'ériger en apôtre de la lutte des classes. Le président, dont le marasme économique avait déjà fait chuter la popularité, vit ses chances de réélection se réduire comme peau de chagrin à la suite de la marche de la Bonus Army qui se solda par la répression brutale de plusieurs milliers d'anciens combattants venus réclamer une revalorisation de leur pension.
Le jour de l'élection, Roosevelt arriva en tête avec 472 votes de grands électeurs (sur 531) et du vote populaire, ce qui fit de lui le premier démocrate à remporter la majorité des suffrages populaires depuis 1876 ; en outre, il réalisa le plus gros score d'un candidat démocrate depuis la création du parti en 1828. Lors des élections législatives qui se déroulèrent à la même période, les démocrates prirent le contrôle du Sénat et consolidèrent leur majorité à la Chambre. Même si les sudistes conservateurs étaient surreprésentés parmi les chefs du parti au Congrès, près de la moitié des élus du Congrès ne siégeaient que depuis 1930 et nombre de ces parlementaires étaient désireux de lutter efficacement contre la Grande Dépression, même au prix d'une remise en cause de l'orthodoxie politique qui avait prévalu jusqu'alors. Au cours des quatre mois qui s'écoulèrent entre l'élection de Roosevelt et l'inauguration de ce dernier, marqués par une aggravation de la crise économique, Hoover tenta d'associer son successeur à certaines de ses politiques mais les discussions entre les deux hommes ne débouchèrent sur aucune collaboration concrète. Le , alors en déplacement à Miami, le président-élu fut victime d'une tentative d'assassinat dont il réchappa indemne mais qui coûta la vie au maire de Chicago Anton Cermak.
Investiture
vignette|Investiture de Franklin D. Roosevelt devant l'aile Est du Capitole, le 4 mars 1933.
Roosevelt fut investi en tant que président des États-Unis le , sous l'autorité du juge en chef Charles Evans Hughes.. Dans son discours inaugural, Roosevelt attribua la responsabilité de la crise aux banquiers et aux financiers, à la quête effrénée du profit et au ressort fondamentalement égoïste du capitalisme :
Au soir de l'investiture de Roosevelt, les banques de 32 des 48 États ainsi que celles du district de Columbia avaient fermé leurs portes..
Composition du gouvernement
Roosevelt composa son gouvernement durant la période qui sépara son élection de son investiture. Son premier secrétaire d'État fut Cordell Hull, un célèbre homme politique du Tennessee qui avait siégé dans les deux chambres du Congrès. Même si Hull ne revendiquait aucune expertise dans le domaine de la politique étrangère, il était depuis longtemps favorable à une réduction des droits de douane, jouissait du respect des autres sénateurs et ne nourrissait aucune ambition pour la présidence. Le premier cabinet Roosevelt était, en outre, composé de plusieurs républicains éminents tels que le secrétaire au Trésor William H. Woodin, un industriel qui entretenait de bonnes relations avec le président, le secrétaire à l'Intérieur Harold L. Ickes, un républicain progressiste qui joua un rôle important dans la mise en œuvre du New Deal, et le secrétaire à l'Agriculture Henry Wallace qui avait participé à la campagne de Roosevelt en tant que spécialiste des questions agricoles. Roosevelt nomma également à la tête du département du Travail Frances Perkins qui fut la première femme membre d'un cabinet présidentiel. Farley, nommé ministre des Postes, se chargea de distribuer de nombreux postes de l'administration à des militants démocrates en vertu de ses pouvoirs de patronage ; quant à Howe, il servit Roosevelt en qualité de secrétaire particulier jusqu'à sa mort en 1936. Le candidat initial pour le poste de procureur général, le sénateur du Montana Thomas J. Walsh, mourut peu avant l'investiture de Roosevelt et fut remplacé au pied levé par Homer S. Cummings.