Robert Schuman (), né Jean-Baptiste Nicolas Robert Schuman le à Luxembourg (Luxembourg) et mort le à Scy-Chazelles (Moselle), est un homme d'État français. Sous-secrétaire d'État pendant la Troisième République puis ministre pendant la Quatrième République, notamment aux Affaires étrangères et président du Conseil des ministres à deux reprises, Schuman a exercé par ailleurs les fonctions de président du Parlement européen.
Il est considéré comme l'un des pères fondateurs de la construction européenne aux côtés de Jean Monnet, Walter Hallstein, Konrad Adenauer, Johan Willem Beyen, Paul-Henri Spaak, Joseph Bech et Alcide De Gasperi.
L'Église catholique a entamé le procès canonique en vue de sa béatification. Le , il est déclaré vénérable par le pape François.
Biographie Enfance vignette|upright=0.8|Maison natale de Robert Schuman à Clausen, un quartier de la ville de Luxembourg. Le père de Robert Schuman, Jean-Pierre Schuman (1837-1900), est né Français de langue luxembourgeoise. à Évrange, un village lorrain à la frontière franco-luxembourgeoise. En 1871, après l'annexion d'une partie de la Lorraine par l'Allemagne, il devient Allemand. La mère de Robert Schuman, Suzanne Eugénie Duren (1864-1911)., une Luxembourgeoise née à Bettembourg, acquiert la nationalité allemande lors de son mariage avec Jean-Pierre Schuman. Bien qu'il soit né à Clausen, un faubourg de la ville de Luxembourg où sa maison natale existe toujours, à moins de du bâtiment du secrétariat général du Parlement européen qui porte son nom, Robert Schuman est Allemand de naissance. en tant que citoyen du Reichsland d'Alsace-Lorraine.
Le jeune Robert Schuman fréquente l'école primaire et secondaire (l'Athénée) dans la capitale du Grand-Duché, où il apprend notamment le français, sa langue maternelle étant le luxembourgeois, sa deuxième l'allemand standard. Puisque le diplôme luxembourgeois n'est pas reconnu en Allemagne, il passe, en 1904, son Abitur (baccalauréat) au Lycée Impérial de Metz, alors ville allemande.
Son père étant mort en 1900 alors qu'il n'avait que 14 ans, Robert Schuman vit douloureusement la mort de sa mère en 1910. À 24 ans, n'ayant plus ni père ni mère, le jeune homme songe un moment au sacerdoce avant d'y renoncer sur les conseils d'un ami. Il poursuit alors ses études supérieures de droit en Allemagne à Bonn, Berlin, Munich et Strasbourg, puis ouvre un cabinet d'avocat à Metz, en . Parallèlement à ses études, il s'investit à la Conférence Olivaint dont il demeure un fidèle compagnon de route.
Première Guerre mondiale En 1913, il préside la partie francophone du grand rassemblement laïc catholique, le Katholikentag, tenu à Metz en présence de l'empereur Guillaume II et du cardinal Vanutelli, mandaté par le pape Pie X. Un an plus tard, la Première Guerre mondiale éclate. Bien que réformé de l'armée en 1908 pour raisons médicales., il est incorporé comme simple soldat dans l'armée allemande en 1914 et affecté en 1915 à l'administration territoriale (Kreis) à Bolchen, devenue Boulay.
Huit jours après l'Armistice, le , les troupes françaises entrent dans Metz et il faut changer l'administration et les structures politiques locales. Robert Schuman devient alors membre de la commission municipale de Metz. C'est ainsi qu'il entre à dans la vie politique..
Entre-deux-guerres vignette|upright=0.8|Portrait de Robert Schuman, député de la Moselle (1929). Par le traité de Versailles, l'Alsace-Lorraine redevient française à l'été 1919. Le district de Lorraine (Bezirk Lothringen) devient le nouveau département de la Moselle, dont Metz reste la préfecture, bien différent de l'ancien département qui avait existé entre 1790 et 1871. Schuman, devenu citoyen français, est candidat de l'Union républicaine lorraine, il est élu lors des élections de comme député de la Moselle et fait son entrée au Parlement.
Lors des débats à l'Assemblée sur l'introduction intégrale du droit français en Alsace-Moselle, il milite pour le maintien du concordat et du statut scolaire. À l'été 1924, il parle au nom de 21 députés alsaciens et mosellans sur 24 ; le il avertit : . Le lendemain, le quotidien Le Lorrain (Metz), estime que .
En , il affirme son rejet de l'école laïque républicaine dans la revue Notre Droit : ..
Robert Schuman prend ses distances avec la mouvance autonomiste et œuvre pour une solution mixte qui favorise l'assimilation juridique progressive en conservant des dispositions essentielles aux yeux des Alsaciens-Mosellans. Il cultive les relations avec les Alsaciens et relativise la critique d'une domination alsacienne dans le Reichsland. Surtout, il s'allie avec le syndicaliste alsacien Henri Meck, fondateur des syndicats chrétiens et député de Molsheim., qui connaît bien la Moselle. Le compromis accepté par le Parlement donne naissance au droit local en Alsace et en Moselle en tant que dispositif particulier au sein du droit français.
Il siège en tant que député jusqu'en 1940. Il est membre de la commission de législation civile et criminelle de 1919 à 1929 et de 1939 à 1940, de la commission d’Alsace-Lorraine de 1919 à 1940, secrétaire de cette commission de 1920 à 1927, vice-président de 1927 à 1929, président de 1929 à 1936. À partir de 1936, il siège au conseil général de la Moselle pour le canton de Cattenom.
Seconde Guerre mondiale En 1938, la crainte d'une nouvelle guerre « fratricide » lui fait accueillir positivement les accords de Munich mais la Seconde Guerre mondiale éclate en . En , dans la mesure où il est un élu mosellan, Robert Schuman est nommé sous-secrétaire d'État aux réfugiés dans le gouvernement Reynaud.. Après l'offensive allemande du , Robert Schuman estime dès le qu'il .. Le , il est confirmé à son poste de sous-secrétaire d'État et fait ainsi partie du Gouvernement Pétain. Le , il vote pour les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.. Toutefois, il ne siège pas dans ce gouvernement et en démissionne deux jours plus tard..
La Moselle est annexée de fait par le Reich nazi quelques jours plus tard, intégrée au Gau Westmark et Robert Schuman, rentré en Moselle, est arrêté par la Gestapo et mis au secret dans la prison de Metz, avant d'être transféré à Neustadt en Rhénanie-Palatinat le , grâce à un allègement de ses conditions de détention obtenu par Heinrich Welsch.
Durant son assignation en résidence surveillée, il s'entretient avec ses visiteurs en luxembourgeois, de façon qu’on ne puisse pas suivre ses conversations.
Âgé de 56 ans, il s'évade et réussit à rejoindre la zone libre dans la Vienne le , en franchissant la ligne de démarcation à Vernon après avoir passé dix jours à l'abbaye de Ligugé. Il passe également par la Trappe de Notre-Dame-des-Neiges, en Ardèche. Il s'installe à Lyon où vivaient beaucoup de Mosellans expulsés. Par l'intermédiaire de son ami le commissaire de police Charles-Albert Watiez, il garde un contact étroit avec beaucoup de réfugiés et il participe au comité lorrain qui se met en place à Lyon avec Robert Sérot, Gabriel Hocquard, Ségolène de Wendel, Paul Durand, le docteur Melchior et René Jager..
Libération et épuration À la Libération, le ministre de la Guerre, André Diethelm, exige que en parlant de Schuman.. Cette qualification vient de son vote du et comme . Son vote des pleins pouvoirs à Pétain le met sous le coup de l'inéligibilité automatique. prévue par l'ordonnance du et, comme ancien ministre de Pétain, il est frappé . Soucieux de reprendre des responsabilités politiques, il finit par écrire au général de Gaulle, le , pour lui demander de revenir sur cette décision. Des alliés de Schuman interviennent auprès du chef du gouvernement provisoire pour appuyer cette demande. Charles de Gaulle décide que l'affaire soit classée.
En effet, le , Schuman avait été reconduit par le maréchal Pétain, sans être consulté, dans les fonctions qu'il occupait au sein du cabinet de Paul Reynaud, démissionnaire.. Quelques jours après cette nomination, Schuman remettait sa démission au gouvernement Pétain, sans y avoir siégé, démission acceptée au moment de la formation du premier gouvernement du régime de Vichy ; membre involontaire d'un cabinet de transition qu'il n'a jamais vu, il subit néanmoins, au lendemain de la guerre, des vexations pour avoir fait partie du gouvernement Pétain.
Le , la commission de la Haute Cour prononce un non-lieu en sa faveur concernant son inéligibilité et Robert Schuman reprend sa carrière dans la politique française.. Il devient le premier parlementaire ayant voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain à devenir ministre après la Libération..
Sous la République, il retrouve son siège de député de la Moselle, de 1946 à 1962. Le , il accueille Winston Churchill à Metz en compagnie du général Gilliot, gouverneur de Metz. Winston Churchill prononce un discours en faveur de l'unité européenne..
Il est ministre des finances en 1946 dans le gouvernement Bidault, puis devient président du Conseil des ministres fin 1947 (MRP) et ministre des Affaires étrangères de 1948 à 1952.. Il est l'un des grands négociateurs de tous les traités majeurs de cette période marquée par la nécessité d'organiser l'Europe de l'Ouest sur les plans politique, économique et militaire avec l'aide des États-Unis (Conseil de l'Europe, pacte de l'Atlantique nord, CECA) et le début de la guerre froide en Europe.
Il est ministre de la justice entre et . Il cosigne alors avec le général Kœnig une circulaire disposant que les plaintes faisant suite à attribuées aux forces de l’ordre soient classées sans suite...
Temps de la construction européenne
Son collaborateur et ami Jean Monnet lui fait part de l'urgente nécessité pour la France de se faire une alliée de l'Allemagne et rédige un projet destiné à donner naissance à une Fédération européenne. Ayant fait accepter le projet en un temps record par les ministres des Affaires économiques du Royaume-Uni, des trois pays du Benelux et de l'Italie réunis dans le plus grand secret à Paris le , puis par Konrad Adenauer auprès de qui il a dépêché un émissaire spécial et enfin par le gouvernement Bidault en conseil des ministres le en fin de matinée., Robert Schuman concrétise l’initiative en proposant par sa déclaration du 9 mai 1950, de placer la production franco-allemande du charbon et de l’acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d'Europe. Suivi de rencontres discrètes, comme à Luxeuil-les-Bains en ., le plan Schuman entraîne la signature du traité de Paris le créant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) qui est à l'origine de l'Union européenne.
Chaque année, le , le Jour de l'Europe commémore ce qui constitue, selon Jacques Delors, le geste politique le plus important de ces dernières décennies.
En 1953, chargé du dossier marocain (le Maroc, comme protectorat, dépendait des Affaires étrangères), Schuman tente de s'opposer à la déposition du sultan Sidi Mohammed, ce qui lui vaut d'être évincé du gouvernement. Le sultan Sidi Mohamed a été déposé le alors que Robert Schuman n'est plus ministre depuis 8 mois.
Dans le cadre de son implication dans la construction européenne, Robert Schuman a des contacts avec le Comité américain pour une Europe unie à partir du début des années 1950 jusqu'en 1960. En 1951, Robert Schuman accepte notamment de participer à une réunion de promotion organisée aux États-Unis par le Comité américain afin de convaincre l'élite américaine de soutenir le fédéralisme européen.
Il est président du Mouvement européen international de 1955 à 1961. Pendant cette période, il est également, de 1958 à 1960, le premier président du Parlement européen, lequel lui décerne, à la fin de son mandat, le titre de « Père de l'Europe ». En 1958, il est lauréat du Prix international Charlemagne d'Aix-la-Chapelle.
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