Le yoga (sanskrit devanāgarī : योग ; « union, joug, méthodeThe Sanskrit Heritage Dictionary de Gérard Huet», ) est l'une des six écoles orthodoxesqui reconnait l'autorité du Veda de la philosophie indienne āstika dont le but est la libération (moksha). C'est une discipline ou pratique commune à plusieurs époques et courants, visant, par la méditation, l'ascèse et les exercices corporels, à réaliser l'unification de l'être humain dans ses aspects physique, psychique et spirituel.
Les quatre voies (mārga) traditionnelles majeures de yoga sont le jnana yoga, bhakti yoga, karma yoga et raja yoga. Elles sont exposées dans des textes tels que la Bhagavad-Gita. C'est entre le et le qu'est codifiée la philosophie du yoga dans les Yoga sūtra, texte de référence attribué à Patañjali, et synthèse de toutes les théories existantes.
Le terme yoga est communément utilisé aujourd'hui, surtout en Occident, pour désigner des formes de plus ou moins dérivées du hatha yoga, et de création contemporaine.. Mais le hatha yoga, dont un des textes classiques, écrit au , est la Hatha yoga pradipika, est seulement une branche du yoga.
En 2014, l'ONU décrète le 21 juin « Journée internationale du yoga », sous l'impulsion du Premier ministre indien nationaliste Narendra Modi..
Ces pratiques font l'objet de diverses critiques, portant principalement sur leur exploitation commerciale dans le monde occidental et le risque de dévoiement sectaire.
Origine et étymologie Le mot yoga se retrouve dans le Rig-Véda dont la composition remonte entre le et Il n’y est toutefois pas employé au sens de la discipline spirituelle, mais dans d’autres sens, tel qu’attelage, etc., bien que certains, comme Tara Michaël, réinterprètent ces termes en ce sens. Ce n'est qu'à partir de certaines Upanishads tardives, telle que la Shvetashvatara-upanishad qu'il est mentionnéMichel Angot, Le Yoga-Sūtra de Patañjali - Le Yoga-Bhāṣsya de Vyasa, . C'est entre le et le qu'est codifiée la philosophie du yoga dans les Yoga sūtra, texte de référence attribué à Patañjali et synthèse de toutes les théories existantes Gerhard J. Bellinger, l'Encyclopédie des religions, ..
Grammaticalement, le mot « yoga » (devānagarī : योग) est, dans la langue sanskrite, un nom masculin construit par adjonction à la racine YUJ- d'une voyelle thématique -a Louis Renou, Grammaire sanskrite élémentaire, page 17, J. Maisonneuve, Paris 1978.. Lorsque cette dérivation primaire s'effectue sur une racine portée au degré plein (dit aussi degré guṇa), elle fournit le thème d'un nom d'action généralement masculin. Portée au degré guṇa, la racine YUJ- devient YOJ-. Les lois phonétiques du sanskrit demandent de prononcer, dans certains cas, la palatale sonore j- sur le point d'articulation de la consonne gutturale sonore g-Jean Varenne, Grammaire du sanskrit, page 37, Presses Universitaires de France, Paris 1971..
Le radical YUJ- devient donc YOG-. Ce radical provient du mot indo-européen *yugóm, lui-même dérivée de la racine *yeug-. En Indo-Européen comme dans la plupart des langues filles, ce mot a gardé son sens originel de joug (par exemple : yukan en hittite, iugum en latin, یوغ en persan, etc.)J. P. Mallory et D. Q. Adams, The Oxford Introduction to Proto-Indo-European and the Proto-Indo-European world, Oxford University Press, page 248.. YOG- permet ensuite différentes dérivations primaires, dont celle du thème nominal yoga-.
Toutefois, dans le recueil paninéen des racines verbales, le dhatu-patha, une autre racine YUJ est donnée, signifiant « repos » (samadhi), c’est celle-ci qui est retenue par le commentateur Vyāsa. Comme l’affirme la définition du Yoga-sutra : « le yoga est l’arrêt (la mise au repos) des mouvements du mental »Y-S I, 1 : « yogaś cittavṛttinirodhaḥ ».
Sémantique La racine sanskrite YUJ- signifie « atteler, unir » ou encore « reposer, arrêter ». Le mot « yoga » a, entre autres (le champ sémantique est très large) en sanskrit, les sens suivants : « 1) action d'atteler ; 2) méthode pour dresser les chevaux ; 3) mode d'emploi, technique ; 4) discipline spirituelle ; 5) râja-yoga ; 6) hatha-yoga ; 7) état d'union ou d'unité de l'être subjectif avec le suprême (selon Shrî Aurobindo) »Jean Hébert et Jean Varenne, Vocabulaire de l'hindouisme, Dervy, 1985, ..
Sous l'influence (entre autres) du vedanta de Shankara, cette racine sera réinterprétée au sens d'« union » entre l'atman et le brahman, alors qu'à l'époque du Yoga-sutra, dualiste, il s'agit au contraire de désunion, la monade spirituelle (purusha) devant s'affranchir définitivement du monde.
Le sens du terme est donc très large en Inde, et ne se limite pas à une pratique sportive ni même méditative : selon la journaliste Marie Kock, dans une enquête sur l'histoire du yoga, . .
Qu'est-ce qu'un yogi ?
Du point de vue hindou, un yogi (sanskrit IAST : yogī) ou yogin (au féminin, yogini) est un ascète pratiquant le yoga qui peut être un samnyâsin, un sâdhu ou un guru. Le terme ne désigne pas une fonction mais une forme d'engagement spirituel ; il est également utilisé dans le bouddhismePar exemple dans le Visuddhimagga. pour désigner celui qui se consacre à l'entraînement mental..
Histoire
Antiquité 150px|thumb|Bhairava, Shiva sous sa forme terrifiante.
À partir des années 1920, une équipe d'archéologues dirigée par John Marshall découvre des ruines sur les bords de l'Indus (Pakistan actuel) de la cité de Mohenjo-daro qui aurait été fondée trois mille ans avant notre ère. Parmi les objets mis au jour lors de ces fouilles, des sceaux illustrés d'un personnage assis en tailleur laissant songer à une posture (asana) du hatha-yoga ont provoqué un débat, sans qu'il y ait la moindre certitude à ce sujet, sur la possibilité que le yoga ait existé à une époque très reculée bien antérieure à ce que l’on croyait, dans la Civilisation de la vallée de l'Indus.
Selon la thèse de l’invasion aryenne, vers le , les Aryens auraient envahi le Penjab, amenant avec eux leur civilisation codifiée dans les Veda, racine de l’Hindouisme auquel se rattachera le yoga. Ils s’imprègnent des traditions autochtones du Nord de l'Inde, notamment les pratiques yogiques, qui selon certains auraient existé originellement chez les InduséensIl faut cependant noter que la théorie de l'Invasion Aryenne est de plus en plus contestée dans les différentes écoles d'historiens contemporains même si elle a été très en vogue au (L'Inde et l'invasion de nulle part, Paris, Les Belles Lettres, 2006, Michel Danino ; Un autre regard sur l’Inde, éd. du Tricorne, François Gautier). Les archéologues et historiens actuels considèrent que l’assèchement de la Sarasvati, dû à des raisons climatiques, a obligé les populations de la civilisation de l’Indus à se déplacer vers l’Est. Pour les rituels de l'époque, . Cette incantation très attentive se retrouve dans le mantra-yoga, et l'attention au geste se retrouve dans les mudrâ, positions codifiées et symboliques des mains. L'immense majorité des indianistes considère toutefois que le Véda date du
Vers le , les Upaniṣad forment le troisième et dernier groupe scripturaire de la révélation védique. L'élan métaphysique franchit ici le cercle restreint de la liturgie et, d'équivalences en équivalences, s'élève jusqu'à la vérité suprêmeDans la Chandogya Upanishad 6. XIV-6 : « Pendant le sommeil, tous les êtres vivants baignent dans le brahman, le Soi unique, mais commun à tous et ils oublient l'être particulier qu’ils se croient être dans l'état de veille. ». Gilles Farcet, Les UPANISHADS Collectif, 125 pages, éditeur : Altess, 1999 . : l'identité de l'âme individuelle (ātman) et de l'âme universelle (brahman), thème qui sera repris un millénaire plus tard dans l'acception védantique du yoga.
Vers les les Yoga sūtra (Y.S.)Précisons que la mention par exemple : Y.S. 2-30, signifie : yoga-sûtra Chapitre II aphorisme 30. et la Bhagavad-Gītā sont rédigés, ils deviendront les textes de référence du yoga.
Yoga sūtra
150px|thumb|Écriture dévanagari.
Cette suite de 195 aphorismes fut codifiée aux environs du par Patañjali. Elle traite de l'univers intérieur de l'homme et des moyens à mettre en œuvre pour se libérer de la nescience (अविद्या avidyā), entraînant la souffrance. Les Yoga sūtra Françoise Mazet, yoga-sutras de Patañjali, éd. Albin Michel, coll. "Spiritualités vivantes", Paris, 1991, 217 p. . codifient la pratique du yoga en quatre chapitres :
Chapitre I, De l'unificationReprise des titres de chapitres de Jean Papin, La Voie du yoga, cf. biblio. infra. s : Samādhi pada. Le premier sutra « Et maintenant voici l’enseignement du yoga »Y. S. 1-1 : Atha yogânushâsanam. est interprété par les commentateurs comme faisant allusion à la chaîne de transmission maître-disciple. ce chapitre définit tout de suite l'objectif du yogaY. S. 1-2 : Le yoga est la cessation des activités du mental qui n'est pas sans surprendre les occidentaux habitués à ne connaitre que la pratique des âsana (postures) : pour Patañjali, il s'agit d'une cessation de l'agitation du mentalY. S. 1-3 : Alors le témoin est établi dans sa vraie nature. Autre formulation : ainsi le Soi se révèle. qui stimule la souffrance et la confusion de l'égo pris pour le SoiY. S. 1-4 : Dans le cas contraire, il y a identification avec l’activité du mental.. Puis il indique les obstacles et les moyens pour les vaincre : finalement, il présente un modèle, et décrit les différents stades du samâdhi.
Chapitre II, Du cheminement : Sādhana pāda. Ce chapitre expose les causes de la souffrance et propose la discrimination comme moyen d'en sortir. Pour développer la discrimination, l'observance simultanée des huit directions de l'ashtanga yoga constitue les fondements de la pratique du yoga.
1- yama : pratiquer les devoirs moraux élémentaires envers les autres comme envers soi-même. 2- niyama : se discipliner et se mesurer dans la pratique quotidienne. 3- āsana : se tenir tranquille de façon stable ; Patañjali ne parle à aucun moment de position particulière, ni assis ni debout. 4- Prāṇāyāma : devenir conscient de la respiration ; Patañjali ne détaille aucun Prāṇāyāma, et ne parle jamais de contrôle du souffle. 5- pratyāhāra : savoir séparer la perception sensorielle de l'objet perçu.
Ces cinq aṅga (membres) constituent les bases du hatha-yoga.
Chapitre III, Des pouvoirs : Vibhūti pāda. Description des trois derniers anga : 6- dhāraṇā : concentration, garder l'esprit concentré, fixé sur un point. 7- dhyāna : méditation profonde, fixer toute la saisie sensorielle au cœur de l'objet perçu (se reporter à méditation). 8- samādhi : contemplation profonde, percevoir les objets et événements hors de toute projection personnelle.
Puis ce chapitre évoque l'accès aux pouvoirs merveilleux (siddhi), et avertit que la quête de ces pouvoirs peut devenir une entrave.
Chapitre IV, De l'émancipation : Kaivalya pāda. Exposé du Karma et de la dualité, puis de la dualité vers l'unité. C'est une reprise approfondie de tous les thèmes déjà exposés vers le détachement ultime qui mène à la libération.
Bhagavad-Gītā
Le plan philosophique est complété par la Bhagavad-Gītā, texte essentiel dans la pensée religieuse hindouiste, qui aborde les différentes voies du yoga et leurs philosophies. Possiblement écrit entre le Robert Charles Zaehner, The Bhagavad-Gita. Oxford University Press. 1973. : , le texte . La Bhagavad-Gītā s'articule en dix-huit sous-chapitres, étant elle-même un des chapitres du Mahābhārata. Le verset 48 du chapitre 2 (Yogasthaḥ kuru karmāṇi « établi dans le yoga, tu peux agir ») constitue l'aphorisme central de la pratique du yoga.
Selon l'indianiste Anne-Marie Esnoul :
Période contemporaine Au milieu du , certains ouvrages occidentaux érudits en langue française commencent à utiliser le mot yoga.
En 1851, le médecin publie en langue anglaise Treatise on Yoga Philosophy comme une tentative d'approche scientifique du sujet (cf. ).