Henrique Mitchell de Paiva Couceiro CvTE • OTE • ComTE • • • né le à Lisbonne et mort dans cette même ville le , est un militaire, un administrateur colonial et un homme politique portugais. Il est connu pour avoir participé aux campagnes d'occupation coloniale en Angola et au Mozambique mais aussi pour avoir inspiré les « Incursions monarchistes » contre la première République portugaise en 1911, 1912 et 1919. Il préside le gouvernement de ce qu'on nomme la Monarchie du Nord proclamée le et renversée le . Nombre de participants à cet épisode politique appartiennent au groupe de l'Intégralisme lusitanien. Son dévouement à la cause monarchiste et son adhésion à l'Intégralisme le conduisirent plusieurs fois à l'exil, avant et même après l'avènement de l'Estado NovoEstado Novo (État Nouveau) est un terme employé par le gouvernement portugais durant la deuxième République de 1933 à 1974. La figure centrale de ce gouvernement en est le Docteur António de Oliveira Salazar. au Portugal.

Biographie Jeunesse Henrique Mitchell de Paiva Couceiro est né à Lisbonne, fils du général José Joaquim de Paiva Cabral Couceiro, officier de l'arme d'ingénierie de l'armée portugaise, et de Helena Isabel Teresa Mitchell, protestante anglaise convertie au catholicisme, qui, après avoir étudié dans un collège de religieuses en France, s’est installée au Portugal en tant que préceptrice des filles du vicomte du Torrão.

Sa mère avait une foi intense et militante, raison pour laquelle Henrique Paiva Couceiro a grandi dans une ambiance de religiosité exacerbée et de catholicisme fanatique et dominateur, qui interdisait, par exemple, la lecture de romans considérés « impurs ». Alors qu’il était déjà étudiant à l’École militaire, il était fier de les déchirer, même s'il ne les avait qu’en prêt; on le suspecte de trouver ces romans « pervers » par nature.

L’éducation reçue et la durable influence maternelle ont fait qu’à la fin de sa vie Paiva Couceiro avouait avoir lu très peu de romans et n’être jamais allé au théâtre ni au cinéma, à l'exception du Teatro Nacional de São Carlos, où il allait pour la musique. Par contre, lorsqu’il n'était pas en campagne, il allait tous les jours à la messe, et, en campagne, lisait tous les jours l’Imitation de Jésus-Christ, se préparant pour le « sacrifice suprême ». Il aurait envisagé, en 1891, après son retour des campagnes dans le sud de l’Angola, d’entrer dans un ordre religieux.

Révélant par son attitude de forts penchants pour le jansénisme, en dépit de sa ferveur religieuse, il se considérait indigne de communier.

Après avoir terminé ses études préparatoires à Lisbonne, il s’enrôle à l’armée le , à 17 ans, comme volontaire, au régiment de cavalerie dans lequel il sert jusqu‘en 1880. La même année, il est transféré au régiment d'artillerie en tant que sous-lieutenant et fréquente le cours préparatoire d’artillerie à l’École polytechnique de Lisbonne. Il rentre alors à l’École militaire où il fréquente le cours d’artillerie de 1881 à 1884.

Le , à 19 ans, et à la veille d’être promu au grade de lieutenant d’artillerie, lorsqu’il se promène au Chiado, il croise Léon de la Torre qui bouscule sa sœur Carolina qui l’accompagnait et, dans un accès de rage lui donne deux ou trois coups de poing (et non cinq balles de pistolet comme cela a été raconté…). Immédiatement, Léon de la Torre se met en fuite afin d’éviter d’en recevoir d’autres. En conséquence de cette agression, Léon de la Torre subit quarante-deux jours d’incapacité de travail. Paiva Couceiro est arrêté le lendemain et accusé de crime de « blessures ». Il passe en conseil de guerre où il est condamné le à deux ans de prison militaire pour « blessures volontaires ». Le , sa peine est commuée en six mois de prison militaire en plus de ce qu’il a déjà accompli. Libéré le suivant, il est donc resté en prison pendant 1 an, 3 mois et 18 joursArchives historiques militaires, ref AHM/div/3/7/1183.

Il retourne à l’École militaire le .

Le , il est promu au grade de lieutenant d’artillerie, attaché au régiment d'artillerie , à Campolide. Dans cette unité, il fait partie d’un groupe de jeunes lieutenants qui cultivent les « arts militaires » et pratique aussi l’escrime et l’équitation; c’est le début d’une période de carrière militaire sans remarques ni louanges particulières. Par la suite, il est promu au grade de lieutenant le . Il est à nouveau promu le , cette fois-ci au grade de capitaine ; il se porte alors volontaire pour réaliser une commission de service dans les colonies d’outre mer, où à cette époque le Portugal développait un effort d’occupation effective du territoire, conséquence de la conférence de Berlin sur le partage de l’Afrique entre les puissances coloniales européennes. Il est envoyé en Angola, où il débarque à Luanda le .

Campagnes d'Angola

À peine arrivé en Angola, Paiva Couceiro est nommé commandant d'un escadron de chasseurs à cheval, installé dans la ville d'Humpata. Il avait été créé par Arthur de Paiva afin de combattre les bandes de pilleurs (appelés « guerras ») qui alors sévissaient sur le plateau de Moçâmedes. Il n’est pas resté longtemps à ce poste, apparemment mécontent des méthodes et de l’indiscipline de ses subordonnés; il a participé à une seule action destinée à récupérer du bétail volé, accompagné exclusivement de soldats et volontaires portugais, sans l’aide habituelle de mercenaires Boers.

Avec l’élargissement de l’effort d’occupation de l’intérieur de l’Angola et les tentatives de soutenir la prétention de souveraineté portugaise dans la région entre l’Angola et le Mozambique, la fameuse « carte rose » (Mapa Cor-de-Rosa), plusieurs campagnes d’exploration et d’avassalamentoL’«asservissement» était un acte symbolique par lequel les puissances coloniales européennes cherchaient à imposer leur souveraineté aux peuples africains. Pour cela, ils envoyaient des émissaires aux "régulos" (Roi Africain) avec des cadeaux et un drapeau national: l'acceptation des cadeaux par le "régulo" signifiait, selon l'interprétation du droit international alors en vigueur, que les Européens avaient occupé le territoire appartenant au "régulo". Dans le cas contraire, c’est-à-dire si les cadeaux n’étaient pas acceptés par le “régulo”, on avait postérieurement recours à la force, en éliminant les récalcitrants. Toutefois, pendant des années, il n'y a pas eu d'occupation réelle de ces territoires et les autorités autochtones ne se sont jamais considérées soumises à l'asservissement européen puisqu'elles ne comprenaient même pas le sens de la cérémonie; elles croyaient d'ailleurs que c'était les européens qui s'asservissaient et se leur soumettaient car, si ce n'était pas le cas, ils ne leur apporteraient pas des cadeaux. des peuples de l’intérieur de l’Angola ont été déclenchées. La résistance ne s’est pas fait attendre, ce qui a enclenché une vaste campagne militaire, appelée Campagne de Pacification de l’Angola (Campanha de Pacificação de Angola), entre 1889 et 1891Cette Campagne était insérée dans un contexte plus large, celui des Campagnes de Conquête et de Pacification menées par les forces armées portugaises dans les colonies africaines pendant les dernières décennies du et dans les premières décennies du , approximativement entre 1880 et la fin de la Première Guerre Mondiale. Ces campagnes étaient la conséquence des pressions relatives à l’occupation effective du territoire, pressions qui résultaient de la Conférence de Berlin., dans laquelle Paiva Couceiro s’est impliqué énergiquement.

Dans cette campagne, la première mission qui a été confiée à Paiva Couceiro fut celle d’obtenir serment d’allégeance du « Soba » (chef africain) Levanica (Levanika) du Barotze, dans la région qui est aujourd’hui la Zambie, ce qui impliquait une marche de presque un millier de kilomètres à travers la savane. Cependant, après une longue attente à Bié, près de l’actuelle ville de Kuito, et pendant qu’il attend des renforts et les cadeaux qu’il devait offrir au « Soba », Paiva Couceiro reçoit la nouvelle de l’annulation de l’expédition. Seulement quelques mois plus tard il apprend que la mission avait été jugée inutile car le Portugal avait cédé à l’ultimatum britannique de 1890. Les territoires que Paiva Couceiro devait visiter étaient passés sous influence britannique.

En conséquence de cet affront, Paiva Couceiro (Henrique Mitchell de Paiva Couceiro de son nom complet) cesse de porter le nom « Mitchell », qui était le nom de jeune fille de sa mère.

Paiva Couceiro était au courant de la profonde connaissance que le vieux commerçant António Francisco da Silva Porto avait de la brousse, raison pour laquelle, pendant sa permanence à Bié, il campe à proximité du petit village (embala)“Embala” désignait les villages protégés par des palissades de bois, construites par la population locale. La protection de ces villages a été adaptée plus tard aux besoins de défense des européens, militaires et civiles, qui s’installaient dans la région. de Belmonte, village fondé par Silva Porto dans les rives de la rivière Kuito et où il résidait. Ce village était le départ de ce qui est devenu la ville de António Francisco da Silva Porto pendant la période coloniale du Portugal et est aujourd’hui appelé Kuito.

La présence de la force militaire commandée par Paiva Couceiro, avec 40 mozambicains, armés de fusils à répétition Snider-Enfield, génère une grande tension avec les tribus de Baloch, inquiettes face à la présence de troupes portugaises sur son territoire, ce qui a amené le soba Dunduma (Orage) à exiger le départ immédiat des troupes. Compte tenu de la violation de la promesse que les troupes étaient juste de passage, promesse qui avait été faite plus tôt par António Francisco da Silva Porto, le Soba mit un terme aux relations pacifiques qui existaient depuis longtemps entre les peuples locaux et António Francisco da Silva Porto, qu’il injurie en lui tirant la barbe et en lui disant qu'il ne la méritait pas. Il exige le retrait immédiat de Paiva Couceiro, qui refuse catégoriquement.

Dans un climat de pessimisme résultant de l'ultimatum britannique, Silva Porto, blessé dans son honneur et dans sa dignité après l'échec de la tentative de médiation avec Dunduma, s’enveloppe dans le drapeau portugais et se fait exploser avec quelques barils de poudre qu’il détenaitCes événements, déclenchés par le séjour Paiva Couceiro à Bié, ont servi de prétexte au gouverneur général de l'Angola de l'époque, Guilherme de Brito Capelo, pour ordonner au capitaine Artur de Paiva d'organiser une expédition punitive ayant comme objectif la vengeance de la mort de Silva Porto et la restauration du prestige des Portugais. Le novembre 1890, le long de la rivière Cuquema, se déroule le premier combat et le 22 du même mois la capitale insurrectionnel de Bié, l'"embala" de Ecovongo, est prise par l'armée portugaise. Le 4 décembre le roi Dunduma est arrêté et immédiatement déporté vers le Mozambique et remplacé par le "soba" Kapoco, fidèle aux Portugais..

Après la mort de Silva Porto (António Francisco da Silva Porto), Paiva Couceiro s'installe brièvement dans le village de Belmonte, mais, attaqué par les forces du Soba de Bié, il est contraint de se replier vers le royaume voisin de Bailundo, où après être resté isolé pendant quelques jours, il reçoit l’ordre du gouverneur-général d’Angola, Guilherme de Brito Capelo, de descendre le fleuve Cubango jusqu’à Mucusso, un voyage de dans une région inconnue.