L'athéisme dans la philosophie hindoue, représentant l'absence de croyance en Ishvara, ou la non-croyance en une déité quelconque a été un point de vue prépondérant dans plusieurs courants hétérodoxes et orthodoxes de la philosophie indienne The Speak Tree - The Atheistic Roots of Hindu Philosophy. The Times of India. Athéisme dans le monde indien, consulté en mai 2008.
Athéisme dans la philosophie Astika ou hindoue liée aux six darshana Le terme sanskrit Āstika (qui reconnaît l'autorité du Veda) est parfois traduit par "théiste" et Nāstika comme "athée". En sanskrit, asti signifie "il y a", et Āstika dérive d'un verbe signifiant "celui qui dit asti, celui qui croit dans l'existence de Dieu, d'un autre monde, etc."Monier-Williams (1899). Si la philosophie brahmanique se veut basée sur l'Être (incréé et indestructible), le Brahman présent en toute chose et en tout être vivant et dont le souffle est l'incarnation de son unité résumant tous les dieux, toutes les forces de la Nature (Brahman traduit par « Dieu » ou « Âme universelle » en Occident), la philosophie bouddhiste ne reconnaît, quant à elle, que l'« existence » du Non-être (qui est le monde du transitoire, des phénomènes éphémères, autant pour les brâhmanes que pour les bouddhistes) ; c'est en ce sens que l'hindouisme est âstika et le bouddhisme nâstika : la question d'un Dieu exclusif créant à partir du néant ne se pose pour aucune de ces deux religions, puisque pour elles le temps est cyclique, les univers détruits et recréés périodiquement, le Dieu démiurge Brahmâ qui (re)crée les univers dissous étant lui-même la création du Dieu préservateur Vishnou, par exemple. Dans la culture indienne, l'athéisme compris comme négation de tout Dieu créateur est représenté par le jaïnisme, puisque cette religion considère notre univers comme incréé et permanent, univers éternellement fini au sein d'un espace sans matière infiniLe jaïnisme, philosophie et religion de l'Inde, Vilas Adinath Sangave, Guy Trédaniel éditeur, chapitre X Le Jaïnisme et les autres religions, p. 162-163 : on parle de transthéisme concernant le jaïnisme avec le rapport de ses philosophes avec le divin.
Utilisé comme terme technique dans la philosophie hindoue, le terme Āstika fait référence à la reconnaissance de l'autorité du Veda. Le Veda consiste en textes sacrés qui aujourd'hui est perçu comme la matrice de la religion appelée hindouisme, décrivant la création du monde par les dieux ainsi que les mythes qui justifient le système des castes. Le Veda montre quelques passages dans lesquels la croyance n'est pas comparable aux grands monothéismes (Judaïsme, Christianisme et Islam), et notamment sur l'existence des dieux et la Création du monde, comme ce passage du RigVeda l'illustre :
« Qui sait en vérité? Qui pourrait ici proclamer D’où est née, d’où vient cette création secondaire ? Les dieux sont nés après, par la création secondaire de ce monde. Mais qui sait d’où celle-ci même est issue ?
Cette création, d’où elle est issue ? A-t-elle fait l’objet ou non d’une institution ? Celui qui surveille ce monde au plus haut firmament, Lui seul le sait, à moins qu’il ne le sache pas.Rgveda, X, 129. « Hymnes spéculatifs du Véda », traduit et annotés par Louis Renou, Gallimard, Paris, 1956, XXX, p. 125. »
Autre texte considéré comme sacré par les brahmanes, le Ramayana narre, dans une grande épopée, la naissance et les exploits de Rāma, avatar de Vishnu en ce bas-monde. Les hindous tiennent l'histoire pour véridique. Des milices de nationalistes hindous ont détruit, dans les années 1990, la mosquée de Babri d'Ayodhya pour la raison que celle-ci avait été construite sur des temples hindous et jaïns détruits par les forces armées islamiques qui régnaient en ce sous-continent par le passé (pendant cinq siècles). Néanmoins, le pandit Javali y tient des propos surprenants à Rama : ; et aussi cette démystification radicale de la religion : Évhémère, dans la Grèce antique, défendait le même genre d'idées, à savoir que les dieux n'étaient que des hommes qui étaient parvenus à se faire passer pour des dieux. « Lorsque l’humanité vivait sans règles, ceux qui l’emportaient sur les autres en force et en intelligence au point que tous les hommes vivaient sous leurs commandements, dans le but d’obtenir pour eux-mêmes davantage d’admiration et de vénération, s’attribuèrent une sorte d’autorité surhumaine et divine, et, en conséquence, furent considérés par la foule comme des dieux ». Évhémère était le contemporain d'Alexandre le Grand qui s'était accordé le titre de dieu dans l’oasis de Siwa où il rencontre l’oracle d’Ammon-Zeus qui le confirme de manière intéressée comme descendant direct du dieu Amon dans ce qu'on appelait à l'époque une « apothéose ». Sextus Empiricus, Contre les mathématiciens (IX, 17), cité dans Marcel Conche, Pyrrhon ou l’apparence, PUF, Paris, 1997 (), p. 197-200.. Javali donne également ce conseil:Cité dans: Amartya Sen, L'Inde (Histoire, culture, identité), Odile Jacob, Paris, 2007, p. 46. Amartya Sen commente en pensant aux extrémistes hindous : "Exciper du Ramayana dans le but de propager une version réductionniste de la religiosité hindoue est problématique en cela même que ceux qui agitent cette épopée ne visent à rien d'autre qu'à gouverner leurs semblables - c'est pourquoi ils la présentent comme un document empreint d'une véracité surnaturelle plutôt que comme une "merveilleuse parabole" (comme l'écrivait Rabindranath Tagore) et un pan infiniment apprécié de l'héritage culturel indien" (p. 12)..
Bien qu'appartenant à l'hindouisme, et à l'intérieur des écoles Astika enseignant la philosophie hindoue, l'école Samkhya et l'école Mimamsa ne comprennent pas de dieu créateur dans leurs systèmes respectifs de pensée.
Le point de vue athée des écoles Samkhya et Mimamsa au sein de la philosophie hindoue prennent la forme d'un rejet de la croyance en un dieu créateur unique ou absolu. L'école Samkhya admet toutefois dans son système philosophique l'existence dualiste de Prakriti (la Nature) et de Purusha (l'esprit) et ne considère pas Ishvara ("Dieu") comme le fait l'école du Yoga dont l'autorité s'appuie sur les Yoga Sutra de Patañjali.
Les premiers Mimamsakas croyaient dans l'adrishta ("invisible") en tant que résultat des karmas et ne voulait nul besoin d'Ishvara dans leur système de pensée. La Mimamsa, en tant que philosophie, ne prend en compte que le karma, ce qui engendre parfois l'appellation de cette philosophie Karma-Mimamsa.
Swami Vivekananda, qui fit connaître la pensée hindoue en Occident, dit un jour : « De même que certaines religions dans le monde nomment athée l'homme qui ne croit pas à un Dieu existant en dehors de sa personne, nous disons quant à nous qu'est athée l'homme qui ne croit pas en lui-même. De ne pas croire à la splendeur de sa propre âme, voilà ce que nous nommons athéisme ».
Athéisme dans la philosophie Nastika Dans la philosophie indienne, trois écoles de pensée sont généralement classées comme nastika: le jaïnisme, le bouddhisme et le charvaka, du fait de leur rejet de la doctrine des Vedas. Dans cette optique, nastika fait référence à la non-croyance dans les Vedas, plutôt que dans la non-croyance en Dieu. Cependant, toutes ces écoles rejettent aussi la notion d'un dieu créateur et le mot nastika devient alors synonyme d'athéisme par association.
Les origines du Cārvāka, fondateur de l'école athée de philosophie indienne, qu'on appelle aussi lokayata (ceux qui croient en l'existence du monde, loka) sont datées de l'an 600 , bien que certaines dates plus anciennes soient avancées, faisant déjà références aux enseignements de cette école de pensée History and Doctrines of the Ājīvikas: A Vanished Indian Religion. La philosophie cārvāka semble avoir disparu peu après l'an 1400. Cette école était hédoniste, et affirmait qu'il n'existait pas de vie après la mort. Ainsi l'injonction de Charvaka: Amartya Sen, L'Inde (Histoire, culture, identité), Odile Jacob, Paris, 2007, p. 44.. Charvaka conteste vigoureusement les superstitions propagées par la caste des prêtres, les brahmanes : Amartya Sen, id., p. 44. Notons au passage que sur ce point précis bouddhistes et jaïns se désolidarisent de Charvaka. Ni les bouddhistes, ni les jaïns n'acceptent le bien-fondé des rites brahmaniques; et ils considèrent en outre que les sacrifices d'animaux sont particulièrement néfastes et nuisibles du fait de la violence engendrée. Mais et les jaïns et les bouddhistes acceptent l'idée du karma, c'est-à-dire le fait que les actes ont des conséquences et des répercussions dans cette vie-ci et dans les autres..
thumb|180px|right|Représentation de Dharmakirti, philosophe bouddhiste
DharmakirtiGeorges Dreyfus, Les deux vérités selon les quatre écoles, éd. VajraYogini, Marzens, 2000, pp 43-153. Philippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Seuil, Paris, 2007, article "Dharmakirti"., un philosophe bouddhiste du , dont certains disent qu'il a été influencé par la philosophie cārvāka, écritTitre : Charvak Itihas ani Tatvadynan, troisième édition, p. 24 :
Cette strophe illustre néanmoins la position classique du Bouddha par rapport aux cultes religieux, à savoir: le Bouddha refuse l'autorité des Vedas et des Upanishads et appelle à estimer par soi-même toutes les doctrines. Cela s'applique y compris sa propre doctrine : le Bouddha demande qu'on éprouve par soi-même son enseignement tout comme l'orfèvre raffine lui-même le minerai d'or. Le Bouddha refuse la Révélation qu'il considère comme semblable à un homme qui prétendrait tenir quelque chose dans son poing fermé et qu'il nous faudrait croire sur parole. Par ailleurs, le Bouddha compare aussi la croyance alimentée par les brahmanes à une suite d'aveugles qui se tiendraient les uns à la suite des autres : aucun n'a vu le dieu révélé (ici Brahmâ), chacun se fie à son prédécesseur comme un aveugle fait confiance à la personne devant luiTevijja Sutta, Digha Nikaya, I, 235-253. Traduction française dans Môhan Wijayaratna, "Sermons du Bouddha", Seuil, Points/Sagesse, Paris, 2005, chap. 15, p. 139-162. : Tevijja Sutta, op. cit., p. 145-146.". Le même soutra compare la croyance dans les qualités divines à l'idiot qui tomberait amoureux de la plus jolie femme du pays sans l'avoir vue et sans même savoir où elle peut habiterTevijja Sutta, op. cit., p. 147-148. Le Bouddha y compare aussi l'utilité des rites religieux et des prières à l'homme qui voudrait traverser un fleuve et qui, pour cela, ferait des imprécations à l'autre rive pour que celle-ci se déplace de ce côté-ciTevijja Sutta, op. cit., p. 151. Le Bouddha enseigne alors que franchir l'autre rive ne peut être que le fait d'une pratique et d'une ascèse personnelle qu'il expose dans le Tevijja Sutta..