Les Bambaras ( ; pluriel, Bamananw, Bamana ou Banmana) sont une ethnie d'Afrique de l'Ouest faisant partie du groupe mandingue, établis principalement dans le Sud de l'actuel Mali, dans la région de Ségou et Koulikoro au Burkina Faso, au sud et à l’ouest, au Sénégal (à l'est) en Côte d’Ivoire (au nord). De la fin du au milieu du existaient le royaume bambara de Ségou et le royaume bambara du Kaarta. Les Bambaras parlent le bambara, une des langues mandingues.

Ethnonymie Selon les sources, on observe plusieurs variantes : Bamanankan, Bamananke, Bamanan, Bamana, Bambaras, Banmanan, Banmana, BanmaniSource RAMEAU, BnF .

Dans un article intitulé « À chacun son Bambara »Essai publié dans Jean-Loup Amselle et Elikia M'Bokolo (dir.), Au cœur de l'ethnie : ethnie, tribalisme et état en Afrique, La Découverte, Paris, 1999, , Jean Bazin montre qu'au fil de l'histoire – notamment coloniale – le mot « bambara », très utilisé, n'a cessé de désigner des réalités imprécises et fluctuantes, tantôt flatteuses, tantôt méprisantes, imaginées ou manipulées. À partir de l'exemple du Bambara, ce texte fondateur illustre la démarche de « déconstruction de l'ethnie », un courant significatif de l'anthropologie contemporaineJean-Loup Amselle, « De la déconstruction de l'ethnie au branchement des cultures : un itinéraire intellectuel », in Actes de la recherche en sciences sociales, 2010, 185, 117 p..

Pour Jean-Paul Colleyn, « l'appellation Bamana (ou Bambara) désigne d'une part, une langue (bamana kan), les populations de l'actuel Mali non converties à l'Islam, les deux ensembles ne coïncidant pas forcément. »

Implantation géographique Principalement implantés au Mali, les Bambaras sont aussi présents en Gambie et au Sénégal.

Au Mali, où ils représentent 35,9 % de la population et le groupe ethnique le plus important du pays, ils sont majoritaires dans les régions de Dioïla, Bougouni, Ségou et Koulikoro, fortement présents dans le Centre Est à l'Ouest du pays, entre Ségou et Niono (delta central nigérien), dans le Bélédougou (cercle de Kolokani) au nord de Bamako, dans le Kaarta, entre Kita, Nioro et Koulikoro, ainsi que dans la région de SikassoEthnies du Mali sur lemali.fr.

Ils sont séparés en plusieurs sous-groupes :

les bambara de Segou ; les bambara du Kaarta ; les bambaras du Bélédougou ; les bambara du Jitumu (ville de Ouéléssébougou). Selon le recensement de 1988 au Sénégal, les Bambaras étaient au nombre de , sur une population totale estimée à , soit 1,34 %Chiffres de la Division de la Statistique de Dakar cités dans Peuples du Sénégal, Éditions Sépia, 1996, . La plupart sont installés dans le Sud et dans l'Est du pays.

Histoire Les Banmana ou Bambaras sont originaires du Mandé. À l'époque de l'empire du Mali et même bien avant, les Malinkés et Bambara étaient tous de la même ethnie et formaient un même ensemble. La différence est que pendant la chute de l'empire les uns se sont islamisés et les autres non. D'où leur nom qui signifie « ceux qui ont refusé de se soumettre » . Ils ont décidé de quitter l'empire et vivre au Ouassoulou, entre Sikasso et la Côte d’Ivoire, au Do et Kri (actuel Ségou), au Kaniaga (actuel Bélédougou), au Diangounté, Oussoubidjadja etc... Mais les lieux où ils se sont le plus concentrés sont Kaarta et Ségou. Ils y étaient déjà présents, mais avec la chute de l'empire du Mali et l'islamisation des classes nobles dirigeantes, une grande partie de la population ainsi que des chefs de guerre et dirigeants ont migré vers le nord pour créer un État indépendant, laissant la ville capitale de l'empire du Mali Niani à l'autre groupe des Malinkés islamisés.

Selon la légende, les royaumes bambaras du Kaarta et de Ségou, sont créés par les deux frères Niangolo et Baramangolo, de patronyme , qui seraient originaires du nord de l’actuelle Côte d’Ivoire. Les frères Niangolo et Baramangolo venus de Kong sont poursuivis par des assaillants lorsqu'ils atteignent le fleuve Niger, mais ne trouvent pas de pirogues pour le traverser. Ils réussiront néanmoins à le franchir grâce à un poisson, un silure, qui, selon les versions, se serait métamorphosé en pont ou les auraient transportés sur son dos. De cet épisode, les deux frères prendront le nom de bamba, Kulun-Bali signifiant en bambara « Sans Pirogue » (Kulun = « Pirogue », Bali = « Sans », Négation).

En 1670, les Bambaras ont assiégé, pris et détruit la dernière capitale où vivait l'empereur du Mali (Niani, qui n'est aujourd'hui plus reconnaissable tellement elle a été saccagée et est devenue un simple village comme les autres, mais des monuments datant de l'âge d'or de la ville y sont toujours présents). Ils ont chassé définitivement la dynastie impériale des Keïta du pouvoir, mettant un point final à l'existence politique et juridique de l'empire. Après la chute de l'Empire songhaï, les Bambaras résistent à l'empire peul du Macina, puis temporairement au Toucouleur el Hadj Oumar TallSite sur le Mali, qui souhaite convertir les animistes à l'islam. La résistance acharnée des Bambaras contre el Hadj Oumar fut telle que celui-ci n'a jamais pu créer un État stable. Et même si aujourd’hui ils sont majoritairement musulmans, il y a aussi parmi les Bambaras quelques petits groupes minoritaires chrétiens, et les autres qui continuent de pratiquer la religion traditionnelle. En fait de nombreux rites et traditions du passé sont présents aujourd’hui dans leur culture, qu'ils soient musulmans ou autres. Les Bambaras ont donc adopté en grande majorité l'islam depuis la chute de leur royaume et la prise de pouvoir de Oumar Tall. Ce dernier, qui en unifiant une grande partie des Bambaras avec d'autres ethnies islamisées, s'avéra être un véritable cauchemar pour les colons français qui furent combattus et repoussés pendant plusieurs décennies, jusqu'à la colonisation qui débuta entre les années 1890-1900.

Langue

La langue des Bambaras est le bambara, une langue mandingue qui appartient à la branche mandée des langues nigéro-congolaises. Le bambara est devenue la langue principale au Mali. Elle fait figure de langue véhiculaire principalement dans le sud du pays, même si le français est la langue administrativeJuridiquement, le français est la langue officielle du Mali, tandis que le bambara est une de treize langues nationales..

Culture Littérature orale et écrite Le fait de n’avoir longtemps pas recouru à l'écriture ne prive pas pour autant l’Afrique d’avoir un passé et des connaissances. Ces connaissances se transmettent par la tradition orale, c’est-à-dire « L’ensemble de tous les types de témoignages transmis verbalement par un peuple sur son passé ». Mais, « En Afrique, tout est Histoire. La grande Histoire de la vie comporte des sections qui seront, par exemple, l’Histoire des terres et des eaux (la géographie), l’Histoire des végétaux (la botanique et la pharmacopée), l’Histoire des fils du sein de la terre (la minéralogie), l’Histoire des astres (astronomie, astrologie), l’Histoire des eaux, etc. ». La tradition orale représente donc tout un corpus de savoirs qui se transmet de génération en génération et qui a pour fonction d’expliquer le monde, l’histoire, les rites, la nature environnante, l’organisation sociale, les techniques, les relations humaines.

L'importance de la tradition orale est soulignée par de grands penseurs africains comme Amadou Hampâté Bâ : (Amadou Hampâté Bâ)Amadou Hampâté Bâ, Aspects de la civilisation africaine, Paris, Présence Africaine, 1972..

Le Komodibi, chantre de la société d’initiation du Komo, définit les possibilités de la parole : .

La littérature orale comprend de nombreux genres : le conte et la fable, le mythe, l’épopée et les généalogies, les proverbes, devinettes et énigmes, les chants. L'épopée de tradition orale est représentée notamment par des épopées historico-légendaires comme l'épopée bambara de Ségou, mas aussi par des épopées mythologiques influencées par les récits de chasse, comme Donso Nciba du Malien Amari Diarra.

Le théâtre bambara traditionnel est le kotéba.

De nombreux genres transmis au départ par la tradition orale sont désormais diffusés à la fois par les vecteurs oraux traditionnels mais aussi par le biais de supports écrits et de médias comme la radio, la télévision, la téléphonie et Internet.

Arts

Les arts traditionnels bambara sont particulièrement connus pour les masques très stylisés et souvent composites qui ont une célébrité mondiale : leur présence est remarquée dans les grands musées d'art en Afrique et ailleurs. Les célèbres masques Tyiwara (ou Ciwara, figurations animalières servant de cimier au masque lui-même), les masques animaliers de la société du korè ou ceux de la société du komo et les sculptures (figures humaines) constituent la partie la mieux connue des arts bamana (bambara), qui sont créés au sein de traditions, dont les rites de l'initiation, et participent de la danse et de la musique, auxquels tous les arts sont associés au cours des fêtes et des rituels.

Les arts bambara n'ont cessé de se transformer au cours du temps (planche 12), Cette statue (H. 135 cm) témoigne d'un art « multiséculaire », selon l'auteur. Mais ce même auteur (en 2009, ) note le manque de document précis pour toutes les époques de l'histoire précoloniale., et en particulier dans la seconde moitié du et au , non seulement dans les arts visuels mais aussi dans le domaine musicalVoir, en ce qui concerne un élément musical : Vincent Zanetti, « Mali. Musique bambara du Baninko », Cahiers d’ethnomusicologie, 12 | 1999, 240-242. dans les Cahiers d'ethnomusicologie de Suisse. Écoute sur Youtube : Musique bambara du Baninko, dans le registre des musiques traditionnelles au . Par ailleurs, le musicien célèbre Ali Farka Touré, (qui est né dans une famille noble de l’ethnie Arma, elle-même issue de l’ethnie Songhaï) dans la région de Tombouctou et ayant beaucoup parcouru le Mali, chante en plusieurs langues africaines, notamment en songhaï, en peul, en touareg et en bambara. La chanteuse Mariam Bagayogo (ou Bagayoko ?) évoque son pays, le Beledugu qui se situe en pays bambara (sur Ifoghas du 24 avril 2013). Voir aussi : Musique malienne, car certains articles pourraient relever de l'art bambara actuel, comme, peut-être, Amadou et Mariam (Amadou Bagayoko et Mariam Doumbia). : la musique actuelle au Mali compte ainsi des chanteurs en langue bambara, dont, il y a quelques années, Ali Farka Touré et la reprise de son Bèrèbèrè (« s'entr'aider ») par Idrissa SoumaoroBèrèbèrè par Idrissa Soumaoro sur Youtube.

Habillement L'homme bambara s'habille, traditionnellement, en boubou, où des dessins sont brodés, qu'il porte par-dessus une courte tunique. Le pantalon est bouffant. Les Bambaras portent un bonnet en forme de gueule de crocodile, le bamaba deh. C'est un bonnet ouvert sur les côtés, que les Malinkés portent également. Le chapeau de paille de forme conique, le gaban, est aussi porté par les Bambaras.

La coiffure traditionnelle de l'homme bambara est une coiffure en cimier du front à la nuque, avec deux tresses latérales descendant sur les côtés du visage et que l'on attache sous le menton. Les hommes ont parfois un anneau d'or à l'oreille.

La femme bambara porte le pagne, souvent ouvert sur les côtés, avec le boubou. Les coiffures des femmes sont variées, mais en général, comme les hommes, elles portent le cimier, ainsi que deux nattes de chaque côté de la tête. Elles se percent le nez pour y ajouter un anneau d'or, d'argent ou de cuivre. Aux oreilles se trouvent de grosses boucles d'or, au cou, de nombreux colliers, ainsi que de nombreux bracelets aux poignets et aux chevilles.

Les Bambaras pratiquent la scarification du visage et du corps. Hommes comme femmes se font faire trois balafres de chaque côté des joues. Dans les temps reculés, les Bambaras pratiquaient parfois la déformation du crâne.