Ğabdulla Tuqayprononcer [ɣʌbduˈlɑ tuˈqɑɪ] ; nom complet Ğabdulla Möxämmätğärif ulı Tuqayıv, [ɣʌbduˈlɑ mœxæˌmædɣæˈrif uˈlɯ tuˈqɑjəf]; Tatar Arabic: عبدالله توقاي ; en tatar Cyrillique: Габдулла Тукай, Габдулла Мөхәммәтгариф улы Тукаев, en Jaŋalif: Ƣabdulla Tuqaj, en russe : Габдулла Тукай, Габдулла Мухаммедгарифович (Мухамметгариф улы) Тукаев, Gabdulla Tukay, Gabdulla Mukhammedgarifovich (Mukhammetgarif uly) Tukayev ; on écrit aussi Gabdulla Tukai d’après le russe, Abdullah Tukay via d’après le turc. (né le au Tatarstan et mort le à Kazan) est un poète tatar, un classique de la littérature dans cette langue, critique et éditeur. Il est souvent considéré le fondateur de la littérature tatare moderne et du tatar littéraire moderne, qui a remplacé dans la littérature la vieille langue tatare(Tatar)"Тукай, Габдулла". Tatar Énsíklopädiä Süzlege. Kazan. Publiée par l'Institut de l'Encyclopédie tatare, publiée sous l'égide de la République du Tatarstan. 2002..

Jeunesse Ğabdulla Tuqay naquit dans la famille du mollah héréditaire du village de Quşlawıç, dans le gouvernement de Kazan, situé alors dans l'Empire russe et aujourd'hui au Tatarstan en Russie) près de la ville moderne d'Arsk. Son père, Möxämmätğärif Möxämmätğälim ulı Tuqayıv, était mollah du village depuis 1864. En 1885, sa femme mourut, lui laissant un fils et une fille, il se remaria avec Mämdüdä, fille de Zinnätulla Zäynepbäşir ulı, mollah du village d'Öçile. Le (calendrier julien) Möxämmätğärif mourut alors que Ğabdulla n'avait que 5 mois. Bientôt son grand-père paternel mourut lui aussi et sa mère fut obligée de revenir chez son père, et par la suite elle se remaria avec le mollah du village de Sasna. Le petit Ğabdulla vécut quelque temps avec une vieille femme dans son village natal, avant que le nouveau mari de sa mère acceptât de le recevoir dans sa famille. Ce temps relativement heureux de l'enfance de Tuqay ne dura pas longtemps : le (calendrier julien) Mämdüdä sa mère mourut à son tour, et Tuqay fut remis à son grand-père Zinnätulla qui était très pauvre. N'arrivant pas à nourrir ses propres enfants, il confia Ğabdulla à un cocher et l'envoya à Kazan. Dans cette ville le cocher conduisit Tuqay sur une place de marché, le Peçän Bazaar, espérant trouver quelqu'un qui serait disposé à adopter l'enfant. Un tanneur nommé Möxämmätwäli et sa femme Ğäzizä venant de la région de Kazan appelée Yana-Bista décidèrent de s'occuper de lui. Alors qu'il vivait à Kazan, Tuqay tomba malade des yeux. En 1892, les deux parents adoptifs tombèrent malades à leur tour et furent obligés de renvoyer l'enfant à son grand-père. Le pauvre homme ne put qu'essayer de faire adopter l'enfant une fois de plus, cette fois au village de Qırlay, où Ğabdulla vécut dans la famille d'un paysan, Säğdi. Lors de son séjour dans sa nouvelle famille, Ğabdulla fut envoyé à la médersa locale, c'est-à-dire à l'école religieuse ; c'est là que, pour la première fois de sa vie, et selon ses propres termes, la lumière jaillit dans son esprit.

À l'automne 1895 les Ğosmanov, des commerçants tatars qui vivaient à Ouralsk, décidèrent d'adopter des membres éloignés de leur famille après la mort de leurs propres enfants. Ğäliäsğar Ğosmanov et sa femme Ğäzizä, qui était la tante de Ğabdulla, demandèrent un paysan de Quşlawıç de leur amener Ğabdulla. Le petit Tuqay avait alors dix ans, le paysan l'arracha à Säğdi en le menaçant avec des papiers écrits en russe et l'appui des autorités du village. À Ouralsk, Ğabdulla suivit les cours de la médersa de Motíğía mais parallèlement, en 1896, il commença à fréquenter une école russe. Là, pour la première fois de sa vie, il entra en contact avec le monde de la littérature russe et commença à écrire de la poésie. En 1899, le centenaire d'Alexandre Pouchkine fut largement célébré à Ouralsk et cet événement suscita l'intérêt de Tuqay pour la poésie russe, en particulier les œuvres de Pouchkine.

Ğosmanov essaya d'intéresser Ğabdulla au travail qui était le sien, mais devenir commerçant n'intéressait pas Tuqay qui préférait continuer à s’instruire. Le Ğäliäsğar Ğosmanov mourut d'une maladie de l'estomac, et Tuqay dut s'installer dans la médersa elle-même, vivant d'abord dans la salle commune puis, après deux ans, dans une khujra, c'est-à-dire une cellule individuelle. Dans la medersa Tuqay prouva qu'il était un étudiant appliqué, puisqu'il termina en dix ans un programme prévu pour quinze. Il n'en continuait pas moins à vivre dans la pauvreté.

En 1902, Ğabdulla, âgé de 16 ans, s'était métamorphosé. Il avait perdu tout intérêt pour l'étude du Coran, et montrait un grand scepticisme pour tout ce que l'on enseignait dans les medersas. Il ne se rasait pas les cheveux, buvait de la bière et allait jusqu'à fumer. En même temps son intérêt pour la poésie s'était accru Тукай. И. Нуруллин. (серия ЖЗЛ). Москва, "Молодая Гвардия", 1977..

Sa vie littéraire vignette|Gabdulla Tukaï (le premier à droite) parmi les membres de la rédaction du journal «El-Islah», Kazan, en 1907.

À Ouralsk Dès ses années de médersa Tuqay s'était intéressé au folklore et la poésie populaire, et il avait demandé à des étudiants qui, pendant les vacances d'été, se rendaient un peu partout dans l'Idel-Oural pour y remplir différents emplois, de recueillir des chansons locales, des exemples de bayets, c'est-à-dire de poèmes épiques, et des contes de fées. Dans la médersa elle-même il se familiarisa avec la poésie en arabe, en persan et en turc, ainsi qu'avec la poésie dans la vieille langue tatare datant des siècles antérieurs. En 1900, le poète tatar Mirxäydär Çulpaní, un diplômé de Motíğía, visita sa medersa. Ğabdulla le rencontra et Çulpaní devint le premier poète vivant à faire impression sur Tuqay. Çulpaní écrivait dans un « style élevé », en utilisant le ʿArūḍ, un système poétique de l'Orient, et surtout dans la vieille langue tatare, pleine de mots arabes, persans et turcs, et assez éloignée de la langue tatare elle-même. En 1902-1903, il rencontra un poète turc Abdülveli, qui se cachait à cet endroit pour échapper aux poursuites d'Abdülhamid II. C'est ainsi que Tuqay adopta la tradition poétique orientale.

Kamil "Motíğí" Töxfätullin, un jeune enseignant qui était le fils du directeur, créa un journal mural Mäğärif (L'Éducation), ainsi qu'un journal manuscrit. C'est là que furent publiées les premières odes de Tuqay et on parla de lui comme du « premier poète de la médersa ».

En 1904 Motíğí fonda sa propre maison d'édition, et Tuqay y travailla, continuant en même temps à enseigner aux jeunes élèves de la médersa où il introduisit de nouvelles méthodes, caractéristiques de l'école russe.

Après le Manifeste d'octobre de 1905 il devint possible de publier des journaux en langue tatare, ce qui était strictement interdit auparavant. Toutefois, Motíğí ne disposait pas de fonds suffisants pour lancer son propre journal, il acheta donc le journal en langue russe Ouralets, avec sa typographie, pour imprimer également un journal tatar sur la même presse et Tuqay devint typographe. Ce journal fut nommé Fiker (Le Bien). Par la suite Motíğí commença à faire paraître Älğasrälcadid (Le Nouveau Siècle), un magazine. Tuqay y envoya les premiers vers de lui qui furent publiés. À la même époque, il se mit à écrire pour un journal et commença à participer à la publication de plusieurs revues tatares. Le jour Tuqay travaillait à la typographie (et il était déjà correcteur), mais la nuit, il écrivait des vers, afin que chaque édition de Fiker, de Nur et d'Älğasrälcadid contînt des textes de lui. De plus, il écrivait des articles, des romans et des feuilletons pour ces périodiques et il traduisait les Fables de Krylov pour le magazine. On sait aussi que Tuqay diffusait des tracts sociaux-démocrates et il traduisit en tatar une brochure sociale-démocrate.

En dépit de l'attitude hostile des sociaux-démocrates envers le Manifeste, dans ses vers Tuqay montrait pour lui son admiration, croyant dans le mode de vie des Tatars allait changer progressivement. À cette époque il partageait les vues des libéraux, car chez les Tatars cela faisait longtemps que la tradition des Lumières ne distinguait pas le mouvement de libération nationale de la lutte des classes et niait cette lutte des classes à l'intérieur de la nation tatare. Les écrits les plus importants de cette période sont le poème Millätä (à la Nation) et l'article Bezneñ millät, ülgänme, ällä yoqlağan ğınamı? (Notre nation est-elle morte ou seulement endormie ?). Après la parution à Ouralsk du magazine satirique Uqlar (Les flèches), Tuqay se fit connaître comme satiriste. Il bafouait en particulier le clergé musulman qui continuait à s'opposer au progrès et à l'européanisation. Quant à la langue de la plupart de ses vers, c'était encore la vieille langue tatare et elle maintenait les traditions orientales, comme dans Puşkinä (À Pouchkine). Toutefois, dans certains d'entre eux, destinés à la paysannerie tatare, c'est un tatar pur qu'il utilisait, ce qui était une nouveauté pour la poésie tatare.

En la police fit une perquisition dans l'atelier de typographie, car des articles séditieux avaient été publiés dans le journal. La Première Douma avait été dissoute, la révolution n'avait mené à rien. L'extrême-droite nationaliste russe des Cent-Noirs proposait aux Tatars d'émigrer vers l'Empire ottoman. C'est au cours de cette période qu'il composa ses poèmes les plus importants consacrés à des thèmes sociaux et au patriotisme : Gosudarstvennaya Dumağa (À la Douma), Sorıqortlarğa (Aux parasites) et Kitmibez! (Nous ne partirons pas!). Déçu par le libéralisme, Tuqay se sentait de la sympathie pour les socialistes et surtout le Parti socialiste révolutionnaire. Dans Kitmibez! il répondit aux Cent-Noirs que les Tatars étaient un peuple frère des Russes et que l'émigration vers la Turquie était impossible.

Le Tuqay quitta la medersa, puisque ce qu'il gagnait lui permettait de vivre de façon indépendante, et il s'installa dans une chambre d'hôtel. Il devint le vrai rédacteur en chef de Uqlar, étant le principal poète et le responsable éditorial de toutes les revues de Motíğí. La revue Fiker, libérale à l'époque, et Tuqay lui-même s'opposaient aux Qadimistes, c'est-à-dire aux conservateurs religieux musulmans, qui allaient jusqu'à appeler à des pogroms contre les activistes de la presse libérale. Cette année-là, toutefois, il fut renvoyé sans s'y être attendu, à la suite d'un conflit avec Kamil Motíğí et à l'incitation des travailleurs typographes qui faisaient grève pour une augmentation de salaire. Le Motíğí fut privé du droit de publier et ses publications vendues à un marchand, qui réembaucha Tuqay, mais bientôt renonça aux publications.

À cette époque Tuqay abandonna les sociaux-démocrates et la politique en général, préférant se consacrer à la poésie. Du milieu de 1906 à l'automne 1907 il écrivit plus de 50 vers, ainsi que 40 articles et feuilletons. Désormais il s'était orienté vers un tatar pur, en utilisant la langue parlée. Impressionné par Rouslan et Ludmila un conte féerique de Pouchkine écrit en forme de poème, Tuqay écrivit son premier poème, Şüräle.

On sait que Motíğí essaya de fonder à Ouralsk un autre journal, Yaña Tormış (La Vie Nouvelle), avec Tuqay comme l'un des fondateurs, mais désormais Ğabdulla était déjà si populaire dans la société tatare, que les principaux éditeurs de Kazan, la capitale culturelle tatare, lui offraient du travail. Par ailleurs, Tuqay devait passer devant un conseil de révision dans son ouiezd natal, et il lui fallait quitter Ouralsk de toute façon. L'admiration avec laquelle il pense à sa future vie à Kazan se reflète dans Par et (La Paire de chevaux), qui pour cette raison est devenu le poème tatar le plus associé à Kazan.

Période de Kazan