Le nom de Terreur rouge (en espagnol : terror rojo) est utilisé pour désigner, en Espagne, l'ensemble des actes de violence commis par différents groupes d'activistes républicains (socialistes, communistes, anarchistes) pendant la guerre civile espagnole des années 1930.

La Terreur rouge vise la religion catholique, les politiques (de droite comme de gauche ; ) et se déroule en parallèle à la Terreur blanche commise par les franquistes.

Contexte

Dans les semaines qui suivent le coup d'État des 17 et 18 juillet 1936, les organisations , dont les communistes et anarchistes, prennent le pouvoir de fait dans les rues des villes et dans les campagnes. En Catalogne et en Aragon, malgré les consignes modératrices de la Confédération nationale du travail (CNT), l'économie est collectivisée de fait par les militants de base. En Andalousie, dans de nombreux lieux, des militants anarchistes décrètent l'abolition de la propriété et de la monnaie.

Les milices socialistes, anarchistes, communistes ou, plus rarement, POUMistes apparaissent dans l'ensemble du pays, agissant souvent de leur propre chef. La situation est parfois renforcée par l'antagonisme de certains villages anarchistes. Des délinquants en profitent pour régler leurs comptes en se présentant comme des militants prolétariens. Le gouvernement de la Seconde République espagnole apparaît impuissant. La CNT travaille à la révolution et à la lutte contre le franquisme, elle refuse que ses milices apportent leur concours au gouvernement central.

Les violences commises durant la guerre civile semblent surtout s'être déroulées dans un contexte d'absence totale de contrôle et non en fonction d'un plan organisé par les dirigeants politiques républicains. Le gouvernement de Francisco Largo Caballero, arrivé au pouvoir en , prend des mesures fermes pour rétablir l'ordre et la loi, aboutissant selon certaines sources à la diminution des pillages et des meurtres, alors même que ces exactions sont constatées jusqu'en 1939..

Dès 1936, les meurtres de religieux sont fréquents.https://champagnat.org//e_maristas/santi/El_coraje_de_la_fe_fr.pdf. Dans l'île d'Ibiza, la haine de la foi entraîne des exactions et des meurtres, afin d'éradiquer la religion chrétienne et de nuire à la liberté religieuse..

Le ministre de la Justice Juan García Oliver, lui-même anarcho-syndicaliste, tente de mettre fin aux excès de la et notamment des patrouilles de miliciens agissant sans contrôle : des camps de travail sont institués, permettant notamment aux condamnés d'y purger leurs peines à l'abri. Les peines de mort prononcées par les tribunaux sont décrétées révisables. En réalité, les compétences des sont étendues. Au printemps 1937, les grandes tueries ont pour l'essentiel pris fin en zone républicaine, du moins pour la durée de la guerre. Pourtant, les meurtres de religieux par des Républicains se poursuivent jusqu'en 1939..

À partir de l'été 1937, la persécution religieuse se poursuit, bien qu'une tolérance se développe, permettant aux cérémonies religieuses de reprendre. Les messes sont à nouveau célébrées clandestinement ; l'exercice libre du culte demeure interdit. Des exactions et des actes de répression politique, commis notamment par le Servicio de Información Militar, continuent de se dérouler jusqu'à la fin du conflit en avril 1939.

Les crimes et les excès commis par le camp républicain contribuent à heurter une partie de l'opinion espagnole et étrangère. En France, le gouvernement de Léon Blum réfrène ses sympathies naturelles pour les républicains et s'aligne sur la politique non-interventionniste du Royaume-Uni. Ce n'est qu'à partir du bombardement de Guernica en avril 1937 que l'opinion internationale bascule nettement en faveur de la République espagnole.

Origine et usage du terme

À l'origine, le terme « terreur rouge » est principalement utilisé par les nationalistes et leurs partisans, par exemple en France dans une partie de la presse de droite« Autour de la guerre d'Espagne », Présentation des Actes du colloque organisé à la Sorbonne par le CRID, Presses de la Sorbonne nouvelle, 1993. . En 1936, en Haute-Garonne, à Villefranche-de-Lauragais, le candidat de droite, Peille, envoie une brochure à chaque électeur intitulée Édouard Lynch, Moissons rouges : les socialistes français et la société paysanne durant l'Entre-deux-guerres (1918-1940), Presses Universitaires du Septentrion, 2002. .

L'historien Émile Temime considère qu'il s'agit avant tout de l'un des , avec Émile Témime, 1936, La Guerre d'Espagne commence, Éditions Complexe, 1986, 2006. , chapitre « Du réel au légendaire », .. L'historienne Caroline Désy analyse ainsi le discours dominant dans l'Église catholique en citant l'abbé Camille Poisson : Caroline Désy, Si loin, si proche : la Guerre civile espagnole et le Québec des années Trente, Les Presses de l'Université Laval, 2003. .

Le terme est devenu courant dans le vocabulaire historique espagnol et est utilisé dans des publications gouvernementalesTerror blanco y terror rojo (España), Artehistoria, site internet publié par la région de Castille-et-León. L'historien français Bartolomé Bennassar emploie pour sa part le terme de .

Exécutions sommaires et violences antireligieuses

Parmi les violences ayant le plus marqué l'opinion internationale durant la guerre civile espagnole, les attaques contre le clergé espagnol causent un émoi particulier. Celles-ci incluent des profanations de monastères, d'églises et de gravures religieuses, ainsi que le meurtre de du clergé catholique..

Pour l'historien français Guy Hermet, le massacre des prêtres espagnols représente .

L'historien Bartolomé Bennassar rappelle que, . Des groupes anarchistes s'en prennent à des prêtres et à des monastères dans les premiers mois de la guerre civile (1936)., le clergé catholique étant souvent vu comme un bastion du conservatisme et de l'ordre établi. La propagande du camp nationaliste avance initialement le chiffre de massacrés. L'historien britannique Antony Beevor cite les chiffres de , , d'ordres divers et , pour la plupart tués au cours de l'été 1936.

Des exactions sont commises en Aragon, en Catalogne et à Valence, où des églises sont incendiées et vandalisées. Des prêtres sont brûlés vifs dans leurs églises, et l'on signale des cas de castration et d'éviscération..

Les violences contre le clergé ont lieu à peu près partout sauf au Pays basque espagnol..

Rapporté à l'ensemble des effectifs du clergé espagnol, le nombre de victimes représente 13 % des prêtres diocésains, 23 % des religieux et 3 à 4 % des religieuses. Les proportions, qui concernent l'ensemble du territoire espagnol, sont largement dépassées s'agissant de la seule zone « loyaliste » : les assassinats de prêtres concernent 87,8 % de ceux du diocèse de Barbastro et 63,5 % de ceux du diocèse de Lérida. D'autres diocèses perdent 30 à 50 % de leurs prêtres. Pendant plusieurs mois, en dehors du Pays basque, le seul fait d'être reconnu comme prêtre peut constituer un motif d'assassinat ou d'exécution..

Dans la région de Barcelone, où les anarchistes sont rapidement maîtres de la rue,

Les incendies de bâtiments religieux se multiplient dans la région, et seule la cathédrale de Barcelone échappe au feu et aux déprédations. La Sagrada Família, en cours de construction, est endommagée par des vandales révolutionnaires ; les maquettes et les plans de l'atelier de l'architecte Antonio Gaudi sont détruits par les républicains. Dix mille volumes précieux de la bibliothèque des capucins de Sarrià sont dispersés.

Les violences anticléricales sont inégales selon les lieux et aucun schéma régional n’apparaît pour l'ensemble de ces exactions. Les persécutions semblent avoir, pour une part, dépendu moins d'ordres précis donnés par les milices anarchistes (CNT et FAI) que de l'humeur des dirigeants des locaux. Le gouvernement républicain est dépassé et se contente d'accuser réception des appels au secours du clergé, avant de cesser tout à fait d'y répondre.

Près de ont été officiellement reconnus par le Vatican et sont concernés par des procédures de béatification.

Exécutions sommaires et violences politiques

L'assassinat par Luis Cuenca, policier et garde du corps d'Indalecio Prieto, chef du Parti socialiste PSOE, de l'un des chefs et des députés de la droite monarchiste, José Calvo Sotelo le , décide les militaires à agir Javier Torres, César Vidal a Actuall: “El libro sobre el fraude del 36 deslegitima la ley de Memoria Histórica”, actuall.com, 15 mars 2017.. Non sans mal, les militaires obtiennent l'appui des milices carlistes et de la Phalange. Les militaires décident de lancer l'offensive les 17 (au Maroc) et (péninsule), sans objectif politique autre que le renversement du pouvoir de gauche.

Dans certaines grandes villes où socialistes et communistes dominent, les partis et syndicats de gauche réquisitionnent des bâtiments et créent des , généralement connues sous le nom de « » en référence à la Tchéka). : des partisans de l'insurrection nationaliste sont traînés devant des « tribunaux populaires », quand ils ne sont pas abattus sommairement. Ces centres de rétention et de massacres sommaires sont notamment dirigés par Loreto Apellaniz Garcia, Agapito Garcia Atadell, Ernon Gerö ou encore, Alfonso Lorencic... , déclarait Dolores Ibárruri, la présidente du Parti communiste d'EspagneCité par Victor Alba, Histoire du POUM. Le marxisme en Espagne (1919-1939), Paris, Éditions Champ libre, 1975, ..

Des monarchistes, des personnalités de droite, des officiers demeurés en zone républicaine après l'échec du coup d'État, sont tués sans jugement ou après des simulacres de procès : officiers sont tués sur les arrières du front.

Un certain nombre d'exactions politiques sont l'œuvre de prisonniers libérés, amenant la CNT-FAI à déplorer que .

Madrid connaît une vague de meurtres politiques ou supposés tels. Dans la nuit du 22 au 1936, à l'annonce du massacre de deux mille deux cents républicains aux arènes de Badajoz, une foule de miliciens prend d'assaut la prison Modelo : une trentaine de prisonniers politiques, dont plusieurs notables de droite et d'anciens ministres, sont massacrés lors de « ». Manuel Azaña, horrifié par les évènements de Madrid, est à deux doigts de démissionner de ses fonctions de président de la République.

À Barcelone, les industriels ayant brisé des grèves sont des cibles privilégiées : une vague de répression est menée par le Comité central des milices antifascistes. Des règlements de comptes opposent les syndicalistes aux anciens (non grévistes ou briseurs de grève).

Entre le 6 et le 1936, à l'approche de la conquête de Madrid par les franquistes, et tandis que le communiste Santiago Carrillo détient le poste de conseiller à l'ordre public de la Junte de défense madrilène, entre et détenus politiques sont fusillés au cours de l'épisode du massacre de Paracuellos, qui représente l'apogée des envers les prisonniers politiquesChiffres cités dans le livre Une guerre d'extermination Espagne 1936-1945 de Paul Preston (Editions Tallandier, 2016), page 559. Octavio Ruiz–Manjón, Paracuellos. Una verdad incómoda, elespanol.com, 22 janvier 2016.

Entre révolutionnaires, entre les gauches Après cet épisode, les violences politiques tendent à diminuer, et s'apparentent davantage à une répression politique de type stalinien, avec les tortures et les assassinats commis par le , police politique de l'Armée populaire. Les victimes n'en sont plus uniquement des hommes de droite : l'épuration vise aussi les factions minoritaires de l'extrême-gauche espagnole, qualifiées de .