André Manuel, né à Épinal le et mort à Paris le , est l'un des fondateurs du bureau central de renseignements et d'action. Chef de la section de renseignement (R) des services secrets gaullistes, il reste jusqu'en 1945 le principal adjoint du colonel Passy.
Après la guerre il devient l'un des dirigeants de la direction générale des services spéciaux puis, brièvement, du service de documentation extérieure et de contre-espionnage.
Biographie Origine sociale et familiale André Manuel nait en 1905 dans une famille d'origine juive d'industriels du textile des Vosges. Il est le fils aîné d'Henri Manassé-Manuel (1878-1942), ancien avocat toulousainHenri-Manuel Manassé, né à Toulouse, juif, est d'abord avocat dans cette ville. Avec son frère Georges-Manuel, il a demandé à modifier son patronyme et à se faire appeler Manuel au lieu de Manassé (Journal officiel, 15 octobre 1899). Il a obtenu en 1900 le droit de se faire appeler Manassé-Manuel (décret du 24 avril 1900). Il se fait appeler Manuel par la suite et appelle ainsi ses trois enfants, une fille et deux garçons., et d'Hélène Lang, fille d'Émile Lang, industriel cotonnier d'origine alsacienne installé dans les Vosges à Épinal, dirigeant de la société Kahn, Lang et Cie, constituée en 1890Les Assemblées générales, 15 juillet 1930, qui possède une filature à Épinal et une filature à Igney. Ses parents se sont mariés en 1903La Dépêche, 18 janvier 1903. Son grand-père maternel, Emile Lang, meurt en 1907. Son père devient l'un des dirigeants de la firme Kahn, Lang et Cie, qui change de raison sociale pour celle de Kahn, Lang et Manuel et se transforme en société anonyme en 1922L'Express de l'Est, 28 janvier 1922 : il est administrateur avec Lucien Kahn. Il en est l'administrateur-délégué en 1923 avec de nouveaux administrateursL'Est républicain, 3 mars 1923 : Henri Motte, industriel de Roubaix, préside le conseil d'administration. Le capital de la société s'élève à 12 millions de francs.. Il administre aussi d'autres entreprisestelle la Société textile de l'Est (1920) (Le Télégramme des Vosges, 5 avril 1920), la Société métallurgique de l'Est., parmi lesquelles la société de L'Express de l'Est, contrôlée par Paul Lederlin. Il est également président du syndicat des filateurs de l'Est et vice-président du Syndicat cotonnier de l'Est. Politiquement, il est vice-président de la Fédération républicaine démocratique des Vosges, affiliée au Parti radical et radical-socialiste avant le premier conflit mondialLe Mémorial des Vosges, 20-21 décembre 1908, président« Comité Républicain du CIA », L'Union républicaine, 9 février 1921 puis vice-président en 1921 du comité vosgien du Comité républicain du commerce, de l'industrie et de l'agricultureL'Union républicaine, 6 mai 1921 et maire d'Igney depuis 1904. Après avoir refusé de se présenter en 1919L'Union républicaine, 28 octobre 1919, il s'est présenté à la députation en 1924, sur une liste de centre-gauche, sans succèsL'Express de l'Est, 13 mai 1924. Il est promu officier de la Légion d'honneur en 1925.
Henri Manuel, son épouse et son beau-père sont évoqués par Carole Achache, une de ses descendantes, dans La plage de Trouville. Elle souligne qu'Henri Manuel a été un flambeur, menant une vie fastueuse. Dans ses mémoires, la veuve d'Abel Ferry, allié politique d'Henri Manuel, a jugé sévèrement ce dernier, qualifié de cité par Claude Ferry, Abel Ferry. Le dauphin de la République (1881-1918) éditions Baudelaire, 2021.
André Manuel suit une formation d'ingénieur textile et entre dans l'entreprise familiale« Un violent sinistre fait près de 2 millions de dégâts aux filatures d'Igney - Vosges », L'Express de l'Est, 3 avril 1928. Il se marie en 1925, a un fils, mais divorce.
Depuis 1917, son père s'est associé à Albert Oustric et l'accompagne lorsque ce dernier fonde à Paris une banque. Henri Manuel préside son conseil d'administration. Oustric fait faillite en 1929-1930, provoquant un scandale politico-financier. La société Kahn, Lang et Manuel connait aussi des difficultés en 1930. André Manuel siège alors à son conseil d'administration, présidé par son pèreLes Assemblées générales, 15 juillet 1930 : de nouveaux administrateurs entrent alors au conseil.. La société dépose son bilan en 1933 et est mise en liquidation judiciaire en décembreLa Journée industrielle, 22 décembre 1933. Son père fait aussi faillite. Sa demeure spinalienne est saisie et vendue en 1936L'Express de l'Est, 19 octobre 1936, .
André Manuel représente ensuite en Europe un fabricant de métiers à tisser américain, de 1937 à 1939Colonel Passy, Mémoires du chef des services secrets de la France libre, Odile Jacob, 2000, (Notes de Jean-Louis Crémieux-Brilhac)..
La guerre Il est mobilisé en 1939 et affecté comme lieutenant aérostier à Compiègne. En , il suit son régiment en retraite et se retrouve à Albi lors de l'armistice. Cherchant à rejoindre Londres, il réussit à s'embarquer à Sète sur un bateau rapatriant des troupes tchèques en Angleterre. Il y rencontre d'autres Français dont Pierre Fourcaud.
Fourcaud le présente à André Dewavrin (alias colonel Passy) qui le recrute au début du mois de septembre au sein du Deuxième BureauColonel Passy, Mémoires du chef des services secrets de la France libre, Odile Jacob, 2000, préface de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, .. Il prend le nom de code de « Pallas » et devient le patron de la section Renseignement ainsi que le principal adjoint, et un ami, de Passy. Ce dernier le présente dans ses mémoires comme . Il le décrit ainsi :
Avec Passy, il fonde le Service de renseignement de la France Libre, puis le Bureau Central de Renseignements et d'Action (BCRA). Il effectue une mission clandestine en zone Sud du au afin d'aider les organisations de résistance à séparer leurs activités de renseignement des autres activités. Il soutient Jean Moulin dans ses efforts visant à unifier la Résistance de la zone Sud et mettre en place le Comité de coordination ainsi que l'Armée secrète.
Il joue un rôle important au moment de l'unification de la Résistance (missions Arquebuse-Brumaire avec Pierre Brossolette, création du Conseil national de la Résistance sous l'égide de Jean Moulin). À partir du printemps 1943, tandis que le général de Gaulle quitte Londres pour Alger, il reste à Londres pour coordonner les actions du BCRA, tandis que Passy fait la navette entre Londres et Alger.
De à , il dirige la branche londonienne du BCRA ou BCRAL et supervise les plans de soutien militaire que la Résistance intérieure apportera au débarquement. Sous sa direction le BCRAL assume les responsabilités d'un état-major de l'action de la Résistance au plus près du commandement allié.
Son frère, Pierre Manuel, parachuté en France le pour diriger la région D du Bureau des opérations aériennes sous le pseudonyme de Doyen, est arrêté le et disparaît, certaines biographies le disent déporté à AuschwitzFiche biographique de Pierre Manuel, mais il ne figure pas sur la liste des déportés.
L'après-guerre Après la libération, André Manuel reste affecté dans les services de renseignements français, d'abord à la Direction générale des études et recherches (DGER), puis au Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), dont il est radié dès le 1er juin 1946, emporté comme d'autres proches collaborateurs du colonel Passy par "l'affaire Passy". Il rompt définitivement avec ce dernier et prend le parti de s'effacer totalement de la vie publique et de ne jamais s'exprimer sur les années de guerre, renonçant par exemple à publier des mémoires. Il ne déroge à cette règle qu'une seule fois, en acceptant de participer le 9 juin 1983 à une conférence sur Jean Moulin organisée par Daniel Cordier à la Sorbonne.
Professionnellement, il retourne après son départ du SDECE à une carrière civile dans l'industrie.
Il se remarie le à Paris avec Jeannine Steel, résistante elle aussi, partie seule rejoindre le général de Gaulle à Londres et qui a travaillé au BCRA.
Distinctions
(décret du 6 avril 1944)
Notes et références
Annexes Bibliographie Sébastien Albertelli, Le BCRA, service de renseignement de la France libre dans la Revue historique des armées, , , 2007, consultable sur revues.org, ici : rha.revues.org Sébastien Albertelli Les officiers du BCRA, Londres, 1940-1944. Essai d’étude prosopographique, mémoire de DEA, sous la dir. de J.-P. Azéma, IEP de Paris, 1999 Carole Achache, La plage de Trouville, Stock, 2008, 360 p. (roman familial historique)
Articles connexes André Dewavrin
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